
le 2 mars 2006
Les petits élevages avicoles et les oiseaux sauvages sont injustement rendus responsables de la grippe aviaire qui affecte actuellement plusieurs parties du monde. Un nouveau rapport de GRAIN montre comment l'industrie avicole multinationale est à l'origine du problème et devrait être au centre des actions menées pour maîtriser le virus.
L'expansion de la production avicole industrielle et des réseaux commerciaux ont créé les conditions idéales à l'apparition et à la transmission de virus mortels comme la souche H5N1 de la grippe aviaire. Une fois qu'ils ont pénétré dans les élevages industriels surpeuplés, les virus peuvent rapidement devenir mortels et se développer. L'air vicié par la charge virale est transporté sur des kilomètres à partir des fermes infectées, pendant que les réseaux d'échanges commerciaux intégrés répandent la maladie par les nombreux transports d'oiseaux vivants, de poussins d'un jour, de viande, de plumes, d'œufs à couver, d'œufs, de fumier de volaille et d'alimentation animale.
« Tout le monde se focalise sur les oiseaux migrateurs et les poulets de basse-cour comme étant le problème, » indique Devlin Kuyek de GRAIN. « Mais ils ne sont pas les vecteurs effectifs de la forme fortement pathogène de la grippe aviaire. Le virus les tue, mais il est peu probable que ce soit eux qui le propagent. »
Par exemple, en Malaisie, le taux de mortalité par le H5N1 chez les poulets des villages est seulement de 5%, indiquant que le virus a du mal à se propager dans les petits élevages de poulets. Les manifestations de H5N1 au Laos, qui est entouré par des pays infectés, se sont seulement produites dans quelques fermes industrielles du pays, qui sont fournies par des établissements d'incubation Thai. Les seuls cas de grippe aviaire dans la volaille de basse-cour, qui couvre plus de 90% de la production du Laos, se sont produits à côté des fermes industrielles.
Les gouvernements des pays de l'Union Européenne ont répondu à la découverte des cygnes, des oies et des canards morts infectés avec des mesures sévères obligeant à l'enfermement des volailles. Maintenant, ils sont bien embêtés car la première et seule manifestation significative de contamination de volaille domestique s'est déclarée dans un gros élevage industriel de dindes en France, où les 11 000 volatiles étaient confinés, totalement séparés des oiseaux sauvages.
« Il apparaît de plus en plus évident, comme on l'a vu aux Pays-Bas en 2003, au Japon en 2004, en Egypte en 2006, que la grippe aviaire mortelle se déclare dans les grosses fermes industrielles et qu'ensuite elle se propage, » explique Kuyek.
Le cas de contamination nigérienne qui s'est déclaré au début de l'année a commencé par une seule ferme industrielle, appartenant à un membre du Conseil des Ministres, éloignée des axes principaux de déplacements des oiseaux migrateurs mais elle était connue pour importer des oeufs à couver hors réglementation. En Inde, les autorités locales indiquent que le virus H5N1 est apparu et s'est répandu à partir d'une ferme industrielle appartenant à la plus grande compagnie avicole du pays, les couvoirs Venkateshwara.
La question cruciale est de savoir pourquoi les gouvernements et les agences internationales, comme l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), ne font rien pour enquêter sur la manière dont les fermes industrielles et leurs sous-produits, tels que l'alimentation animale et le fumier, propagent le virus. Au lieu de cela, ils se servent de la crise comme une occasion d'industrialiser davantage le secteur avicole. Les initiatives se multiplient pour interdire la volaille en plein air, pour évincer les petits producteurs et pour réapprovisionner les fermes avec des poulets génétiquement modifiés. Le réseau de complicités avec une industrie prise dans une série de dénis et de dissimulations semble total.
« Les agriculteurs perdent leurs moyens d'existence, les poulets locaux sont éliminés et quelques experts déclarent que nous sommes à l'aube d'une épidémie humaine qui pourrait tuer des millions de personnes, » conclut Kuyek. « Quand les gouvernements réaliseront-ils que pour protéger la volaille et les personnes contre la grippe aviaire, ils doivent les protéger contre l'industrie avicole mondiale ? »

GRAIN est une organisation non gouvernementale internationale (ONG) dont le but est de promouvoir la gestion et l'utilisation durables de la biodiversité agricole fondées sur le contrôle exercé par les populations sur les ressources génétiques et les connaissances locales. Contact: Devlin Kuyek, GRAIN, à Montréal, Tél: +1 514 2737314,
- Web :
www.grain.org

1. Le rapport entier, « Qui est le dindon de la farce ? Le rôle central de l'industrie avicole dans la crise de la grippe aviaire », est disponible sur le site
www.grain.org/briefings/?id=195
2. La fiente de poulet et la litière des sols des élevages industriels de volaille sont des ingrédients courants de l'alimentation animale.
Par Marie Arnould
Serge Revel, vice-président du Conseil général de l'Isère chargé de l'environnement, a appelé les populations et les élus, vendredi 10 mars, à un peu de calme concernant la grippe aviaire, qu'on préfère désormais nommer “peste aviaire”. « Il ne faut pas tomber dans la psychose. Nos administrés appellent la mairie pour le moindre moineau mort, voire même pour dénoncer leurs voisins qui n'ont pas confiné leurs poules ! Pourtant, il faut arrêter de dramatiser : il n'y a eu qu'un élevage touché dans l'Ain et, en France, il y a eu moins de dix oiseaux sauvages morts de peste aviaire. Il faut rappeler également qu'il y a toujours eu régulièrement des épizooties de peste aviaire, qu'on appelait autrefois la “maladie du poulet”. » Maire d'une petite commune du Nord-Isère, Serge Revel s'est aussi inquiété de la panique qui s'est emparée de certains de ses collègues. Ainsi, le maire de Saint-Baudille-de-la-Tour, en Isère, s'est fendu d'un courrier à ses administrés, demandant que le confinement des volailles soit assorti « d'autres mesures et en particulier l'éradication d'un certain nombre d'espèces de charognards ou de carnassiers sauvages, des animaux ou oiseaux susceptibles de manger un canard contaminé et de transférer ensuite la grippe aviaire des plans d'eau, d'où elle est arrivée, jusqu'à vos basses-cours. Il s'agit, notamment, des renards, des fouines, des belettes, des putois, des corbeaux, des pies et d'autres rapaces sédentaires. Ces différentes espèces ont déjà provoqué chez nous un déséquilibre total de notre faune sauvage, elles sont aujourd'hui trop nombreuses et trop dangereuses dans le contexte actuel. Je vais donc demander à Monsieur le Préfet une autorisation de diminuer considérablement les populations de ces prédateurs à haut risque et agir en concertation avec la société de chasse. » Une demande à laquelle la préfecture de l'Isère n'a pas donné suite, heureusement, et qui a provoqué l'indignation d'un grand nombre d'habitants de la commune. « Nous avons reçu au Conseil général plus de 700 lettres de gens indignés par ces propos, » a poursuivi Serge Revel.
