Facto est un nouveau média en ligne dans le Limousin créé par Nicolas Lavallée et Jérôme Davoine. Depuis l’automne 2025, les deux journalistes animent ce média indépendant et tentent de compléter une offre locale qu’ils estimaient pauvre en enquêtes.
par Jocelyn Peyret
Anciens journalistes de la presse quotidienne régionale au sein de laquelle ils avouent avoir manqué de temps pour approfondir certains sujets, ils revendiquent aujourd’hui « faire un pas de côté et ne pas suivre l’actualité mais identifier des sujets et rencontrer les gens, multiplier les témoignages, étudier des données chiffrées qui parfois sont présentes sur le net mais noyées dans la masse. »
Le pure player leur permet d’avoir un modèle qui soit en libre accès. Ils sont financés par du don participatif et tiennent à mettre à disposition l’information pour le plus grand nombre, ne pas faire d’exclusives ni travailler sur un modèle d’abonnement. Il n’y a pas de publicité, les statuts de l’association l’interdisant, « au moins c’est clair » nous avouent-ils. « Ce qu’on veut c’est augmenter l’impact de nos enquêtes et arriver à créer éventuellement une sorte d’écosystème de médias indépendants (avec les médias locaux comme IPNS, La Trousse Corrézienne et Méfia Te, ndrl). Nous n’envisageons pas les relations avec d’autres titres locaux comme des relations de concurrence mais bien comme des relations complémentaires, ne serait-ce déjà qu’entre le format pure player et le format papier. Les deux semblent très intéressants pour des médias de proximité histoire d’essayer de toucher le plus grand nombre. »
La première enquête publiée par Facto aborde la pomme AOP du Limousin. Un sujet emblématique qui concerne aussi le nord de la Dordogne. « Nous avons pris le sujet dans toute son ampleur, des petits producteurs jusqu’aux grandes coopératives. On a étudié les conditions de culture et notamment on a pu identifier un certain nombre de produits qui étaient utilisés pour obtenir un fruit de cette qualité. Aujourd’hui, 101 communes sont concernées par la zone de production AOP. Il y a 150 producteurs qui doivent fournir un fruit qui corresponde au cahier des charges avec un bon calibre, avec une jutosité, une acidité particulière, etc. Il y a des exigences très précises et les producteurs sont quasiment obligés d’utiliser des produits phytosanitaires pour parvenir à des fruits qui correspondent au cahier des charges. On a récupéré un cahier de culture dans lequel sont listés un certain nombre de produits autorisés dans la culture de la pomme AOP et par exemple sur les 14 fongicides qui sont listés neuf sont potentiellement cancérigènes, ce qui nous semblait relativement important. Pour les 14 600 traitements, certains admis en agriculture biologique, en faisant le ratio pour 150 exploitations on arrive à une centaine de traitements par exploitation ce qui n’est pas négligeable. Parallèlement nous avons voulu aussi montrer les alternatives qui existaient, que ça soit la culture biologique mais aussi ces producteurs qui cherchent à préserver ou à réintroduire des variétés anciennes de pommes. On n’est pas dans les mêmes volumes de production mais ce n’est pas leur ambition. »
La seconde enquête concernant l’accueil des mineurs étrangers a commencée par un sujet sur « une unité d’enseignement qui concerne des élèves non francophones. Cette unité est menacée de restructuration, de démantèlement. A partir de là on a tiré le fil parce qu’il y a des gens qui nous ont signalé certains faits, certains problèmes qu’ils pouvaient rencontrer dans le cadre de l’aide qu’ils accordaient à des immigrés, qu’ils soient mineurs ou non d’ailleurs. Puis nous avons choisi de nous intéresser aux mineurs étrangers non accompagnés, ce qui n’était pas prévu, mais en tout cas ces sujets sont liés, donc il nous a semblé évident de les lier aussi sur notre site. Ce qui nous a alerté à la base c’est que pour ce travail bénévole d’application de la loi, totalement désintéressé et très humaniste, des personnes étaient mises en cause, signalées à la police et convoquées au commissariat. »
Facto c’est également des articles plus en lien avec l’actualité comme celui concernant l’élargissement de la RN147 qui connaît une « opposition qui monte d’autant plus que c’est la route la plus chère de France, au bas mot 132 millions pour 6,5 km, ça fait à peu près un million du kilomètre. C’est un sujet qui commence à faire un peu les gorges chauds ici. »
Hors enquête dont le rythme serait d’en publier quatre par an, Facto publie chaque semaine des articles en lien avec l’actualité, sachant que, selon le témoignage des deux compères, « s’il y a quelque chose qui nous chiffonne, si on estime que l’article n’est pas prêt, on n’a pas la pression du quotidien à sortir quand même l’article pour le lendemain. On prend le temps de vérifier les informations, de les recouper, parce que Facto c’est délivrer une information qui est basée sur des faits. Alors oui, on essaye de publier régulièrement, mais encore une fois, on ne s’interdit pas de publier moins régulièrement pour être vraiment sûr de ce qu’on publie. Notre truc entre guillemets c’est tous les sujets qui concernent la vie quotidienne et qui sont d’intérêt général. »
Pour aller plus loin :
– https://www.facto-media.fr/
– www.lesautresvoixdelapresse.fr




