CONGRES LA VANOISE
 
 
 
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Quand des JNE visitent une fromagerie de Beaufort...

par Olivier Nouaillas

Albert Tourt, 58 ans, n'est pas peu fier de faire visiter « sa » coopérative laitière à la petite délégation des journalistes JNE. Il est vrai qu'elle a belle allure, répartie de chaque côté du pont qui surpomble la rivière, dans le petit bourg de Val Cenis écrasé par un soleil estival. D'un côté, le site de production avec un magasin de vente, de l'autre les cuves d'affinage. Première surprise, c'est un robot entièrement automatisé qui soulève à intervalles réguliers les délicieux fromages de Beaufort pour les retourner. « Je vous vois venir avec vos questions sur l'automatisation et le chômage, anticipe Albert Tourt. Mais primo, chaque fromage pèse 43 kilos et secondo je ne trouve plus personne qui accepte de se casser les reins pour le faire ». Les 22 employés actuels de la coopérative Val Cenis/Vanoise ne le démentiront pas.

Nous repartons de l'autre côté de la rivière pour visiter la fromagerie. Un investissement conséquent et surtout qui a un petit goût de vrai développement durable. « Avec l'AOC du Beaufort, la coopérative met un point d'honneur à défendre un système agro-pastoral qui privilégie la qualité à la quantité ».  Première conséquence  : 43 paysans de la vallée de la Maurienne, de Modane à Bonneval, en tire un moyen de subsistance correct – le lait est payé au producteur 60 centimes le litre, contre 22 en Bretagne ou en Normandie. Deuxième conséquence, les vaches sont ici de races rustiques – des tarentaises et des abondances - et non la trop célèbre Prim Holstein (la vache noir et blanche), symbole d'un système productiviste à outrance. Le tout avec un dispositif original de vente directe dans des magasins qui appartiennent à la coopérative, ce qui fait que la marge n'est pas récupérée par la grande distribution. Et vos rejets, vous les mettez où, M. Tourt ? «C'est bien fini le temps où tout allait parfois à la rivière, répond-t-il. Tous nos effluents sont depuis longtemps traités dans une usine d'épuration » jure-t-il en insistant sur le « plus » que lui apporte le fait d'exercer son métier de paysan et de copérateur dans un parc national. Bon, finies les questions, place à la dégustation. Où nous apprenons que le Beaufort d'été et plus goûteux que celui d'hiver « à cause des petites fleurs que mangent les vaches dans les Alpages » . Que les botanistes des JNE nous pardonnent, mais, c'est vrai, le Beaufort d'été est  meilleur...

 

Deux musées sur la vie rurale montagnarde

par Annick Mouraret

En Maurienne, on peut visiter 18 musées : en voici deux qui  plongent dans la vie rurale montagnarde des années 1950.

L’Arche d’Oé

Oé, c’est Aussois en patois : l’Arche d’Oé est l’une des maisons traditionnelles aussoyennes devenue musée pour témoigner du cadre de vie des paysans voici encore 50 ans, à 1483 m d’altitude. Aussois a préservé soigneusement son cœur autour de l’église Notre-Dame de l’Assomption (1648), laissant le tourisme se développer sur ses pentes à la station de ski de La Norma.
Dans une rue à peine pentue, l’Arche d’Oé se distingue peu des maisons qui se jouxtent, comportant toutes un seul accès par une porte-porche arrondie, en bois sombre. C’est le « poer », l’entrée pour tous, qui distribue à la fois l’écurie, la grange, la cuisine et l’accès aux chambres à l’étage.
Depuis l’extérieur, impossible d’imaginer l’étendue de l’habitat. L’entrée de plein pied, dallée de carrés de bois, dessert tous les espaces. A droite se trouve l’escalier par où descendaient à l’écurie tous les animaux qui séjournaient là au moins six mois l’hiver : 4-5 vaches, quelques moutons et cochons chacun dans un compartiment à claire voie, qu’une rigole d’évacuation séparait de l’espace pour déambuler, loger du matériel, la baratte pour transformer le lait en beurre …les lapins, des outils et une table pour les soirées puisque c’était la pièce la mieux chauffée. La grange au-dessus paraît immense, on imagine mal que là s’entassait toute la nourriture hivernale des bêtes, des ballots de foin d’environ 200 kilos   transportés dans un judicieux système de cordages horizontaux, tendus par des barres en bois.
La famille, avec de nombreux enfants, se serre dans une cuisine pas trop rustique, meublée, tout comme la chambre des parents qui est au-dessus. Tout est en place : le berceau, le lit étroit, le grand chapelet souvenir d’un pèlerinage, l’armoire vitrée avec les vêtements brodés, mais pas de chauffage. A côté se trouvaient une ou deux  chambres pour les  enfants.
En sortant, on ne souvient plus très bien où sont les silos pour garder les légumes, les grands pots pour conserver les viandes (tupines), les instruments pour rouir le chanvre afin de fabriquer les cordes : peu importe l’endroit, aucune place n’est perdue, on vit en autarcie, dans son arche.

