Malthus, penseur de la finitude (Démographie et Responsabilité) par Michel Sourrouille (JNE)

Mais qui était au juste Thomas-Robert Malthus, dont le nom a donné naissance à un adjectif, « malthusien », communément utilisé pour dénoncer, voire stigmatiser, quiconque remettrait en cause le dogme de la croissance illimitée ? Dans ce livre très documenté, Michel Sourrouille, qui se définit lui-même comme « malthusien militant », nous livre de précieux éléments biographiques sur ce personnage hors du commun.

Né en février 1766 près de Dorking dans le Surrey (Angleterre), Malthus prend les ordres en 1788 et devient curé d’une petite chapelle. En 1798, il publie sans nom d’auteur une première version de son « Essai sur le principe de population ». Un succès immédiat qui le pousse à signer de son nom en 1803 une nouvelle édition augmentée, au titre lui aussi allongé : « Essai sur le principe de population ou exposé de ses effets sur le bonheur humain dans le passé et le présent avec des recherches sur nos perspectives de supprimer ou de diminuer à l’avenir les maux qu’il occasionne ». Le pasteur y développe ce qu’on appellera « la loi de Malthus », observant une tendance à la progression géométrique (exponentielle) de la population alors que la progression de la production agricole est plus lente, arithmétique (linéaire). Il en résulte un décalage tendanciel entre population humaine et ressources alimentaires.

Une idée simple qui provoque des polémiques dès avant le décès de Malthus en 1834. Michel Sourrouille raconte : « L’affirmation que la population du globe, laissée à sa croissance naturelle, augmente plus que la nature ne peut la nourrir, ne va-t-elle pas à l’encontre de l’enseignement sur la bonté de Dieu ? Comment accorder ce constat avec le précepte de la Genèse « Croissez et multipliez ? ». Dans un premier temps les penseurs catholiques ne font pas mauvais accueil à Malthus. Il y a une certaine harmonie entre le « moral restraint » malthusien et la chasteté dont l’Église fait traditionnellement l’éloge. ». Malthus ne prônait nullement la prévention des naissances par l’avortement forcé ou la stérilisation de masse. Il était profondément hostile à toute méthode de contraception pour des raisons d’ordre moral et préconisait le retard de l’âge au mariage et l’abstinence.

Michel Sourrouille souligne aussi que Malthus était à la fois économiste, historien, ethnologue, prêtre anglican, statisticien… et démographe à une époque où le mot n’existait pas encore (le terme n’est apparu pour la première fois qu’en 1855). Son message a été repris par certains pionniers de l’écologie, à commencer par René Dumont qui déclarait en 1974 :« Nous sommes les premiers à avoir dit que la croissance démographique doit être arrêtée d’abord dans les pays riches, parce que c’est dans les pays riches que le pillage du Tiers-Monde, par le gaspillage des matières sous-payées, aboutit aux plus grandes destructions de richesse. Nourrir plus d’hommes implique la destruction du milieu naturel. » Un diagnostic encore plus flagrant 50 ans plus tard selon Michel Sourrouille : « Si on ajoute le réchauffement climatique et son impact négatif sur les rendements agricoles, la désertification des sols dus à l’activité humaine et le stress hydrique qui se généralise, le point de vue de Malthus sur la difficulté d’accroître la production alimentaire semble toujours valide ».

Pourtant, comme le note l’auteur, la plupart des écologistes ont d’aujourd’hui tendance à nier le problème et même à refuser tout débat sur la nécessité ou non de limiter la démographie dans les pays riches. « Dans la collection des Précurseurs de la décroissance que je dirigeais aux éditions « Le passager clandestin » l’éditeur, pour des raisons de divergence idéologique et/ou politique s’était refusé de publier un ouvrage de Michel Sourrouille sur Malthus et ce en dépit de mon insistance », relate Serge Latouche, théoricien historique de la décroissance dans la préface du livre de Michel Sourrouille, qui a repris « les différents éléments du livre qui a été précédemment censuré en actualisant le propos ». « Le discours malthusien est un message écologiste d’avant-garde, émis il y a déjà plus de deux siècles : il faut adapter notre fécondité aux capacités de nos écosystèmes », conclut Michel Sourrouille. Comment lui donner tort ?

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Édilivre, 112 pages, 12 €
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(Laurent Samuel)
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