Les mystères de la lutte contre l'orpaillage, Orpaillage dans les Guyanes la dénonciation ne suffit plus, Quel orpaillage pour la Guyane
 
 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guyane : une autorisation délivrée à Cambior déjà attaquée ! [09/05/07]

NON A « CAMBIOR II » : un mauvais endroit pour un mauvais projet [28/03/07]

Guyane : Menaces sur la biodiversité et ceux qui la défendent [29/05/06]

Incendie criminel contre le Carbet d'accueil de la reserve naturelle trésor.

Lancement du premier projet trans-Atlantique de suivi par balise Argos des tortues luth - [20 septembre]

Guyane : le renouveau amérindien - printemps 2005
Orpaillage dans les Guyanes : la dénonciation ne suffit plus ! - [16 mars]
Des enfants malades dans le sillage des fusées russes ? - [13 janvier]
Aventures en Amazonie française
Vingt ans d'exploration scientifique de la canopée
Sciences: une nacelle pour étudier la cime des arbres en Guyane
Dossier Guyane article du JDD
A lire :
Les Amérindiens s'entêtent
Le projet de parc national en Guyane miné par l'or
La guérilla des autorités françaises contre les chercheurs d'or en Guyane
La Guyane rongée par la nouvelle fièvre de l'or
Retour de Guyane - [Cayenne le 15 octobre]
Parc ou pas parc, et à quel prix ?
Le projet COPAS du CNRS
La réserve naturelle des Nouragues
Déforestation durable ?
Les mystères de la lutte contre l'orpaillage
L'opération Anaconda
" Quel orpaillage pour la Guyane ? "
LES PLANTES MEDICINALES A L'HONNEUR :
IIIème Colloque international sur les plantes aromatiques et médicinales des régions d'Outremer
- [15/09/04]

 

Communiqué de presse

Le mercredi 9 mai 2007

Un recours a été déposé par la fédération France Nature Environnement (FNE) contre l'arrêté du 5 mai 2006, par lequel le Préfet de la région Guyane a autorisé la filiale de la société Cambior-Iamgold, à réaliser une piste pour accéder à sa concession minière de Camp Caïman.

Le projet très controversé de mine d'or de Camp Caïman sur la montagne de Kaw (Guyane), présenté par la filiale de la multinationale Cambior-Iamgold, la société CBJ-Caïman SAS, a connu de nombreuses péripéties.

Il nécessite notamment, vu sa complexité, quatre autorisations distinctes, soumises chacune à une procédure d'enquête publique.

La première autorisation, au titre de la loi sur l'eau, concerne l'ouverture de la piste reliant la concession de Camp Caïman à la route nationale 2. Les travaux doivent s'effectuer dans les lits mineur et majeur des nombreux cours d'eau traversés.

Son enquête publique, qui s'est déroulée en février 2006, a suscité nombre d'observations défavorables, donnant lieu a contrario à un étonnant avis favorable du commissaire enquêteur. Malgré les lacunes grossières du dossier, le préfet a autorisé, le 5 mai 2006, la réalisation de la piste, sans même attendre la fin des procédures relatives aux trois autres demandes !

Cette autorisation est manifestement illégale : ni les procédures adéquates, ni les prescriptions nécessaires et indispensables pour assurer la sécurité de cette piste n'ont été prises en compte. France Nature Environnement en demande donc l'annulation au Tribunal administratif de Cayenne.

Les trois autres demandes d'autorisations, au titre des codes minier, de l'environnement et de l'urbanisme, ont également été soumises à enquêtes publiques début 2006. Compte tenu des problèmes majeurs et des oppositions soulevés par ce projet minier, l'Etat a décidé d'envoyer une mission d'enquête sur place. CBJ-Caïman a retiré ses demandes suite au rapport défavorable de la mission d'enquête, remis le 11 octobre 2006 aux ministres de l'Ecologie et de l'Industrie. Deux lacunes majeures du projet y sont soulignées : l'impact sur la faune et la flore sauvages et les conditions de rejet dans le milieu naturel des effluents cyanurés. A peine deux mois plus tard, CBJ-Caïman présentait de nouvelles demandes d'autorisations. L'enquête publique les regroupant s'étant achevée le 30 mars 2007, la population et les ONGs locales et nationales, toujours fortement mobilisées contre le projet, sont maintenant dans l'attente de l'avis des commissaires enquêteurs.

