Edito du 28 avril 2008

Par Emmanuelle Grundmann, journaliste, primatologue et membre des JNE |
Pourquoi faut-il soutenir le manifeste pour les grands singes et la nature
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Le printemps arrive et avec lui les campagnes d'affichage vantant les nouveaux salons de jardin à bas prix en teck ou tout autre bois exotique. Et avec nos beaux jours et moments délicieux passés à siroter un verre bien installés sur nos chaises au milieu d'un gazon parsemé de pâquerettes, c'est une énième saison noire qui s'annonce pour les forêts tropicales et leurs habitants, notamment les grands singes qui comptent parmi les premières victimes de cette déforestation industrielle qui a déjà eu raison en moins d'un siècle des deux tiers de la couverture forestière tropicale.
Le survol des forêts tropicales de Bornéo ou Sumatra, refuge des derniers orangs-outans et de plusieurs espèces de gibbons est à cet égard révélateur. Partout, des plaies béantes, couleur sang, de latérite mise à nu, mutilent la sylve tropicale. Plus loin, la forêt émeraude fait place à des titanesques monocultures de palmier à huile. Déforestation et trafic sont les deux principales menaces mettant en jeu la survie des grands singes asiatiques, qu'ils soient orangs-outans, gibbons ou siamangs. Aujourd'hui, après avoir exploité à outrance toutes les forêts indonésiennes non protégées, les bûcherons illégaux se sont attaqués aux parcs nationaux, les seuls disposant encore des essences nobles recherchées. Les autorités locales ferment les yeux quand ils ne participent pas eux-mêmes activement à l'exploitation du bois qui, par un système de corruption effrénée, entre dans le marché international en toute légalité. Ailleurs, en Afrique, où vivent tous les autres grands singes (gorilles, chimpanzés et bonobos), la déforestation avance également à grands pas. En Afrique de l'Ouest, seuls 22,8% de la forêt tropicale subsistent, quant au bassin du Congo, même si de grandes étendues semblent encore intactes, d'autres sont exploitées par différentes entreprises européennes et asiatiques. Petit à petit la plus grande forêt d'Afrique se morcelle.
Mais, face à ce dramatique constat, pourquoi parler des grands singes et pas de multiples autres espèces comme des amphibiens, des scarabées et autres mille-pattes également touchés par cette déforestation effrénée ? Parce que les grands singes, en plus d'être sur le fil de l'extinction, sont des ambassadeurs pour la forêt tropicale et pour tous ses hôtes sans distinction.
C'est pour cette raison qu'une centaine de primatologues, anthropologues ou encore photographes, ont lancé le 4 avril dernier le mAn, le manifeste pour les grands singes et la nature. L'objectif : obtenir 1 million de signatures de soutien (ce n'est pas une pétition et plusieurs personnes, même les enfants peuvent signer en utilisant une même adresse email) pour ensuite pouvoir faire pression sur les autorités et instances internationales ainsi que sur les multinationales consommatrices de forêts afin de mettre en place de vrais moyens de protection et de gestion durable de ces écosystèmes.
Car des solutions existent… mais ne sont pas ou trop peu mises en place.
Or, il est aujourd'hui urgent de se mobiliser pour stopper cet Ecocide comme nous le rappelle ce manifeste ! Car sauver les grands singes, c'est sauver les forêts tropicales, un écosystème essentiel pour la planète. La disparition à grande échelle de ces forêts, résultant d'une exploitation effrénée et sans aucune limite met en péril non seulement la survie de cet écosystème et de sa biodiversité associée, mais aussi celle des peuples indigènes en dépendant et pose de graves problèmes environnementaux. La déforestation est aujourd'hui une cause majeure d'émission de gaz à effet de serre et donc du réchauffement climatique. La disparition de la forêt tropicale sera immanquablement le prélude à celle d' Homo sapiens sapiens , l'Homme moderne.
Le temps est venu de réagir et d'agir … avant qu'il ne soit trop tard !
Le site du manifeste (en de multiples langues) www.apesmanifesto.org
Par
Emmanuelle Grundmann
Cet édito, comme tous ceux de ce site, n'engage que son auteur et non pas l'association dans son ensemble.
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