Le lynx boréal par Marine Drouilly

Enfin une monographie sur le lynx boréal. Il manquait un ouvrage de synthèse sur le lynx en langue française, les éditions biotope ont remédié à cette carence en publiant « Le lynx boréal » en 2025. Ce livre a été rédigé par Marine Drouilly, biologiste de la faune sauvage et chercheure associée à l’université du Cap (Afrique du Sud) où elle a réalisé une thèse de doctorat sur les interactions entre prédateurs et animaux d’élevage. Marine Drouilly a également rédigé un Plan d’actions pour la conservation du lynx en France au titre de la Société Française d’Études et de Protection des Mammifères à la demande du WWF France dont l’État s’est inspiré pour son Plan national d’actions relatif au lynx. Le livre est principalement illustré par les photos de Laurent Geslin, qui vit dans le Jura et a réalisé en 2022 un film sur le lynx.

Il suffit de regarder l’abondante bibliographie consultée par l’auteure pour se rendre compte du travail considérable qu’elle a réalisé pour cet ouvrage qui fera date pour la connaissance du lynx. Tous les aspects de la biologie et de l’écoéthologie du lynx sont détaillés dans cette monographie et étayés par de multiples références. En plus du texte de l’auteure, le livre est enrichi d’encadrés rédigés par les meilleurs spécialistes de thèmes spécifiques comme les divers programmes de renforcement ou de réintroductions, le réseau loup-lynx de l’Office Français de la Biodiversité, l’intérêt de la télémétrie pour la recherche, les pièges photographiques pour la reconnaissance individuelle des lynx par leur pelage, l’usage de chiens de détection pour la recherche et la collecte d’échantillons génétiques non invasifs (laissées, poils, urine), les traces archéologiques du lynx en France, la perception du lynx par les chasseurs et les éleveurs du massif jurassien, la nécessité d’impliquer le monde de la chasse dans la conservation du lynx, l’importance de la concertation, le bilan et la gestion des lynx juvéniles isolés et en détresse en Europe, la réduction des collisions routières, la surveillance sanitaire, le plan national d’action en faveur du lynx et sa déclinaison dans le massif des Vosges, l’historique de la réintroduction dans le massif des Vosges, les lâchers illégaux du lynx en Écosse ou encore l’évolution des techniques de suivi.

Parmi les données marquantes de cette monographie, je retiens que sur les 13 populations de lynx vivant en Europe : 4 seulement sont des populations autochtones situées au nord (Scandinavie et Finlande) et à l’est (Baltique, Carpates et Balkans où la population est menacée) mais toutes celles situées en Europe de l’Ouest (Italie, Allemagne, Suisse, Slovénie, France) ont été réintroduites. Il n’y aurait pas eu de développement naturel sans réintroduction car toutes ces populations sont isolées des populations existantes. Leur croissance est lente, voire négative, malgré un habitat favorable disponible. Ces populations réintroduites sont fragiles à cause des menaces qui pèsent sur le lynx :
…. – La destruction illégale liée à la faible acceptation (chasseur, éleveur) ou des conflits autour de sa conservation
…. – Les collisions avec les véhicules liées à la fragmentation de l’habitat par les infrastructures de transport
…. – La faible diversité génétique et la consanguinité accentuée par la fragmentation et la perte d’habitat couplées à des facteurs intrinsèques à l’espèce comme sa capacité de dispersion limitée et la taille des populations fondatrices dont il faut rappeler qu’elles ont été majoritairement constituées à partir de lynx venus des Carpates slovaques

L’ouvrage termine sur la feuille de route des biologistes de la conservation, à savoir renforcer les populations existantes, restaurer la diversité génétique et connecter les populations isolées pour faire des méta populations*. L’auteure insiste sur les conditions nécessaires pour mener à bien le renforcement des populations isolées : une évaluation rigoureuse des conditions écologiques du milieu, des équipes compétentes et une prise en compte des répercussions possibles sur les populations humaines. L’environnement social joue un rôle déterminant dans l’issue de ces renforcements. Certaines réintroductions ont réussi parce que les organisations de chasseurs et/ou d’éleveurs étaient partie prenante du projet comme ce fut le cas dans le Palatinat. A l’inverse, des tentatives de lâchers illégaux comme celui qui a eu lieu en Écosse en 2025 sont vite vouées à l’échec et risquent d’enterrer définitivement tout futur projet. Mais quoi qu’il advienne les renforcements ne suffisent pas pour assurer la viabilité à l’horizon 2130 et devraient être accompagnés d’une augmentation de la connectivité écologique et de la baisse des destructions illégales.

Cet ouvrage n’est pas seulement un outil indispensable pour tous ceux qui s’intéressent au lynx et veulent connaître sa biologie et son écologie en détail, il est aussi un guide de biologie de la conservation d’un prédateur menacé.

*une métapopulation désigne un ensemble de populations d’une même espèce qui sont séparées spatialement par des barrières géographiques ou des discontinuités de leur habitat. Entre ces populations, il existe des flux de gènes plus ou moins abondants et fréquents, grâce à la dispersion des individus

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Éditions Biotope, 350 pages, 35 € – www.biotope-editions.fr
Contact presse : Dakota communications – biotope@dakota.fr
(Jean-Claude Génot, écologue)
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