José Bové et Serge Lepeltier
répondent aux mêmes questions sur les OGM
Par Claude-Marie Vadrot Article paru dans le Journal du Dimanche

 

La culture de plantes transgéniques sous serre ou en milieux confinés posent-elles des problémes.

José Bové : Comme je l'ai répété à de maintes reprises, la recherche fondamentale utilise les technologies génétiques en laboratoire et en milieu confiné depuis de nombreuses années sans que cela pose de problème. Nul ne s'oppose à l'avancée des connaissances. Au contraire ! Cependant il ne faut pas confondre la paillasse du labo et le champ du paysan. Le passage de l'une à l'autre est l'œuvre de quelques multinationales qui par l'intermédiaire des brevets ont tenté un hold up sur le vivant, au mépris des scientifiques, des paysans et des citoyens.

Serge Lepeltier : comme votre question le suggère, la culture en milieu confiné permet de limiter, voire de supprimer certains risques qui existeraient en plein champ. L'utilisation d'OGM en milieu confiné est strictement réglementée. Cette réglementation vise à assurer un total isolement de ces OGM avec l'environnement. L'objectif de ces cultures est d'abord la recherche. Tout en l'encadrant par un strict respect du principe de précaution, l'acquisition de nouvelles connaissances doit être poursuivie.

Les affirmations des sociétés productrices de semences OGM expliquant que les plantes transgéniques peuvent être une solution pour lutter contre la faim dans le monde ou pour pallier les effets du réchauffement clématique vous paraissent-elles plausibles ?

Serge Lepeltier : Les recherches dans ces domaines sont nécessaires. Mais on ne peut pas imaginer que les OGM puissent être une solution miracle à tous les problèmes de notre société. D'autres solutions doivent être privilégiées. Je préfère m'attaquer aux problèmes à la source et notamment lutter contre le réchauffement climatique plutôt que pallier ses effets. C'est l'objet du plan climat que j'ai présenté cette semaine.

José Bové : Il est parfaitement scandaleux de laisser croire que les OGM peuvent être une solution pour résoudre la faim dans le monde. Le problème de la malnutrition n'est pas une question de quantité d'aliments produits mais de possibilité pour les paysans du Sud de vivre de leurs productions. En effet sur les 850 millions de personnes sous-alimentées plus de 600 millions sont des paysans ! La véritable solution pour résoudre la faim dans le monde c'est la protection des agricultures paysannes et vivrières face aux exportations des excédents subventionnés de l'Union européenne et des USA. Il faut que la souveraineté alimentaire soit reconnue comme un droit fondamental des peuples et que l'OMC n'oblige pas les pays à démanteler leurs protections aux frontières face au dumping des pays riches. Les OGM sont à l'opposé d'une agriculture durable et diversifiée, seule garante d'un équilibre écologique de la planète.


Quels sont à vos yeux les dangers liés à une prolifération de plantes transgéniques ?

José Bové : La prolifération des plantes transgéniques comporte des risques écologiques, économiques, sociaux et de santé publique. Le premier est le risque de transfert des caractéristiques des modifications génétiques à d'autres plantes de la même espèce ou à des plantes sauvages de la même famille (la ravenelle et le colza). Aux USA et au Canada, il est démontré que les OGM favorisent la sélection rapide des insectes résistants aux insecticides. Aucune étude toxicologique contradictoire n'a été menée sur les effets de la consommation d'OGM ni sur les humains, ni sur les animaux. Les risques économiques sont considérables puisqu'aucune autre forme d'agriculture n'est possible à côté d'un champ OGM. Fini la bio, les AOC et autres signes de qualité. Socialement le métier de paysan dont un des savoir faire ancestral est la sélection des plantes est menacé par la main-mise des multinationales sur les semences de nombreux pays.

Serge Lepeltier : Les risques liés aux OGM ne doivent pas être ignorés. Il convient de garantir la consommation humaine et animale contre tout type de risque alimentaire. Les OGM peuvent présenter des risques liés à un emploi incontrôlé qui pourrait avoir des conséquences environnementales. Ces conséquences potentielles sont par exemple la génération de nouvelles espèces indésirables par croisement naturel, la dissémination de plantes OGM hors de leurs territoires de culture ou encore le développement de résistances aux herbicides. Il convient donc que les procédures d'autorisation répondent à l'ensemble de ces préoccupations. Les " fauchages " de plantes transgéniques ont-ils contribué à faire avancer le débat sur les OGM ?

Serge Lepeltier : Les débats sur de tels sujets sont indispensables et sont à la base d'une société démocratique comme la notre. J'y suis donc très attaché. Toutefois on ne peut accepter que les lois soient transgressées alors même que les autorisations sont strictement encadrées.

José Bové : Depuis juin 97 à St Georges en Isère, les faucheurs d'OGM n'ont pas cessé le combat non-violent contre les "nécrotechnologies". De plus de 90 hectares en 1998, nous avons réduit les espaces à 7,5 en 2004 ! Grâce aux actions d'arrachage, l'opinion s'est largement mobilisée (75% des français et des européens sont opposés aux OGM), les paysans refusent d'en semer, plus de 2 000 maires ont pris des arrêtés pour protéger leur commune. En 2003, le collectif "ouvrons la recherche" regroupant près de 1000 scientifiques se constitue pour exiger un débat. Enfin la majorité des régions françaises se sont déclarées opposé aux OGM. Nous n'avons cessé de demander un débat public et le maintien du moratoire tant que les citoyens ne se seraient pas prononcés par referendum. C'est parce que tous les recours démocratiques sont épuisés que le collectif des faucheurs volontaires à appeler à la désobéissance civile au grand jour et à visage découvert.