Les
bréves
A
l'écoute de Nathalie
A
partir de ce lundi, sur France-Info, Nathalie Fontrel reprend sa chronique sur
France Info ( L'info du jour environnement à 7 h 12 et 9 h 12). Cette semaine
cette chronique sera chaque jour consacrée au Sommet de la Terre et au développement
durable. Vous la retrouverez dans de nombreux journaux de France-Info et de France
Inter. Tout comme Véronique Rebeyrotte à 7 h, 8 h et 12 h sur France-Culture,
Virginie Garin sur RTL et Laurent Berthault sur RFI (89 sur la bande FM en région
parisienne).
Merci
à nos visiteurs
Il nous faut remercier tous les internautes qui nous rejoignent
sur le site pour s'informer sur le développement durable et sur le déroulement
du Sommet de la Terre.
A
pâlir et à ne pas lire
Nous vous recommandons de ne pas lire le livre
de Jean-Paul Croizet qui après s'être occupé de la rubrique environnement du Figaro
pendant une quinzaine d'années vient de publier " Ecologistes, petites esbroufes
et gros mensonges ", un ramassis de clichés éculés contre les combats des militants
de la nature et de l'environnement. Partie de Norvège il y a quelques mois cette
" mode " de la négation des problèmes environnementaux (il n'y a pas d'effets
de serre, les écolos ne nous obligeront pas à rouler en vélo ( ?), la pollution
on peut s'y adapter, après tout le nucléaire est encore ce qu'il y a de mieux
pour l'énergie, les industriels ne sont pas si pollueurs qu'on le dit, les militants
de l'écologie ont inventé des menaces imaginaires pour se ménager un fonds de
commerce, etc.) est en train de gagner tous les pays. Il serait intéressant de
découvrir qui est derrière cette offensive de toute évidence concertée. Nous nous
y emploierons à notre retour. C'est sur ce thème que l'un des plus grands journaux
sud-africain (The Star) a publié le 26 août une très longue chronique d'un certain
Michael O'Dowd que l'on peut résumer par cette phrase mise en exergue de ce papier
: " Les environnementalistes égoïstes ont pour objectif caché d'utiliser le Sommet
de la Terre pour empêcher les pays du tiers-monde de se développer ".
Du
sucre au goût amer
L'organisation OXFAM a déversé devant le Centre de
conférence de Sandton des milliers de sachets de sucre pour protester contre les
subventions européennes au sucre produit en Europe et vendu en Afrique. On pouvait
lire sur les paquets : " fait en Europe, bradé en Afrique, attention, dévastateur
pour les fermiers africains, contient 70% de subventions, 30% de prix artificiels.
Offert par les consommateurs, contributeurs européens pour cent millions de dollars
par an ". L'importation de sucre européen à bas prix ruine des milliers d'agriculteurs
d'Afrique du Sud et de Mozambique. Le Mozambique est de ce fait totalement exclu
du marché européen et selon Oxfam, l'Afrique du Sud perd 150 millions de dollars
chaque année.
Aides
intéressées et désintéressées
C'est la SITA (Groupe Suez) qui a pris en
charge, une partie du ramassage et du tri sélectif des ordures dans un secteur
du Township d'Alexandra, au coeur de la ville de Johannesburg : océan de pauvreté
dans une ville riche. Ce travail se fait en partenariat avec une compagnie sud-africaine
au sein de la société Phambili Wasteman Ltd. Il s'agit d'une opération qui se
déroule pour l'instant à fonds perdus. Nous reviendrons prochainement sur les
activités d'aide de plusieurs sociétés françaises (voir notre article il y a quelques
jours sur les adductions d'eau du Township Orange Farm) dans le domaine de l'assainissement,
de l'adduction d'eau et de la fourniture d'électricité (y compris solaire) car
la réflexion à ce sujet n'est pas simple dans la mesure où il s'agit pour ces
sociétés de concilier une aide (réelle) à des populations défavorisées (le mot
est faible) et des perspectives d'ouverture de grands marchés dans l'avenir. Pour
en savoir plus sur les activités de la société Phambili : www.phambiliwasteman.co.za
OGM
illusoires
Les " vendeurs " de graines génétiquement modifiées poursuivent
leur action de lobbying dans les couloirs et à certaines tribunes de la conférence.
Tous tentent de persuader l'Afrique du sud (100 000 hectares semés cette année
!) et les pays du sud qu'il s'agit d'une solution miracle pour lutter contre la
faim. Les mêmes sociétés sont actives en Afghanistan où, avec la complicité de
nombreux pays et des Nations Unies, elles tentent de supplanter et d'éliminer
les variétés de blé locales. Au point même de faire distribuer par les associations
d'aide et les agences de l'ONU, des graines enrobées de pesticides. Résultat :
récemment, faute d'avoir pu toutes les semer, des paysans afghans les ont mangées,
ces semences, ce qui a entraîné des empoisonnements graves, même si, à notre connaissance,
il n'y a pas eu de morts. Plusieurs pancartes, lors de la manifestation de samedi,
protestaient contre ces activités dangereuses des grandes multinationales de l'agroalimentaire.
Déjà,
en 1972
Au premier Sommet mondial de la Terre, en 1972 à Stockholm, le
numéro 1 du journal alternatif de la conférence (Eco) daté du 7 juin écrivait
:
" Le fossé qui sépare les pays industrialisés et les autres a commencé à
apparaître lors de la première réunion de la conférence officielle.
