Copenhague jour par jour
par les JNE

 
 
 

Edito du 6 Mars 2010


Par Laurent Samuel

 

L'écologie ringardisée ?

Des révélations orchestrées autour de quelques erreurs du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ; des sondages moins mirobolants que prévu pour les écologistes aux régions; et, en prime, l'attaque en règle d'Elisabeth Badinter contre les excès supposés de certaines adeptes de l'allaitement maternel et de la couche lavable.

Il n'en a pas fallu davantage pour que des éditorialistes et commentateurs décrètent un reflux global de l'intérêt de l'opinion pour l'écologie.

Un raccourci pour le moins hâtif.

D'abord, ainsi que l'explique Jean Jouzel sur le blog Sciences2 de Sylvestre Huet (http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/02/giec-jean-jouzel-r%C3%A9pond-aux-critiques.html),
les erreurs (bien réelles) dénichées dans des documents du Giec (notamment sur la fonte des glaciers de l'Himalaya) ne remettent nullement en cause les conclusions globales de ses rapports. D'ailleurs, aucun gouvernement au monde (à l'exception de l'Arabie Saoudite, peu crédible dans ce domaine) ne s'est engouffré dans la brêche du « Climate gate » pour remettre en cause ses engagements (certes insuffisants) en faveur de la lutte contre le bouleversement climatique.

Ensuite, les scores des listes Europe-Ecologie (de l'ordre de 13 à 15 % selon les derniers sondages parus le 1er mars) se situent à un bon niveau, surtout si l'on y ajoute les quelque 3 % accordés à l'Alliance écologiste indépendante (oubliée par les grands médias), et une partie des voix du Modem. Si ces scores se confirment, ils consacreraient l'écologie comme la troisième force politique du pays, loin devant le Front National, le Modem et les extrêmes-gauches.

Quant à la polémique autour du livre d'Elisabeth Badinter, elle montre surtout que son auteur, si brillante et respectable soit-elle, connaît mal son sujet. Comment, par exemple, ranger sérieusement Nathalie Koskiusco-Morizet ou Cécile Duflot parmi les adeptes de l'écologie profonde ?

Reste que, si le « Climate gate » a fait mouche, surtout dans les pays anglo-saxons, c'est en partie parce que l'opinion a eu l'impression d'être privée de débat. En mettant trop l'accent sur le « consensus », le GIEC n'a pas suffisamment mis l'accent sur le fait que de nombreuses incertitudes demeurent sur les causes, les mécanismes et les conséquences du changement climatique. Une brèche dans laquelle se sont engouffrés ceux qui, stupidement stigmatisés comme « négationnistes », ont eu beau jeu de se poser en martyrs et en parias, alors même que les médias leur donnent complaisamment la parole.

Les scores d'Europe Ecologie, quant à eux, ne semblent modestes qu'en raison des fanfaronnades de quelques-uns de ses leaders qui se voyaient déjà en haut de l'affiche et devant le Parti socialiste dans certaines régions. Les électeurs n'aiment pas les candidats qui ont la grosse tête, surtout quand ils donnent des leçons à la terre entière, péché mignon de beaucoup d'écologistes et d'une grande partie de la gauche.

Enfin (mais cette opinion n'engage que moi-même), l'impact du livre d'Elisabeth Badinter s'explique en partie par les excès d'un certain écolo-féminisme, qui fait de l'allaitement maternel une obligation et considère a priori la couche lavable comme ayant un éco-bilan supérieur à celui de tout type de couche jetable. Ecoutez ici la chronique de Caroline Fourest sur France-Culture : http://www.touslespodcasts.com/annuaire/societe/politique/1783-episode539972.html

En résumé, ces affaires devraient être l'occasion pour certains défenseurs de l'environnement de balayer devant leur porte, comme le GIEC a annoncé son intention de le faire. Un grand nettoyage de printemps qui ne serait pas superflu !

Laurent Samuel

 

 

Cet édito, comme tous ceux de ce site, n'engage que son auteur et non pas l'association dans son ensemble.


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