La psychose s'étend donc non seulement aux volailles que les gens ont peur de consommer alors que le virus disparaît à 70° (rappelons que, lorsque l'on cuit un poulet, le four est à 200° au minimum…), aux oiseaux sauvages, mais aussi à notre bonne vieille faune qualifiée depuis des générations de “nuisible”… Renards, fouines ou rapaces n'ont jamais eu la cote auprès de certains, et tous les prétextes sont bons pour les éradiquer ! Or cette “panique de précaution”, selon l'expression de Romain Julliard, biologiste au Muséum national d'histoire naturelle, semble peu fondée. Ce dernier rappelle en effet que « l'Asie du Sud-Est, la Chine en particulier, est une zone majeure d'hivernage des canards, oies, cygnes qui nichent plus au nord (Sibérie centrale et orientale). Pourtant, les cas de grippe aviaire chez les oiseaux sauvages au nord de cette zone (Mongolie, Sibérie) sont assez sporadiques, et certains d'entres eux sont probablement liés à des contaminations par des poulaillers infectés. Pourquoi aussi peu de cas chez les oiseaux sauvages dans la région du monde la plus touchée par la grippe aviaire ? La réponse est bien étayée par les études scientifiques. D'une manière générale, le virus persiste mal dans les populations sauvages : les individus sont peu susceptibles et ceux qui contractent la maladie transmettent mal le virus à leurs congénères. D'autre part, et c'est sans doute le facteur le plus important, le virus persiste très mal hors d'un oiseau vivant (c'est-à-dire dans l'air ou dans l'eau) dès que la température dépasse 8°C. De toute évidence, depuis l'automne, la grippe se propage à cause des oiseaux sauvages, depuis la Sibérie jusqu'à l'Europe de l'Ouest. Mais force est de constater que les cas sont très sporadiques et que la mortalité est minime : pour 10 oiseaux trouvés morts, il y en a des dizaines de milliers bien vivants et en pleine santé ! Autre caractéristique, tous les cas concernent des oiseaux d'eau douce froide ou susceptibles d'être en contact avec de tels oiseaux. D'où la déduction complètement en accord avec ce qu'on sait du virus : l'eau froide est sans doute déterminante pour le maintien du virus dans les populations sauvages. Or, une chose est sûre : la fin de l'hiver est pour bientôt et, d'après moi, avec le réchauffement printanier, la grippe devrait rapidement disparaître de France. La grippe va-t-elle se maintenir tout au nord de l'Europe et revenir à l'automne ? Je n'en sais rien, mais on a le temps de voir venir. »

Par François Moutou, docteur vétérinaire, chercheur à l'AFSSA et membre des JNE
Comme son nom l'indique, la grippe aviaire concerne essentiellement les oiseaux, avec l'existence de nombreuses souches virales, le plus souvent peu pathogènes. La souche actuelle qui a pointé le bout de son nez à la fin du siècle précédent en Asie du SE et qui a vraiment émergé à partir de 2003 est, inversement, hautement pathogène chez plusieurs espèces d'oiseaux.
Le réservoir de cette souche H5N1HP semble bien être les élevages d'oiseaux domestiques, les espèces sauvages ne semblant pas (encore ?) en être capables (maintien du virus sur le long terme).
La communauté internationale a malheureusement trop attendu avant d'aller faire ce qu'il fallait : aider les éleveurs des pays touchés à lutter contre. Les discours alarmistes sur le risque imminent de passage à l'homme ont un peu retardé la prise en compte de la réalité immédiate : une maladie de l'élevage dans des pays peu équipés.
Le déplacement du virus combine manifestement deux facteurs : le commerce et les oiseaux sauvages. La progression le long du transsibérien ou la connaissance des liens avicoles Asie Nigeria expliquent très bien l'apparition de certains foyers en élevages y compris entre continents. Il faut savoir que les poussins de 1 jour voyagent très bien.
Inversement, les cas déclarés sur oiseaux sauvages depuis la fin du mois de janvier 2006 en Europe montrent que le virus est présent sur notre continent, en particulier autour de la Mer Noire, chez plusieurs espèces d'oiseaux d'eau. La vague de froid de fin février les a fait bouger dans diverses directions, dont le long de la vallée du Danube.
Si les mesures de biosécurité autour des élevages sont respectées, le risque de passage des uns (sauvages) aux autres (domestiques) semble réellement limité. En ce qui concerne les mammifères, dont nous sommes, les données expérimentales sur chat, souris et furet montrent qu'au laboratoire, ces espèces sont sensibles au virus. Sur le terrain, le seul cas connu à ce jour est celui d'un chat trouvé sur l'île de Rügen, dont il est difficile de tirer beaucoup de généralités. Plusieurs dizaines d'oiseaux sauvages morts de grippe y avaient été ramassés les jours précédents.
A ce jour également, aucun cas d'oiseau sauvage porteur du virus n'a été identifié en Afrique. Comme le virus n'aime pas trop les températures douces ou élevées, il est possible que le printemps chez nous et les températures africaines contribuent à contrôler la situation.
Et après ?
A suivre…
Par Claude-Marie Vadrot (article paru dans le Journal du Dimanche)
Vendredi ont commencé en Mauritanie, les grandes manoeuvres destinées à tirer au clair le rôle des oiseaux migrateurs dans la propagation du virus de la grippe aviaire. Des pays africains, la FAO, un organisme français le Cirad ( Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) unissent leurs efforts, leurs moyens et leur savoir faire pour traquer un virus qui peut voyager vers la France et toute l‘Europe avec les millions d'oiseaux qui commencent à remonter de points d'eau en points d'eau le long de l'Atlantique. Première intervention en grandeur nature vendredi à quinze heures : une équipe franco-mauritanienne financée par la FAO a pris ses quartiers pour quelques jours près du lac Aleg, dans le sud de Mauritanie, à une soixantaine de kilomètres du fleuve Sénégal. Pour le docteur vétérinaire Stéphane de la Roque et l'écologue Nicolas Gaidet, tous les deux venus du Cirad de Montpellier, « nous sommes dans une situation d'urgence ». Urgence à comprendre comment le virus, par les migrations intérieures, pourrait s'incruster en Afrique en désorganisant les économies locales et comment il pourrait régulièrement venir et revenir à partir des foyers africains pour contaminer la plupart des pays européens. Si les migrateurs assurent réellement sa propagation, ce qui n'est pas encore prouvé. « Nous n'avons essentiellement que des indications indirectes expliquent Nicolas et Stéphane, nous savons qu'un faible pourcentage de migrateurs peuvent être des porteurs sains, mais si les migrateurs étaient responsables principaux de la pandémie, la France et l'Europe seraient infestées partout depuis longtemps. Notre rôle est d'établir des certitudes, dans un sens ou un autre ».
Pour commencer l'immense travail de vérification les Mauritaniens et les Français ont donc établi leur campement près de ce lac où se reposent actuellement une centaine de milliers d'oiseaux dont une quarantaine de milliers de sarcelles d'été, de canards pilet et de canards souchet prêts au voyage de retour. Sous un soleil brûlant, à quelques kilomètres du désert, ils tournoient en nuées impressionnantes au-dessus d'environ vingt-cinq kilomètres d'eau peu profonde en partie couverte de sesbanias, petits arbustes les pieds dans l'eau où s'abritent les plus gros oiseaux. Dans le ciel passent également des balbuzards pêcheurs, des milans noirs, des aigles bottés, voire des vautours d'Egypte en partance pour le nord et notamment pour la France. Ramassant les derniers insectes de la saison, des hirondelles rasent les berges déjà sèches du lac. Elles viennent du sud et poursuivent leur route pour retrouver leurs nids en France ou ailleurs. Sur les vasières que découvrent la saison sèche des milliers de petits échassiers s'apprêtent à en faire autant.