L’Arche d’Oé, rue de l’Eglise, 73500 Aussois. Visites : horaires variables. Tél : 04.79.20.49.57. arche-doe@aussois.com

 

Les moulins de Saint-André

Autrefois, on cultivait en Maurienne du seigle, de l’avoine, de l’orge et du blé qu’il fallait moudre. Les moulins de Saint-André, au hameau de Pralognan (1410 m,) étaient utilisés par chaque famille qui en était responsable ; en l’absence de meunier, ils devaient donc être de maniement simple. Cela se résume à faire tourner les pales d’une turbine et deux meules en pierre grâce à de l’eau ; des barres de bois commandent le système. Un tour de roue = un tour de meule.
Les moulins étaient en pierres sèches et toiture de lauzes : une pièce unique construite sur le ruisseau qui ne fait que passer. A Saint André, il y avait deux ruisseaux, celui des Moulins et de la Scie, qui alimentèrent 20 moulins jusque vers 1970. Celui de Pralognan, datant de 1798, a été restauré par l’Association Moulins et Patrimoine de Saint-André ; il est mis en marche lors des visites. Un second, en contrebas, est aménagé en musée ; des objets et outils traditionnels y sont présentés, on peut même y acheter la farine locale !

Un circuit pédestre de 9 km, au départ de Saint-André, passe par les 2 moulins qui se visitent le vendredi après-midi en juillet-août et sur demande. Mairie de Saint-André : tél : 04.79.05.03.14. As. Moulins et Patrimoine de Saint-André : www.moulin-st-andré-assoc.com

 

 

Loup y es-tu ?

Par Marie-Pierre Ferey

Si aucun loup n'a mis à l'épreuve les bonnes dispositions des JNE vis à vis de Canis lupus, il en fut largement question sur les alpages où crapahutaient la trentaine de participants aux magnifiques randonnées concoctées par Carine.
Pour Jean-Marie Fressard, accompagnateur-ambassadeur du Parc national de la Vanoise, le chiffre officiel de "3 loups sur la Maurienne est forcément faux".
"C'est beaucoup plus", juge-t-il, au regard du nombre d'attaques sur les brebis. Prudent, il dénonce toutefois les "excès des deux côtés", entre les chasseurs qui évoquent jusqu'à 300 loups, et les écologistes qui minimisent la présence du prédateur.
Officiellement, 27 meutes soit 70 à 85 loups sont présents sur les Alpes françaises, a  rappelé Mathieu Beurier, garde-moniteur du parc, si l'on s'en tient aux chiffres de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage.
La vallée de la Maurienne n'est pas la plus concernée par la présence du loup, loin de là. Mais la pression est là. "C'est un stress supplémentaire", témoigne Romain Legland, jeune berger de 22 ans qui va entamer sa troisième saison sur l'alpage.
"Quand on a déjà 2.500 brebis à garder, c'est un stress en plus", explique-t-il.
Cette année, il va se partager avec deux autres bergers la garde du troupeau, qui remonte actuellement du Gard où il est parqué l'hiver. L'éleveur a semble-t-il renoncé à faire garder le troupeau par des chiens de protection patous cette année. Les bergers seront donc accompagnés de 5 chiens de conduite Border Collie.
Romain n'a pour sa part jamais rencontré le loup ("je touche du bois", dit-il en joignant le geste à la parole).
Le jeune homme a déjà travaillé trois saisons comme berger, et a été jusqu'à garder 1.800 bêtes. Il a une journée et demi de repos par semaine, qu'il cumule souvent à la fin de son CDD. Quand il prend des jours de congé en cours de contrat, il lui arrive de laisser les brebis seules, dans un lieu où elle risquent le moins de s'échapper. "On les laisse dans une bande de terre en Y entre les bras d'une rivière", explique-t-il.
L'estive est longue: de fin mai à fin octobre. "La solitude parfois, ça pèse", convient-il. Sa compagne vient souvent le rejoindre. Ils espèrent "se mettre à leur compte" un jour.