Ce recours est l'occasion pour France Nature Environnement et le Groupe d'Etude et de Protection des Oiseaux de Guyane (GEPOG), association guyanaise membre de la fédération, de rappeler leur désaccord avec ce projet contre nature dans la fragile zone d'intérêt écologique majeure qu'est la montagne de Kaw. L'Etat, qui en est le garant, devrait veiller à l'intégrité totale du site et y promouvoir des activités en harmonie avec ses richesses naturelles, dans le cadre d'un développement enfin durable.

Un dossier de presse est disponible sur demande.
Voir également : www.fne.asso.fr/popup_guyane.htm

 

 

 

Communiqué

La nouvelle enquête publique relative au projet de mine d'or à ciel ouvert couplé d'une usine de traitement « Seveso II » sur la montagne de Kaw en Guyane, présenté par la filiale de la multinationale Cambior-Iamgold, la société CBJ-Caïman SAS, s'achève ce vendredi 30 mars 2007 à Cayenne.

La fédération France Nature Environnement (FNE) et ses associations affiliées guyanaises avaient déjà exprimé leurs plus vives réserves lors de la première vague d'enquêtes publiques relatives à ce projet début 2006, dont l'une reçu d'ailleurs un avis défavorable du commissaire enquêteur.

En 2007, les données n'ont pas beaucoup évolué :

- Le projet industriel est prévu sur une zone reconnue officiellement d'intérêt écologique majeur, dont la valeur est démontrée à travers les deux réserves naturelles et la zone humide de valeur internationale classée Ramsar qui l'entourent, le tout étant situé dans un Parc Naturel Régional. Comment penser que soient autorisées l'ouverture d'une carrière gigantesque et l'exploitation d'une usine Seveso II dans un tel endroit, alors qu'il mériterait plutôt d'intégrer les espaces protégés alentours ?

- L'étude d'impact souffre toujours d'inventaires écologiques incomplets, alors que cette zone constitue un haut lieu de la biodiversité, et d'évaluation de l'impact de l'activité industrielle encore à approfondir, alors qu'il est envisagé l'application de mesures après autorisation, sans en connaître au préalable les résultats et sans pouvoir revenir en arrière ;

- Le dossier révèle aussi des incohérences et des imprécisions pour les données relatives aux procédés industriels innovants, jamais testés en milieu tropical, notamment avec l'utilisation du cyanure pour le traitement du minerai.

- La remise en état du site, avec sa revégétalisation, constitue un pari risqué sur l'avenir, avec des sols bouleversés, des supports issus de minerai, et des techniques qui relèvent de l'expérimentation. L'exploitation risque fort, avec les risques potentiels de pollution, de constituer un point de non retour pour la montagne de Kaw. La montagne de KAW, chronique d'une mort écologique et paysagère annoncée ? 

Dans ces circonstances, la fédération FNE ne peut que rappeler l'inadéquation intrinsèque du projet avec les caractéristiques écologiques exceptionnelles de la montagne de Kaw et désapprouver ce projet déplacé.

FNE imagine mal l'ouverture d'une telle activité dans un site équivalent en métropole et demande que les sites naturels et les citoyens bénéficient partout de la même prise en considération pour la qualité et la conservation de l'environnement. L'Etat, qui en est le garant, doit veiller à l'intégrité totale de la montagne de KAW et promouvoir des activités en harmonie avec ses richesses naturelles, dans le cadre d'un développement enfin durable.