Le dispositif franco-mauritanien, le même qui sera appliqué dans les semaines qui viennent au cœur d'autres pays de l'ouest africain, s'est donc mis en place vendredi en fin d'après-midi et sera maintenu jusqu'à ce matin vers midi. Les scientifiques se sont installés du mieux qu'ils pouvaient dans la savane, montant des tentes rudimentaires, dressant les tables utilisées pour les prélèvements, préparant sous l'ombre rare des réservoirs de neige carbonique pour conserver les échantillons qui seront expédiés vers Paris puis Padoue en Italie aux fins d'analyses. Premier temps fort de l'opération : une douzaine de chasseurs d'origine libanaise, souvent de nationalité française et menés par les responsables de leur club, ont installé leur camp près des scientifiques. Ils se sont mis à la disposition de l'équipe de chercheurs. Leurs objectifs : fournir le maximum d'oiseaux pour les prélèvements. Objectif minimal : 250 avant dimanche midi, plus si possible, pour que la probabilité soit suffisante de trouver des oiseaux infectés s'il en existe. Le tableau de chasse le plus impressionnant jamais enregistré dans ce pays où, officiellement du moins et pour les détenteurs de permis, la chasse est sévèrement réglementée. Dans la nuit de vendredi à samedi, après la première offensive sur le lac, au cours du banquet tardif qui a réuni tout le monde, le doyen des chasseurs, Georges, a tenu à s'en excuser : « ce que nous venons de faire et continuerons demain, ne nous plait guère, nous sommes des chasseurs, pas des tueurs. Nous le faisons parce que vous nous l'avez demandé et parce que nous savons que cela sera utile à des millions de gens. Je tenais à ce que cela soit dit clairement devant les chercheurs et nos amis mauritaniens ».
Vers neuf du soir, par une nuit noire et sans lune mais sous un fantastique parterre d'étoiles, avait commencé le travail des chercheurs : installés devant des tables branlantes, protégés par des blouses, des masques et des gants, éclairés par une petite lampe tempête et
leurs lampes frontales, les cinq hommes ont commencé à examiner et à prélever. Une chaîne de gestes répétés à l'avance, les sarcelles circulant de Nicolas à Stéphane en passant par Mamadou Sow, du service d'environnement mauritanien. Tandis que d'autres vérifient, notent les espèces et les sexes, étiquettent les tubes immédiatement plongés dans la neige carbonique. Opération à chaque fois répétée en double pour écarter les risques d'erreur. Une scène qui s'est prolongée pendant trois heures. Scène à la fois rigoureuse dans le protocole scientifique mais aussi dérisoire en moyens et conditions de travail quand on pense à l'éventuel enjeu de santé publique mondiale qui repose sur ses examens. Pour des raisons incompréhensibles et qui échappent au raisonnement, ni la FAO ni les autorités mauritaniennes n'ont songé ou eu les moyens de mettre ne serait-ce qu'un petit groupe électrogène à la disposition de ces scientifiques qui représentent une sorte de poste de garde avancé installé en travers d'une éventuelle pandémie. Cela ne dérange pas Stéphane, l'épidémiologiste de l'équipe : « nous avons l'habitude du travail de brousse, notre truc, ce ne sont pas les laboratoires bien propres et confortables »
Au soir de la première journée, 155 oiseaux avaient été examinés. L'opération s'est poursuivie hier matin en plein jour après le nouveau retour des chasseurs, puis à nouveau hier soir, toujours dans les mêmes conditions. Le quota minimal de sécurité n'étant pas encore atteint l'opération devait se poursuivre ce matin. Ce premier travail terminé, l'équipe va aller s'installer à 600 kilomètres plus au nord, dans le Parc national du Banc d'Arguin. Là, sans le concours de chasseurs, puisque toute chasse est interdite dans ce secteur maritime, Nicolas Gaidet et Stéphane de la Roque devront évaluer, tester en les capturant quelques minutes et en les examinant à la jumelle depuis des barques, la bagatelle des deux millions d'oiseaux qui y attendent un départ imminent pour l'Europe. La suite mais pas la fin de ce que les épidémiologistes du monde entier connaissent désormais sous le nom de « Mission de surveillance des oiseaux migrateurs » dont le Cirad est l'opérateur désigné par la FAO. Des mois de travail intensif.

Par Allain Bougrain Dubourg,
journaliste, membre des JNE et président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO)
On pouvait craindre que le dossier « grippe aviaire » conduise à des dérapages dans les media, c'est l'inconcevable qui s'installe. Jugez plutôt : une dépêche de AP rapportant les propos du Professeur Arlette Laval (membre du Comité d'Experts de l'AFSSA) nous apprend que des oiseaux migrent, début février, de la Sibérie vers l'Afrique ! Ailleurs, un commentaire de TF1 (au 20 Heures) indique que la chasse ferme à la fin du mois de février ! (ce qui est fort regrettable puisque les chasseurs ne pourront plus jouer leur rôle de sentinelles – souligne le reportage). De même, le seul réseau d'observateurs habilité à identifier les oiseaux qui seraient pathologiquement atteints est celui des chasseurs. Pas un mot sur les quelque 5 000 ornithologues qui fournissent, notamment, des données au Muséum National d'Histoire Naturelle, pas davantage sur les gestionnaires de réserves, les réseaux rapaces, les animateurs nature, etc. La vie associative, qui assure une présence constante sur le terrain, est méprisée.
Je me suis plaint de cette situation auprès du Ministère de l'Agriculture qui a promis de rectifier dans les plus brefs délais ainsi qu'auprès du MEDD qui a immédiatement accepté une rencontre.
Désormais, le réseau naturaliste sera pris en compte.
Dans le même temps, le standard LPO saute. Trop d'appels demandant notamment si l'on doit détruire les nids d'hirondelles. Au numéro d'information du gouvernement, le 0 825 302 302, il est répondu « oui, c'est recommandé, par précaution ». Là encore, il faut intervenir sur le champ pour stopper cette recommandation scandaleuse qui ne prend pas en compte la législation actuelle et qui menace des oiseaux déjà gravement affectés (les populations d'hirondelles rustiques ont chuté de – 50 % et celles des hirondelles de fenêtres de – 84 %, selon le rapport STOC du Muséum National d'Histoire Naturelle).
De même, il a fallu se battre pour que l'accueil des oiseaux blessés ou malades se poursuive (avec de légitimes précautions) dans les Centres de soins.
Dans le même temps, la revue « Nature » nous révèle une étude riche d'enseignements : c'est le trafic et autres commerces des oiseaux qui explique la cause principale du développement géographique de H5N1, la responsabilité des migrateurs étant jugée comme mineure. De plus, ce ne sont pas eux qui ont contaminé le Nigeria, puisqu'ils étaient présents dès septembre 2004 et que la maladie apparaît en janvier 2005 seulement.
Enfin, il est souligné qu'en Asie, le Japon, la Corée du sud, la Birmanie et la Malaisie qui ont fermé leurs frontières au commerce, n'ont à ce jour pas été infectés par H5N1, alors qu'ils figurent parmi les pays situés en zone à risques.
A l'évidence, les oiseaux sont transformés en rats du ciel !


Par Claude-Marie Vadrot
(le 22/02/06)
A ceux qui affolent le pays en leur répétant qu'il ne faut surtout pas s'affoler.
