Vous avez jusqu’au 30 juillet pour participer à la consultation publique concernant le renouvellement scandaleux pour trois ans (2026-2029) de la liste des espèces animales (4 mammifères et 5 oiseaux) considérées comme « Susceptibles d’Occasionner des Dégâts » (les « ESOD », anciennement appelées nuisibles) et ainsi manifester votre opposition !
par Pierre Grillet
Le projet d’arrêté prévoit le maintien du classement de neuf espèces sauvages sur la liste nationale des ESOD. Pendant trois ans encore, des mesures de destruction sur de vastes territoires pourraient être prises vis à vis des espèces suivantes : Renard roux, Martre, Fouine, Belette d’Europe, Pie bavarde, Geai des chênes, Corneille noire, Corbeau freux et Étourneau sansonnet. En France, chaque année, 1.7 million de renards, mustélidés (fouines, martres) et corvidés (pies, corbeaux et corneilles) sont tués pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires (zoonoses) attribués à ces « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ».
Des études scientifiques qui contredisent l’efficience d’un tel arrêté
En 2023, des chercheurs ont publié les résultats d’une synthèse des connaissances sous l’intitulé : « Les prélèvements des Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod) réduisent-ils les dégâts qui leur sont imputés ? » Leurs résultats sont clairs :
1) concernant les « dégâts » sur la faune, aucune publication n’a été réalisée sur l’effet de l’élimination de la martre des pins et de l’étourneau, pourtant bien qu’inscrits sur la liste Esod actuelle;
2) 70 % des études portant sur les dégâts sur la faune montrent que le prélèvement d’Esod n’a pas d’effet significatif sur la réduction de leur prédation sur la faune.
Une nouvelle étude, menée par des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que la destruction de millions d’animaux jugés « nuisibles » en France ne réduit pas les dommages économiques qui leur sont attribués. Ces destructions ne régulent pas non plus les populations animales concernées, et représentent un coût économique huit fois plus élevé que les déclarations de dégâts imputés à ces espèces. Voici le résumé de leur étude : « Chaque année, 1,7 million de renards, de mustélidés et de corvidés sont abattus en France afin de réduire les risques sanitaires ainsi que les pertes économiques affectant les activités et les biens humains. L’efficacité de la stratégie de régulation létale mise en œuvre n’a jamais été évaluée. Nous avons analysé sept années de données relatives aux coûts des dommages et à l’effort de régulation létale à l’échelle nationale ; nous n’avons trouvé aucun lien entre l’effort de régulation et l’évolution des coûts des dommages signalés… Nous présentons également la première évaluation économique de la régulation des vertébrés indigènes considérés comme nuisibles en France. L’effort de régulation létale a été estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an, alors que le coût annuel officiel des dommages s’élève à une fourchette comprise entre 8 et 23 millions d’euros. Rien ne prouve que l’effort de régulation apporte un quelconque bénéfice. La régulation létale réduit potentiellement les services écosystémiques associés à ces espèces, tels que la prédation des rongeurs et la dispersion des graines ».
Le scandale des lâchers de gibier trop rarement dénoncé !
Les chasseurs affirment de plus en plus leur rôle de gestionnaire de la nature sans se soucier une minute de l’impact désastreux provoqué par les lâchers de gibier chaque année avant l’ouverture. Une seule ACCA en France (association communale de chasse) peut relâcher juste avant l’ouverture plus de 600 perdrix et plus de 200 faisans… Et une autre (selon ses propres déclarations) relâche un peu avant l’ouverture quelque 800 « pièces » (faisans et perdrix). Rien que pour le département des Deux-Sèvres, il y aurait 269 ACCA… Faites le compte et demandez-vous quels sont ceux qui créent des « déséquilibres » ? Les renards, les martres ou ces lâchers massifs ? Environ 16 millions de faisans, perdrix ou canards sont élevés chaque année en France, pour la chasse. Une « solution » qui interroge sur le sens de la pratique en la maintenant quasi artificiellement. Laissons la parole à l’ACCA de Gourgé, en Deux-Sèvres, qui résume en une phrase toute la « pensée » cynégétique du moment : « Comme chaque année, l’ACCA lâche du gibier (perdrix/faisans) tous les 15 jours, mais les renards sont toujours là pour les prendre ». Et bien entendu, pour « protéger » ou plutôt réserver aux chasseurs qui paient ces millions de faisans et perdrix, on détruit les prédateurs, pardon on ne détruit pas, on « régule », un mot qui est rentré dans les éléments de langage de chaque chasseur car il est censé être mieux accepté par l’opinion publique !
Des scientifiques belges et français estiment que les lâchers de faisans sont probablement responsables de la disparition ou de la raréfaction de plusieurs espèces de reptiles localement. « Nous avons étudié les impacts potentiels de ces lâchers massifs sur les squamates indigènes en Wallonie (Belgique). Nos résultats suggèrent que les lézards et les serpents ont disparu des zones soumises aux lâchers massifs de faisans. Nous montrons en outre que la disparition des faisans sur un site est suivie après quelques années du retour d’une espèce répandue de lézard. Au vu de ces impacts sur la biodiversité, la pratique des lâchers de faisans dans la nature devrait être interdite. »… Dans le sud de la France, des lâchers massifs de faisans sur Porquerolles sont très certainement, au moins pour partie, responsables de la disparition du lézard ocellé sur cette île.
Au final, ce que ce projet d’arrêté dit de nos relations humains – non humains
Par-delà, les pseudo-arguments visant à laisser croire qu’une martre ou un renard, un geai des chênes, seraient des espèces à « réguler » car susceptibles d’occasionner des dégâts, un tel projet d’arrêté en dit long sur nos relations avec les non humains : nous voulons bien accepter une forme de cohabitation, mais sous la condition expresse que le non humain ne risque pas de nous concurrencer et/ou de nous gêner dans nos activités. Telle espèce nous embête ou risque de nous embêter ? Alors détruisons les individus pour être plus tranquilles. Inutile de prendre en compte les études scientifiques qui démontrent l’inefficacité et le gaspillage de telles mesures, ainsi que le rôle important joué par les espèces concernées dans l’écosystème. « Le gouvernement n’a écouté ni l’avis des scientifiques ni celui de sa propre inspection générale de l’environnement », nous explique Perrine Mouterde dans Le Monde à propos de cette liste. Inutile de remettre en cause ses propres pratiques, comme la destruction des haies et des habitats par certains agriculteurs ou les lâchers massifs de gibier d’élevage pour la chasse. Comme si ces pratiques étaient immuables et que rien ne saurait les compromettre, encore moins des non humains. Il y a encore beaucoup de travail pour modifier nos rapports avec l’ensemble du vivant. À commencer par refuser l’ineptie d’un tel arrêté !
Photo : martre © Liste-animaux.fr




