Nous avons appris avec tristesse le décès à 87 ans du grand botaniste Francis Hallé. L’un de nos adhérents, qui a eu la chance de le rencontrer, lui rend hommage.
par Fabrice Nicolino
Concernant Francis Hallé, deux mots. Je l’ai rencontré à trois reprises, et je ne suis donc pas, et de loin, un intime. Mais la dernière fois que je l’ai vu, il y a peut-être six ans, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, et nous nous sommes embrassés comme du bon pain. Car outre les rencontres, nous nous sommes parlé quelquefois au téléphone. Et je crois pouvoir dire que nous avions fortement sympathisé. J’ai voulu un temps l’entraîner dans un vaste mouvement sur les droits de l’arbre, ce qu’il ne sentait pas vraiment. Je comprends et je pardonne ! En 2007, je suis allé le voir chez lui, à Montpellier, pour le magazine Terre Sauvage. À l’époque, je menais de longs entretiens avec des personnalités de mon choix. Francis s’imposait, Dieu sait. J’extrais de ce texte les quelques phrases ci-dessous. Francis n’était pas seulement un homme. C’était un arbre. C’était un chêne. C’était un menara (surnom malaisien), le plus grand arbre tropical connu. Je pense à lui.
Entretien avec Francis Hallé (2007)
Je suis entré à l’université, à la Sorbonne, en biologie. Mais un beau jour, ma vie a basculé. À cause d’un pot de fleur. Je ne sais pas qui l’avait mis sur mon balcon et personne ne s’en occupait. Et j’y ai vu pousser une petite plante, qui a ensuite donné des fleurs, puis des fruits. Elle s’est resemée d’elle-même, et l’année d’après, il y en avait toute une population. Quelle impression ! Je me suis dit : si c’était un animal, je devrais le nourrir, lui donner à boire, ramasser ses excréments, supporter ses cris de douleur…et de joie (rires). Et puis, comme un idiot, je me serais attaché à lui, mais il serait mort, ce qui est notre lot à tous, les animaux. Tandis que là, tout était merveilleux. Ce qui m’a frappé le plus, avec les plantes, c’est leur autonomie totale. De quoi avait donc besoin ma plante du balcon ? De la pluie parisienne, et qu’on la laisse tranquille, c’est tout.
Terre Sauvage : Et le nom de cette belle inconnue ?
Francis Hallé : Sur le coup, je ne le connaissais pas. Je l’ai appris plus tard. Ma vocation pour les animaux s’est arrêtée là. J’ai compris que les plantes étaient bien plus intéressantes. Et après une année de biologie, je me suis spécialisé en botanique, puis en botanique tropicale.
Terre Sauvage : Fort bien, mais vous avez oublié le nom de cette plante en route.
Francis Hallé : Ah oui, en effet. Il s’agissait d’une Capselle bourse-à-pasteur, que j’ai identifié en ouvrant un livre, une Flore. C’est la même famille que l’Arabidopsis ou le Chou.
Les JNE adressent leurs condoléances à la famille et aux proches de Francis Hallé.
Photo : Francis Hallé avec Luc Marescot (à dr.) pour son film Poumon vert et tapis rouge © DR




