Hommage à Biruté Galdikas

Le 24 mars 2026, la dernière des trois anges de Louis Leakey s’en est allée… Elle a désormais rejoint Jane Goodall et Dian Fossey, pour reformer ce célèbre trio de primatologues qui ont dédié leur vie aux grands singes qu’elles ont étudiés et protégés. Inspirantes et engagées, leur disparition marque la fin d’une incroyable aventure qui a marqué l’éthologie et révolutionné notre façon de voir les autres animaux.

par Emmanuelle Grundmann

Tout est parti de l’intuition du célèbre paléo-anthropologue Louis Leakey. Il est persuadé qu’on ne pourra comprendre nos origines qu’en étudiant le mode de vie de nos plus proches cousins actuels : les grands singes. Il décide alors d’envoyer sur le terrain trois femmes. Jane Goodall sera la pionnière, avec son étude sur les chimpanzés, Dian Fossey la suivra quelques années plus tard sur les gorilles de montagne, mais il lui manque encore une candidate pour les orangs-outans. Biruté Galdikas est alors étudiante en anthropologie à UCLA en Californie. Enfant, la lecture d’un livre lui donne le goût de l’exploration et des sciences et, à la suite d’une conférence de Louis Leakey, elle va le persuader, trois ans durant, qu’elle est cette candidate qu’il cherche pour partir sur les traces du dernier des grands singes.

Elle s’envole avec son mari pour Bornéo en 1971 malgré le scepticisme de ses professeurs. Les orangs-outans vivent dans la canopée de forêts marécageuses très difficiles d’accès, « vous pourriez passer dix ans sans en apercevoir un seul », l’avertissent-ils. Nullement découragée, Biruté observera rapidement ses premiers orangs-outans et consacrera sa vie à les suivre puis à œuvrer pour leur protection. Dans cette forêt de Tanjung Puting, au sud du Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, elle documentera leur mode de vie essentiellement solitaire, le rôle central joué par la mère qui passe jusqu’à huit ans en compagnie étroite de son jeune, leur savoir botanique pour reconnaître plus de 400 types de plantes consommées ou encore l’utilisation d’outils ainsi que leur rôle crucial de jardinier de cette sylve particulièrement riche et complexe.

Rapidement, elle se trouve confrontée à cette déforestation qui dévore Bornéo ainsi qu’à l’arrivée d’orphelins orangs-outans, rescapés du trafic. En accueillant ces orphelins à Camp Leakey au cœur de Tanjung Puting et en les réintroduisant, elle essuiera diverses critiques liées notamment au risque de transmission de maladie entre ces individus ex-captifs et les populations sauvages ainsi à la concurrence écologique occasionnée, ainsi qu’à cette habituation aux humains pouvant devenir problématique.

Pionnières, Biruté comme Jane ou Dian inventent leur recherche, leurs objectifs, et leur engagement, avec leur lot d’erreurs qui pèse néanmoins bien peu face à toutes les avancées que leurs travaux ont apporté tant dans la connaissance du mode de vie des grands singes que dans la sensibilisation du grand public aux enjeux et menaces pesant sur leur survie et celles de leur forêt. Aujourd’hui, les grands singes sont orphelins, mais peuvent néanmoins compter sur les nombreuses et nombreux chercheurs que ces trimates ont inspirés et formés.

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