Edito du 26 Mai 2010

Par Catherine Levesque
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Vers des villes durables ?
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Lorsque je m’étais rendue à Dunkerque, l’an passé, avec une poignée de JNE, je m’étais promis d’y revenir pour la 6e Conférence européenne des villes durables, qui s’y est déroulée du 19 au 21 mai derniers. Déçue par de nombreux Agendas 21, qui se résument plus souvent à des catalogues d’actions (voire de communication) sans véritable projet de territoire, j’avais été rassérénée par l’exemplarité de l’agglomération dunkerquoise. La première à avoir mis en place le tri sélectif, à surveiller la qualité de l’air, à réaliser une thermographie, que sais-je encore, sans compter une réflexion pertinente sur le réaménagement durable du centre ville, un écoquartier qui vient d’éclore et de réels engagements en matière de mixité sociale sur des quartiers sensibles.
C’est donc avec une autre poignée de JNE (pas la même !), que je suis repartie en pays ch’ti pour suivre studieusement les plénières et les sessions parallèles de ce grand rassemblement : plus de 1 500 représentants d’autorités locales venus de 55 pays et quelques gros bonnets internationaux.
C’est la première fois que cette manifestation était organisée en France, sous la houlette du Conseil international des initiatives écologiques locales (ICLEI). La première, qui s’était tenue à Aalborg (Danemark), en 1994, avait débouché sur les engagements du même nom. On passera sur le Pacte des maires (un exemple de communication directe entre l’Europe et les villes), la charte de Leipzig (le cadre de référence de la ville durable européenne, signé en 2007) et autres déclarations dont l’efficience échappe à une majorité de citoyens… et de journalistes, aussi spécialisés soient-ils.
Forts du constat selon lequel l’échelon local est le mieux adapté pour développer des politiques de lutte contre le réchauffement climatique, les acteurs de ces débats parfois un peu trop institutionnels, pour ne pas dire protocolaires, avaient en ligne de mire deux déclarations politiques visant à définir le rôle de la gouvernance locale face aux enjeux environnementaux.
Si l’échec de Copenhague était encore bien palpable, d’aucuns ont rappelé que l’unique consensus qui en était ressorti émanait justement des villes. L’objectif clairement affiché des déclarations de Dunkerque 2010 sur le Climat et sur le Développement durable local est donc d’envoyer un message fort aux gouvernements et aux instances européennes qui se réuniront pour la conférence des Nations unies sur le réchauffement climatique, à Cancun, en décembre prochain.
Pour l’heure, force est de constater que les outils législatifs et financiers des gouvernements et des instances européennes ne soutiennent pas suffisamment les collectivités locales, qui ne sont d’ailleurs pas prises en compte dans le protocole de Kyoto. Pourtant, comme l’a rappelé Gino Van Begin, directeur régional de l’ICLEI pour l’Europe, 80 % du PIB européen est généré au niveau local et la moitié de la population mondiale vit dans les villes, qui contribuent pour beaucoup aux émissions de gaz à effet de serre.
Rien ne dit pour autant si Dunkerque 2010 constituera l’élément clé tant attendu dans ce processus de lobbying envers les négociateurs internationaux.
Parce que la citoyenne que je suis se sent très loin des palabres de nos dirigeants, l’espoir me semble ailleurs. Comme l’a déclaré le pragmatique Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque, « rien ne fait plus évoluer un élu que ce que fait un autre élu ». Et des élus qui ont les mains dans le cambouis, il y en avait une belle brochette à siroter du jus d’orange issu du commerce équitable, aux dépens des bonnes bières locales !
Dominique Voynet, sénatrice-maire de Montreuil, s’est dite démunie « pour faire le lien entre le global et le local ». Alors que le développement d’une agriculture urbaine est indispensable, comment faire face au prix du foncier, qui rend les terrains inaccessibles ?
Tandis qu’Alain Juppé, maire de Bordeaux, qui présidait la session des maires, stigmatisait « notre société de gaspillage généralisé et l’opportunité extraordinaire de changer de mode de vie », Dominique Voynet rappelait de son côté qu’une partie de la population de Montreuil y est venue parce que la condition de sa survie n’était pas assurée. Comment lui faire entendre un discours sur la sobriété ? « On n’est parfois pas loin du dialogue de sourds », a déploré l’ancienne ministre.
Puisque la prise de conscience est réelle, où sont désormais les leviers ? Dans le mécanisme des transferts financiers, certes, mais aussi dans de vraies prises de décision politiques de la part des élus locaux, qui voient rarement plus loin que le bout de leur mandat. « Remettre le politique au cœur du débat », comme l’a souligné le truculent Gérard Poujade, maire du Séquestre (Tarn), à l’origine, dixit, d’un Agenda 21 « sans le savoir ! ».
Le salut réside aussi en partie dans des partenariats intelligents avec des entreprises privées, porteuses de solutions technologiques novatrices. Olivier Seznec, directeur de la stratégie technologique chez CISCO, a montré avec brio lors d’un atelier comment les technologies de l’information pouvaient fluidifier la ville et être au service de pratiques et d’usages différents pour les habitants. A Amsterdam, quatre bureaux relais (télécentres) ont été mis en place pour éviter les déplacements en centre ville. Le « co-working »se développe : on peut louer des bureaux à la journée avec crèche, pressing, à proximité… A San Francisco, les citoyens peuvent se comparer sur un « Ecomap » : une carte de la ville où l’on peut récupérer des infos sur les comportements écocitoyens de chaque quartier.
Certains élus, comme André Rossinot, maire de Nancy, parlent d’un « renouvellement urbain intégré » : ville durable, république, écologie, le triptyque d’une philosophie humaniste.
Carl Cederschiöld, maire honoraire de Stockholm, qui est la première ville à avoir été distinguée Capitale verte cette année, va jusqu’à parler d’un « aménagement du territoire plus holistique : 100 000 voitures écologiques, 790 km de pistes cyclables. Des émissions de GES réduites de 25 % par habitant depuis 1990. On peut y nager et y pêcher du saumon. On veut renoncer aux énergies fossiles d’ici à 2050. »
Reste à savoir si la réforme des collectivités territoriales ne viendra pas creuser un peu plus le fossé qui nous sépare des villes du nord, grandes ou petites : Dunkerque, Stockholm, Malmö, Frelinghien, Senlecques, Hambourg, Göteborg… Pour faire un clin d’œil à Jean-Marie Pelt, des villes vertes qui marchent !
Pour en savoir plus :
Pour une autre approche de ce sujet, je ne saurais trop vous conseiller de podcaster l’émission du 29 mai de Ruth Stégassy, Terre à terre, sur le site de France Culture.
Cet édito, comme tous ceux de ce site, n'engage que son auteur et non pas l'association dans son ensemble.
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