Entre chien et loup...
Davantage que le loup, c'est le chien patou qui terrorise l'alpage, si l'on en croit la psychose qui s'est développée l'été dernier dans la vallée. Plusieurs attaques, dont celle d'une promeneuse agressée par 3 patous ont déclenché "une véritable psychose", selon Jean-Marie Fressard.
Certains refuges ont selon lui accusé une baisse de 20% de leur fréquentation. "Les randonnées avec les enfants ont toutes été annulées par l'inspection d'académie", déplore-t-il. "C'est tout un travail crucial d'éducation à la nature qui tombe par terre".

Le  refuge de l’Orgère,
une halte dans une nature préservée


La formation insuffisante de certains patous, fournis trop vite aux éleveurs, les comportements imprudents des promeneurs sont responsables, selon les deux guides. "Il y a une façon de se comporter", souligne Jean-Marie. "Je randonne depuis 20 ans en montagne, et je n'ai jamais eu un souci. Je ne dis pas que je n'ai pas peur lorsqu'un chien aboie furieusement, mais il faut savoir s'éloigner, surtout ne pas jeter de pierres, ne pas courir."
Une brochure à l'intention des promeneurs est largement diffusée dans les refuges, dont celui de l'Orgère où nous logions.
L'accompagnateur-ambassadeur du parc a manifestement mal vécu la "psychose" autour du patou l'an dernier: "on est +zone patou+, parqués comme des patous", observe-t-il. Il soupire contre "un excès de réglementation et de protection", une critique souvent faite plus généralement à l'encontre du parc national.

Parc national: un abcès pas percé
Le parc de la Vanoise, premier parc français créé en 1963 est dans une zone de turbulence: la nouvelle loi sur les parcs nationaux d'avril 2006 prévoit d'associer plus étroitement les communes de la zone périphérique à travers l'adhésion à une "charte".
L'arrivée de nouvelles équipes municipales en mars, la crainte de nouvelles contraintes ont conduit à crisper le débat, au point que "certains disent carrément qu'ils ne signeront pas", selon Jean-Marie Fressard.
Albert Tourt, président de la Coopérative laitière de Val Cenis, vice-président de la chambre d'agriculture, siège au conseil d'administration du parc. Ses positions "pragmatiques" lui valent l'inimitié des ultras des deux côtés, reconnaît-il.
"Entre ceux qui veulent qu'on leur fiche la paix, et ceux qui veulent tout réglementer il faut un rapprochement sinon on va vers l'affrontement", constate-t-il. "Il y a depuis la création du parc des abcès qui n'ont pas percé, les gens ont toujours mal accepté de se faire commander", estime-t-il.
"La loi Giran (modifiant le statut des parcs) et le renouvellement des conseils municipaux ont eu le mérite de sortir du non-dit", ajoute-t-il.
Lui-même se déclare favorable au parc ("c'est un plus"). Mais "il faut pouvoir vivre, il faut un minimum de développement".

 


