Les JNE misent sur la jeune génération des journalistes

 

 

 

par Isabelle Vauconsant

 

 

 

 

 

 

Les Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie ne se contentent pas de témoigner des bouleversements du monde. Ils choisissent de former celles et ceux qui en rendront compte demain. Prix, terrain, conférences : une génération prend la relève.

Un prix, une promesse

Trois prix de 1 000 euros chacun. C’est ce que les JNE, en partenariat avec l’Université Paris Dauphine-PSL et la Fondation Madeleine abritée par la Fondation Dauphine, proposent cette année à des journalistes, notamment les plus jeunes, qui enquêtent sur l’écologie. L’appel à candidatures court jusqu’au 19 juin 2026. Le principe est simple : envoyer une enquête, écrite, audio, vidéo ou multimédia, et laisser un jury l’évaluer selon des critères exigeants. Originalité du sujet, prise en compte des enjeux écologiques, respect de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique et des recommandations du Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation sur le traitement des questions scientifiques : rien n’est laissé au hasard.

Ce n’est pas un gadget institutionnel. C’est un signal. Celui d’une association qui sait que le journalisme environnemental n’a de futur que si des voix nouvelles l’alimentent, le questionnent, le renouvellent. En dotant ces prix, les JNE affirment que l’enquête sur l’écologie mérite autant de rigueur et de reconnaissance qu’un autre terrain.

Antalya en ligne de mire

En novembre 2026, la COP31 se tiendra à Antalya, en Turquie. Les négociations climatiques, après des années de déceptions et de rendez-vous manqués, restent pourtant un moment décisif pour la diplomatie environnementale mondiale. Les couvrir de l’intérieur, accéder aux couloirs, aux délégations, aux apartés : voilà ce que peu de journalistes pigistes peuvent se permettre, faute de moyens.

Les JNE souhaitent changer cela. L’association envisage d’aider des journalistes indépendants à se rendre sur place. Ce soutien, encore en construction, part d’un constat têtu : le journalisme de terrain coûte cher, et les rédactions qui le financent rétrécissent. Cependant, l’information climatique de qualité ne peut pas se faire depuis un bureau parisien. Elle exige la présence, le contact, la durée.

Accompagner de jeunes pigistes à Antalya, c’est donc investir dans une couverture plus diverse, plus incarnée. C’est aussi reconnaître que la précarité professionnelle est devenue, pour la nouvelle génération de journalistes environnementaux, un obstacle structurel à l’exercice même du métier.

Les jeudis de l’écologie JNE reprennent du service

Il y a quelques semaines, les Jeudis de l’écologie ont repris. Ces rendez-vous organisés à l’Académie du Climat, à Paris, sont désormais portés par de jeunes consœurs membres des JNE : Sarah Younan et Pauline Guibert. Leur premier rendez-vous a posé une question que la frénésie de la transition énergétique rend incontournable : Des mines pour l’environnement : antidote ou intox ? Un débat nécessaire, alors que l’État français a lancé en 2025 un vaste inventaire des ressources du sous-sol pour sécuriser l’approvisionnement en métaux et terres rares, ravivant avec lui les inquiétudes des populations locales et le souvenir d’un lourd héritage environnemental.

Leur prochain rendez-vous pose une question que les sécheresses successives ont rendu impossible à esquiver : Dessalement : la France en a-t-elle vraiment besoin ? Face aux tensions croissantes sur la ressource en eau, plusieurs voix plaident pour déployer des usines de dessalement sur le littoral français. D’autres pointent le coût énergétique, l’impact sur les écosystèmes marins, et le risque de traiter le symptôme plutôt que la cause. En outre, la question engage des choix d’infrastructures qui s’étaleront sur plusieurs décennies.

Que de jeunes journalistes pilotent ces débats, ce n’est pas symbolique. C’est une prise de responsabilité éditoriale. Elles choisissent les sujets, structurent les questions, invitent les experts. Par ailleurs, elles démontrent que la transmission ne passe pas uniquement par la cooptation silencieuse des anciens, mais par une passation active, assumée, visible.

Rejoindre les JNE : une offre, pas un entre-soi

L’association souhaite accueillir de nouveaux membres jeunes. Non par souci cosmétique, mais parce qu’une association de journalistes qui ne se renouvelle pas finit par parler d’un monde qu’elle ne couvre plus vraiment. Le journalisme environnemental évolue vite. Les formats, les plateformes, les publics, les angles aussi. La jeune garde le sait d’instinct, car elle y est née professionnellement.

Les JNE ont une histoire, une légitimité, un réseau. Ils ont aussi des événements, des partenariats institutionnels et pour boussole, la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique qu’ils ont contribué à écrire. Ce sont des ressources précieuses pour qui débute dans ce secteur exigeant. En retour, les nouveaux membres apportent ce que l’ancienneté érode parfois : l’énergie du doute, l’envie de bousculer les formats, la capacité à trouver des audiences là où elles se trouvent désormais.

Ce n’est donc pas un appel à la relève au sens nostalgique du terme. C’est une invitation à construire ensemble, dans un moment où le journalisme environnemental n’a jamais été aussi nécessaire, ni aussi fragile. Agences publiques, comme l’Ademe ou l’OFB, associations, structures d’économie circulaire, opérateurs de terrain… : tous voient leurs marges de manœuvre se réduire. Les raconter, les documenter, les défendre par le récit : c’est précisément ce que les JNE entendent transmettre à celles et ceux qui viennent.

Journalistes-écrivains pour la Nature et l’écologie Devenir adhérent Nos soutiens

Contact Espace Adhérents Facebook Bluesky Linkedin