
Des
townships au parc national Kruger
Tout est en ordre en Afrique du sud
L'apartheid politique
n'existe plus dans ce pays depuis 1994.
Mais s'agissant de l'organisation
sociale et spatiale la ségrégation semble toujours aussi présente et de façon
d'autant plus surprenante que l'on pouvait s'attendre à ce que les choses changent
sur le terrain.
Les township les plus pauvres, voire presque aisés, rassemblent
loin de la ville blanche une population noire largement au chômage et en maints
endroits l'on ne croise pas le moindre citoyen noir sauf si, par exemple, on s'égare
au plus profond des cuisines d'un hôtel.
Cette ségrégation spatiale est également visible dans le domaine de la protection
de la nature et des parcs nationaux.
Le plus connu d'entre eux, le parc national
Kruger, situé au nord-est du pays et faisant frontière sur plus de 300 kilomètres
avec le Mozambique, apparaît comme une île isolée dévolue aux animaux au milieu
de grandes cultures industrielles, financièrement et économiquement contrôlée
par les fermiers blancs, très majoritairement des Afrikaners.
(...)
Cette situation est
particulièrement frappante au sud-ouest du parc. Où l'on passe brutalement d'un
paysage agricole aux très vastes parcelles au territoire du parc marqué par des
clôtures et des postes gardées où le visiteur doit acquitter un droit d'entrée
sur les véhicules et leurs passagers.
Et le par n'est " ouvert " que de 6
h 30 à 18 h 30 durant cette période de fin d'hiver et les gardes et guides vous
promettent bien des ennuis en cas de dépassement cette heure…si l'on n'a pas réservé
un hébergement dans les coûteuses lodges qui jalonnent le parc. Ces lodges sont
assez surprenantes, en particulier celles situées à huit kilomètres de la porte
Kruger, au sud ouest du parc.
La route qui y mène, comme plus des deux tiers
des routes qui sillonnent ce parc, est parfaitement asphaltée. Elle est parcourue
par d'imposantes 4 X 4 occupés par des familles sud-africaines blanches ou par
des touristes en voitures de location aux dimensions plus modestes.
Dans cette
région, on trouve des stations services, des banques, des médecins et des marchés
ou tout ce vend ; Et un marché où les prix sont sensiblement plus élevés qu'ailleurs.
Sans compter plusieurs établissement de restauration rapide, assez proches de
ce qui peut de trouver dans tout le Nord de l'Europe ou aux Etats Unis.. S'y côtoient
les visiteurs et les gardiens du parc, ces derniers étant essentiellement des
noirs. En deux jours de visite, nous n'avons pas vu un seul visiteur noir à l'exception
d'un car transportant les élèves d'une école.
L'espace
parc proprement dit est visiblement l'objet d'une surveillance et d'une gestion
très attentive. Nous avons croisé plusieurs véhicules transportant de l'eau destinée
à aider la faune à passer cette fin d'hiver particulièrement sèche cette année
dans cette région. En outre, le parc est parcouru par tout un réseau d'eau reliant
des châteaux d'eau et par un réseau souvent peu discret de distribution d'électricité
pour les fameuses lodges.
Certaines partie du parc font l'objet d'une " gestion
écologique à long terme " : il s'agit d'enclos à l'intérieur de l'enclos parc,
des espaces d'où sont exclus certaines espèces d'animaux, ce qui renforce l'impression,
même s'il s'agit de grands espaces, de se trouver au cœur d'un immense zoo. Kruger
ne serait bien, comme on le craignait, qu'un parc zoologique en plein air. Le
long des routes et des pistes -il en existe et elles sont peu fréquentées- les
gardes sont omniprésents.
Les animaux sont donc nombreux et facilement observables
et les visiteurs en nombre croissant sont assurés d'en voir en grande quantité.
Dans ce vaste espace naturel, il est impossible de se perdre ou même, tout simplement,
de s'égarer tant les indications aux carrefours sont nombreuses et précises.
La
faune est donc bien " rangée " dans l'espace qui lui est réservé, espace dont
elle ne peut guère sortir, comme le sont ici les différentes catégories de population,
en particulier dans les townships.
Ce qui permet de poser la question essentielle,
pour les animaux ou pour ces les noirs traités de la même façon : combien de temps
cela peut-il durer ?
Alain
Bué