Les Alpes face au changement climatique

Par Diana Semaska

Un congrès JNE dans le parc de la Vanoise, du 12 au 14 juin, c’est l’occasion d’illustrer concrètement le changement climatique. Lors d’une première table ronde, réunissant Michaël Delorme (représentant le Parc), Jean-Jacques Delannoy (« Plan Climat » du Conseil général de la Savoie), Vincent Rolland (Savoie Mont-Blanc Tourisme) et Alexandre Mignotte (Commission internationale pour la protection des Alpes), l’impact sur les Alpes du changement climatique a été clairement mis en évidence.
Michaël Delorme entame le débat en listant les effets de la chaleur estivale et de la douceur hivernale, observées depuis plusieurs années, sur le Parc de la Vanoise. Entre autres, les opérations pour la luzerne sont plus précoces. Un papillon comme le flambet a fait son apparition. Les inquiétudes grandissent quant à la survie d’espèces reliques des dernières glaciations, comme la saxifrage à feuilles opposées et le lagopède alpin, qui vivent au-dessus de 2 000 mètres.
« Avec le réchauffement, nous nous attendons à un décalage de leur habitat vers des altitudes plus élevées. Les populations risquent peu à peu de se disjoindre, par exemple sur les sommets », explique Michaël Delorme. « Si tel est le cas, quelles sont les tailles minimales des populations pour qu’elles puissent se maintenir ? Et comment assurer les transferts de gènes ? »
Autre exemple, la chute du nombre de bouquetins serait peut-être due à un décalage des mises bas avec les saisons de la végétation. « Les cabris naissent plus tard, à un moment où l’herbe n’est plus très tendre et moins nutritive. Ils ont donc une saison plus courte pour faire des réserves », poursuit Michaël Delorme.
La table ronde a été l’occasion de rappeler quelques actions de surveillance et de sensibilisation menées dans le parc de la Vanoise, comme le suivi d’espèces végétales, de la température, de la pluviométrie, de la fonte du pergélisol (dans le cadre du programme européen PermaNet).
Jean-Jacques Delannoy, directeur du laboratoire au CNRS sur l’environnement des territoires de montagne, est intervenu en tant que président du groupe de travail « Changement du climat » lancé par le Conseil général de Haute-Savoie. C’est un travail de prospective pour 2020. « On veut obtenir les mêmes diminutions d’émissions de gaz à effet de serre sur le territoire de la Savoie que dans le reste de la France, soit une division par 4 d’ici à 2050 », explique le chercheur.
Point remarquable, selon lui, les connaissances scientifiques percolent peu au travers des décideurs. Pourtant, on a enregistré une augmentation de 1,7° C sur l’ensemble du domaine alpin, par rapport aux années 1950, en moyenne. En hiver, l’isotherme zéro augmente de 60 mètres par décennie. La couverture neigeuse baisse, en quantité et en durée. Les glaciers froids commencent à devenir des glaciers tempérés. Tout ceci aura un impact sur le régime hydrologique de montagne, donc la gestion de l’eau dans la région.
Vincent Rolland, de Savoie Mont-Blanc Tourisme, revient sur le rapport d’attractivité des stations de ski. Dans les années 50-60, le plan neige a permis la construction d’installations massives, hors-sol, avec des commodités. Il rappelle que ceci fait de la France « le premier espace skiable ». L’industrie du ski fait 6 milliards d’euros par an, sans compter les fabricants d’équipements. Plus de 50 % du PIB de la Savoie vient du tourisme, dont 80 % est porté par le ski.
 « Aujourd’hui, les investissements sont réorientés vers des programmes de diversification, avec mise en valeur du patrimoine », a assuré M. Rolland, faisant référence au bâti, à la culture de la région, aux activités aqualudiques, etc. Mais il explique que le tourisme en montagne est doublement menacé : moins d’enneigement l’hiver et des étés plus pluvieux et plus chauds.
Pour Alexandre Mignotte, « la question climatique est affaire d’aménagement du territoire. Derrière, il y a tout un projet de vie ». Ainsi, par exemple, pourquoi ne pas à terme repenser une navette pour les skieurs à la place des automobiles ? Le débat n’aura pas donné les solutions. Mais il aura mis en évidence les grands enjeux du changement climatique dans les Alpes.

 


 Réduire les impacts du tourisme sur la nature

Par Nicole Aussedat

Au cours de la deuxième table ronde du vendredi 12 juin, Jean-Pierre Martinot (chargé de mission eau, faune, forêt du parc de la Vanoise) souligne d’abord la nécessité d’un véritable partenariat du parc avec les collectivités et les usagers.
En voici une illustration : 27 couples d’aigles royaux nichent dans 158 aires, dont 140 se situent dans l’aire optimale d’adhésion. Trois communes ont ainsi consulté le parc afin de prendre en compte les aires des aigles avant d’établir leur via ferrata (selon Wikipédia, itinéraire sportif, situé dans une paroi rocheuse, équipé avec des éléments spécifiques - câbles, échelles, etc - destinés à faciliter la progression et optimiser la sécurité des personnes qui l'utilisent).

Copyright - Nicole Aussedat

Les tétras-lyre connaissent une mortalité importante dans les câbles des remontées sur le domaine skiable. Ils sont d’ailleurs 4 fois plus nombreux dans le cœur du Parc. Sur toute la Savoie, sont installées 850 remontées mécaniques, dont 10 % sont dangereuses pour les rapaces. Danton, Robespierre et Marie-Antoinette, trois gypaètes barbus, ont d’ailleurs été décapités par les équipements…

Daniel Jorcin (président des communautés de communes Haute-Maurienne-Vanoise) parle ensuite de cette communauté qui compte 2 500 habitants sur 40 km de long. Une étude est actuellement conduite pour établir un diagnostic de la charte du Parc, qui est une caution morale pour le développement durable. Cependant la prospérité des 30 dernières années doit être conservée. Actuellement, l’hiver compte 12 millions de nuitées, et l’été 4 millions de nuitées.
Le ski est le pilier de l’économie, et il est nécessaire d’en compléter le développement sur Val-Cenis. On voit d’ailleurs souvent des couvées de coqs de bruyère sur les poteaux de téleski… Mais l’intention n’est pas de ressembler à Tignes, seulement de passer de 18 000 lits à 25 000 lits.
Par ailleurs, le barrage du Mont-Cenis, terminé en 1968, a vidé du bassin versant toute l’eau disponible. Il est donc légitime qu’EDF restitue un peu de cette eau pour les canons à neige.