Un dossier de presse est disponible sur demande.
Pour plus d'informations : http://www.fne.asso.fr/popup_guyane.htm

 

 

Communiqué

Guyane : Menaces sur la biodiversité et ceux qui la défendent

Par l'Association des Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie (JNE)
Le 29/05/06

L'association des journalistes pour la nature et l'écologie (JNE) tient à faire part de la tristesse de tous ses membres après l'assassinat de Capi et Domingo, deux membres du personnel de la réserve de Nouragues en Guyane. Nous les connaissions, ils nous avaient communiqué leur enthousiasme sur la forêt guyanaise qu'ils contribuaient à faire connaître et protéger. Au moment où de nombreux responsables politiques confondent la préservation de la biodiversité avec de la communication, notre association regrette que le gouvernement n'ait pas trouvé les modestes financements qui auraient permis d'entretenir à demeure une poignée de gendarmes pour protéger les animateurs de la plus grande réserve française et la base du CNRS voisine. Ce petit effort financier aurait permis de sauver deux vies et d'éviter que la base scientifique et les locaux de la réserve qui ont demandé de gros investissements humains et financiers à six heures de pirogue de Regina, à 100 km à vol d'oiseau de Cayenne, soient désormais désertés. Nous retenons de cette tragédie que les orpailleurs, les clandestins et les autres, et tous ceux qui profitent des trafics ont gagné contre la biodiversité et aussi contre la Guyane. La Guyane n'est pas le seul département où les journalistes assistent à la lutte inégale entre le politique ou l'économie et la préservation de la biodiversité.


Contact : Marianne Dejouet, 06 88 25 75 03
JNE, 28 rue de la Folie Regnault 75011 Paris
- : www.jne-asso.org

 

Le cabaret d'acueil de la Réserve Naturelle Volontaire Trèsor situé sur la Montage de Kaw, propriété de la fondation Trèsor et géré par l'association Réserve Naturelle Trèsor, a fait l'objet d'un acte de destruction sans précédent.

Lire la suite

 

 

 

Lancement du premier projet trans-Atlantique de suivi par balise Argos des tortues luth

Paris, le 20 septembre

25 balises Argos, 8 partenaires, cinq pays impliqués pour mieux comprendre les interactions pêche/tortue luth.

Le WWF lance sur deux ans une ambitieuse campagne de suivi de la tortue luth par balise Argos, de part et d'autre de l'Océan Atlantique. Elle permettra de mieux connaître les zones à fortes interactions entre tortues luth et engins de pêche, complétant ainsi efficacement les travaux menés sur ce thème par le CNRS-CEPE en Guyane. Dans l'océan Atlantique, où subsistent les dernières grandes populations de tortues luth, les scientifiques estiment entre 30 000 et 60 000 les captures accidentelles annuelles de tortues luth.

Pour mener à bien ce projet, 8 partenaires sont mobilisés. Au total, 25 balises Argos seront posées sur les tortues luth nidifiant dans les principales zones de ponte connues autour de l'Atlantique : Panama, Suriname, Guyane, Gabon. Pour la première fois, des tortues luth des sites de nourrissages récemment identifiés au large de l'Uruguay seront aussi équipées de tels émetteurs.

Fait nouveau, les déplacements des tortues luth équipées de balises peuvent être suivis sur Internet, au rythme d'une mise à jour hebdomadaire. Pour localiser ces tortues et connaître l'ensemble des résultats de suivi (distance parcourue, profondeur de plongée, localisation de l'animal), consulter le site du WWF :
www.wwf.fr/alerte.php

Déjà sept balises ont été posées au Panama, au Surinam, en Guyane, et au large de l'Uruguay. Une des tortues luth équipées au Surinam, baptisée " Kawana ", a tristement fini ses jours trois semaines après sa ponte, victime d'un filet maillant dérivant... A l'inverse, l'autre tortue luth équipée sur le même site le 25 juin 2005 (baptisée " Aïtkanti ") a déjà parcouru 3 271Km et plongé jusqu'à 840 mètres de profondeur !

Les trois tortues luth équipées en Guyane (baptisées " Yalimapo ", " Apotïli " et " Palana ") démontrent jusqu'à ce jour une impressionnante similarité dans leur trajet ; elles ont toutes parcouru entre 1500 et 2000 Km, suivant une direction nord-est.

Les prochaines balises seront posées en septembre/octobre en Uruguay, puis en décembre/janvier en Guyane et au Gabon.