La déclaration
la plus vigoureuse a été celle du délégué algérien qui a expliqué que les problèmes
environnementaux ont commencé avec le capitalisme, l'impérialisme et le racisme
et que son pays et d'autres nations africaines exigeaient que la Conférence inscrive
à son programme de travail la condamnation du colonialisme et de l'apartheid.
Il a dénoncé la guerre au Vietnam et l'oppression subie par le peuple palestinien
et ajouté que la meilleure façon de mettre fin à la pollution de la Méditerranée
serait d'y interdire tous les navires étrangers ".
A l'occasion de ce sommet,
le journal Eco est ressuscité de ses cendres (malheureusement seulement en anglais)
et si vous voulez en savoir plus sur ce qu'il publie et sur ce que pensent les
organisations qui l'animent, vous pouvez envoyer un courriel à l'adresse suivante
: ecoeditor@yahoo.com
Nous
sommes deux aux JNE (parce que nous y étions) à posséder la collection complète
des journaux Eco (en français) publiés en 1972 et nous pouvons vous assurer que
leur lecture est instructive : on y évoquait déjà (y compris pour le climat et
les pollutions chimiques) toutes les questions que la plupart des pays ont fait
semblant d'ignorer pendant une vingtaine d'années au moins. Que ceux que ces textes
de l'époque intéressent prennent contact avec l'association par l'intermédiaire
du site des JNE
La
contestation consumériste et environnementale institutionnalisée par l'AFP
L'agence France-Presse vient de lancer un nouveau service :
AFX-Global Ethics
Monitor. Il s'agit d'un service d'informations internationales consacré à la responsabilité
sociale et environnementale des entreprises. Ce nouveau service suivra les performances
des grands groupes mondiaux en matière de protection de l'environnement, de conditions
de travail et de droits de l'homme. Ce service couvrira également le cadre politique,
juridique et social lié aux problèmes de la mondialisation et rendra compte des
actions des consommateurs et des associations dans le monde. Ce service sera publié
en anglais à partir de New York par des journalistes économiques spécialisés dans
l'investissement socialement responsable. Il bénéficiera de la collecte des informations
dans les 165 pays où l'Agence France-Presse est présente.
Ce service est accessible
par mot de passe depuis un site Internet (www.globalethicsmonitor.com)
et jusqu'à la fin du mois de septembre 2002, toutes les informations seront visibles
sur la page d'accueil pour permettre aux premiers utilisateurs de faire-part de
leurs réactions. Ce nouveau service sera totalement opérationnel (y compris le
paiement évidemment) à partir du mois d'octobre.
Développement
durable et Sida
Le Directeur d'Onusida, Peter Piot, vient de déclarer
à Johannesburg :
" On peut oublier toute chance de développement durable dans
de nombreuses parties du monde si l'on ne parvient pas à contrôler le sida, maladie
qui devrait tuer prématurément 68 millions de personnes d'ici 2020. En visant
surtout les adultes de 15 à 49 ans qui ont un rôle économique et social vital,
le sida épuise les ressources humaines, sape la capacité de production, aggravera
pauvreté et les difficultés. Les gens perdent la transmission du savoir entre
générations, ils grandissent avec moins de capacités, moins de savoir-faire d'où
des pratiques agricoles dommageables pour l'environnement. En Afrique, en 2001,
un million d'enfants ont perdu leur instituteur. Si les gens qui sont censés incarner
le développement durable ne sont pas vivants ou ne sont pas en bonne santé, il
n'y aura pas de développement durable.
Conclusion de Peter Piot : " La prévention
fonctionne, le traitement et la prise en charge sauvent des vies, le monde sait
ce qu'il faut faire, le défi consiste désormais à agir ".
Business as usual
Et ça vous fait rire ?
Monsieur Kofi Annan, Secrétaire
général des Nations Unies est arrivé aujourd'hui à Johannesburg. Au début de l'après-midi,
première étape de sa présence au Sommet de la Terre, il a participé à la célébration
de la Journée des Affaires, organisée par " Action du monde des affaires pour
le développement durable " à l'hôtel Hilton. Et le lundi 2, entre autres occupations
plus futiles, il présidera la table ronde sur la " Mobilisation des investissements
".

Pauvres
et anti-mondialisation face au sommet
Il
a fallu cinq heures et onze kilomètres aux plus pauvres des pauvres qui manifestaient
hier à Johannesburg pour atteindre le centre des Conférences qui trône dans la
zone la plus riche de la ville. Ils venaient presque tous du Township d'Alexandra
dont les premières masures de tôle et les tas d'ordures, se trouvent à deux kilomètres
et demie, à vol d'oiseau, de ce quartier Standton où vivent, mangent, dorment
et travaillent les délégués de la conférence consacrée au développement durable.
En tête venaient ces Sud-africains qui réclament au moins une partie des terres
qui leur ont été consfiquées par les fermiers blancs lors de la mise en place
de l'apartheid. Et puis d'autres pauvres ensuite. Tandis que le cortège s'ébranle,
fermant la porte d'une cahute d'une dizaine de mètres carrés, Wendy raconte pourquoi
elle manifeste pour la première fois de sa vie : " Rien ne change, rien de bouge,
alors je vais aller le crier aux gens de cette conférence. Regardez cet égout
à ciel ouvert, regardez ce branchement électrique sauvage qui a tué un gosse la
semaine dernière, ma poubelle qui n'est jamais vidée ! Vous comprenez ? dites
vous comprenez ? ". Effrayé par la colère de sa mère qui m'aggrippe le bras, un
garçon de trois ans se serre contre elle. Cette femme vit loin des pancartes savantes
ou drôles qui évoquent le développement durable, " mais si sa voix est entendue
dit un militant venu de Grande-Bretagne, sa vie changera peut-être ". Quelques
mètres plus loin, sur le pas d'une autre porte, dans la puanteur des tas d'ordures
jamais ramassées, nous avons demandé à un jeune garçon de neuf ans s'il savait
qu'il y avait un Sommet de la terre à Johannesburg. Il nous a répondu par l'affirmative
et quand nous lui avons demandé à quoi il servait il a répondu : " Tous ces gens
sont venus pour nous aider ".