Le parc est fréquenté par 720 000 visiteurs par an en bout de route en 3 mois d’été, dont 7 % sont itinérants. Les autres font quelques centaines de mètres à la journée.
L’intermodalité des transports doit être organisée, car les transports sont 40 % de ce qui nous impacte. La navette marche bien en dehors des routes autorisées, mais comme les voitures veulent aller jusqu’au bout des possibilités, tout reste à faire pour les dissuader de s’agglutiner sur les parkings de bout de route.

Philippe Lheureux (chargé de l’élaboration de la charte du parc) décrit l’espoir que la nouvelle charte rapproche la zone optimale d’adhésion du cœur du Parc. La charte est un prétexte pour essayer de mettre à disposition de tous le patrimoine commun par la connaissance, et de déclarer des bonnes intentions pour 15 ans, avec une démarche de progrès graduel sur des objectifs.

Sur les canons à neige, Eric David (Mountain Wilderness) explique que ce n’est pas de la neige, mais de la glace qui est projetée. Au départ, ils étaient installés pour permettre aux skieurs de redescendre jusqu’en bas en cas de fonte du manteau, mais actuellement, sur 5000 ha de pistes, 900 sont enneigées artificiellement. Cette « neige » là fond tout d’un coup, et érode les sols au lieu de s’infiltrer graduellement comme la vraie neige.
Non seulement les retenues collinaires sont des aménagements lourds, mais les terrassements faits pour que la neige artificielle tienne est fatale aux paysages karstiques, et le patrimoine géologique est ainsi détruit.

Questionné sur l’existence d’une réflexion sur l’après-tourisme, M. Jorcin signale que la production de Beaufort AOC, l’agriculture en général, pose également des contraintes importantes sur les sols. La Mitra, Mission d'ingénierie Touristique Rhône-Alpes, est l’instance où cette réflexion s’ébauche.


Un message de Christian Garnier

Je me permets de vous signaler le Chapitre II "De la Vanoise à la rue Royale", "1-La Bataille de la Vanoise", pp 39-52, dans “L’Environnement Démystifié - le dossier français”, publié par votre serviteur au Mercure de France (1973), avec des éléments d’histoire que l’on ne retrouve pas forcément dans d’autres témoignages.
Ce n’est pas tout jeune, mais ça donne des éclairages complémentaires sur cette affaire... Et ses suites!
Ce livre avait bénéficié d’une pleine page dans le Monde, et d’un grand papier dans Le Figaro également, sans compter de nombreux autres articles : un petit événement à l’époque.
Un article assez intéressant à signaler avec le recul est celui que j’avais passé en 1962 dans Réforme sur l’avenir des Parcs nationaux (peu après le vote de la loi et au moment du lancement des premiers parcs), qui insistait sur l’importance des “zones périphériques” aujourd’hui disparues, lequelles auraient du être la devanture de ce qu’Ignacy Sachs et d’autres ont appelé beaucoup plus tard l’éco-développement.

 

 

Les JNE organisent leur congrès les 12,13 et 14 juin dans le parc national de la Vanoise. Des tables rondes sur le parc face au changement climatique, l’impact du tourisme sur la nature seront organisées ainsi que des visites de site et des randonnées en montagne.

 

A propos de la nouvelle charte en cours d’élaboration

Communiqué de presse du Parc de la Vanoise du 19/12/08

La loi du 14 avril 2006 amène les parcs nationaux à établir une charte de territoire. Celle-ci doit déterminer les engagements du Parc, des collectivités, des partenaires socio-économiques et de l'État pour la préservation du patrimoine naturel, du patrimoine culturel et des paysages du cœur et pour un développement durable librement consenti dans l'aire d'adhésion.

Le chantier de la charte a commencé dès 2007 par un conséquent travail de préparation et d'information. La phase de concertation a été lancée dès le renouvellement des conseils municipaux au printemps 2008. Les débats, les discussions et les appels à contribution vont se poursuivre jusqu'à l'été 2009, la charte étant par nature un ensemble d'orientations, d'objectifs et de moyens qui doivent être partagés entre les différents acteurs et intervenants du territoire.

