La faune sauvage crève de soif : comment lui venir en aide

En période de canicule, la faune sauvage souffre autant que nous du manque d’eau et de la chaleur. Les centres de soins pour animaux sauvages sont débordés par les appels au secours : des oisillons et des chauves-souris s’échappent de leurs gîtes chauffés à blanc, des jeunes lézards des murailles grillent au soleil et la faune aquatique succombe lors de l’assèchement des rivières. Becs ouverts et langue pendante, la faune nous demande de l’aide. Elle n’est pas responsable du changement climatique. Elle n’a pas nos capacités à limiter son impact et elle en paye le prix. Or, nous devons marteler l’idée que nous ne parviendrons pas à limiter le réchauffement climatique sans l’aide de la biodiversité.

par Jean François Noblet

Alors, s’il reste quelques citoyens conscients de l’étendue du désastre de cette crise climatique qui menace notre survie, je voudrais vous inciter à partager un peu de l’eau devenue si rare pour sauver quelques bestioles.

Lézards des murailles morts de chaud © JF Noblet

Rappelons ce que nous devrions apprendre à l’école primaire : l’eau est vitale. Pour nous, mais aussi pour tous les êtres vivants. Les libellules, les amphibiens s’y reproduisent, les oiseaux s’y abreuvent et se baignent, même en hiver. Les chauves-souris doivent boire toutes les nuits durant l’été et on sait aujourd’hui que lézards et serpents meurent de déshydratation.

Baignoire pour oiseaux et insectes © JF Noblet

L’association le Pic vert a recensé en 2025 tous les points d’eaux du Parc Naturel Régional de Chartreuse au- dessus de 1000 mètres d’altitude. Sur les 130 points d’eaux inspectés, seuls 6 sont totalement accessibles à l’ensemble de la biodiversité et on constate une privatisation de la ressource au profit de l’eau potable et de l’élevage. S’il n’est pas question de contester ces besoins, il est toujours possible de partager un peu d’eau pour la faune.

Couvercle de poubelle utilisé comme baignoire © JF Noblet

Que peut-on faire ?

Prendre un dessous de pot de fleur en argile rouge de 30 cm de diamètre. L’installer à l’ombre d’un buisson, en hauteur à l’abri des chats domestiques et le remplir de 2 cm d’eau propre. Les oiseaux, les lézards, les abeilles viendront en profiter. Si vous y distinguez des larves de moustiques, il suffit de verser l’eau sur vos plantations et d’en remettre.

Si on dispose d’un bout de terrain, créer une mare sera une bonne idée (10m x 7m et une profondeur de 1,20 m). Evidemmen,t il faut renoncer à y mettre des poissons qui risquent de manger toute le faune aquatique et on utilisera une bâche EPDM recouverte d’une toile en fibre de coco pour l’étanchéité si le terrain est perméable. Dans une zone d’agriculture intensive (plaine de Bièvre en Isère), le Pic vert a créé une mare en 2019. Ce point d’eau a attiré 104 espèces d’oiseaux, 12 de mammifères, 39 de papillons, 22 de libellules, 3 amphibiens et 4 reptiles dans cette oasis !

Echappatoire pour la faune © JF Noblet

L’arrosage compte-goutte au jardin, le paillage des inter-rangs de légumes favoriseront toute la petite faune.
Installer un récupérateur de l’eau de pluie des toits sera aussi une bonne idée pour l’économie de l’eau et son usage raisonné.

Attention toutefois aux risques de noyages des chouettes, des écureuils et des lézards dans des récipients contenant de l’eau sans possibilité d’échappatoires. On installera des grillages fins sur les parois des baignoires posées dans un pré et des abreuvoirs pour permettre aux animaux attirés par l’eau de sortir de ce piège. La firme La Buvette, spécialisée pour l’abreuvement du bétail, vend un kit d’échappatoire à mettre en place.

Bouée de sauvetage dans un skimmer de piscine © JF Noblet

Il convient aussi de parler de la multitude des animaux qui se noient dans les piscines en cherchant à boire. On peut les recouvrir d’une bâche la nuit, éviter les plantations de fleurs en bordure qui attirent des abeilles, des papillons et des criquets. On peut laisser flotter dans l’eau une pièce de bois ou de plastique et surtout mettre un bout de polystyrène dans les skimmers (écumeurs de surface). Cette bouée permettra le sauvetage de toute la petite faune.

Les rescapés d’un skimmer de piscine © JF Noblet

On trouvera dans mon livre Agir pour la biodiversité tout autour de vous, aux éditions Plume de carotte, tous les détails pour mettre en pratique ces conseils. Je donne ce livre et je vends la dédicace 18 €+ 5 € de port.

Enfin, faites l’expérience suivante si vous disposez d’un bout de jardin : pissez dehors et vous verrez abeilles et lézards accourir au son de votre jet d’urine. Rien de perdu et vous économisez l’eau de vos toilettes.

Pie grièche écorcheur au bain © JF Noblet

Tout ce qui économise l’eau devient vital pour notre survie et son partage avec la biodiversité une évidence et un impératif moral qui devraient constituer une priorité pour les candidats à l’élection présidentielle.

Pour en savoir plus et contacter Jean-François Noblet : www.ecologienoblet.fr

 

Photo du haut :  rossignol au bain © JF Noblet

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