Un rapport de Canopée sur les coupes rases en France

Fort de ses 200 000 sympathisants et 6 400 adhérents, Canopée est la plus grande association française dédiée à la protection des forêts. Parmi ses missions figure la production d’expertises avec des dossiers et des enquêtes rigoureuses sur des bases scientifiques. C’est le cas du dernier rapport sur l’observatoire des coupes rases en France métropolitaine sur la période entre mi-2018 et mi-2024. Le texte qui suit emprunte très largement les éléments présentés dans le rapport rédigé par Céline Lesot et Sylvain Angerand.

par Jean-Claude Génot *

Les coupes rases contribuent à l’érosion de la diversité biologique, au déstockage du carbone, à la dégradation des sols et de la fertilité et à la perturbation et la pollution du cycle de l’eau. La surface annuelle de coupes rases détectée est d’environ 61 000 ha avec une méthode basée sur l’utilisation d’images satellites. Ce chiffre est cohérent avec l’évaluation de l’Institut national de l’information géographique et forestière. La surface moyenne des coupes rases est de 1,7 ha. Si elles sont modestes prises isolément, leur effet cumulatif à l’échelle d’un territoire peut être considérable. Les coupes rases sont proportionnellement plus fréquentes en forêt privée qu’en forêt publique, ce qui révèle les failles de l’encadrement actuel. Environ 60 % des coupes rases se concentrent dans les régions Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est. La proportion de la forêt française soumise à une forte pression de coupes rases est de 16,6 %.

Dix-huit pour cent des coupes rases ont une surface supérieure à 10 hectares. Plus les coupes rases sont grandes, plus elles ont des impacts environnementaux négatifs. Quarante pour cent des surfaces de coupes rases ont lieu dans des forêts anciennes, cela signifie qu’elles ont conservé un état boisé continu depuis le minimum forestier du milieu du XIXe siècle. Ces coupes provoquent une perturbation majeure au niveau des sols et peuvent induire des émissions significatives de carbone, en particulier en cas de travail du sol. De plus, plusieurs études montrent que ces émissions ne peuvent être compensées à court terme par la croissance des jeunes peuplements. La surface de forêts en coupes rases en zone de forte pente (supérieure à 30 %) s’élève à 17 957 ha. Bien que le taux de coupes rases dans ces zones (0,39 %) soit très inférieur à la moyenne nationale (2,1 %), les surfaces concernées restent non négligeables et posent des problèmes particuliers en matière de lutte contre l’érosion des sols et de risque de glissements de terrain.

Le taux de coupes rases en zone Natura 2000 est de 1,37 %. Un taux plus faible que la moyenne nationale (2,1 %), mais qui reste assez élevé pour ces territoires où les enjeux de biodiversité sont très forts. La proportion des surfaces en coupes rases localisées dans les parcs naturels régionaux est de 25 %. Le taux de coupes rases (2,1 %) est identique à la moyenne nationale, ce qui indique l’absence de politiques forestières spécifiques à ces territoires pour encadrer les coupes rases.

Enfin 11 à 16 millions de tonnes de CO2/an sont déstockées par les arbres et les sols du fait des coupes rases. Cet ordre de grandeur est comparable au déficit du puits de carbone aujourd’hui anticipé par le gouvernement, ce qui montre que la réduction des coupes rases constitue un levier politique majeur – et largement sous-utilisé – pour préserver le puits de carbone.

Malgré l’absence de données de référence antérieures à la crise des scolytes, qui limite l’analyse des tendances de long terme, on observe à l’échelle nationale une baisse du nombre et de la surface des coupes rases depuis mi-2018. Cette évolution reste toutefois fragile et ne remet pas en cause des niveaux toujours élevés, marqués par de fortes disparités territoriales et une concentration particulièrement importante en Nouvelle-Aquitaine, en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Cette analyse montre surtout que le cadre réglementaire est insuffisant, parfois même inexistant, pour éviter les coupes rases de grande surface pouvant résulter d’une accumulation de petites coupes rases, et pour prendre en compte les spécificités des enjeux écologiques (forêts anciennes, pentes fortes, ripisylves, sites Natura 2000, parc naturel régional).

* Ecologue

Photo : la coupe rase, l’échec de la sylviculture © J.C. Génot

Journalistes-écrivains pour la Nature et l’écologie Devenir adhérent Nos soutiens

Contact Espace Adhérents Facebook Bluesky Linkedin