Wendy est alors partie rejoindre une foule évaluée
à une vingtaine de milliers de personnes rassemblant finalement les paysans sans
terre, les militants anti-mondialisation et quelques représentants des associations
présentes dans les coulisses de la conférence. Un défilé de couleurs, de cris
de danses, de rires et souvent de joie ; un défilé qui n'a jamais justifié les
15 000 policiers disposés tout au long du cortège qui a parcouru toute la ville
tant il a été sage. Malgré des pancartes réclamant tout simplement le bombardement
du Centre de Conférence, le jugement de Bush devant un tribunal international
et la nationalisation de toutes les terres " comme au Zimbabwe ". La manifestation
s'est symboliquement terminée par un face à face devant le centre de conférence,
les délégués sortis de leurs réunions et les contestataires se contemplant pendant
deux heures à travers une double rangée de fils de fer barbelé.
Sur une pancarte
une déléguée norvégienne avait écrit " Je vous aime ".
Après avoir tous clamé
leur colère ou leur opposition au Sommet qui " veut nous acheter et nous vendre
en détruisant notre environnement ", les délégués associatifs sont rentrés dans
leur centre et les Africains ont regagné les ruelles d'Alexandra, des ruelles
immondes au milieu desquelles François Dufour, le représentant de la Confédération
paysanne, avouait avoir pleuré.
Claude-Marie Vadrot (Le Journal du
Dimanche)

Echos
A
RTL avec Virgine Garin, sur France Info avec Nathalie Fontrel, sur France Culture
avec Véronique Rebeyrotte, sur RFI avec Laurent Berthault (89 fm à Paris) vous
pouvez retrouver tous les jours le travail des JNE. Ils suivront heure par heure
le déroulement de la manifestation de samedi qui commencera symboliquement dans
le Township d'Alexandra, un quartier pauvre où tout le monde n'a pas l'eau et
qui se trouve pourtant à seulement 2,5 kilomètres des la conférence. Vous retrouverez
aussi les membres de l'association dans le Journal du Dimanche avec Claude-Marie
Vadrot, dans le Monde avec Hervé Kempf, dans la Voix du Nord avec Valérie Cormont
et dans l'Est Républicain avec Patrice Costa. Ils seront tous particulièrement
attentifs à la façon dont seront traitées ce samedi, la manifestation des Sans
Terre et celle des associations deux heures plus tard.
La rumeur est arrivée jusqu'ici :Bertrand Hervieux, le patron de l'Institut National
de la Recherche Agronomique qui parle beaucoup de développement durable serait
cité comme témoin à charge lors du procès de José Bové et plusieurs militants
anti-OGM le 17 septembre prochain. Procès suivant le fauchage d'un champ de Colza
génétiquement modifié dans l'Ariège. LECARE'intéressé a démenti publiquement dans
le pavillon de la France à Jobourg. Pourtant il figure bien sur la liste des témoins
de l'accusation et prépare un texte qu'il lira au tribunal.
Suite
de l'article

Des
townships au parc national Kruger
Tout est en ordre en Afrique du sud
L'apartheid politique
n'existe plus dans ce pays depuis 1994.
Mais s'agissant de l'organisation
sociale et spatiale la ségrégation semble toujours aussi présente et de façon
d'autant plus surprenante que l'on pouvait s'attendre à ce que les choses changent
sur le terrain.
Les township les plus pauvres, voire presque aisés, rassemblent
loin de la ville blanche une population noire largement au chômage et en maints
endroits l'on ne croise pas le moindre citoyen noir sauf si, par exemple, on s'égare
au plus profond des cuisines d'un hôtel.
Cette ségrégation spatiale est également visible dans le domaine de la protection
de la nature et des parcs nationaux.
Le plus connu d'entre eux, le parc national
Kruger, situé au nord-est du pays et faisant frontière sur plus de 300 kilomètres
avec le Mozambique, apparaît comme une île isolée dévolue aux animaux au milieu
de grandes cultures industrielles, financièrement et économiquement contrôlée
par les fermiers blancs, très majoritairement des Afrikaners.
Suite
de l'article 

Le scoop des JNE
Bréves :
(Ce
mercredi 27 outre Claude-Marie Vadrot, Myriam Goldminc et Marie Arnould, l'équipe
de base, Kristine Kristof, Sylvie Mayer, Philippe Monges, Georges Bartoli et Nathalie
Fontrel ont mis en commun leur informations pour vous faire comprendre le
Sommet de la Terre.
Vu
et entendu mercredi : rencontres à la même table, de Remi Parmentier, directeur
politique (c'est comme ça qu'il dit) de Greenpeace Et de Bjorn Stigson, président
du WBCSD (Conseil mondial des industriels pour le développement durable (Ouais,
ça existe) dans une perspective commune : mettre en place une action pour combattre
les risques de changements climatiques. Après dix ans d'affrontement, c'est une
première mondiale que cette rencontre et cet accord. Rassurez vous ils n'ont rien
signé, simplement ils ont lancé un appel commun et les observateurs sont prêts
à jurer que les deux hommes avaient les larmes aux yeux tout comme ceux qui les
entouraient, y compris le directeur de Total. Les deux hommes sont en fait tombés
d'accord pour lancer un appel aux gouvernements pour qu'ils agissent rapidement
et efficacement sur le réchauffement du globe. Sur le thème : prenons ce point
commun et oublions les différences. Pour l'instant.