La tortue luth (Dermochelys coriacea) fait partie des espèces classées " en danger critique d'extinction " par l'Union Internationale de Conservation de la Nature - www.redlist.org ; selon ces experts, elle figure à ce jour parmi les espèces les plus menacées au monde.

Les tortues luth de l'Atlantique pourraient ainsi voir leurs effectifs rapidement décroître si les principales zones d'interactions entre engins de pêche et couloirs de migration éventuels ne sont pas rapidement identifiées.

Au-delà de démontrer les capacités exceptionnelles de plongée de ces reptiles, cet ambitieux projet ne pourra que rappeler l'urgence d'une meilleure sélectivité des techniques de pêche. C'est la condition nécessaire pour diminuer significativement toutes les captures accessoires dont les tortues marines sont victimes.


Contact presse
:
Béatrice Jouenne - 01 55 25 84 70 -

 

 

 

Guyane : le renouveau amérindien

Communiqué de presse de Survival International (France)
Vient de paraître Ethnies n° 31-32, printemps 2005

Vingt ans se sont écoulés depuis la première prise de parole publique des Amérindiens de Guyane française annonçant leur entrée dans l'espace politique régional et national. La revue Ethnies, dont la création fut largement inspirée de cette expérience, consacrait, en 1985, sa première livraison à " La question amérindienne en Guyane française ". " Si les problèmes des sociétés amérindiennes ne sont pas rapidement pris en compte, écrivions-nous, c'est non seulement l'avenir de ceux-ci qui est immédiatement mis en péril, mais celui de toute la Guyane ".

Aujourd'hui, la France - mais aussi la Guyane comme entité en devenir - éprouve toujours les mêmes difficultés à répondre aux défis de la renaissance des identités amérindiennes sur son sol. Mais il est certain que la question que soulèvent les Amérindiens ne doit plus être interprétée comme une attitude factionnaliste ou communautariste, à laquelle certains voudraient encore la réduire.

L'ensemble des textes rassemblés dans ce numéro montre au contraire que la revendication amérindienne est plutôt une autre manière de poser aujourd'hui la question, centrale, des rapports entre les différentes cultures et entre les groupes au sein d'un espace social et politique guyanais en profonde recomposition. En cela elle est aussi, nous semble-t-il, porteuse d'espoir, pour les peuples autochtones et pour la Guyane.

Au Sommaire :

Patrick Menget : Avant-propos

État des lieux
Alexis Tiouka : La question des droits autochtones sera-t-elle résolue en France? Gérard Collomb : De la revendication à l'entrée en politique (1984-2004) Brigitte Wyngaarde : Communautés amérindiennes : identités en danger?

Villages
Jean-Aubéric Charles : Le village amérindien de Kourou doit-il disparaître? Mauricienne Fortino : Les lois sont faites pour tout le monde mais elles ne vont pas dans le sens de tout le monde Aimawale Opoya : Nous attendons le bon moment pour créer notre commune Brigitte Wyngaarde: La parole occultée

Or
Francis Dupuy: Enjeux territoriaux dans le haut Maroni
Laurent Charlet & Alain Boudou : Cet or qui file un mauvais mercure
Ialali Panapui : L'eau est déjà comme de la boue
Proposition de résolution pour la création d'une commission d'enquête sur l'orpaillage en Guyane

École
Laurent Puren : Enseignement et bilinguisme dans les écoles du haut Maroni
Odile Lescure : Bilan d'une expérience éducative
Lucie Ti'wan Couchili : Un demi-siècle d'école dans le sud guyanais : quel bilan?
Akama Opoya : Quel avenir pour les médiateurs bilingues?

Droit
Armelle Guignier & Philippe Karpe : Quel développement durable pour les Amérindiens de Guyane française?

Entretien
Françoise & Pierre Grenand : Trente ans de luttes amérindiennes.

