Après les écrits d’Antoine Dubiau avec Écofascismes (2022) , de l’historien Stéphane François avec Les Verts Bruns (2022), ceux de Pierre Madelin avec La tentation écofasciste (2023) et de nombreux articles publiés sur le sujet dans Reporterre, Basta, Politis, entre autres, la journaliste italienne spécialiste de l’environnement, Francesca Santolini, publie en 2024 un livre de plus sur l’écofascisme : « Ecofascisti. Estrema destra e ambiante » dont la traduction française éditée par les Presses de la Cité est sortie en février 2026.
Francesca nous rappelle dès le début que le créateur du mot « écologie » apparu en 1866, Ernst Haeckel, fut l’un « des plus grands idéologues allemands du nationalisme et du racisme » L’autrice retrace la manière dont les fascistes parviennent à amalgamer à la fois leurs idées racistes, xénophobes et identitaires avec certaines préoccupations environnementales, comment ils parviennent à récupérer des concepts écologiques pour mieux asseoir leur idéologie mortifère. Elle cite, entre autres, Brenton Tarrent, suprémaciste blanc de l’idéologie « white power » qui massacra 51 musulmans en 2019 en Nouvelle Zélande : « Il n’y a pas de conservation sans nature ni de nationalisme sans environnementalisme… L’environnement naturel de nos terre nous a façonnés comme nous l’avons façonné. Nous sommes issus de nos terres et notre propre culture a été façonnée par ces terres. Leur protection et leur préservation est tout aussi importante que la protection et la préservation de nos idéaux et de nos croyances ».
Les notions de pureté, d’hygiénisme, de protection sont facilement intégrées pour justifier des sélections, le refus des mélanges, allant jusqu’à l’eugénisme. Ainsi, cette notion d’écofascisme ethno nationaliste qui voudrait laisser la place à un monde diversifié mais où chaque peuple devrait rester chez lui, sans possibilité de changer, bouger, rencontrer les autres, se mélanger… On fait alors supporter le poids de la destruction environnementale à une immigration qui serait devenue insupportable. L’écobordering consiste à tenter de démontrer l’importance de fermer les frontières pour sauver l’écologie, ce qui fait dire à Jordan Bardella : « la meilleure alliée de l’écologie, c’est la frontière ».
Cet ouvrage fourmille d’informations peu connues du grand public, dont de nombreux noms d’auteurs ayant contribué au fil du temps à relier écologie et fascisme. Un thème, certes pas nouveau, mais dont le phénomène risque de s’amplifier avec la montée des extrêmes droites dans le monde. Ainsi, il est préférable d’être bien informé. Petit rappel : l’ornithologue et écrivain finlandais Pentti Linkola (1932 – 2020), a largement participé à l’intégration du concept de l’écologie profonde acceptable pour des mouvements d’extrême droite, en prônant l’arrêt de l’immigration, la guerre et la réduction drastique de la population, comme solutions pour sauver la planète. Il est aujourd’hui considéré comme un grand protecteur de la nature en Finlande. À méditer…
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Éditions Presses de la Cité, 186 pages, 18 € – www.lisez.com/editeurs/presses-de-la-cite
Contact tél.: 01 53 53 30 00
(Pierre Grillet)
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