A l'issue de ce premier temps de travail en commun avec les élus et les acteurs locaux, le Parc national de la Vanoise a souhaité marquer un point d'étape en conviant l'ensemble des communes, les acteurs socio-économiques de Vanoise et le milieu associatif à un premier séminaire de travail sur la charte. Près de 75 personnes ont été réunies le 15 décembre dernier au fort d'Aiton, à la confluence des deux vallées pour discuter des bases du projet de territoire à 15 ans.

Au cours de cette journée, les participants ont d'abord été informés des propositions établies par quatre ateliers prospectifs qui se sont réunis à plusieurs reprises entre juin et octobre. Ils ont été éclairés par des éléments de référence apportés par le Parc comme l'évaluation de son programme d'aménagement. Les conclusions du Grenelle de l'Environnement et les termes de la convention alpine ont été rappelés car la future charte du Parc devra s'inscrire dans leur contexte.
Les participants se sont ensuite répartis en groupes pour approfondir trois thèmes : comment préserver et mettre en valeur les patrimoines, comment tendre vers un développement durable local exemplaire et comment partager les valeurs, les connaissances et les savoir-faire ?

Ils ont ensuite mis en commun leurs propositions dans le cadre d'une table ronde animée par Noël LEBEL, président du Conseil d'administration du Parc, Gaston PASCAL-MOUSSELARD, vice-président de l'association des maires des communes du Parc, Dominique GAUTHIER, président du Conseil scientifique du Parc et Jean-Pierre FEUVRIER, président du Conseil économique, social et culturel du Parc.
De nombreuses questions ont été abordées comme, comment articuler le principe de préservation de la zone protégée dans une logique de continuité et d'harmonisation avec l'aire d'adhésion, comment intégrer une ambition d'exemplarité en matière de développement durable dans les pratiques des loisirs et les aménagements touristiques et comment inscrire la participation territoriale dans le fonctionnement du Parc pour une meilleure gouvernance ? A l'appui de ces questions de fond, des objectifs et des exemples d'actions concrètes ont été suggérées.

Toute cette matière va maintenant être exploitée par le Parc national de la Vanoise dans les prochaines semaines pour façonner un avant-projet de charte. Deux autres séminaires de travail ont été annoncés d'ici à l'été 2009 pour poursuivre ce travail collectif. Lors de leur prochaine rencontre, les participants pourront alors travailler sur une ébauche de document.

Contact : Philippe LHEUREUX. Parc national de la Vanoise - Chargé de mission charte
Téléphone direct : 04 79 62 22 99. Courriel : philippe.lheureux@vanoise.com

 

 

Les Parcs Nationaux à l'épreuve de la réforme

Communiqué de presse de France Nature Environnement, 22 octobre 2008

Le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) examinera le mercredi 22 octobre, les projets de décret adaptant chacun des parcs nationaux français à la loi du 14 avril 2006 réformant ce statut. Parce qu’ils vont encadrer la vie des parcs pour les années à venir, ces décrets sont essentiels.
La fédération France Nature Environnement a toujours attaché une grande importance aux parcs nationaux (voir l’affaire du PN de la Vanoise en 1968) : ils sont l’emblème de la protection de la nature et de son histoire en France. FNE ne voudrait pas que leur statut soit dénaturé.

L’examen, le 22 octobre, des projets de décret par le CNPN constitue une étape fondamentale de la réforme, puisque ces décrets vont encadrer la vie future de chaque Parc National, notamment la réglementation de la zone cœur.

La fédération rappelle à cette occasion des fondamentaux devant transcrire la nouvelle loi :  celle qui donne toute leur consistance et leur ambition aux Parcs.

Les éventuelles dérogations doivent s’inscrire dans la perpétuité de la conservation de la zone cœur et ne pas remettre en cause le délicat équilibre établi entre protection de la nature (objectif premier d'un Parc National) et activités collectives ou individuelles.
Les futures "zones d'adhésion" doivent exister et se construire en complémentarité avec la zone cœur du PN, avec une occupation de l’espace et des activités en harmonie. Les zones d’adhésion participent pleinement à l’entité Parc National : elles y jouent un rôle prépondérant, grâce à la clairvoyance de leurs élus, dans l’image d’un Parc National et l’action nationale en faveur de la biodiversité.