On voudrait tellement
y croire…
L'histoire dira lequel a mercredi mangé son chapeau…
Verbatim
- Roland Gerard
Un éducateur à l'environnement au Sommet
Roland
Gérard, directeur d'Ecole et Nature, un réseau qui rassemble les professionnels
de l'éducation à l'environnement en France, est à Johannesburg, comme membre de
la délégation française. " Je me suis préparé à ce que ce sommet soit un échec
au niveau des négociations entre les Etats. Par contre, il est important que l'éducation
à l'environnement ne soit pas oubliée du développement durable. Les progrès techniques
ou les questions financières ne font pas tout dans le développement : il faut
aussi que les gens soient éduqués pour qu'ils aient la capacité de débattre, de
se parler, d'être critique. Nous espérons que l'ONU lancera, à long terme, un
vaste programme d'éducation à l'environnement, et que les éducateurs à l'environnement
feront partie des grandes ONG associées a ce genre de sommet.
Car l'éducation
à l'environnement, ce n'est pas seulement apprendre à mieux connaître la nature
par les sciences, c'est aussi une école de la démocratie, c'est aussi l'éducation
à la citoyenneté. Ce qui est intéressant ici, c'est qu'on sent une citoyenneté
planétaire qui est en train d'émerger. Je crois qu'il faut à la fois être actif
sur le terrain local, et sur le terrain international. En France, on s'épuise
à agir au niveau national en matière d'éducation à l'environnement : le poids
de l'Education Nationale est trop important, les traditions trop lourdes… tandis
qu'au niveau international, on se comprend mieux, et c'est plus excitant."
La
grande hydraulique durable ?
Malgré
des tractations en coulisses, les associations n'ont encore une fois pas réussi
à obtenir que la grande hydraulique soit retirée des énergies renouvelables. Cette
classification permet à un certain nombre de pays - dont la France - de se targuer
d'un taux d'énergies renouvelables important - environ 14% -, alors que le solaire
et l'éolien ne représentent, sur un graphique de type camembert, que l'épaisseur
du trait par rapport aux modes de production classiques…
Surmonter
le passé
Construit
en 1978, le barrage de Maga, à l'extrême nord du Cameroun, avait chassé 100 000
personnes de la région, selon Pierrette Memong-Meno, responsable du Club des Amis
des Zones Humides. En bouleversant complètement l'écosystème du fleuve Maga, l'ouvrage
avait chasse la plupart des éleveurs, pêcheurs et nomades qui cohabitaient autour
du fleuve, et qui ont dû partir pour essayer de survivre, la sécheresse de 1979
ayant encore aggravé la situation. Dans le cadre du projet Waza Logone, retenu
par l'ONU avec 26 autres projets pour faire partie de l'Initiative Equateur, des
tentatives originales de réinondation de la plaine inondable ont eu lieu, afin
de relancer les activités traditionnelles : riziculture, pâturage, élevage et
pêche. Depuis, les populations reviennent, et apprennent a revivre ensemble, même
si ce n'est pas facile : " les conflits d'usage sont nombreux, et les chefs traditionnels
ne gèrent plus leurs populations comme avant ", explique Pierrette Memong-Meno.
Convaincue que l'éducation à l'environnement est une clé du développement durable,
elle a créé, dans le cadre du Club des Amis des Zones Humides, des brigades de
jeunes qui plantent des arbres ou font des journées de nettoyage. " Surtout, ils
font le relais auprès des anciens pour que ces derniers réalisent qu'il faut faire
attention à l'environnement, et notamment aux eaux usées. " La première Maison
de l'environnement du Cameroun, qu'elle a créée, illustrera sa conception de l'éducation
à l'environnement : " éduquer à la protection des écosystèmes et à la gestion
durable des ressources ".
Et
l'environnement dans tout ça ?
La séance plénière Eau et assainissement aura laisse plus d'un écologiste sur
sa faim. On y aura beaucoup débattu de l'approvisionnement en eau des populations
pauvres, et de l'implication du secteur privé dans cet approvisionnement. Mais
on aura peu abordé la question de la ressource en eau. Or la ressource en eau
douce dans le monde est en train de décroître a une vitesse alarmante, notamment
à cause de la gestion déplorable des rivières et de leurs bassins versants. L'une
des seules a aborder la question, Margaret Kathy Carlson, du Global Water Partnership,
a expliqué que 500 lacs avaient disparu en Chine, asséchés pour les besoins de
l'agriculture, tandis que 7 fleuves majeurs n'atteignaient plus la mer. Ainsi,
le Colorado, dont l'estuaire au Mexique a quasiment disparu, car le fleuve est
entièrement pompé par les Américains pour alimenter les grandes villes de l'Ouest
américain comme Los Angeles et Las Vegas, et pour faire de l'agriculture irriguée
en plein désert. " A quoi bon débattre d'approvisionnement en eau et d'assainissement
si nous ne réglons pas la question de la ressource en eau ? " a-t-elle conclu.