Guyane : le renouveau amérindien, Ethnies n° 31-32, printemps 2005
ISSN 0295-9151 - ISBN 2-912114-07-1
Format 16x24, 168 p., photos, 18 euros (+ port 3 euros)

Vente au numéro en librairie ou à la rédaction
Abonnement à 2 volumes (4 numéros) : 40 euros (soutien : 80 euros)
Service de presse : Magali Rubino : 01 42 41 44 10 -



Survival International (France)
45 rue du Faubourg du Temple 75010 Paris
: 33 (0)1 42 41 47 62

Survival International est une organisation mondiale de soutien aux peuples indigènes.
Elle défend leur volonté de décider de leur propre avenir et les aide à garantir leur vie,
leurs terres et leurs droits fondamentaux.

www.survival-international.org

 

 

Orpaillage dans les Guyanes : la dénonciation ne suffit plus !

Par le WWF

Source non négligeable de revenus et de travail pour les 3 Guyanes - Surinam, Guyana et Guyane française -, l'orpaillage tel qu'il est encore généralement pratiqué entraîne des impacts particulièrement négatifs pour la santé humaine et l'environnement (rejets de mercure, d'eaux troubles, déforestation…). Le problème n'est pas récent et s'est aggravé au cours des dernières années avec l'arrivée massive de clandestins, surtout en Guyane et au Surinam. Or si l'on constate une prise en compte croissante de ces impacts, beaucoup reste à faire.

Face à ce constat, le WWF a développé un projet visant à accompagner les secteurs miniers des 3 Guyanes dans la réduction des dommages liés à cette activité. S'inscrivant dans cette logique, le séminaire organisé les 1er, 2 et 3 mars derniers à Cayenne par le WWF, avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de la Guyane (CCIG), participe à un ensemble de réflexions sur l'activité minière menées depuis plusieurs mois en Guyane par les professionnels du secteur, l'Etat, les collectivités, la CCIG et le collectif " Quel orpaillage pour la Guyane ? ".

Réunissant notamment des représentants des filières minières des 3 Guyanes, le séminaire avait pour double objectif d'amener ces derniers à échanger leurs expériences et de promouvoir des techniques d'exploitation de l'or ayant un impact moindre sur la santé et l'environnement. Divers aspects liés à cette activité ont ainsi été abordés, de la prospection minière à la réhabilitation des sites en passant par la présentation de techniques n'utilisant pas le mercure.

Les bonnes intentions manifestées par ces acteurs doivent pouvoir s'appuyer sur une politique claire. Le WWF demande donc aux autorités des Guyanes de définir le rôle et la place des activités d'orpaillage dans leur développement socio-économique en intégrant les coûts environnementaux, sanitaires et sociaux qui en découlent. Pour y parvenir, il est nécessaire dans un premier temps de recueillir des données précises sur la localisation et l'étendue des sites d'orpaillage dans les Guyanes, puis d'établir un zonage raisonné de l'activité minière sur les territoires concernés afin d'en préserver la biodiversité. Aujourd'hui, en Guyane, seuls environ 10% des opérateurs miniers légaux utilisent des techniques sans mercure… l'application de techniques à moindre impact doit donc être généralisée à l'échelle des 3 Guyanes. Cela implique que les autorités de chacun de ces pays renforcent leur appui aux opérateurs en termes de formation et de structuration et qu'elles poursuivent et intensifient leur lutte contre l'orpaillage clandestin.

Contact presse :
Viviane Thierron, coordinatrice bureau WWF Guyane,
: 0594 31 38 28 ou 0594 35 18 84
Muriel Derivery, attachée de presse WWF-France,
: 01 55 25 84 46 ou 06 82 30 99 42

 

 

Des enfants malades dans le sillage des fusées russes ?

Par Tamanoir les Verts Guyane

Une question préoccupante posée par la revue scientifique Nature et reprise par Libé du 13 janvier 2005.

Des études alarmantes sur l'état de santé d'enfants habitant aux abords de sites de lancement de fusées russes sont parues dans la revue scientifique Nature.

Rappelons que ces mêmes fusées doivent être implantées sur la base spatiale de Kourou en Guyane. Premier lancement prévu de Soyuz : fin 2007. Il paraît indispensable que la population Guyanaise soit mise au courant de ces graves problèmes de santé causés par l'activité spatiale de Soyuz.