Les projets de charte des Parcs nationaux doivent donc bénéficier de l’avis du Conseil National de Protection de la Nature, instance de conseil, d’expérience et disposant d’une vision nationale.

La composition des futurs conseils d’administration doit pleinement s’inscrire dans ce qu’institue la loi, avec notamment des collèges équilibrés et une vraie représentation locale et nationale des associations de protection de la nature. Les associations sont des acteurs de la création et de la vie des Parcs Nationaux.
Acteur reconnu comme partenaire environnemental majeur lors du Grenelle de l’environnement.
Ainsi, la fédération France Nature Environnement attend que les Parcs Nationaux, outils emblématiques de la protection de la nature, restent à la hauteur des enjeux nationaux et internationaux. Qui comprendrait, au moment du Grenelle de l'environnement et du regain d’intérêt pour la biodiversité, qu'ils soient vidés de leur substance ?
Contact - Gilles BENEST – 06 12 12 18 74

 

 

Un peu d’histoire
Vanoise, victoire pour demain

Par Jean Carlier, vice-président d’honneur des JNE

Article paru dans la revue TOS en 2001

Pour commencer par une confidence, l’espoir que j’entretiens pour notre avenir encore fragile, reste encouragé par le titre du livre que j’ai publié il y a trente ans (1), sur un phénomène qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle : l’avènement de l’écologie moderne, sortie des laboratoires et descendue dans la rue pour aider à la survie de l’espèce humaine et de toutes les autres espèces, animaux et végétaux de nos écosystèmes qui n’en finissent pas d’être en péril.
Un combat, qui, contrairement à une erreur encore trop répandue, n’est pas né en 1968 avec les émeutiers qui sciaient les arbres du quartier Latin. Il est né dix ans plus tôt avec la prise en compte devenue indispensable, d’un nouvel aménagement du territoire. Offensive assez urgente pour accélérer les étapes : en 1960, une loi crée les parcs nationaux, en 1967 les parcs naturels régionaux, dès 1964 une loi sur l’eau de plus en plus polluée. Ainsi s’est amorcée la banalisation « historique » du mot « écologie » inventé cent ans plus tôt par un naturaliste darwinien Ernst Haeckel.
Hélas ! Des prédateurs guettent déjà la naissance de ces parcs naturels. Notamment des industriels du tourisme pressés d’exploiter ce que les mercantis de l’époque baptisent « l’or blanc », la neige qui rapporte gros. En commençant par urbaniser les montagnes. Calcul encouragé par une valeur ajoutée qui devrait gonfler les tarifs, donc les profits, lorsque certains territoires sont « protégés », comme « labellisés ». D’où la ruée vers le premier en date des parcs, le Parc National de la Vanoise créé en 1963 et aussitôt convoité par un homme d’affaires assez persuasif pour convaincre le conseil d’administration de voter une amputation de ce territoire réputé protégé, pour y faire pousser une armée de gratte-ciel, dans la vallée la plus avalancheuse de la région !

Naissance d’un ministère

Scandaleuse décision finalement bénéfique car elle déclenche une vague de protestations, de manifestations non seulement dans les Alpes, mais en différentes régions de France où l’on affirme que le problème n’est pas seulement régional. Au point d’obliger le président Pompidou à annuler l’amputation décidée. Aussitôt, les « écologistes » tout neufs chantent la « victoire de la Vanoise » qui, entre temps, a provoqué d’autres retombées bénéfiques : en janvier 1969, création simultanée de la FFSPN (Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature) devenue depuis FNE (France Nature Environnement) et de l’AJEPN (Association des Journalistes et Ecrivains pour la Protection de la Nature), devenue en 1981, les JNE (Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie), cofondateurs en 1994 de la FIJE (Fédération Internationale des Journalistes de l’Environnement).  
En janvier 1971, juste avant de rendre au Parc de la Vanoise son intégrité, le président Pompidou crée un ministère de l’Environnement, que nous étions quelques-uns à réclamer. Ministère présent sans interruption depuis 30 ans. Peu après, je lance l’aventure en 1974 du candidat écologiste René Dumont, qui me permet d’obtenir à R. T. L. et d’assurer ensuite pendant huit années la première chronique écologique sous le titre « La qualité de la vie ».

