Une COP31 à deux têtes,Turquie et Australie

Pour la première fois, le grand rendez-vous international climat de l’ONU de novembre 2026 sera piloté par  non pas un mais deux Etats, la Turquie et l’Australie, volontaires dans la transition écologique, mais encore très dépendants des énergies fossiles. Illustration d’une diplomatie écologique fragilisée par la dépendance économique.

par Anne Henry

La Turquie, pays hôte représenté à la COP par Murat Kurum, ministre de l’Environnement, va piloter les 400 initiatives de l’Agenda de l’Action (concept né en 2014 pour soutenir les initiatives publiques et privées, hors négociations diplomatiques). Il se présente comme le médiateur entre les pays du Nord et ceux du Sud global (pays émergents en Afrique, Amérique latine et en Asie). Quant à l’Australie, représentée par Chris Bowen, ministre du Changement climatique, elle sera en charge des négociations. « Le pays se veut être aussi le porte-voix des Etats insulaires du Pacifique, déjà très touchés par la montée des eaux et l’acidification des océans. Nous avons piloté en octobre une rencontre aux îles Fidji, regroupant plus de 3000 personnes, pour arriver avec des propositions fortes à Antalya », a expliqué Lynette Wood, ambassadrice d’Australie en France le 21 octobre dernier devant le Sénat.

Discours paradoxal

Mais le discours de ces deux leaders est fragilisé par leurs propres projets d’extraction fossile : l’Australie reste le troisième exportateur mondial d’énergies fossiles et la Turquie prévoit 30 % de capacités supplémentaires en charbon et gaz d’ici 2à 035, et ce même s’ils se disent engagés dans la transition écologique. Un paradoxe que l’on retrouve chez de nombreux pays, comme la France et ses récentes attaques contre la directive européenne méthane et son soutien indéfectible à TotalEnergies qui continue d’investir dans le pétrole et le gaz. Dans l’UE, 50 reculs législatifs écologiques ont été ou pourraient être votés au Parlement européen dans les mois qui viennent, selon l’ONG Réseau Action Climat (RAC).

La position de l’UE

L’UE devrait pourtant se mobiliser durant la COP pour inciter les pays à publier leur Taff (feuille de route de sortie des énergies fossiles), pour élargir la base des pays contributeurs à l’aide financière auprès des pays vulnérables et pour remettre la science au coeur des négociations dans un contexte de tensions au sein du GIEC. En effet, alors que le Groupement intergouvernemental des experts climat prépare son septième rapport pour 2028 (AR7), une enquête menée par un consortium de médias (l’Humanité, le Guardian …) dénonçait le 21 septembre dernier des conflits d’intérêts au son sein, avec certaines recherches financées et orientées par des pays producteurs d’énergies fossiles comme l’Arabie Saoudite.

Evénement à deux vitesses
La première semaine accueillera le Sommet des leaders (11 et 12 novembre) et les négociations des experts sur différents sujets (électrification, sortie des énergies fossiles, justice climatique, agriculture, désinformation climatique, aide financière, lutte contre la déforestation …), avant de passer le relais aux ministres lors de la deuxième semaine. La coprésidence turque et australienne fera le maximum pour aboutir le vendredi 20 novembre à une Covert Decision (résolution finale) recueillant le consensus des pays, même s’il n’y a rien d’obligatoire. Nombreux sont ceux qui espèrent que l’objectif d’électrification (35 % de la consommation d’énergie finale provenant de l’électricité d’ici à 2035) soit inscrit à l’Agenda de l’action et dans la résolution finale.

La richesse du off

En off, comme d’habitude, il faut s’attendre à des accords bilatéraux entre pays ou groupes de pays. Pour Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), « l’autre intérêt des COP est de rappeler que l’on a besoin du multilatéralisme pour éviter la fragmentation des normes, renforcer la coopération et donner la voix aux pays plus vulnérables comme ceux du Pacifique ». Et de rappeler la chance que durant quinze jours, le climat soit en haut de l’agenda politique, quand il a disparu des discussions dans d’autres institutions ou rencontres mondiales comme la Banque mondiale ou le G7. Alors que l’ONU vient d’annoncer que nous sommes sur une trajectoire de réchauffement climatique de + 2,6 degrés. Et durant cette quinzaine, les acteurs de la société civile – ONG, entreprises, élus, religieux, syndicats, universitaires, peuples autochtones, associations – se rencontreront pour du partage d’expériences et tenter d’influencer les négociations.

