Le projet Correspondances Paysannes a vu le jour en 2024 au sein de la coordination agricole des Soulèvements de la terre (SdT). Pour Mélanie, membre du comité de rédaction, la revue « écrite par des paysans et pour des paysans est une tentative de faire émerger des voix paysanne en dehors des syndicats classiques pour essayer de toucher des agriculteurs des agricultrices qui ne sont pas syndiqués. »
par Jocelyn Peyret
Suite aux élections professionnelles en 2025, au sein des SdT « on s’est rendu compte que le bloc le plus majoritaire était le bloc abstentionniste. On s’est alors dit qu’il fallait qu’on réussisse à parler à ce grand nombre des paysans et paysannes.
Cela fait trois années de suite que chaque hiver on a de grosses mobilisations agricoles en France. On remarque que la forteresse de la FNSEA se fissure d’année en année à travers les élections professionnelles ou à travers les mobilisations agricoles. Il y a plus en plus de gens qui se dirigent vers la Coordination rurale, des paysans qui considèrent que c’est un syndicat qui incarne le mieux la colère agricole.
Forcément notre allié favori c’est plutôt la Confédération paysanne avec laquelle on a mené plein d’actions différentes qui sont notamment relatées dans ces différents numéros. On essaye de pousser un petit peu les modes d’action pour aller sur les modes d’action propre aux Soulèvements de la terre que sont le blocage d’occupation ou désarmement.
Dans certains départements, on peut se retrouver avec des intérêts communs avec des éleveurs membres de la Coordination rurale qui sont complètement délaissés par le système agricole actuel, notamment autour de la mobilisation contre la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse. Ça questionne beaucoup mais notre but c’est de dire que les les dirigeants de la FNSEA sont nos ennemis communs à l’instar des patrons des grandes firmes agroalimentaires parce qu’il faut bien faire la différence entre les exploitants agricole, les patrons agricole et les ouvriers agricole. Ceux qu’on entend souvent manifester ce sont les pro-FNSEA, les pro politique agricole commune, les patrons de l’agro-industrie. Sur les derniers blocages la FNSEA était absente. C’était les petits paysans qui étaient là, ceux qui sont en train de crever de ce système, contre les accapareurs de revenus les accapareurs de foncier les accapareurs de subventions. »
Autre lutte que nous retrouvons dans les pages de Correspondances Paysannes, celle du Mouvement des sans terre au Brésil, le plus gros mouvement paysans au monde. Il est composé de centaines de milliers de familles. « Ils font face à un problème d’accaparements du foncier. Des paysans s’organisent pour aller prendre des terres, les défendre contre une mafia de l’agro-business très violente. Ils partagent les terres, les collectivisent auprès des paysans. C’est un modèle pour nous d’action directe de prise de terres, de défense des terres et des petits paysans » témoigne Mélanie.
L’ approche internationaliste développée dans Correspondances Paysannes a pour objectif de parler des différentes luttes, de montrer qu’il y a des mouvements au niveau international de paysans qui veulent se réapproprier les terres et lutter contre le complexe agro-industriel. « On l’a bien vu au moment de la signature du Mercosur, il y a eu plein de mouvements paysans dans toute l’Europe. » Il en est ainsi des Brigades d’action paysanne de Belgique au sein desquelles des habitants se fédèrent pour aller filer des coups de main dans des fermes, pour soutenir des paysan.nes qui souvent quand ils sont installé.es seul.es ont la tête sous l’eau par la charge de travail.
Autre témoignage dans le n°3 de Correspondances Paysannes, celle d’une lutte pour faire reconnaître le statut de co-exploitante d’une paysanne qui ne voulait pas avoir d’identité numérique. « Cela a duré plusieurs années pour qu’elle puisse être reconnue comme co-exploitante sur la ferme, c’est un statut qui n’existait, les femmes étaient très peu reconnues pour tout le travail domestique, le travail d’accompagnement du conjoint. Beaucoup de femmes paysannes n’ont jamais cotisé de leur vie parce qu’elles n’étaient pas considérées comme co-exploitantes. »
Correspondances Paysannes fonctionne avec un comité de rédaction ouvert qui varie en fonction des réunions. « On reçoit de nombreuses propositions d’articles et on s’organise entre nous pour aller faire des entretiens reculé des récits d’action d’analyse de témoignages. On sélectionne une douzaine d’articles par numéros. Pour la diffusion, on recherche des points relais, des gens qui peuvent recevoir 10, 20, 50, 100 numéros pour les distribuer aux paysans autour de chez eux parce que le but c’est vraiment que ça soit la destination du professionnel agricole, y compris en conventionnel. »
Si vous voulez diffuser Correspondances Paysannes, il suffit d’envoyer un email à correspondances-paysannes@systemli.org.
Pour aller plus loin :
• correspondancespaysannes.org
• www.lesautresvoixdelapresse.fr