A tous les experts médiatiques qui font leur numéro avec des trémolos dans la voix en espérant qu'ils pourront encore gloser longtemps.
A tous ces ministres qui courent en tous sens pour avoir l'air de sauver le pays.
A ceux qui, justement, s'affoleraient en arrêtant de manger du poulet ou du canard.
A ceux qui tirent sur tout ce qui vole en prenant les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.
A tous ceux qui sont prêts à flinguer leur chat sous prétexte qu'il a croqué un moineau.
A tous ceux qui perdent leur sang froid et ont oublié que le « scandale de la vache folle » a fait au pire six morts en France.
A ceux qui, pour la première fois de leur vie, s'aperçoivent qu'il y a des oiseaux morts dans la campagne.
A ceux qui, du côté des chasseurs, en profitent pour tirer sur n'importe quoi, histoire de rappeler à quel point ils prennent les écolos en grippe : ce n'est vraiment pas bon « cygne » de la santé mentale pour cette population qu'ils se croient investis de la mission de surveiller les migrateurs que d'habitude ils flinguent.
A ceux qui se figurent que les poulets de Sarkozy arrêteront des canards volants et autres migrateurs immigrants en leur demandant leurs papiers.
A ceux qui font semblant d'enregistrer des méventes poussés par les industriels du poulet qui ne craignent pas grand-chose mais verraient volontiers tomber dans leurs escarcelles les subventions et autres compensations alors qu'ils ne sont guère menacés.
A tous ceux qui, industriels de la volaille, devraient plutôt se demander pourquoi leurs poulets de batterie trouvent de moins en moins d'acheteurs depuis deux ans.
A ceux qui oublient que la pire des catastrophes c'est ce qui guette les pays d'Afrique qui, à partir du Nigeria, risquent de voir disparaître cette volaille, le fameux « poulet-bicyclette » qui fait vivre les campagnes et constitue souvent la seule source de protéine disponible.
A ceux qui confondent les oiseaux migrateurs avec une conséquence de plus de la mondialisation.
A ceux qui préfèrent accuser les migrateurs sans se poser de questions et parce que c'est bien plus facile.
A ceux qui vont bientôt inventer des quotas pour les oiseaux migrateurs.
A tous ceux qui font de l'argent sur les masques, le Tamiflu et autres remèdes bidon.
A ceux qui ont commandé tous ces médicaments et matériels ou oubliant la règle des marchés publics.
A ceux qui ont gagné des fortunes avec les actions des multinationales qui ne cessent de grimper sur les marchés financiers.
A ceux qui seraient tentés d'oublier que ce sont des poussins de quelques jours provenant de Turquie qui ont contaminé l'élevage industriel appartenant à un ministre nigérian.
A tous ceux la et à bien d'autres :
Puis-je rappeler qu'en 2005 le sida a tué 3 millions de personnes, essentiellement en Afrique.
Puis-je rappeler qu'en 2005, le paludisme a tué, toujours selon l'Organisation mondiale de la santé, 2, 5 millions de personnes dans le monde, notamment des enfants de moins de cinq ans, et qu'il en mourra encore autant en 2006.
Alors que jusqu'à présent, officiellement, alors qu'un milliard et demi de gens ont été en contact avec le célèbre virus, il y a eu 151 contaminations humaines et 91 décès dans le monde.
Forum pour réagir à ce billet d'humeur

Où trouver les réponses aux questions que vous vous posez ?

Un aperçu de ce que vous trouverez sur le site de la LPO
Depuis octobre 2005, la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) met à disposition un Questions-Réponses au sujet de la grippe aviaire, sur son site Internet.
Constamment mis à jour par les ornithologues de la LPO, le Q & A de la grippe aviaire est accessible sur la première page du site :
www.lpo.fr
Ce document destiné aux adhérents et partenaires de l'association, et plus généralement, à l'attention du grand public, traite l'ensemble des problématiques liées au virus H5N1, intégrant notamment les dernières actualités liées à l'apparition du virus en France.
La dernière version datée du 21 février 2006 est d'ores et déjà en ligne.
Sommaire :
LES RECOMMANDATIONS
RENCONTRE AVEC UN OU DES OISEAUX
Que faire si je trouve un oiseau mort ?
Que faire si je trouve un oiseau vivant ?
Le nourrissage des oiseaux en hiver peut il être poursuivi ?
Le nourrissage des pigeons sur mon balcon est-il autorisé ?
Le maire de ma commune peut-il m'interdire le nourrissage des oiseaux sauvages ou bien prendre des mesures à leur encontre ?
Quelles seraient les conséquences si des animaux (chats domestiques, rapaces,…) chassaient et ingéraient un oiseau infecté ?
Quels sont les oiseaux sauvages les plus touchés ?
Peut-on continuer à observer les oiseaux sur les sites de migration ?
Peut-on continuer à programmer des animations pour les jeunes sur la découverte de la nature ?
Les périodes de chasse aux oiseaux migrateurs vont-elles être prolongées ?
VOTRE ALIMENTATION
Peut-on continuer à manger du poulet ou des œufs ?
Si je mange par erreur de la viande de volaille ou des œufs infectés crus ou mal cuits (inférieur à 60°C), quels sont les risques ?
VOTRE SANTE
Quelles précautions doit-on prendre chez soi ?
Faut-il se faire vacciner ?
Quelles sont les mesures sanitaires prises suite à la survenue d'un cas de virus influenza aviaire en France ?
LA GRIPPE AVIAIRE ET LES OISEAUX
LA TRANSMISSION DU VIRUS
Qu'est ce que la grippe ?
Qu'est ce qu'un virus ?
Qu'est ce que la grippe aviaire ?
Pourquoi dit-on grippe «aviaire» ?
Quelle différence y-a-t-il entre «grippe aviaire», «grippe du poulet» et «virus influenza aviaire»?
Qu'est- ce qu'une épizootie de grippe aviaire ?
De quel virus s'agit-il à l'heure actuelle ?
Qui est touché par la grippe aviaire ?
La grippe aviaire est-elle contagieuse au niveau de la faune ?
La France est-elle dans une zone infectée ?
Combien d'oiseaux ont du être abattus ou sont morts ?
SITUATION GEOGRAPHIQUE DU VIRUS
Comment le virus peut-il se propager en France ?
Quels sont les pays touchés à ce jour par le virus H5N1 ?
Comment est arrivé le virus en Grande-Bretagne ?
LA PROPAGATION DU VIRUS PAR LES OISEAUX MIGRATEURS
L'apparition de premiers foyers en France et en Europe conduira t-elle à un risque de pandemie ?
Qu'entend-on par porteur sain ?
Quels sont les risques au printemps au moment où les oiseaux remontent d'Afrique ?
Dans leurs quartiers d'hiver africains, les oiseaux de Sibérie ont-ils contaminé les oiseaux d'Europe occidentale ?
Alors quels sont les risques de propagation de la grippe aviaire par l'intermédiaire des oiseaux migrateurs ?
Mais pourtant la FAO et l'OMS disent que ce sont les oiseaux migrateurs qui propagent le virus ?
Comment peut on alors expliquer que le virus est arrivé en Europe ?
Est-ce que 100% des oiseaux contaminés vont mourir ?
Quelles sont les espèces d'oiseaux migrateurs touchés par la grippe aviaire ?
Quelles espèces sont susceptibles d'entrer en contact avec les animaux domestiques durant la période de reproduction des oiseaux sauvages ?
