Copenhague jour par jour
par les JNE

 
 
 

Edito du 03 janvier 2010


Par Olivier Nouaillas

 

Après le brouhaha de Copenhague....

 

Toute cette débauche d'énergie, tous ces textes de l'Onu, ces contre-textes,  ces discussions sans fin, ces amendements glissés en douce, ces manifestations dans les rues froides, ces contre-sommets alternatifs, ces milliards de mots imprimés dans les journaux, ces blogs partis dans la grande toile d'Internet... pour arriver à cela : Un « accord de Copenhague », négocié en catimini par 28 chefs d'Etat, qui tient en trois pages et au contenu si maigre...

Voilà ce qu'on pourrait retenir du sommet de Copenhague. Pour avoir vécu intensément ces douze jours , je crois qu'il ne se faut pas se fier entièrement aux apparences. Entre « l'accord sans précédent » vanté abusivement par les chefs d'état accourus à Copenhague, et « la feuille vide » dénoncée par beaucoup d'ONG et d'écologistes, il faut peut-être prendre un peu de recul.  Certes, on est loin, très loin même, de la plate-forme revendicative sur laquelle s'était retrouvé pratiquement tous les grands mouvements écologistes : « a fair, ambitious and binding treaty » (un traité équitable, ambitieux et contraignant) s'est envolé dans la nuit du 18 décembre. Et si le monde entier s'accorde aujourd'hui à reconnaître le diagnostic et le défi – limiter la hausse des températures à 2°C (une belle défaite quand même pour les climato-sceptiques de tous bords) – les conclusions du sommet de Copenhague restent totalement floues sur les moyens d'y parvenir. Pas d'engagement chiffré de réduction des gaz à effet de serre, pas de mécanisme de contrôle : voilà pour la déception légitime à la hauteur des attentes. Sans parler des défaillance de l'organisation danoise (45.000  accréditations pour une capacité de 15.000 personnes) et de sa présidence, incapable de faire émerger des consensus.  Et de cette décision aussi stupide qu'injuste : expulser, la seconde semaine, les ONG du centre de conférence de la Cop 15. Alors que c'est en partie grâce à elles que l'opinion publique mondiale est aujourd'hui sensibilisée au réchauffement climatique.

Mais, les hasards des voyages  m'ont fait partager le compartiment du Professeur Jean-Pascal Van Ypersel, climatologue à l'université catholique de Louvain et vice-président du Giec. Et même si l'ambiance dans ce train de retour Copenhague-Cologne- Paris était plutôt à la gueule de bois, bien loin de l'enthousiasme du voyage aller, pour ce routier des négociations internationales – il a fait toutes les Cop depuis le sommet de la terre à Rio en 1992 – il y aurait des motifs de ne pas totalement désespérer : «Nous avons trop le nez collé sur l'évènement, surtout vous les journalistes, estime le professeur Van Ypersel. Les deux pays les plus pollueurs de la planète qui signent un texte qui reconnaît la réalité du changement climatique, ce n'est pas rien. Peut-être que dans dix ans, on réalisera que l'accord de Copenhague contenait les germes de futurs engagements ». Espérons-le d'autant plus que le temps presse. Un autre scientifique, Hervé le Treut, lui non plus pas totalement décu de Copenhague, confiait  : «on a déjà perdu dix ans avec le gouvernement Bush, il ne faut pas en perdre dix de plus ».

N'y a-t-il pas aussi trop d'attentes dans ce sommet ? Nous autres journalistes - et moi le premier – n'avons nous pas trop dramatisé les enjeux ?  Tous ces titres « douze jours pour sauver la planète » et même cet éditorial commun à 56 journaux de 44 pays dans lequel les chefs d'états « étaient conjurés de faire le bon choix »., n'était-ce pas un peu exagéré ? Comme si le climat de Copenhague – avec ses vélos, ses éoliennes, ses restos bios – pouvait convertir d'un coup tous les chefs d'Etat à l' économie sans carbone, au développement humain, à la sobriété  (et je ne parle même pas de la décroissance !) . Et effacer d'un coup de baguette magique deux siècles de développement industriel, un productivisme effréné, une surconsommation dispendieuse, en un mot une civilisation du gaspillage. Sans parler que certains pays du Sud aimeraient bien, eux aussi, goûter à ce gâteau que nous jugeons empoisonné.

Autant d'attentes pour un seul sommet, c'est oublier que depuis la publication du premier rapport du Giec en 1990, le chemin de la lutte contre le réchauffement climatique n'a jamais été linéaire, et que les succès enregistrés ont été toujours précédé d'échecs. Nous en sommes peut-être là. Et tout cet immense brouhaha dans toutes les langues de la planète, aussi bien sous la verrière du Bella Center que dans les amphis du Klima forum, servira à quelque chose. Et que tous ces échanges, ces rencontres entre des gens venus des quatre coins du monde à Copenhague n'auront pas été vains. Activistes écologistes, conseillers des puissants, militants de l'altermondialisme, scientifiques reconnus, négociateurs de l'Onu, témoins du réchauffement, prix Nobel, ministres de l'environnement : il faudra bien en 2010 à Bonn (en juin) et à Mexico (en novembre) reprendre l'ouvrage là où il a été laissé. En ce rappelant ce slogan si juste entendu dans les rues de Copenhague : « there is no Planet B ». Il n'y a pas de planète B...

Par Olivier Nouaillas

Cet édito, comme tous ceux de ce site, n'engage que son auteur et non pas l'association dans son ensemble.


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