Et
l'environnement dans tout ca ? (bis)
La
Chine se prépare à détourner une grande partie des eaux du bassin du Yangtse vers
le Nord du pays, ravagé par la sécheresse. Trois canaux achemineront l'eau vers
les grandes villes du Nord, telles Pékin et Tianjin, sur environ 1 600 km, depuis
le Sud du pays, qui bénéficie de pluies importantes. Le projet est estimé à environ
58 milliards de dollars, soit le double du coût du barrage des Trois-Gorges, qui
est en train de déplacer plus d'un million de personnes de leurs terres. Certains
officiels espèrent amener l'eau à Pékin pour les JO de 2008…
Les
Européens se sucrent
Un
rapport d'Oxfam, rendu public pendant le sommet, accuse les subventions de l'Europe
d'empêcher les producteurs de sucre d'Afrique du Sud de vendre leur production
sur le marché mondial. Or ces 55 000 petits paysans sud-africains, qui cultivent
en général entre 1 et 2 hectares, auraient cruellement besoin de ces débouchés.
Malgré la sécheresse qui sévit en Afrique australe, l'Afrique du Sucre a une agriculture
potentiellement compétitive pour le sucre : ses coûts de production peu élevés
devraient lui ouvrir des marchés comme l'Afrique du Nord et le Moyen Orient. Mais
ces marchés sont tenus par les Européens, grâce aux subventions de l'Union européenne
qui permettent aux agriculteurs de vendre à des prix de dumping. Les subventions
agricoles qu'allouent l'Europe et les Etats-Unis à leurs agriculteurs - qui se
montent à un milliard de dollars par jour ! - sont de plus en plus sous le feu
des pays en voie de développement pendant les négociations.

Petites
informations
Le pavillon France de Ubuntu Village, (lieu mi-officiel mi-officieux du Sommet
avec une (gros) zeste d'expositions, de pubs et de marchands de bimbeloteries
qui ne sont pas toujours du meilleur goût), a pris mardi son rythme de croisière.
Avec de nombreuses conférences, notamment celles consacrées mardi après midi au
commerce équitable et au tourisme solidaire. Deux conférences passionnantes et
une salle bondée. Ce Pavillon France mis sur pied par l'Ademe attire beaucoup
plus de monde que la plupart des autres pavillons, les conditions d'écoute et
de discussion. A ce rythme là, le pavillon va devenir rapidement le centre de
ce village. Le plus drôle c'est que les passants et participants aux discussions
peuvent y voir en permanence un film sur… José Bové passant en boucle (mais sans
le son) du matin au soir. C'est dans ce pavillon que se rencontrent tous les membres
de la délégation française, les officiels comme les officieux.
Miracle : 2002 ans après la multiplication des pains, la multiplication des journalistes
: le ministère de l'écologie et du développement durable nous a fait savoir mardi
soir qu'il a trouvé 102 journalistes, pas un de plus, pas un de moins, pour assister
à la conférence de Madame Roselyne Bachelot sur le sommet de la Terre. Ce qui,
avec tous ceux qui traînent déjà à conférence de Jobourg, a pour effet de faire
monter le total des journalistes spécialisés français à un chiffre insoupçonné
jusqu'à la semaine dernière. S'il se confirme que tous les journalistes soigneusement
comptabilisés par le cabinet de la ministre y connaissent quelque chose en environnement
et que ces problèmes ne sont pas devenus trop sérieux pour être traités par des
spécialistes. Pour célébrer cet événement, notre association invite la ministre
et tout son cabinet dans la ferme qu'elle occupe pacifiquement depuis le 22 août.
Depuis
la ferme ou vivent les membres des JNE, Nathalie Fontrel, pour France-Infos et
France Inter, Laurent Berthault pour Radio France Internationale (89 sur FM à
Paris), Virginie Garin pour RTL et Véronique Rebeyrotte interviennent fréquemment
à l'antenne, notamment le matin, pour raconter le sommet mais aussi le développement
durable en Afrique du sud. Bientôt vous pourrez voir sur la cinquième (le samedi
après-midi) les documentaires que tournent Dominique Martin-Ferrari et son équipe
de l'AED sur la conférence et sur le développement durable en Afrique du sud.
Madame Bérengère Quincy, qui porte le titre tout à fait officiel d'ambassadrice
de l'environnement au ministère des Affaires étrangères, est arrivée à Johannesburg
bien avant la ministre de l'Environnement qui devrait être ici le 29 au soir.
Mauvaise
surprise pour les délégués des associations : pour être accrédités à la conférence
et se déplacer en bus à travers la ville ils doivent débourser un peu plus de
150 euros.
Pierre
Radane, président de l'Ademe malheureusement en sursis, se manifeste beaucoup
dans les couloirs de la conférence et du pavillon français. Il fait partie de
ceux qui parlent simplement et clairement des enjeux importants, comme il l'a
fait au téléphone sonne mardi soir en compagnie de Nathalie Fontrel.
Il paraît que faute d'avoir trouvé assez d'argent, le gouvernement français aurait
fait financer quasiment la moitié du pavillon France par Vivendi. Ce qui n'a évidemment
rien à voir avec le fait que le patron de l'ADEME, P ne verra pas son mandat renouvelé
à la fin de l'année.
L'un
des principaux sponsors du Sommet de la Terre est la firme Mercedes qui a mis
un millier de voitures à la disposition des délégués officiels.
C'est
officiel : pendant tout ce Sommet de la Terre, alors qu'il vient de pleuvoir à
Johannesburg en pleine saison sèche, on ne parlera pas du réchauffement de la
planète. Pour faire plaisir aux Américains.
Ambiance
au soir du 27 au pavillon France : le chœur des officiels et des officieux se
répand en expliquant dans les couloirs que ce n'est plus possible, que ce sommet
est mal parti, que rien n'avance, que la situation est plus bloquée que jamais,
que tout le monde perd sont temps… et pourtant le monde est encore là.