Anna Biausque, étudiante en Master II à Sciences Po Lille, membre des Jeunes délégués climat présents à la COP31 d’Antalya

Place aux jeunes

La France, de son côté, envoie une délégation interministérielle (issue des ministères de la Transition écologique, des Affaires étrangères, de l’Economie et de l’agriculture), sous la houlette de l’ambassadeur Climat Benoît Faraco, accompagné par des Jeunes délégués climat (étudiants et chercheurs). Anna Biausque, étudiante en Master II à Science Po Lille, qui fait partie de cette délégation, va notamment participer aux négociations sur la finance et la désinformation climatique (ACE Action for Climat Empowerment) : « On souhaite mettre les jeunes au centre des négociations car on sera les plus concernés par les problématiques climat à l’avenir. » La COP est-elle utile ? « C’est une question légitime que tout le monde se pose, répond Anna Biausque. Pour autant, c’est le seul espace de multilatéralisme qui fonctionne encore un peu sur les questions du climat. Certes, ce modèle n’est pas parfait : problème d’inclusion de la société civile, fonctionnement par consensus difficile … Mais c’est le seul moment où l’on peut mettre tous les pays autour de la table. Si on n’a pas plus les COP, ce serait une catastrophe ».

 

Conférence de presse en Turquie (septembre 2026) pour annoncer le Sommet des Peuples devant se dérouler pendant la COP31 d’Antalya © DR

Quelle écologie en Turquie ?
Le pays hôte a multiplié les conférences dans tout le pays sur les enjeux de la transition écologique durant les mois qui ont précédé le rendez-vous onusien, et ce même si l’écologie doit encore convaincre, comme le souligne Hélène Olympe, enseignante franco-turque à Antalya et coordinatrice de la Fresque du Climat en Turquie : «C’est une société paradoxale, qui a toujours eu un rapport fort à la nature, de par son héritage historique et culturel liés aux peuples nomades turcs. Et parallèlement, comme partout, la population a basculé dans le consumérisme et la bétonisation du pays est galopante. » Pour un jésuite français en poste à Ankara au plus près des populations locales et dont la communauté sera présente dans l’enceinte de la COP sur les questions de justice climatique, l’écologie n’est pas un sujet du quotidien pour tout le monde : « Il n’y a toujours pas de tri des ordures chez les habitants et ils sont davantage concernés par les problèmes économiques, inflationnistes et politiques. »
Le RAC s’inquiète des conditions de participation de la société civile durant la COP31 ; une manière d’évoquer notamment les atteintes à la liberté d’expression et de manifestation en Turquie, particulièrement des défenseurs des droits humains et de l’environnement et des journalistes. Le pays hôte a en tout cas déjà annoncé qu’aucune entorse aux lois turques ne sera faite. Mais soulignons tout de même l’organisation autorisée d’un Sommet des Peuples, comme l’explique Hélène Olympe : « Il n’y a pas tous les ans un Sommet des Peuples aux COP. Mais cette année, nous sommes fiers d’accueillir 130 organisations de 32 pays du 14 au 18 novembre, en marge de la zone des négociations de la COP, avec des présentations d’initiatives et des revendications écologiques diverses. »

Liens :
– auditions des ambassadeurs australien et turc devant le Sénat du 21 octobre : https://www.senat.fr/actualite/cop-31-quelles-ambitions-pour-le-climat-8458.html
– enquête sur le GIEC : https://www.humanite.fr/environnement/arabie-saoudite/le-giec-sous-influence-de-larabie-saoudite-enquete
– Sommet des Peuples https://hiz2026.org/en/join-us-for-climate-justice/

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