Ensemble, cultivons l’avenir de notre métier et de notre alimentation !

Vauconsant

 

 

 

par Isabelle Vauconsant


L’année 2026 s’ouvre comme un livre dont les premières pages bruissent de défis. Pour notre démocratie, pour notre rapport au vivant, pour la liberté de dire et de faire, les enjeux se pressent. Les JNE ont choisi de ne pas attendre que l’histoire s’écrive sans nous : deux rendez-vous essentiels jalonnent ce début d’année.

Sommes-nous condamnés au silence ?


Le 21 janvier prochain, à 10 h 30
, résonnera une question qui ne souffre aucun détour : sommes-nous, journalistes, en train de perdre notre voix ? Avec l’Association des Journalistes de l’Environnement (AJE), nous entendrons Sophie Lemaître dans un webinaire sur la liberté d’information – cette liberté qui s’érode sous nos yeux, grognée par les procédures-bâillons, étouffée par des pressions toujours plus insidieuses. Dans le silence assourdissant qui menace de s’installer, cette rencontre n’est pas un luxe : c’est une nécessité majeure.

L’alimentation de qualité : un droit à partager


Mais défendre notre droit à informer a d’autant plus de sens que nous défendons aussi ce qui mérite de l’être. C’est pourquoi nous portons aussi un projet d’espoir, un de ces chantiers qui redessinent l’horizon : le colloque sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA).

Et si demain, nous reprenions collectivement le contrôle de ce que nous mangeons ?

La question n’a rien d’anodin. Elle traverse nos assiettes, nos campagnes, nos corps malades, nos sols épuisés, le climat déréglé. Elle interroge ce pacte social qui nous lie – ou devrait nous lier – autour de ce geste le plus élémentaire et le plus politique qui soit : se nourrir.

Le constat est sans appel

Les chiffres ont une froideur sidérante : un Français sur cinq ne mange pas à sa faim dans l’un des greniers les plus prospères d’Europe. Pendant ce temps, l’obésité et les maladies chroniques gagnent du terrain, conséquences directes d’une alimentation industrielle qui a sacrifié la qualité nutritionnelle sur l’autel de la rentabilité. Les sols s’épuisent, l’eau se charge de pesticides, les paysans s’endettent et disparaissent. Le système tourne, imperturbable, indifférent à l’absurdité qu’il perpétue : produire en abondance ce qui nous rend malades, détruire ce qui nous fait vivre.

Une alternative radicalement démocratique

Face à ce naufrage, la Sécurité Sociale de l’Alimentation propose un renversement de perspective crédible : et si l’alimentation devenait un droit, au même titre que la santé ou l’éducation ? Le principe qui a fondé notre Sécurité Sociale après-guerre – « chacun·e selon ses moyens, chacun·e selon ses besoins » – retrouverait alors sa pleine puissance. Concrètement, chaque citoyen·ne recevrait chaque mois une somme dédiée pour se nourrir dignement.

Mais la SSA n’est pas réductible à cette dimension redistributive. Elle dessine un autre monde agricole et alimentaire, où la transition vers l’agroécologie pourrait devenir une évidence économique, dans lequel les paysan·nes trouveraient les moyens de leur conversion et de leur vie. Fondée sur un principe démocratique, elle redonnerait aux territoires le pouvoir de décider ensemble – citoyen·nes, producteur·rices, acteur·rices de terrain – de ce qu’ils veulent cultiver, manger, transmettre. Les liens rompus entre la ville et la campagne, entre qui produit et qui consomme, pour faire émerger non pas un marché, mais une communauté deviendrait un horizon possible.

Pourquoi les JNE portent ce colloque ?


Nous avons choisi d’organiser ce colloque citoyen parce que les idées neuves ont besoin d’espace pour respirer, se confronter, mûrir. Co-construit avec les chercheur·euses qui pensent la SSA et les expérimentateur·rices qui la mettent déjà en œuvre sur leurs territoires, ce rendez-vous sera un laboratoire vivant où la théorie rencontre la pratique, où les savoirs académiques dialoguent avec l’intelligence du terrain.

En cette période électorale, nous voulons arracher la SSA aux marges où dorment trop souvent les belles idées pour la placer au cœur du débat public. Dès cette année en France, l’année prochaine au niveau européen, il est temps de semer ces graines-là. Il est temps que l’alimentation cesse d’être une variable d’ajustement budgétaire pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un bien commun.

Un appel aux journalistes et créateurs de contenus


Ce projet a besoin de nous.
Les alternatives, aussi nombreuses et diverses soient-elles, meurent dans l’indifférence si personne ne les raconte. La SSA touche à tout ce qui nourrit notre métier : l’écologie, l’économie, l’agriculture, le social, la démocratie, la santé, la politique. Elle traverse nos rubriques, irrigue nos angles, réveille notre curiosité.

Le colloque sera ce moment rare où convergent les voix multiples d’un mouvement en train de naître. Chercheur·euses, militant·es, paysan·nes, citoyen·nes engagé·es seront là pour partager leurs apprentissages, leurs réussites, leurs doutes aussi. Un espace presse vous sera réservé pour travailler, monter vos reportages, préparer vos contenus, organiser vos rencontres dans le calme nécessaire à la réflexion.

Donnez une voix à ce mouvement. Pas par militantisme, mais parce que c’est notre rôle : rendre visible ce qui émerge, mettre en lumière ce qui pourrait transformer nos sociétés.

Les vœux des JNE pour 2026

 

En cette nouvelle année qui s’ouvre, les JNE forment un vœu simple et têtu : que notre liberté d’informer résiste aux assauts qui la menacent, qu’elle se fortifie même dans l’adversité. Nous souhaitons que les alternatives concrètes, comme la SSA, trouvent dans l’espace public l’écho qu’elles méritent – non par faveur, mais par nécessité.

Nous, journalistes, sommes les guetteurs et les passeurs des évolutions de la société. Celle qui s’annonce a besoin de tous les éclairages possibles pour être comprise, débattue, appropriée par le plus grand nombre.

La transition alimentaire ne se fera pas sans vous. Sans nous. Sans ce travail patient et obstiné qui consiste à raconter, expliquer, questionner, révéler.

Ensemble, débattons, approprions-nous ces enjeux, agissons. Car non, nous ne sommes pas condamnés au silence. Nous sommes porteurs d’alternatives, semeurs de possibles. Et c’est déjà beaucoup.

Inscrivez-vous au colloque ICI

Inscrivez-vous au webinaire LA

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