Quelles sont les mesures prises par la France pour lutter contre cette épizootie ?
LA GRIPPE AVIAIRE ET L'HOMME
Quand est apparue la grippe aviaire ?
Y-a-t-il eu d'autres épidémies dangereuses pour l'homme ?
Qu'est ce qu'une pandémie de grippe aviaire ?
Quand et où est apparue pour la première fois la grippe aviaire dont on parle actuellement ?
Comment se transmet le virus entre les hommes et les oiseaux?
Le Virus influenza aviaire est-il transmissible d'homme à homme ?
Quel est le point commun avec le virus de la grippe humaine actuel ?
Les précautions à prendre pour voyager
Par Françoise Nowak
I. Objectifs du colloque
Alors que la grippe aviaire fait la une de tous les médias, les questions fusent et les doutes sont nombreux. Que doit-on faire ? Quels sont les risques ? Doit-on prendre au sérieux les déclarations alarmistes de l'OMS affirmant que le virus va se transformer en une souche hautement pathogène pour l'homme ? Doit-on interdire les appelants de chasse? Sommes-nous à la veille d'un retour des grandes épidémies ?... Pour répondre à ces questions, et bien d'autres, 4 experts ont été invités, le 18 novembre 2005, à répondre aux questions des membres de trois associations : celle des JNE, celle des journalistes de l'environnement (AJE) et celle des journalistes scientifiques et de la presse d'information (AJSPI). Ce jour-là, une bonne quarantaine de journalistes ont répondu à l'appel.
Vous trouverez ci-après un résumé des interventions de ces quatre personnalités (dans l'ordre chronologique de leur déroulement) : Allain BOUGRAIN DUBOURG, président de la LPO, accompagné de Pascal ORABI, chargé des programmes de conservation pour cette même structure, le professeur François BRICAIRE, chef du service des maladies infectieurses et tropicales à l'hôpital de la Salpétrière , et Marie-Noëlle LIENEMANN, députée européenne et membre de la commission chargée de l'environnement au Parlement européen.
II. Intervention d'Allain Bougrain-Dubourg et de Pascal Orabi
II.a. Les média et les croyances volent bas !
Allain Bougrain Dubourg n'a pas caché son agacement : « nous assistons, sur le plan médiatique, à une affaire surréaliste » s'est-il tout de suite exclamé ! Alors que les oiseaux migrateurs reviennent normalement de leur périple fin janvier ou début février, il avait entendu, la veille, des journalistes de France 2 affirmer que ce retour aurait lieu en mars ou début avril ! Mieux encore, il avait, quelques jours auparavant, entendu les doléances hystériques d'un quidam terrorisé d'avoir croisé une tourterelle turque…(trahie par son accent, sans doute !).
Quoi qu'il en soit, l'incertitude sur le rôle des oiseaux migrateurs dans la transmission de la grippe aviaire reste le maître mot de l'intervention du président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Selon lui, « d'un côté, rien ne prouve à ce jour que les oiseaux migrateurs sont à l'origine ni vecteurs de ce problème, mais de l'autre, rien n'interdit de le penser ». Les affirmations qui pullulent ça et là, depuis début 2005, sur ces animaux sont sans fondement. «En août 2005, par exemple, les oies à tête barrée ont été rendues responsables d'un certain nombre de décès d'animaux de basse-cour en Sibérie, alors qu'elle ne pouvaient être passées par là puisqu'elles allaient dans le sens contraire !» a-t-il souligné.
II.b. Parcours migratoires à tire d'aile
Pour remettre un peu de science dans les estimations, Allain Bougrain Dubourg et Pascal Orabi ont tracé à grands traits les principaux parcours migratoires des oiseaux non sédentaires qui nichent ou survolent notre pays, soit 2 à 3 millions de volatiles.
Pour ce qui est des axes internationaux, ils sont au nombre de trois. Un premier va de la « grande » Sibérie (Sibérie centrale, Sibérie orientale, Mongolie et Chine du Nord) jusqu'en Australie, en passant par l'Asie du Sud-Est.
Un second, court de la Sibérie occidentale (de l'est de l'Oural au Kazakhstan) jusqu'au Tchad, en passant par Israël, l'Egypte, et l'Afrique de l'Ouest).
Le troisième part du Grand Nord, passe par la France, l'Espagne, Gibraltar, pour finir dans la zone sub-sahélienne (Mali, Ethiopie, Sénégal, Tchad… ). Toutefois, rien n'est joué d'avance : pour des raisons climatiques ou autres, ce dernier chemin peut transiter par l'Italie, plutôt que par la France et l'Espagne, par exemple. En cas de vague de froid, les oiseaux peuvent également décider de s'arrêter en chemin, pour ne plus repartir qu'en fin de saison froide. Preuve en est que l'année dernière, des oiseaux venus de l'Est se sont ainsi installés pour tout l'hiver dans le sud de la France.
Pour ce qui est de l'Hexagone, plus précisément, les oiseaux migrateurs peuvent le traverser selon trois axes : un axe atlantique (du nord à la Vendée, en traversant la Champagne et la Sologne), un axe de la vallée du Rhin à la Camargue, en passant par les Dombes et le sillon rhodanien, un troisième, dont la direction est nettement orientée Sud-Est, reliant la Bulgarie à la Méditerrannée orientale.
II.c. Au risque d'être pris en grippe
En ce qui la concerne, la LPO considère que la transmission du virus « versus oiseau » de la grippe aviaire (c'est à dire transmis d'oiseau à oiseau, ou d'oiseau à être humain) est imputable à la présence d'élevages intensifs d'oiseaux domestiques vivant en promiscuité avec ceux qui les élèvent, et aux trafics illicites d'oiseaux issus d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud, bien davantage qu'aux oiseaux migrateurs. Les mauvaises conditions de vie (et particulièrement les mauvais traitements infligés aux quelque 5 millions d'oiseaux asiatiques ou africains commercialisés illégalement chaque année) rendent ces deux groupes de volatiles très sensibles au virus. Voilà pourquoi, d'après la LPO, ces deux catégories de volatiles sont des vecteurs privilégiés de la maladie. Le fait que l'axe de propagation du virus, en Sibérie, « suit » le parcours du tra n s-sibérien corrobore parfaitement ces propos .
En ce qui concerne les oiseaux migrateurs, Allain Bougrain Dubourg a établi deux catégories, parmi ceux qui pourraient être porteurs du virus : les porteurs sains (c'est à dire qui ne présentent pas la forme hautement pathogène du virus, mais une forme bénigne), et les oiseaux atteints de la forme hautement pathogène. Ceux-ci finissent par en mourir dans un délai de quelques heures à quelque s jours (de 3 à 5 jours, exception faite du Colvert, qui semble plus résistant, avec une incubation pouvant durer jusqu'à 7 jours). Selon les deux spécialistes de la LPO, les oiseaux qui contractent la forme hautement pathogène sont, semble-t-il, incapables d'effectuer (ou de poursuivre) une migration. Voilà un élément rassurant par rapport aux risques liés à ce phénomène saisonnier.
A une question posée sur la mortalité d'un héron et de 2 cygnes, observée en octobre 2005 dans le delta du Danube, toutefois, nos interlocuteurs ont répondu qu'à ce jour, personne ne pouvait dire si ces oiseaux avaient contracté le virus sur place, ou s'ils l'avaient contracté auparavant.
