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Texte du : 31/08/02

Des townships au parc national Kruger
Tout est en ordre en Afrique du sud

L'apartheid politique n'existe plus dans ce pays depuis 1994.
Mais s'agissant de l'organisation sociale et spatiale la ségrégation semble toujours aussi présente et de façon d'autant plus surprenante que l'on pouvait s'attendre à ce que les choses changent sur le terrain.
Les township les plus pauvres, voire presque aisés, rassemblent loin de la ville blanche une population noire largement au chômage et en maints endroits l'on ne croise pas le moindre citoyen noir sauf si, par exemple, on s'égare au plus profond des cuisines d'un hôtel.

Cette ségrégation spatiale est également visible dans le domaine de la protection de la nature et des parcs nationaux.
Le plus connu d'entre eux, le parc national Kruger, situé au nord-est du pays et faisant frontière sur plus de 300 kilomètres avec le Mozambique, apparaît comme une île isolée dévolue aux animaux au milieu de grandes cultures industrielles, financièrement et économiquement contrôlée par les fermiers blancs, très majoritairement des Afrikaners.

(...)

Cette situation est particulièrement frappante au sud-ouest du parc. Où l'on passe brutalement d'un paysage agricole aux très vastes parcelles au territoire du parc marqué par des clôtures et des postes gardées où le visiteur doit acquitter un droit d'entrée sur les véhicules et leurs passagers.
Et le par n'est " ouvert " que de 6 h 30 à 18 h 30 durant cette période de fin d'hiver et les gardes et guides vous promettent bien des ennuis en cas de dépassement cette heure…si l'on n'a pas réservé un hébergement dans les coûteuses lodges qui jalonnent le parc. Ces lodges sont assez surprenantes, en particulier celles situées à huit kilomètres de la porte Kruger, au sud ouest du parc.
La route qui y mène, comme plus des deux tiers des routes qui sillonnent ce parc, est parfaitement asphaltée. Elle est parcourue par d'imposantes 4 X 4 occupés par des familles sud-africaines blanches ou par des touristes en voitures de location aux dimensions plus modestes.
Dans cette région, on trouve des stations services, des banques, des médecins et des marchés ou tout ce vend ; Et un marché où les prix sont sensiblement plus élevés qu'ailleurs. Sans compter plusieurs établissement de restauration rapide, assez proches de ce qui peut de trouver dans tout le Nord de l'Europe ou aux Etats Unis.. S'y côtoient les visiteurs et les gardiens du parc, ces derniers étant essentiellement des noirs. En deux jours de visite, nous n'avons pas vu un seul visiteur noir à l'exception d'un car transportant les élèves d'une école.

L'espace parc proprement dit est visiblement l'objet d'une surveillance et d'une gestion très attentive. Nous avons croisé plusieurs véhicules transportant de l'eau destinée à aider la faune à passer cette fin d'hiver particulièrement sèche cette année dans cette région. En outre, le parc est parcouru par tout un réseau d'eau reliant des châteaux d'eau et par un réseau souvent peu discret de distribution d'électricité pour les fameuses lodges.
Certaines partie du parc font l'objet d'une " gestion écologique à long terme " : il s'agit d'enclos à l'intérieur de l'enclos parc, des espaces d'où sont exclus certaines espèces d'animaux, ce qui renforce l'impression, même s'il s'agit de grands espaces, de se trouver au cœur d'un immense zoo. Kruger ne serait bien, comme on le craignait, qu'un parc zoologique en plein air. Le long des routes et des pistes -il en existe et elles sont peu fréquentées- les gardes sont omniprésents.
Les animaux sont donc nombreux et facilement observables et les visiteurs en nombre croissant sont assurés d'en voir en grande quantité. Dans ce vaste espace naturel, il est impossible de se perdre ou même, tout simplement, de s'égarer tant les indications aux carrefours sont nombreuses et précises.
La faune est donc bien " rangée " dans l'espace qui lui est réservé, espace dont elle ne peut guère sortir, comme le sont ici les différentes catégories de population, en particulier dans les townships.
Ce qui permet de poser la question essentielle, pour les animaux ou pour ces les noirs traités de la même façon : combien de temps cela peut-il durer ?

Alain Bué