Plus de précisions sur notre site Tamanoir les Verts Guyane : http://guyane.lesverts.fr/

Aventures en Amazonie française

Par Christel Leca
(article paru dans la République du centre le 8 novembre)

A neuf heures d'avion de la métropole, la Guyane, le plus grand département de France, est sauvage et belle, tantôt lumineuse, sur les plages du Nord-Ouest, ou sereine, dans la forêt profonde.

A une heure au sud de Cayenne, l'Auberge de l'Approuague à Régina, est une étape de rêve pour commencer l'aventure. Sa terrasse offre une vue plongeante sur le verger créole et la forêt équatoriale à perte de vue : nous y dînons somptueusement. Après une nuit paisible, l'aube amazone, sa brume odorante et sa rumeur sereine, pleine de cris d'oiseaux, nous enveloppent au réveil. Une pirogue nous attend au bord de l'Approuague. Notre route se poursuit sur le fleuve, ponctuée d'arrêts pour observer ici une tortue se chauffant au soleil, là un vol d'Aras vite cachés derrière les si hautes cimes des arbres.
Deux heures de navigation tranquille plus loin, la même sérénité nous attend à Camp Cisame, village éco-touristique. Nuits en hamacs, à l'abri d'un carbet (jolie cabane aérée sur pilotis au toit de palmes de toulouris séchées), trecking, kayak dans les rapides et randonnées le long du fleuve…
Poursuivant l'aventure en pirogue, nous passons quelques " sauts " (petits rapides sans danger), jusqu'au Camp Arataï, où Muriel et son équipe accueillent de trop rares touristes dans la Réserve naturelle des Nouragues, la plus grande réserve naturelle de France (100 000 hectares). Immersion totale dans la forêt amazonienne, profonde et luxuriante : balades à l'affût des singes araignées, des toucans, des païpayos, baignade dans la rivière Arataï, excursion de nuit en pirogue pour surprendre un petit caïman noir ou admirer en silence le ciel étoilé…
Avec de la chance, on croisera Pierre, de retour de la station scientifique des Nouragues, où il construit une plate-forme permanente d'observation de la canopée (hautes cimes des arbres) unique au monde. Il nous racontera la reproduction des grenouilles, les aventures d'Arthur, son gorille africain, ou imitera le cri des singes hurleurs, qu'il connaît bien.
Et si l'envie de " sable chaud, cocotiers " nous prend, en route au Nord Ouest, vers l'embouchure du Maroni et l'autre Guyane, amérindienne, maritime et ensoleillée. Entre les marais gorgés d'oiseaux et l'arbre qui accueille notre hamac sur la plage, pour une nuit face aux Pléïades. Pour une salade de poisson boucané au Yalimale, pour le marché aux fruits de Mana et un lever de soleil sur la Réserve naturelle de l'Amana.

Encadré
L'arche aux oiseaux

Benoît vit au bout d'une piste forestière non loin de Saint-Laurent-du-Maroni. Il travaille à l'hôpital mais passe le plus clair de son temps sur son terrain, auprès de ses oiseaux. Il a repris, il y a quelques années, le flambeau du Centre de Soins des Oiseaux Sauvages, caché au fond des bois depuis 1993. Cette année, il a déjà recueilli plus de 200 aras, perruches amazones, toucans, rapaces et même colibris, saisis par la douane aux trafiquants, qui leur coupent un bout d'aile pour les entraver. Il faut aux oiseaux jusqu'à 18 mois pour se refaire des ailes et voler à nouveau. Ils les passent dans les volières de Benoît, qui les soigne, parfois en leur recollant des plumes. Il les nourrit, à ses frais ou ceux des cinq bénévoles qui constituent son association. La dérisoire subvention de la Direction régionale de l'environnement ne suffit pas pour nourrir tous les rescapés, acheter des produits vétérinaires ou assurer l'entretien des volières. Ses pensionnaires cherchent des parrains : 05 94 34 04 88.

