Paul Watson, le pirate au grand coeur : « le futur des océans est notre futur »

En 2024, Paul Watson avait été emprisonné pendant 5 mois au Groenland, pour une action militante contre un navire baleinier. Loin de s’être laissé intimider, le fondateur de Sea Shepherd, qui vit désormais en France, est ressorti de cette épreuve encore plus déterminé à continuer le combat de sa vie, face à l’urgence du réchauffement climatique et de la pollution des océans. Il s’exprime sur les raisons de son action et sur ses priorités pour le futur.

Propos recueillis par Nadine Adam

La majorité des problèmes viennent de ce que l’homme croit être l’espèce la plus importante, et que les autres espèces sont là pour le servir. Les systèmes économiques et religieux mettent en avant le biocentrisme. Nous ne sommes qu’une espèce parmi les autres, et devons apprendre à vivre en harmonie. Les autres espèces peuvent vivre sans nous, mais nous ne pouvons vivre sans elles. Depuis 1950, le phytoplancton diminue dans la mer. C’est le plus important écosystème de la planète. Si le phytoplancton disparaît des océans, nous allons mourir, nous ne pouvons vivre sans. L’un de nos bateaux se trouve actuellement au Chili, près de l’Océan arctique, car une flotte japonaise veut pêcher du krill. Ce petit crustacé est la nourriture des baleines, pingouins, oiseaux, qui ne peuvent vivre sans. La raison pour laquelle on le pêche, c’est pour que tout le monde puisse avoir du saumon d’élevage bon marché, car ils sont nourris avec.

Paul Watson lors d’une conférence au Salon Vivre Autrement le 15 mars 2026 © Nadine Adam

La baisse de la biodiversité est la principale menace pour les océans

La menace qui pèse sur les océans est très grave : la pollution, les zones mortes, la surpêche, les filets dérivants, la destruction des coraux, le forage en mer, les chasses illégales aux baleines et phoques, etc. Le futur des océans est notre futur. Il est primordial de protéger la vie dans les océans. Pour pouvoir survivre, il faut un accord sur la règlementation de la pêche  Sinon, d’après les scientifiques, en 2048, il n’y aura plus de poissons dans les océans. A ma naissance,, il y avait 3 milliards d’humains sur Terre, maintenant, nous sommes 8 milliards qui mangeons poissons et viandes.

Lors des conférences internationales comme l’UNOC de Nice en juin 2025, il ne se passe jamais rien. Que du bla bla bla. Ils signent des papiers qui ne signifient rien. Les leaders ne prennent pas en compte les sujets écologiques, car c’est un suicide politique. En réalité, nous faisons face aux compagnies pétrolières qui gouvernent. Les maires et élus locaux essaient, mais ça ne remonte pas. Le premier défi est de susciter l’attention mondiale contrôlée par les médias, qui nous disent quoi faire. Et les milliardaires contrôlent les médias pour nous contrôler (leur credo : sexe, scandales, célébrités). En 1977, j’étais avec Brigitte Bardot sur la banquise pour les bébés phoques, et ce fut un succès. En Russie, concernant la capture des bélugas, c’est grâce à Pamela Anderson que Poutine a écouté. Si l’on a un message à passer, il faut que ça choque.  Il y a quelques années, des dauphins sont morts sur une plage. Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, a fait déposer les cadavres sur les marches de la Tour Eiffel. La police a dit que c’était illégal, mais ça a eu le mérite d’avoir été vu. Il ne faut pas avoir peur d’être arrêté. C’est le seul moyen de faire évoluer la loi. Ce que chacun peut faire est si important. Chacun peut utiliser ses talents propres, qu’il soit avocat, écrivain, enseignant, acteur, journaliste….. Chacun peut faire sa part, et la mettre au service pour créer un monde meilleur.

Dans les mois à venir, Sea Shepherd a le projet de lancer plusieurs campagnes contre les braconniers dans l’Antarctique pour lutter contre la pêche au krill, de mener des patrouilles à Mayotte contre la pêche aux tortues, espèces protégées et de créer un sanctuaire pour les orques en Méditerranée. La France peut faire beaucoup de choses, mais l’argent est gaspillé pour les guerres et les armes. A travers le monde, nos activités sont de plus en plus sanctionnées, car elles sont considérées comme des menaces. On est considérés comme « terroristes » si on est contre l’exploitation de la Terre. Si vous voulez que je sois un pirate, je serai un pirate, Les pirates font des choses positives, des avancées avec des résultats concrets. Au XVIIe siècle,ils élisaient leurs membres, ils étaient en avance ! Je suis honoré de servir toutes les créatures vivant sur Terre et dans les océans. Leur beauté, leur intelligence, leur force m’ont inspiré et ils m’ont tellement touché. Je suis un homme heureux.

 

Après avoir rencontré Paul Watson à Paris, ce qui a changé sa vie, Lamya Essemlali a rejoint Sea Shepherd France en 2005. Elle en est la présidente depuis juin 2008. « Paul met ses talents au service d’une cause noble:  défendre les océans, les baleines, les phoques, les dauphins et toutes espèces en danger; car la situation s’aggrave. C’est un homme hors du commun », explique-t-elle dans ce livre qui montre concrètement l’urgence d’oeuvrer pour la vie et pour le futur. Lamya Essemlalil y remercie Paul, qui l’a inspiré et lui a montré que rien n’est impossible, ainsi que tous ceux qui les soutiennent et contribuent à les aider d’une façon ou d’une autre.
Paul Watson. Sea Shepherd, le combat d’une vie, 265 pages, éditions Harper Collins Poche, 7,40 euros.

 

Photo du haut : Paul Watson avec Nadine Adam (JNE) © Nadine Adam

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