Prés de 10 000 paysans sans terre (noirs évidemment) d'Afrique du sud sont déjà
réunis à Johannesburg où ils campent dans le Global Forum des associations. Pour
l'instant le gouvernement sud africain leur refuse le droit de manifester. Ils
se sont réunis mercredi avec les délégués de Via Campesina (l'organisation mondiale
des petits paysans) et avec François Dufour de la Confédération paysanne. Ces
paysans qui voudraient que les gros fermiers blancs partagent leurs terres et
que la réforme agraire se fasse plus vite, sont très en colère.
Pour
en savoir plus: bdfarms@iafrica.com
et www.ubuntucentre.co.za

Un
début de Sommet morose
Est-ce parce que la plupart des observateurs prévoient l'échec final de ce Sommet
mondial du développement durable qui s'ouvre demain
(Ndlr : aujourd'hui, lundi
26 août 2002), ou plus simplement parce que ce Sommet n'a pas encore vraiment
commencé mais on ne sent pas encore l'effervescence des grands événements. Pourtant,
selon le Secrétaire général, Nitin Desai, plus de 20 000 personnes sont déjà enregistrées
pour la partie officielle au Sandton Convention Center : 15 000 représentants
des ONG, 5000 officiels gouvernementaux, 2000 journalistes. Un chiffre qui dépasse
les prévisions des organisateurs. Au total ce sont 60 000 délégués, qui sont attendus,
car ceux qui n'auront pas accès à la partie institutionnelle pourront participer
au Civil Society Global Forum (le forum des ONG) au Nasrec, le centre des expositions
de la ville, ou à un des 600 parallel events qui se tiendront dans les différents
centres névralgiques du Sommet : l'Ubuntu Village, un centre d'exposition, créé
de toutes pièces qui oscille entre le salon Pollutec et le salon du Tourisme avec
des stands d'entreprises comme BP, de pays (la France a un des plus grands espaces)
ou d'organismes internationaux ; le Water Dome, qui comme son nom l'indique présente
également des stands et des conférences, sur le thème de l'eau Le business, quant
à lui, surtout représenté par le WBCSD (World business council for sustainable
development), un organisme regroupant 150 multinationales impliquées dans le développement
durable, a trouvé refuge au Hilton, tout près du centre de conventions, pour y
organiser ses présentations et conférences.
Mais sous ce bouillonnement événementiel
apparent, percent déjà la désillusion et la grogne. Une partie des ONG, dont le
forum parallèle est " symboliquement " installé à 15 km du centre ville (compter
1h30 en bus, avec les embouteillages) se sentent récupérées : la société civile
est à l'écart des vraies discussions et se demande ce qu'elle fait là. Il est
vrai que l'on a l'impression que nombre de représentants d'ONG ont saisi l'opportunité
de venir à Johannesburg pour pouvoir dire " j'y étais ", éventuellement pour rencontrer
d'autres ONG et se créer un réseau international, mais sans espoir de peser sur
les débats. Une marche des ONG est prévue pour samedi 31, qui pourrait d'ailleurs
dégénérer, certaines des associations les plus radicales ne cachant pas leur souhait
de voir le Sommet échouer.
Quant au business, qui organise " sa " journée,
le 1er septembre, sous forme d'un colloque qui verra intervenir, entre autres,
trois patrons français
(EDF, Suez, Areva), que cherche-t-il, sinon un peu
d'image : son Business Day aurait pu avoir lieu n'importe où dans le monde à n'importe
quel moment tant il ressemble à n'importe quel congrès international sur le développement
durable, comme il en fleurit un peu partout sur la planète. Même si ce Sommet
devait déboucher sur un résultat " acceptable ", il est probable qu'un éventuel
Jo'burg + 10 devrait trouver de nouveaux modes d'inclusion de la société civile
:
le temps des grand'messes planétaires semble révolu.
Myriam
Goldminc
Repères
:
Greenpeace et les ONG du collectif Joburg font pour la première fois partie de
la délégation officielle française ainsi que des entreprises et des institutions
" c'est la fameuse participation de la société civile " Du 2 au 4 septembre les
journées seront consacrées au chefs d'Etat ou de gouvernement, La première journée
sera ouverte par le Président Thabo Mbeki puis par Kofi Annan, des tables rondes
réservées aux chefs des délégations sur le thème unique " de la parole à l'action
" et des évènements parallèles comme la table ronde sur la diversité culturelle.
Le mercredi 4 après- midi sera réservé à un débat avec les groupes majeurs, puis
à l'adoption des documents et à la clôture du Sommet.
Pour
en savoir plus: bdfarms@iafrica.com
et site web : www.ubuntucentre.co.za

JOHANNESBURG
VU DE PARIS
De
la conversation à l'action ?
"Un peu moins de conversation,
un peu plus d'action". Avec cette chanson ressuscitée par la magie douteuse du
remix, Elvis Presley triomphe dans le monde entier 25 ans après sa mort. Cet air
me trottait dans la tête lors de la conférence de presse de Roselyne Bachelot-Narquin
(ministre de l'Ecologie et du Développement durable), Pierre-André Wiltzer (ministre
délégué à la Coopération et à la Francophonie) et Tokia Saïfi (secrétaire d'Etat
au Développement Durable) qui se tenait le 27 août au minstère de l'Ecologie.
