En Europe, les tiques sont à l’origine de la majorité des maladies vectorielles transmises à l’être humain, et ce risque sanitaire concerne tous les utilisateurs de la nature. Ce petit livre rédigé par des chercheurs et des vétérinaires fait un point de la situation objectif et modéré. Il commence par le portrait de ces acariens géants, avec une planche anatomique aussi déroutante que le sont ces animaux. Le texte s’attache en particulier à Ixodes ricinus, l’espèce piquant le plus fréquemment les humains (certaines ne s’attaquant jamais à nous, et aucune n’est spécifique à Homo sapiens). Son cycle de vie implique trois hôtes : d’abord généralement un petit animal du genre rongeur pour la larve, puis un plus volumineux (un merle par exemple) pour la nymphe, et enfin un gros mammifère (généralement un cervidé chez les animaux sauvages) pour l’adulte. La femelle, qui a grossi plus de 100 fois, tombe au sol et pond entre 2 000 et 3 000 œufs. Chez la plupart des tiques l’accouplement se déroule sur la victime, pendant le repas de sang de la femelle ; chez Ixodes ricinus il a lieu au sol avant celui-ci. Il existe aussi des reproductions non sexuées par parthénogénèse, pour lesquelles les mâles sont inutiles.
Parmi les espèces les plus originales, les tiques Antricola vivent dans des grottes et ne se nourrissent pas de sang, mais de guano de chauves-souris ! Saviez-vous que certaines sont en voie de disparition ? Cela peut être dû aux bouleversements climatiques, à la disparition du milieu naturel ou de l’espèce hôte, comme pour la tique du rhinocéros Amblyomma rhinocerotis. La question de la sauvegarde d’un tel parasite soulève au passage des questions philosophiques intéressantes. Plus près de chez nous, les chiens, les chats, les vaches ou les chevaux sont tous susceptibles d’être mordus et de contracter des maladies. Pour l’humain, les plus connues sont la borréliose de Lyme (prononcez Laïm) et l’encéphalite à tiques ou TBEV (tick-borne encephalitis virus), en expansion en France, transmissible également avec les produits au lait cru de chèvres infectées. Une rumeur à la limite du complotisme attribue l’apparition de Lyme à un laboratoire nazi installé sur une île de la côte est des États-Unis, mais l’homme des glaces Ötzi, qui date de plus de 3 000 ans, en était déjà infecté !
Ce petit livre assez riche évoque d’autres maladies, notamment tropicales, dues aux tiques et les différentes manières d’y remédier. Avec cette constatation : certaines tiques posent des problèmes mais font partie des écosystèmes et il est inenvisageable de les éradiquer. Les acaricides sont nocifs pour la nature et la santé, et les populations de tiques finissent par faire apparaître des individus résistants. D’autres solutions, comme les prédateurs naturels (guêpes parasitoïdes, nématodes ou champignons entomopathogènes), ou encore des vaccins, pas tous entièrement au point, sont présentées. Les premières mesures à prendre sont préventives : rester dans les sentiers (ce qui est difficile pour les forestiers, photographes et autres professionnels), porter des vêtements couvrants, utiliser des répulsifs, et retirer les éventuelles tiques au plus tôt.
Au final, les auteurs pèsent l’équilibre bénéfice/risque entre les précautions à prendre et la fréquentation de la nature, dont nous avons tant besoin, et dont il ne faut pas se priver. Car s’il est vrai que les risques sanitaires sont réels et les populations de tiques fluctuantes, nous ne constatons pas non plus d’invasions. Des tiques, oui, mais pas de panique !
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Éditions Quæ, 120 pages 17 € – www.quae.com
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(Marc Giraud)
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