ONF, niet !

Dans le contexte de la rencontre organisée par les JNE le 8 janvier 2026 autour de sa pensée pour le 20e anniversaire de sa mort, nous mettons en ligne sur ce site un ensemble de textes de François Terrasson, en partie inédits. Voici son avis bien tranché sur l’Office national des forêts.

Combien de siècles pourrait-on passer à échanger des arguments techniques avec les actuels gestionnaires de la forêt publique française ?

A quoi bon ?

Un Établissement Public Industriel et Commercial sûr de lui-même et dominateur consent à expliquer sa politique aux citoyens contestataires. Mais ses actes ne changent pas.

L’Office national des forêts tient pourtant un langage séduisant. Tous les poncifs et lieux communs du vocabulaire écolo y sont repris, retournés et pervertis. Ce n’est pas en une page qu’on analyse ces performances dans le domaine de la persuasion clandestine.

Mais on peut comprendre vite la force des mythes anti-nature qui sont à l’œuvre. L’adoration de l’artifice y est une nouvelle religion masquée sous des arguments économiques ou pseudo-écolo.

Un seul exemple chers amis ! On dégage actuellement les bordures des routes forestières sur quelques mètres de large. C’est un acte poétique expliquent les brochures des géniaux paysagistes créateurs d’ambiances. Il s’agit d’empêcher « l’impression de mur végétal ».

Voilà un bel aveu de la haine de la forêt. Justement, le sauvage qui aime les bois profonds, lui, ce qui lui fait du bien, ce qui lui donne de l’énergie, ce qui le fait rêver, c’est qu’en passant en voiture à travers la forêt il ait le sentiment d’être sur un tout petit fil de civilisation, encadré, presque bouffé de toutes parts par l’exubérance végétale de la grande forêt.

Le mur végétal c’est toute la présence de l’immensité d’arbres qui se devine, s’impose et pénètre l’imagination.

Tristes esprits coincés et dépourvus d’émotions, de faux gestionnaires glacés préparent comme ils le disent les « espaces de demain ». Ceux qui sont visés ici ne sont pas les seuls. Tous les pays du monde en fabriquent. Pour leur répondre il faut se placer sur le terrain qui les anime : idéologique et religieux. « Ils disent que la forêt a besoin d’être coupée afin qu’une nouvelle récolte puisse pousser. Mais les collines doivent demeurer telles qu’elles ont été créées au commencement des temps par Wakan Tanka ».

Ca, c’est une lettre des sioux Lakota à l’Office fédéral des forêts.

Mais je n’en suis pas là. Je pense qu’on peut produire et couper du bois. Mais ce que j’admire c’est que les Lakota ont compris tout de suite quel était le vrai terrain du combat. L’allure que l’on souhaite voir au monde, l’ambiance, le « look », l’esthétique, les agencements mystérieux qui font aimer un espace, voilà toute la force explosive autour de laquelle tourne le conflit.

Entre l’amateur de forêt désordonnée et le nettoyeur en chef il y a des années lumières, plus de distance mentale sans doute qu’avec les premiers extra-terrestres que nous rencontrerons.

Alors, et si on arrêtait de se laisser domestiquer dans les réunions ? Si on mettait en œuvre un vrai refus ?

Je me souviens d’avoir fréquenté une race de techniciens durs dans un pays aujourd’hui disparu. Ils m’ont appris les mots qu’il fallait prononcer pour refuser. Evidemment leur obstruction se faisait contre la défense de la Nature. Mais il y avait à apprendre. Ils avaient une vieille et décisive technique du refus dont nous aurions bien besoin nous autres, gentils naturalistes stressés.

C’est presque avec bonheur que je me souviens de ces réunions soviétiques où dès qu’on poussait le bouchon un peu trop loin retentissait le mot magique.

Le mot que nous allons utiliser nous aussi, excédés de développement durable bidon, d’arguties, de faux semblants…

Face à la politique de l’Office notre réponse ne doit plus avoir besoin de développements détaillés.

Puisqu’on le pense, disons-le :

NIET

Photo : forêt en réserve intégrale © J.C. Génot

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