Devant une assistance nombreuse (les prévisions apocalyptiques de Claude-Marie
ne se sont pas vérifiées !), les trois ministres se sont d'abord félicités du
"travail d'information et de mobilisation" réalisé par la presse à l'occasion
du Sommet de la Terre. Ca ne mange pas de pain... Puis ils/elles ont accumulé
les formules vertueuses (gouvernance mondiale, diversité culturelle, etc.), sans
livrer d'informations vraiment précises sur les priorités concrètes de la France
à Johannesburg. Les questions concrètes des journalistes (notamment celle de notre
ami Jean Carlier sur la déforestation) n'ont reçu que des réponses généreuses
et générales. Cependant, à l'heure où l'absence (certes injustifiable) du Pdt
Bush constitue par avance une justification commode et anticipée de l'échec prévisible
du Sommet ("c'est la faute aux Yankees et nous on y est pour rien"), Roselyne
Bachelot a eu le mérite de souligner que tout n'était pas noir dans la position
des Etats-Unis (qui ont notamment adopté un plan national du développement durable
sur lequel on aurait aimé en savoir plus) et que la France, avec ses partenaires
européens, rechercherait le "consensus". Formons le voeu que celui-ci, au delà
des grands principes, se traduise par quelques engagements concrets...
Laurent
Samuel

Petites
nouvelles
La
façon dont sont installées les associations à une quinzaine de kilomètres du centre
de conférence est à la fois miteuse et honteuse. C'est un forum au rabais qui
montre en quelle estimes les Nations Unies tiennent le mouvement associatif.
Joli
dessin paru dans un grand journal de Jobourg : deux extraterrestres (les délégués)
rencontrent deux bushmen interloqués et équipés de leurs arcs et flèches et leur
demandent : Vous ne sauriez pas où se trouvent Standton (nouveau centre riche
et résidentielle de Jobourg) ?
La
moitié des lions du célèbre parc national Kruger ont été décimés, au cours des
deux dernières années, par une variante du Sida. Il n'est pas impossible que toute
la population de ces animaux disparaisse rapidement. Trois journalistes des JNE
sont partis enquêter.
Les journalistes se demandent de quelle maladie honteuse ils peuvent bien souffrir
: il leur est pratiquement interdit de pénétrer dans la salle de la discussion
plénière. Le sommet est donc très aseptisé car, sauf pendant quelques minutes
chaque jour, nous ne pouvons suivre les débats qu'à la télévision. Le sommet devient
peu à peu virtuel.
Coup
de chapeau au pavillon de la France où l'on est bien accueilli.
Entendu
dans les coulisses un délégué hollandais se demander pour quoi diantre il était
venu parler de développement durable dans un pays de nègre. On se le demande,
effectivement.
Rencontré
longuement hier une millionnaire sud-africaine de 32 ans, Suzanne Ravenall, qui
s'intéresse très concrètement au développement durable. Il faut vraiment de tout
pour faire un monde ! Elle précise, entre choses passionnantes qu'elle n'a pas
du tout l'intention de mettre les pieds au sommet car elle ne supporte pas de
perdre son temps. Rencontré hier en compagnie de François Dufour (Confédération
paysanne et vice président d'Attac), le président des paysans du nord de l'Afrique
du sud. Il fait partie de ces agriculteurs qui ont été chassés il y a des dizaines
et des dizaines d'années de leurs terres par les blancs au nom de l'apartheid.
Lui et quelques milliers d'autres ont récemment récupéré leurs terres. Leurs désespoirs,
c'est qu'ils n'ont pas d'argent et ont beaucoup de mal à faire vivre leurs exploitations
car ils ont perdu la mémoire de leurs savoir faire.
Développement
durable sans doute : l'un des immenses parkings qui se trouve sous le centre de
la conférence, est (vous avez bien lu) cli-ma-ti-sé !
Comme
il n'y a pas de petits profits, après avoir interdit aux journalistes de filmer
la séance d'ouverture avec les petites et grandes huiles, l'ONU vend la cassette
de cet événement inoubliable 750 dollars.
La
banque mondiale a officiellement prôné hier, dans une conférence de presse, la
suppression de toutes les subventions à l'agriculture, dans les pays du Nord comme
dans les pays du sud. Au nom du " libre commerce " bien sur. Une phrase en ce
sens figure déjà dans la résolution finale de la conférence mais elle est encore
entre parenthèse. Voilà qui promet de belles empoignades avec, entre autres, la
France et les Etats Unis.
D'une
façon générale, dans les avant-projets de texte, dans les déclarations, dans les
pressions de plus en plus vives des milieux industriels, on se rend compte que
de nombreux pays et de nombreux organismes tentent de faire passer au Sommet de
la Terre, toutes les idées ultra-libérales qu'ils n'ont pas encore réussi à caser
dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce.
Que
ceux qui rêvaient d'une OME, Organisation Mondiale de l'Environnement, chargée
de faire un peu (même si peu) la police dans la protection de la nature et de
l'environnement s'apprêtent à attendre le prochain sommet : le projet est pratiquement
enterré. A Johannesburg, dans la presse et dans les tracts (comme dans le reste
de l'Europe) fleurissent les écrits expliquant que l'on a beaucoup exagéré les
problèmes d'environnement de la planète et que les " écologistes égoïstes ont
pour objectif d'empêcher les pays du sud de se développer " (phrase d'un journaliste
blanc sud africain dans The Star de lundi).
Les
journalistes de notre association se sont volontairement installés à l'écart de
Johannesburg et de ses hôtels aussi laids que luxueux, dans une ferme (bio) de
400 hectares qui abrite aussi une école pour les enfants défavorisés de la région
et deux centres de soins. Nous vous en reparlerons.