Concernant les migrations en Afrique, c'est en Afrique de l'Est qu'on observe les plus grandes concentrations d'oiseaux migrateurs en hiver, sur ce continent.
Pour la LPO, la situation africaine est heureusement très différente de celle de l'Asie : ces oiseaux sont attirés par les grands plans d'eau, plutôt éloignés des lieux d'activité humaine et, surtout, l'Afrique n'est pas un gros producteur de volailles d'élevage.
Quant aux pigeons des villes, animaux sédentaires par excellence ... inutile d'imaginer aujourd'hui qu'on pourrait être débarrassés de leurs fientes, « faute de combattant ». Dixit Pascal Orabi : « cette espèce est actuellement très suivie en France, et des mesures sont d'ores et déjà prévues, dans notre pays, au cas où elle serait attaquée par le virus, mais à ce jour, on n'enregistre aucun décès dans ses rangs ».
II.d Comment éviter d'être le dindon de la farce
Sur la question des dispositions à prendre, pour éviter la contamination inter-espèces (de l'oiseau à l'homme), Allain Bougrain Dubourg a déclaré que la LPO était contre l'interdiction de la chasse, à ce jour, mais pour l'interdiction du recours aux oiseaux dénommés «appelants », pendant la chasse. Ces oiseaux, pour certains éventuellement sauvages, et dont l'origine n'est pas forcément connue, sont utilisés par certains chasseurs pour attirer leurs proies. « Elles constituent des courroies de transmission potentielles» a estimé le président.
La LPO déplore par ailleurs qu'il n'ait pas été interdit, dans les Landes, de recourir aux pigeons ramiers, comme « appelants », car ces animaux sont nourris par des hommes, qui leur soufflent eux mêmes des graines « à la bouche ». D'où un risque potentiel évident de contamination.
Depuis plus de deux ans, pour des raison de bonne hygiène, cette ONG impose aux personnes de son réseau mises en contact avec des oiseaux, dans ses centres de soin, de changer de gants et de se laver les mains après chaque intervention. Depuis septembre 2005, elle préconise également deux nouvelles pratiques : elle invite les personnes qui manipulent les oiseaux à se vacciner contre la grippe et demande de réduire le plus possible le nombre de celles qui sont chargées des soins.
Pour cette association, en cas d'oiseau grippé trouvé sur le territoire français, il serait impératif de suspendre tout contact avec les oiseaux sauvages et très certainement d'interdire la chasse aux oiseaux. Ces mesures s'ajouteraient ainsi aux mesures déjà prévues dans ce cas, d'un point de vue vétérinaire, à savoir «l'abattage de tous les animaux domestiques volatiles trouvés dans un rayon de 3 km autour du lieu concerné ». Et Allain Bougrain Dubourg d'ajouter : « Dans cette persective, la LPO a demandé que les animaux concernés soient abattus de façon décente ».
En terme de surveillance sur le territoire, la LPO estime que la Camargue vient en tête des secteurs géographiques à surveiller. Le nombre de canards généralement attendus sur place (150 000) y est intermédiaire entre ceux qui font escale en Alsace (110 000) et ceux qui choisissent le Grand Ouest (200 000). Mais en cas de coup de froid, c'est probablement là que ces oiseaux éliraient massivement domicile pour l'hiver.
III. Intervention du professeur Bricaire
III. a . Ne pas confondre épidémie aviaire et pandémie humaine
A ce jour du 18 novembre 2005, seule sévit la grippe aviaire des oiseaux, par contamination d'oiseau à oiseau, ou d'oiseau à l'homme. Alors pourquoi le virus concerné, au joli nom de « H5N1 » est-il candidat à déclencher une pandémie humaine « qu'on peut attendre », a précisé d'emblée le professeur ? La réponse est simple : les virus de grippe sont en perpétuelle évolution, et cette modification aboutit de temps en temps à de telles transformations qu'on a affaire à un nouveau virus. De ce fait, la population mondiale ne le reconnaît pas, et une pandémie (c'est à dire une contagion rapide et à grande échelle) devient possible. « De ce point de vue H5N1 a le vent en poupe », s'est exclamé F. Bricaire. Mieux que H7N7, un de ses cousins , il pourrait se prêter à une telle aventure, car il ressemble beaucoup au virus H1N1 : de triste renommée, ce dernier est responsable de la grippe espagnole de 1918 et 1919, encore bien ancrée dans les mémoires. De plus, H1N1 état lui aussi « d'origine » aviaire. Quant aux autres pandémies qui ont eu lieu depuis lors, en 1957 et 1968, « les virus concernés étaient peut-être aviaires, au départ, mais ils ont transité par le porc, ce qui les met dans une carégorie différente » a ajouté le professeur.
Pour ce qui est de H5N1, pour l'instant, son pouvoir de nuisance sur l'espèce humaine est réduite, avec un total de 130 cas recensés dans le monde, depuis 2003, dont 64 décès. En revanche , la mortalité est élevée : 50%, actuellement (puisque 64 représente quasi la moitié de 130) . De plus, les décès sont très circonstanciés : systématiquement, les personnes concernées vivaient au très proche contact d'oiseaux d'élevages infectés, et dans des conditions sanitaires laissant sans doute à désirer . D'après F. Bricaire, «Elles auraient absorbé une quantité importante de virus, en ayant probablement porté leurs mains contaminées par des fientes à leur bouche».
Quant aux transmissions d'humain à humain évoquées çà et là - on parle notamment d'une mère décédée après avoir accompagnée sa fille, placée en réanimation -, il n'est pas totalement exclu qu'il y en ait déjà eues. Cependant, dans tous les cas suspects où une analyse de prélèvements a pu être réalisée, ces prélèvements contenaient du "pur" H5N1 aviaire, et pas la moidre trace de virus "muté".
III. b. La gastroentérite, en prime
Chez l'homme, à une originalité près, la grippe aviaire - transmise par un oiseau - s'exprime de la même façon qu'une grippe « classique ». D'après les observations faites par les Vietnamiens, aux fièvres, maux de tête, toux, gène respiratoire, manifestations pulmonaires…habituels, s'ajoute le fait qu'elle s'accompagne aussi de diarrhées , effet que ce même virus produit déjà sur les oiseaux. Chez ces derniers, le virus aviaire se transmet par voie digestive. "Il est probable que cette caractéristique disparaîtra, chez l'homme, une fois que le virus se sera totalement adapté à lui" a conjecturé le professeur. Habituellement, en effet, au sein de notre espèce, les grippes se transmettent exclusivement par voie respiratoire (inhalation de postillons infectés).
III. c. Nous ne perdons rien pour attendre
Les sceptiques n'auront pas le dernier mot : à la question « la pandémie aura-t-elle lieu à coup sûr ? La réponse est « oui, fermement oui »… mais est-ce que ce sera du fait de la mutation de ce virus là ? peut-être pas… le responsable portera peut-être un autre nom ! De plus, cette pandémie est-elle pour demain, ou pour dans dix ans , nul ne peut le dire ! Cela laisse au moins l'espoir de pouvoir s'organiser au mieux avant son arrivée !
Quoi qu‘il en soit, H5N1 est en bonne voie… « pour parvenir à une structure parfaitement adaptée à l'homme, on estime qu'un virus doit en quelque sorte trouver les 5 cactéristiques de la clef qui lui permettrait de passer ce cap» a expliqué F. Bricaire. Pour ce faire, le virus peut se restructurer via le porc, ou se recombiner génétiquement, et muter.
