Algérie : l’été révélateur de toutes les nuisances urbaines

Plutôt aléatoire durant le reste de l’année, la gestion des déchets ménagers en Algérie montre toutes ses tares en été, et le résultat est directement perceptible, presque partout, par la vue et par l’odorat.

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par M’hamed Rebah

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Recuperation_et_trio_de_dechetsLa presse algérienne en rend compte quotidiennement dans ses pages régionales. Pris au hasard, voilà ce qu’écrit le correspondant de Reporters à Ain el Beïda (Es Senia, Oran) : « les camions ne passent que rarement pour effectuer le ramassage (des ordures), laissant ainsi les citoyens contraints de se débrouiller comme ils peuvent pour se débarrasser des énormes quantités de déchets qui se forment à travers les artères du quartier ». Les habitants signalent le « danger sanitaire qui guette en permanence et menace la santé des riverains, à cause notamment de la multiplication des insectes nuisibles, des rats et même des serpents ». Ce n’est pas fini : « plus grave encore, les enfants du quartier, ne trouvant pas d’aires de jeux, du coup, s’amusent à proximité des énormes dépotoirs, au risque de contracter des maladies et des allergies diverses ».

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On est loin de l’ambition d’instaurer et de généraliser le tri sélectif sans lequel aucune gestion sérieuse des déchets urbains ne peut être envisagée. Des efforts, «surhumains», serait-on tentés de dire, sont déployés au niveau du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, pour atteindre les objectifs du Plan national de gestion intégrée des déchets ménagers qui visent à obtenir une proportion de volume des déchets recyclés de 25 % en 2015 (dans quelques mois à peine) et 50 % en 2016.
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Mais il faut regarder la réalité en face : du côté de la population, le niveau d’éducation est encore très insatisfaisant pour prétendre généraliser les gestes éco-citoyens, et au niveau des collectivités locales, la pauvreté en ressources humaines, flagrante, n’autorise aucun espoir quant à une gestion écologique des déchets urbains. Ce ne sont pas les compétences nationales qui manquent dans ce domaine, mais elles sont marginalisées et personne ne leur fait appel, sans doute parce qu’elles dérangeraient la médiocrité ambiante.

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Pourtant, il est urgent d’aller vers le tri des déchets à la source, pour séparer les matières recyclables comme le papier et le carton, pour lesquels le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement a donné l’exemple, à la fin de l’année passée, en lançant un projet pilote de tri sélectif nommé « l’Administration Contribue à la Récupération » mis en œuvre par son Agence nationale des déchets (AND) dans le but de généraliser l’opération aux autres administrations centrales.

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En apparence, cette opération ne demande pas grand chose en dehors de la bonne volonté : des bacs de 240 litres, au niveau des étages, et de 770 litres, dans le dépôt de stockage intermédiaire ; en plus des corbeilles existantes au niveau de chaque bureau, une nouvelle corbeille est posée pour accueillir les déchets du type papier/carton. Une fréquence de collecte est définie en fonction du rythme de production et de la capacité du stockage du dépôt intermédiaire et les déchets récupérés sont transportés vers les installations de traitement.
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Le personnel est sensibilisé à l’aide d’affiches et il est aidé grâce à un guide qui explique les consignes du tri sélectif ; des agents sont formés pour mener à bien l’ensemble de l’opération.
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Les ministères, les grandes agences d’Etat, les collectivités locales, les établissements d’enseignement, devraient s’y mettre. Si l’effet d’entraînement se produit, la gestion des ordures ménagères pourrait s’en trouver allégée.

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Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

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