De
futurs consommateurs durables ?
(suite
et commentaires reportage Lyonnaise des eaux dans
les township)
Joburg
: trois millions d'habitants dont 2 millions dans les bidonvilles. 80 % n'ont
ni eau, ni sanitaires, ni électricité les conditions de vie et d'hygiènes sont
misérables. Malgré cette misère dans les townships on est souriant voir, .accueillant
avec ces étrangers blancs qui viennent avec des cadres de Suez voir " le progrès
" qui doit leur changer la vie : à savoir un raccordement au réseau et un wc dans
le jardin. Pour l'instant, ils ne peuvent pas encore payer, ils sont complètement
insolvables : taux de chômage estimé à 80% de la population dans les townships.
Mais à long terme, Suez espère en faire des consommateurs fidèles. Le hic étant
qu'en Afrique du Sud, on paie l'eau au prix fort : un ménage moyen dépense environ
6 % de son budget mensuel à l'eau.
Il faut savoir que le salaire minimum est
environ de 1000 rands, soit 100 euros .. Dans un autre bidonville, plus mal loti
encore, près de la citerne collective une vieille femme amène un bidon . Mais
il n'y a plus d'eau . Elle rebrousse chemin en souriant timidement. Il faudra
attendre demain la livraison par le camion citerne… Une aberration, alors que
d'on voit un énorme réservoir qui pourrait alimenter tous les bidonvilles avoisinants…
Le
calme avant la tempête ?
Depuis
notre arrivée la préparation du sommet se fait sous haute surveillance . Les contrôles
sont partout aux entrées des principaux centres névralgiques du sommet mais également
aux alentours . Pour l'instant seules les ONG tiennent des conférences au Global
forum encore que pour les trouver dans un lieu de foire expo ce n'est guère évident
. On attend 70 000 personnes et pourtant on ne sent pas vraiment la foule des
grands soirs.
L'apartheid
n'est pas fini
Stupéfiante discussion cet après-midi, avec Christo
Shoeman, Afrikaner bon teint et avocat de son état. Dans son anglais qui roule
les " r ", il m'explique avec candeur que la situation économique en Afrique du
Sud n'a cessé de se dégrader depuis 1994, date à laquelle le régime de l'apartheid
est tombé. Le rand a été complètement dévalué : il valait 3 dollars à l'époque,
alors qu'aujourd'hui, il ne vaut plus que 0,1 dollar. " Les Noirs ne savent pas
travailler. Prenez, par exemple, ma femme de ménage qui m'a cassé ma table basse,
dont le dessus est en verre. Je ne sais pas pourquoi, mais ils cassent tout. "
On s'arrête sur les salaires respectifs en France et en Afrique du Sud des " agents
de service ", pour reprendre la phraséologie actuelle. Il est assez intrigué de
voir qu'en France, le SMIC est de 1000 euros alors qu'une personne qualifiée comme
un journaliste ou un prof gagne environ 1500 euros. Ici, le salaire minimum est
de 1000 rands, alors que le salaire moyen de personnes qualifiées oscille entre
20 et 50 000 rands. Il justifie cette différence en m'affirmant que les Noirs
sont incapables d'utiliser un quelconque outil technologique, tel l'aspirateur.
De fil en aiguille, il en vient à ses convictions profondes. " Vous verrez, un
jour, l'Afrique sera blanche. " Je le regarde d'un air interrogateur. Toute l'Afrique
? Oui, toute l'Afrique. Et pourquoi ? " Parce que les Noirs meurent de plus en
plus, notamment du SIDA. Leur taux de croissance est désormais négatif, et ils
vont peu à peu disparaître. D'ici 20 ans, l'Afrique sera blanche et l'Afrique
du Sud en sera le fer de lance.
Petit pêcheur deviendra grand
Ils sont 300 petits pêcheurs artisanaux
à être venus du monde entier pour le Fisher Forum 2002 qui se déroule jusqu'à
mardi durant le Sommet mondial de Johannesburg. Ils sont venus pour affirmer leurs
droits à continuer à vivre de leur pêche. " Nous vivons de la pêche, nos parents
vivaient de la pêche, c'est notre seule ressource, explique Thomas Kocherry, ancien
pêcheur et actuel animateur du World Forum of Fisher Peoples, une organisation
qui représente 10 000 pêcheurs artisanaux. Or cette ressource nous est progressivement
interdite par les quotas individuels qui sont mis en place et qui favorisent la
grande industrie de pêche. Pour nous, la pêche est un mode de vie, pas seulement
une source de revenu." En Afrique du Sud, depuis 1994, le gouvernement essaie
de transformer le secteur, afin de limiter le contrôle des grandes compagnies.
Mais le nouveau système de quotas continue à leur faire la part belle, puisque,
actuellement, 3 compagnies contrôlent 72% des prises. Or le contexte actuel est
dramatique, puisque les prises diminuent régulièrement en Afrique du Sud, comme
sur l'ensemble de la planète. Selon les Nations Unies, 47% de certains stocks
de poissons ont été exploités au maximum, 18% ont été surpêchés et 9% sont menacés.
Les petits pêcheurs sont d'autant plus inquiets que ce sont les grandes compagnies
et leurs énormes navires, qui font le plus de dégâts dans les populations de poissons,
et que l'Union européenne et les Etats-Unis, après avoir surpêché l'Atlantique
et le Pacifique Nord, s'intéressent de près aux eaux de l'hémisphère sud.
Myriam
Goldminc et Marie Arnould
Repères
:
Le salaire
minimum, celui des femmes de ménage par exemple, est de 1000 rand.