Les audionautes – À l’écoute des chants de la terre par Caroline Audibert

C’est en 2009, lors d’un voyage en Guyane que Caroline Audibert a pleinement pris conscience des chants de la terre. Son premier sommeil au cœur de la forêt amazonienne a été interrompu par les cris des singes hurleurs. « Ils enflaient par salves successives et prenaient tout l’espace. » Les jours suivants, elle découvre tout un univers sonore : les oiseaux, les insectes, les mammifères, le vent dans les arbres, le fleuve. « Un sens resté jusque là en bouton venait d’éclore. J’écoutais. Le monde bruissait. » Il lui faudra encore du temps pour se mettre en quête des audionautes. « Entendons par là, toute personne qui tend l’oreille et navigue à travers les sonorités de la Terre à la manière des marins. Guidé par l’écoute, l’audionaute se fait ainsi connaisseur des choses non humaine, des puissance à l’œuvre comme des êtres qui en procèdent et se meurent. »

En 2013, elle découvre l’œuvre de Bernie Krauss, à la fondation Cartier. « Concentrée sur ces récits sonores en sursis, je déambulais et écoutais se dérouler ces scènes de vie rendues étonnamment proches bien que privées de corps. » Elle consacre de nombreuses pages à cet audionaute par excellence qu’elle rencontrera à plusieurs reprises. D’autres écoutants suivent : Jérôme Sueur, écoacousticien du Muséum Nationale d’Histoire Naturelle (MNHN), Sandrine Pavoine, biomathématicienne, Pierre Olivier Mattei, acousticien au CNRS, Aziz El-Amraroui, chercheur en neuroscience … Au fil de ces rencontres, ses oreilles s’ouvrent, s’affinent, l’augmentent et l’engagent toujours plus loin dans une écologie du lien, voire de la réparation. Le reportage se termine par un retour en Guyane en 2022 en compagnie de l’ethnomusicologue Jean-Michel Beaudet. Elle vit une nouvelle immersion dans la forêt amazonienne où « tu ne vas pas loin avec ton œil.».

Les scientifiques constatent un crescendo des bruits humains aux dépens des autres vivants. Bernie Kraus parle de la « cacophonie » générée par l’activité humaine qui détruit progressivement les harmonies naturelles . « L’emballement des décibels représente un péril aussi grand que celui du CO2 ou du méthane qui gangrène l’atmosphère. Qui le sait ? Qui le dit ?  demande Caroline Audibert.  Si nous faisions pousser nos oreilles, le monde en serait changé. » Son livre, très stimulant, donne vraiment envie de (ré)apprendre à écouter les chants de la terre.

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Éditions Acte Sud, 464 pages, 24 € – actes-sud.fr
Contact presse : Marlène Teyssedoux. Tél. : 06 66 49 64 65 – m.teyssedoux@actes-sud.fr
(Danièle Boone)
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