Du 9 au 20 novembre 2026, 198 pays et membres de l’ONU se retrouvent en Turquie, pour la 31e COP Climat afin de tenter le limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. L’électrification, mais aussi la sortie des énergies fossiles, devraient concentrer les négociations.
par Anne Henry-Castelbou
Si certains doutent de l’intérêt de ce rendez-vous annuel, d’autres confirment le rôle des COP. « Dans un contexte particulier de concurrence exacerbée et de recherche de sécurité économique, les COP sont là pour envoyer des signaux politiques et économiques, qui vont bien au-delà du climat », souligne Sebastien Dreyer, directeur de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). Ces messages concernent notamment la marche forcée vers l’électrification, une des solutions pour accompagner la fin de l’utilisation des énergies fossiles. Objectif proposé par la Turquie avec sa « Promesse 35 » : atteindre les 35 % de la consommation d’énergie finale (transports, bâtiments, industries) provenant de l’électricité au niveau mondial en 2035 (contre 20 % actuellement, 32 % en Chine, 22 % en UE). Certes, tous les pays ne sont pas convaincus. Les Etats-Unis et la Russie ont encore signé en octobre dernier un accord pour l’exportation de diesel vers les USA. Mais selon Laurence Tubiana, l’une des architectes de l’Accord de Paris, le résultat des midterms devrait à terme diminuer la pression environnementale américaine. « On peut en tout cas s’attendre à un rôle important de la Chine durant la COP pour défendre cette vision de l’électrification, tout comme l’UE », explique Marta Torres Gunfaus, directrice du programme climat à l’Iddri.
L’enjeu de l’électrification
On avait déjà entendu la petite musique de l’électrification lors de la COP28 de Dubaï en 2023. Un consensus des pays avait été trouvé pour annoncer la nécessité de tripler la part du renouvelable dans le mix énergétique. Depuis, certains pays ont accéléré la démarche. Ainsi, la France vient d’annoncer le volet 2 de son plan d’électrification. Et de nombreux pays émergents (Ghana, Kenya …) y voient des opportunités pour accompagner l’industrialisation de leurs territoires et attirer des capitaux privés, et ce dans une période de baisse des aides financières au développement. Sébastien Treyer indique en quoi le consensus de Dubaï a peut-être accéléré le déploiement des énergies renouvelables : « C’est difficilement quantifiable. Mais cela a donné un signe aux investisseurs et aux Etats. C’est un point de référence mais est-ce suffisamment rapide en terme d’efficacité énergétique ? Difficile à dire. »
Mais tout l’enjeu de l’électrification, souligne l’Iddri, sera d’accompagner la demande en électricité venant des industriels et usagers finaux (en Chine et en Inde, l’offre d’électricité est déjà supérieure à la demande) et de produire de l’électricité verte, issues des énergies renouvelables (en Chine, 55 % de l’électricité provient encore du charbon). D’ailleurs, selon l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis), la production d’électricité à partir du gaz est maintenant trois à quatre fois plus chère que celle provenant du solaire ou de l’éolien. Un argument économique qui pourrait convaincre certains à faire la bascule.
Sortie des énergies fossiles
Autre mesure d’atténuation qui sera au centre des discussions de la COP31 : la sortie des énergies fossiles. Juste avant l’ouverture des négociations, mardi 3 novembre, le Brésil, ancien président de la COP30, a présenté une feuille de route de sortie des énergies fossiles (ce qui n’avait pas été possible l’année dernière). Promesse tenue avec 182 pages qui se veulent une boîte à outils pour aider les pays à réussir ce désengagement fossile et un calendrier dès 2028. Nombreux sont ceux qui espèrent que la COP31 s’emparera de ce document pour inciter les pays à faire leur feuille de route nationale.

Une direction déjà prise par 57 pays qui se sont retrouvés en avril dernier en Colombie à Santa Marta, lors de la première édition de la Conférence internationale sur la transition hors des énergies fossiles, le TAFF (Transitioning Away from Fossil Fuels). Depuis, on peut se désoler qu’en Europe, seuls trois pays aient présenté leur Taff (France, Allemagne et Pays-Bas), aux côtés du Brésil et de la Colombie. Et ce même si certaines ONG comme le RAC (Réseau Action Climat) estiment que les objectifs fixés par la France dans son TAFF restent trop faibles pour limiter le réchauffement climatique à +1,5 degré. Mais rappelons que 150 pays poussés par les COP précédentes ont déjà présenté leur Nationally Determined Contributions (NDC ou plans climats nationaux), couvrant 76 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Durant la COP31, certains espèrent en tout cas une mobilisation des 57 pays de Santa Marta, pour appuyer l’initiative brésilienne.
Pression d’El Niño
On s’attend à des conséquences dommageables du phénomène El Niño à venir, avec une intensité inédite selon Météo-France. D’après le Programme alimentaire mondial de l’ONU, 49 millions de personnes supplémentaires seront touchées par une insécurité alimentaire aigüe en 2027 en raison de ce phénomène. Malheureusement, sur la délicate question de l’aide financière à la COP31 pour faire face à ce genre de phénomène (l’article 9.1 de l’Accord de Paris établit l’obligation pour les pays développés de fournir des ressources financières aux pays en développement), selon l’Iddri, on ne devrait pas s’attendre à de grandes décisions. Les attentes restent pourtant importantes pour financer « l’adaptation » et « les pertes & dommages » liés au changement climatique. Le Nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) est d’atteindre 300 milliards de dollars par an, contre 136 milliards de dollars par an aujourd’hui, financés à 50 % par l’UE. Certains travaillent pour diversifier les sources de financement comme Laurence Tubiana : « Je milite avec beaucoup d’autres sur la création de nouvelles taxes de solidarité qui permettent de taxer les secteurs qui ne payent pas la pollution qu’ils émettent. »
D’autres négociations auront lieu durant la COP31 :
– lancement du deuxième Global Stocktate GST2 (Bilan mondial pour évaluer les progrès par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris);
– mise en place du Mécanisme d’action de Belem pour une transition juste adopté à la COP30 (MAB ou Belem Action Mechanism qui doit accompagner les Etats dans les transformations économiques et sociale induites par la lutte contre le changement climatique);
– déploiement de la Feuille de route forêts 2030, pour mettre fin à la déforestation;
– application de l’Accélérateur mondial (Global Accelerator) pour mieux mettre en oeuvre les 400 initiatives de l’Agenda de l’Action (hors négociations diplomatiques);
– mobilisations en matière d’agriculture, sécurité alimentaire, soutien aux petits producteurs;
– travail sur la réduction du méthane (autre gaz à effet de serre), « une diminution qui pourrait aller plus vite que celle du CO2 et qui pourrait être plus efficace », souligne le RAC.
Liens vers :
– le site officiel COP31 de l’ONU https://unfccc.int/
– la Conférence Santa Marta : https://transitionawayconference.com/
– le site du RAC : https://reseauactionclimat.org/cop31-face-aux-crises-la-cooperation-climatique-est-une-necessite-strategique/