Bientôt 50 parcs

Finalement en 1977, un ministre de l’Environnement qui a de la mémoire me nomme administrateur du Parc de la Vanoise que nos actions conjointes ont fini par sauver mais n’ont pas définitivement sauvé. Depuis trente ans, ont été admises certaines entorses au strict règlement initial pour permettre la traversée des skieurs et randonneurs entre diverses stations et, de temps à autre, apparaissent des propositions pour faire mieux rimer, croit-on, économie et écologie. Donc, une victoire qui oblige à rester vigilant. J’ai même songé un moment à ajouter un point d’interrogation au titre de mon livre-témoignage « Vanoise, une victoire pour demain » pour alerter les hyper-optimistes.
Il faut rester vigilant pour les autres parcs aussi, créés depuis, car il est évident que si la Vanoise avait été amputée, les autres risquaient de l’être ensuite. Donc la victoire de la Vanoise a sauvé les autres parcs ciblés d’avance par de nouveaux appétits mercantiles. Bienfait supplémentaire, cet « exemple » de la Vanoise a fini par convaincre les populations hostiles aux parcs dont elles n’attendaient que des contraintes insupportables. Hostilité violente parfois. Certains « Parisiens » envoyés du ministère pour discuter du protocole à signer ont vu crever les pneus de leur voiture par les autochtones jaloux de leurs libertés locales et partisans du « Foutez le camp ! » pour les trouble-fête « étrangers ». Hostilité largement disparue aujourd’hui, l’expérience des autres ayant prouvé que les avantages apportés par les parcs dépassent largement leurs éventuels inconvénients. Alors les candidats, rares au début, se bousculent aujourd’hui. Il existe déjà 7 parcs nationaux dont un à la Guadeloupe, et 38 parcs régionaux, en attendant les autres puisque 8 projets sont à l’étude. Véritable phénomène social, écolo-politico-social de notre fin de siècle débordant sur le suivant. 2001 étant l’année de célébration du centenaire de la loi de 1901 sur la liberté d’association, le mouvement associatif est l’un des moteurs les plus efficaces de l’avènement des parcs naturels.

Hommes, bouquetins et poissons

Enfin, on aurait tort d’ignorer une critique qui a la peau dure : les « écolos » ne pensent qu’à la nature, aux animaux, aux petites fleurs et aux grands arbres. Ils ne pensent pas au sort des humains. Il est vrai que la couverture de mon livre « Vanoise, victoire pour demain » est ornée d’une tête de bouquetin, fier seigneur des Alpes. Le V de ses énormes cornes souligne même le V du mot « Victoire ». Cependant, il n’est là que pour rappeler la solidarité forcée entre hommes, animaux, végétaux, paysages. Alors, sauver la Vanoise c’est sauver l’Homme qui y vit, mais aussi bouquetins, chamois, marmottes, aigles, ombles et truites, gentianes, génépis, edelweiss, conifères etc. Bref, tout ce qui vit et cohabite. Sinon l’Homme n’est pas sauvé tout seul.
En 1989, lors du bicentenaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (devenu aujourd’hui éco-citoyen), j’ai rédigé un 31ème article à ajouter à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948 qui en comporte 30. Avec l’approbation de plusieurs associations (JNE et autres), je suis allé, invité par Greenpeace sur le « Rainbow Warrior », l’apporter à New-York au siège de l’ONU où j’avais rendez-vous et où l’on m’a très cordialement accueilli. Voici cet article 31 qui, au fond d’un tiroir new-yorkais, attend depuis douze ans déjà, de retrouver la lumière du jour et la chaleur des débats. Sans oublier le second paragraphe sur l’indispensable liberté d’expression.


Un droit de l’homme et de tous les vivants

Tout être humain a droit au maintien des équilibres écologiques de son milieu de vie, partagé avec tous les autres vivants, animaux et plantes, dont la survie, garante de sa propre survie, doit être assurée.
Ce droit de chacun implique le devoir pour tous – individus, organisations, Etats – de partager la responsabilité de l’eau propre, de l’air pur, de la terre saine, dans le cadre d’une solidarité planétaire indispensable, et d’exiger dans ce domaine, le respect de l’article 19 de la présente Déclaration ainsi précisé : doit être garantie la libre collecte, expression et diffusion sans restrictions, en toutes circonstances, des informations et des idées.

  1. Vanoise, victoire pour demain (Jean Carlier), collection Examens dirigée par Pierre Dumayet, éd. Calmann-Levy 1972.

Jean Carlier fut directeur des informations de RTL de 1967 à 1982, et membre du conseil d’administration du Parc de la Vanoise (à partir de 1978). Il a reçu la médaille d’argent de l’Académie d’agriculture pour son livre « Vanoise, victoire pour demain », remise par un certain Jacques Chirac, alors ministre de l’Agriculture !