H5N1 a déjà trouvé 2 des 5 caractérisiques nécessaires . Il lui en reste trois... Si sa version complètement adaptée à l'homme voit le jour, la diffusion de la maladie pourrait être rapide, mais ce n'est pas certain. L'extension des dernières pandémies de grippe s'est faite progressivement, alors que les trajets aériens étaient déjà largement banalisés.
III. d. Virulence et taux d'attaque
Bonne nouvelle : a prioiri, en mutant, les virus perdent de leur virulence (c'est à dire de leur aptitude à rendre leur hôte très gravement malade)! Le professeur a été formel ; « en tout étant de cause, on devrait avoir bien moins de 50 % de mortalité, parmi les personnes atteintes ». Le taux de mortalité d'une grippe «classique » est de l'ordre de 2 %, en France (sur les 2 à 6 millions de personnes qu'il rend malades, le virus concerné en tue 1000 à 3000). Le taux dit « d'attaque », en revanche (c'est-à-dire le nombre de personnes malades, mortellement ou non, rapporté à la population totale du pays) est variable. A ce jour, les scientifiques tablent sur un taux d'attaque de 15 % à 35 % pour le virus de la pandémie à venir.
III. e. Les remèdes
Le professeur Bricaire considère que tous les médicaments envisagés préventivement et curativement pour faire face à une mutation du virus aviaire en un virus adapté à l'homme sont à prendre en compte. Il les a donc passés en revue, et commentés l'un après l'autre : du vaccin standard contre les grippes humaines déjà bien connues aux antiviraux, en passant par le vaccin prépandémique, et le vaccin performant contre la pandémie - ce dernier ne pouvant être élaboré qu'une fois la pandémie déclarée.
III. e. 1. A propos du virus « standard »
Pour ce qui est du vaccin standard de la grippe - qui ne protège déjà qu'à 70 % des virus de grippe humaine déjà répertoriés - il ne protège pas du tout du virus aviaire, même avant mutation. «Cette vaccination présente toutefois des avantages secondaires » a souligné François Bricaire. Le premier est de faciliter le diagnostic, pour les gens vaccinés : s'ils attrappent la grippe, ce ne sera a priori pas la grippe « classique » ! Le second est qu'en réduisant le nombre de cas de grippes « classiques », on réduit le risque de contact entre les virus de grippe humain et le virus aviaire, donc on diminue le risque de recombinaison entre eux pouvant donner lieu à une mutation. « L'indication de la vaccination classique est particulièrement valable pour les personnes qui partent en Asie du Sud-Est » a fait remarquer notre interlocuteur ». Et d'ajouter : "de plus, si cette vaccination pouvait améliorer la situation en cas de pandémie, pour ne serait-ce qu'un pour cent de la population, ce ne serait pas négligeable, si beaucoup de gens sont atteints !"
III. e. 2. A propos du vaccin prépandémique
Un vaccin prépandémique est en cours d'élaboration, à partir du virus aviaire actif d'oiseau à oiseau et d'oiseau à humain. Sa mise au point permet aux scientifiques de « préparer » en quelque sorte le futur vaccin sensément efficace contre la pandémie. « Habituellement, les vaccins sont préparés sur des œufs de poule , mais le vaccin prépandémique, au stade actuel de son élaboration, tue les œufs » a expliqué le scientifique. Une recherche sur la génétique dite « inverse», ayant pour objectif d'obtenir un vaccin qui ne tuera pas les oeufs a donc été lancée. Ces travaux permettent par ailleurs d'ores et déjà de pronostiquer que le vaccin prépandémique est moins immunogène que le vaccin standard : pour obtenir un résultat, il faudra vraisemblableme nt en pratiquer 2 injections, si on l'utilise, sachant que ce ne sera de toutes façons pas le vaccin ad hoc, en cas de pandémie. Selon F. Bricaire " c'est pour stimuler utilement la recherche sur le virus pandémique que le gouvernement a passé commande du vaccin prépandémique".
III. e. 3. A propos du vaccin pandémique
Pour pouvoir fabriquer le vacin efficac e contre la pandémie à venir, il faut que cette pandémie ait commencé. D'après notre interlocuteur, « les laboratoires qui planchent sur la question estiment qu'il faut un minimum de 6 mois après cette date, pour aboutir au « bon » vaccin, et que 3 mois est un délai «super optimiste !» ». A ce délai s'ajoute celui de la production, qui est un vrai problème, à elle toute seule : les producteurs doivent créer les unités nécessaires. « Voilà pourquoi, ils incitent les consommateurs à se vacciner, dans un premier temps, avec le vaccin standard » a commenté le professeur.
III. e. 4. A propos des antiviraux
Les antiviraux efficaces jusqu'ici sur tous les virus de grippe à transmission interhumaine s'ajoutent à la panoplie précédente. Ils seront bien utiles, en attendant que le vaccin pandémique soit prêt. Les deux plus connus sont le Tamiflu et le Relenza (les modalités de prise du deuxième étant moins aisées que celles du premier). Mais attention : tous deux ne sont efficaces que s'ils sont pris dans les toutes premières heures d'apparition des symptômes. Si l'on intervient dans les 6 première heures, c'est parfait. Au bout de douze heures, c'est déjà moins bien. Après 24 heures, le médicament a perdu beaucoup de son efficacité. Après 36 heures, le prendre ne sert quasiment plus à rien, et au bout de 48 heures, son efficacité est rigoureusement nulle !
Ces constats ont conduit le professeur Bricaire à insister sur le fait que si on la décidait, la distribution de ces remèdes devrait être faite très rapidement !
Concernant le Tamiflu, notre interlocuteur a confirmé le fait que quelques souches du virus H5N1 était d'ores et déjà résistantes à ce médicament : « il en est de antiviraux commes des antibiotiques », a-t-il expliqué. Comme le Tamiflu a déjà beaucoup été utilisé au Japon (avec une consommation de 80 % de la consommation mondiale de ce produit), on constate à ce jour que 0,3 % des souches du virus qui sévissent dans ce pays lui résistent . Le professeur a également déclaré que, selon les informations dont il dispose, les dérèglements psychologiques constatés sur certains consommateurs de Tamiflu n'auraient rien à voir avec cette consommation. Quant à l'amantadine, cet antigrippal plus ancien, il est avéré qu'il n'a aucune efficacité sur le virus H5N1 actuel.
III. f. Une organisation hospitalière inadaptée
« Il y a bien un plan « biotox », mis en place dans des structures hospitalières dites «référentes », mais en prévention d'une pandémie, ce sont toutes les structures hospitalières du pays qui doivent se mobiliser et s'organiser ! » s'est exclamé F. Bricaire. Et d'ajouter, avec un peu d'agacement dans la voix : « les chambres avec sas, ce n'est pas pour la grippe qu'il faut les apprêter, mais pour le bioterrorisme ou les infections de type Ebola ! Mais cela ne doit pas empêcher d'effectuer, dans les délais, les travaux nécessaires pour disposer de ce type de chambres".
