Le
bouquetin de Nubie (Capra ibex nubiana) est l'un des animaux les plus
fréquemment mentionnés dans la Bible, mais il a bien failli disparaître de Palestine.
Il y a trente ans, il n'y restait pas plus de 150 bouquetins. L'interdiction de
la chasse a inversé la tendance. Aujourd'hui, on en compte plus d'un millier sur
l'ensemble Israël-territoires palestiniens, plus que partout ailleurs. Aujourd'hui
protégé, il est plus commun en Israël-Palestine que partout ailleurs au Moyen-Orient.
Certains sont devenus si familiers qu'ils se promènent dans la ville nouvelle
de Mitzpe Ramon, sorte de station sur la lune construite au bord d'un cratère
d'érosion de 400 mètres de profondeur et de 40 km de long, en plein désert du
Néguev. " Ils remontent de la falaise, sautent les clôtures, broutent dans les
jardins, explique Noam Raanan, qui étudie ce phénomène. Les jeunes femelles, qui
ont pour rôle de conduire le groupe vers les meilleurs pâturages, sont les moins
timides. Elles mangent dans la main, les gens leur donnent des carottes, des pastèques,
du jus d'orange, bien que ce soit interdit. " C'est la rançon du succès de
la protection de la nature en Israël. Un peu plus au nord, dans les collines sèches
du désert de Judée, le plus grand troupeau au monde de bouquetins de Nubie vagabonde
de part et d'autre de la ligne verte qui sépare Israël de la Cisjordanie occupée.
" Les animaux ne connaissent pas de frontière ", explique David, chargé de la
protection de cette zone. Les rangers des réserves naturelles israéliennes non
plus : au-delà des zones protégées, leur pouvoir s'étend à l'ensemble de la nature,
en Israël et dans les territoires occupés. Ils veillent notamment à ce que les
troupeaux de moutons et de dromadaires palestiniens ne soient pas trop importants
pour les maigres pâturages. La loi attribue aux rangers la même autorité qu'aux
militaires en matière d'arrestation, de saisie des animaux ou des armes, et eux-mêmes
sont armés. Un travail souvent difficile pour ces amoureux de la nature qui, politiquement,
sont plus souvent colombes que faucons, et qui répugnent à voir que parfois la
protection de la nature est utilisée à des fins politiques. Si les quelque 70
réserves de Cisjordanie protègent une nature exceptionnelle, elles empêchent aussi
les Palestiniens de construire des maisons, de pratiquer l'agriculture. Jérôme
Tubiana
Voir
" La Bible, une histoire naturelle ", Terre sauvage, décembre 2001. |