III. g. Les Africains pour une fois avantagés !
Pour une fois, les Africains ne seront pas en première ligne, face au virus (muté) qui provoquera la pandémie. Non seulement leurs pratiques quotidiennes et professionnelles, contrairement à celles des asiatiques, ne se prêtent pas à ce que le virus « non encore muté » s'y développe particulièrement, mais les conditions climatologiques et hydrologiques ne lui sont pas favorables . «On constate que ce sont les virus du Nord, conservés longtemps dans la glace, qui se manifestent» a commenté F. Bricaire . Dans le cas d'espèce du virus H5N1,l'Afrique pourait donc être privilégiée.
IV. Intervention de Marie-Noëlle Lienemann
IV. a. Des structures européennes au chevet du virus
Pour Marie-Noëlle Lienemann : « les responsables politiques ont le devoir de tout faire pour prévenir et gérer au mieux les problèmes sanitaires ». Mais c'est une lourde tâche, lorsque les scientifiques n'ont pas encore pu faire le tour de la question, « car ces derniers répugnent à informer les décideurs avant d'avoir eux-mêmes maîtrisé le problème…». Quoi qu'il en soit, cette élue européenne considère que l'Europe est au cœur du sujet de la grippe aviaire. « Le risque actuel de pandémie met particulièrement en relief l'insuffisance de l'Europe en matière de compétence et de stratégie, dans le domaine de la Santé, alors que c'est une zone de libre échange, du fait de l'existence d'une politique agricole commune », a-telle souligné.
Et de poursuivre « Officiellement, l'Europe coordonne ce qui touche à la partie pandémique du virus, c'est à dire au phénomène redouté de contagion à grande échelle et extrêmement rapide de la grippe d'origine aviaire, d'être humain à être humain (et non plus d'oiseau à oiseau ou d'oiseau à être humain) ». Un phénomène inéluctable, si le virus actuel mute suffisamment pour s'adapter parfaitement à l'homme.
A ce jour, L'Europe a créé plusieurs structures pour tenter de prévenir et pour faire face à cette pandémie. La première est le « réseau de surveillance épidémiologique de la grippe », qui ne regroupe… que 22 des pays membres.
La seconde est un réseau dit «d'alerte précoce et de réaction ». En mai 2005, ce réseau a ouvert à Stockholm, un Centre européen de prévention et de contrôle des maladies qui doit travailler sur les épidémies grippales.
Par ailleurs, après l'alerte à l'Anthrax, un groupe informel de parlementaires européens a vu le jour, sous le nom de « Comité de sécurité sanitaire » . « C'est ce dernier groupe qui a le plus travaillé sur la stratégie à mettre en place vis à vis du risque de pandémie, par rapport à l'Europe communautaire », a affirmé M-N Lienemann.
IV.b. Plus de questions que de réponses
Une fois décrites les structures en place, ce 18 novembre 2005, le bilan des actions et décisions européennes arrêtées pour prévenir et faire face à la pandémie n'a guère été enthousiasmant : « Les états membres n'ont pas encore tous fait de plan de prévention et de gestion de la grippe aviaire » a regretté notre interlocutrice. « Faute de compétence communautaire, la relation directe constitue le seul moyen de faire comprendre à certains décideurs qu'il est nécessaire d'agir au plus vite, et de façon concertée ».
« De plus, on se heurte à des obstacles culturels », a souligné M-N Lienemann : le port d'un masque, pour ne prendre que cet exemple, est connoté différemment, suivant les pays. L'usage de cet instrument sera-t-il spontané, ne serait-ce qu'en France, si le fléau se déclenche ? Faut-il y préparer les populations européennes, et si oui, comment ? » Autant de questions en suspens à ce jour… et les interrogations s'ammoncellent : le contenu du plan français ? MN L a été formelle : « Nous, les élus, ne le connaissons pas , mais faut-il tout rendre transparent, dans ce type de contexte »? Qui fera le choix du type de population à servir priorité, si l'on distribue du Tamiflu? « Nous n'avons pas non plus connaissance du nombre de doses disponibles par pays membres » a ajouté la députée européenne.
Dans cet océan d'incertitude, l'UE a mis en place un fonds de solidarité, mais selon M-N Lienemann , personne ne sait encore comment ce fonds va fonctionner…
IV.c. Des décisions à visées uniquement commerciales
Même les certitudes sont « tout en bémols » : D'après notre interlocutrice, « dans le cadre de l'UE, en cas de pandémie, il y aura des restrictions d'échanges entre les pays » , mais qu'en attendre, sachant que « limiter les échanges au sein de l'Europe est difficile, sans compter les problèmes posés par l'OMC.
Ainsi, aucune mesure de confinement des volailles n'a été prise en cas de pandémie à l'échelle européenne. Les premiers pays à avoir imposé ce confinement sur leur territoire, Hollande en tête, ont fait «cavalier seul » ! Rien d'européen dans tout cela ! Quant à la France, toujours d'après l'élue, « sa décision de suivre le modèle hollandais repose sur la peur se voir reprocher, dans le cas contraire, de ne pas avoir agi « par ce que c'était trop cher » et d'ajouter : « apparemment, le seul objectif de cette mesure est commercial : il s'agit de conserver la confiance du consommateur de volailles ! ».
IV. d. Demain sera plus serain
Malgré les constats précédents, M-N Lienemann ne désespère pas, car pour elle, il s'agit littéralement de construire un modèle pour l'avenir. Du reste, même si la pandémie attendue ne se déclare pas avant 20 ans, et qu'on a dépensé beaucoup d'argent et d'énergie à mettre en place une stratégie européenne pour la contrer inutilement, le travail sera fait, pour un autre fléau à venir. En attendant, les avancées se font à petits pas.
En janvier, on devrait obtenir l'état des plans de tous les états membres pour faire face à la grippe aviaire. Au niveau européen, les pays membres devraient s'échanger leurs informations sur le virus, et sur les moyens envisagés pour faire face à la pandémie, de façon à homogénéniser et généraliser les bonnes pratiques. Cette organisation, cette mise en place des réseaux de veille sanitaire européens devrait également engendrer une plus grande solidarité qu'aujourd'hui, entre les pays de l'Union.
En tout état de cause, à trop focaliser son attention sur la pandémie, on sous-estime l'épizootie, et l'on risque de passer à côté des décisions essentielles pour la repousser. Voilà pourquoi les députés européens ont demandé la mise en place d'un fonds pour aider les pays du tiers monde à réaliser des évaluations vétérinaires et à élaborer des plans d'attaque contre l'épizootie. Il faudrait de même surveiller de très près l'état de santé des personnes qui travaillent dans les élevages, mais l'Europe n'a encore rien acté sur ce volet, ni davantage sur la vaccination des volailles.
L'AFSSA , de son côté, n'engage pas à faire ces vaccinations, puisqu'elle indique dans un récent rapport qu'elles masqueraient les éventuelles traces de passage du virus.
En revanche,l'UE a décidé de financer le dédommagement des propriétaires de volailles européens, lorsque l'abbattage de leurs volailles est estimé nécessaire, et cette décision devrait être opérationnelle avant fin 2005.
Actuellement, selon l'appréciation de M-N Lienemann, « à l'échelle européenne, on est encore dans une sorte de cafouillage par rapport à la grippe aviaire, parce la question de savoir « qui décide quoi » n'est pas résolue, et le débat à ce propos bat son plein ». Toutefois, si les choses évoluent dans le sens et au rythme de ces derniers mois, « les pays d'Europe devraient être bien coordonnés … en juin prochain ».
Il reste à espérer que la mutation du virus n'aura pas lieu avant !