Repères
Les 84 000 km2 de la Guyane française sont couverts à 83% de forêt dense équatoriale.
Ses 174 000 habitants sont principalement installés le long des côtes (350 kilomètres de côtes) et à Cayenne, la préfecture (66 000 habitants).
La Guyane représente 16,5 % du territoire métropolitain français mais seulement 0,26 % de la population française.

Y aller :
Un portail Internet rassemble tout ce qu'il faut savoir sur la Guyane et même plus : http://www.terresdeguyane.fr
Air France dessert Cayenne tous les jours, au départ d'Orly, à partir de 850 euros : http://www.airfrance.fr
Sur place, quelques Tour Operators s'occupent d'organiser des circuits et séjours : http://www.jal-voyages.com ou http://www.ecotourisme.fr/ ou http://www.takaritour.gf
Auberge de l'Approuague : +874 763 19 19 91 ou 06 94 44 69 79 o fax : +874 763 19 19 93.
Réserve naturelle des Nouragues : 05 94 28 40 20 ou aratai@wanadoo.fr
Réserve naturelle de l'Amana :05 94 34 84 04 ou amana2@wanadoo.fr

Sciences: une nacelle pour étudier la cime des arbres en Guyane
(REPORTAGE)

Par Marie-Pierre FEREY pour l'AFP

CAYENNE, 27 oct 2004 (AFP) - Une nacelle suspendue dans la cime des arbres pour étudier en permanence la partie supérieure de la forêt tropicale, la "canopée": le projet scientifique COPAS, co-piloté par le CNRS, commence à sortir de terre en Guyane. "On pourra flotter en apesanteur à 45 mètres de hauteur dans les arbres", s'enthousiasme Pierre Charles-Dominique, directeur de recherche au CNRS et co-initiateur du projet. Perdu en forêt à six heures de pirogue et deux heures de route de Cayenne, le camp de base COPAS (Canopy observation permanent access system) est encore au stade d'ébauche. Des trous marquent l'emplacement des trois pylônes distants de 180 mètres les uns des autres qui, reliés par des câbles, permettront le déplacement de la nacelle avec deux personnes et du matériel. La nacelle pourra évoluer grâce à un ballon d'hélium dans toutes les dimensions du triangle, sur 1,5 hectare de canopée. Les survols auront lieu le matin et le soir, lorsque les vents sont faibles. COPAS permettra d'étudier la partie supérieure de la forêt en permanence, contrairement au célèbre "radeau des cimes" du botaniste Francis Hallé, qui se déplace dans le monde depuis 1981. "C'est important de suivre sur la durée les cycles de reproduction des plantes, des virus, des animaux", explique Pierre Charles-Dominique. L'Institut Pasteur de Cayenne est par exemple intéressé par les conditions de développement des parasites (paludisme, leishmaniose) dans la canopée. Le dispositif permettra de prélever des insectes vecteurs pour les étudier en laboratoire. Les botanistes pourront observer les fleurs de la couronne des arbres, quasiment invisibles du sol. La canopée est l'habitat privilégié de nombreuses espèces (rongeurs, oiseaux, singes). Il s'y opère aussi des échanges gazeux encore mystérieux avec le sol et l'atmosphère. "On est très loin d'avoir complété l'inventaire des espèces en Guyane", témoigne Michel Berbéres, directeur régional de l'Office national des forêts. La Guyane présente une extraordinaire diversité biologique: près de 10.000 espèces végétales dont 1.200 d'arbres et 300 orchidées, 750 d'oiseaux, 450 de poissons, 150 de mammifères ... Seul le tiers nord du département a été précisément inventorié. Le dispositif, inventé par l'équipe du professeur Gerhard Gottsberger de l'université d'Ulm, a reçu en 1996 un prix de la Fondation Körber de 1,25 million de marks. Prévu pour démarrer en 2002, il a connu "beaucoup d'aléas", selon Pierre Charles-Dominique: difficultés d'homologation du ballon auprès de l'aviation civile française, pillage du camp par des orpailleurs (chercheurs d'or) armés en avril. "L'équipe du camp était réduite au minimum du fait de la saison des pluies. Ils ont tout emporté, y compris le moteur de la pelleteuse, le groupe électrogène et la pirogue." Soit 100.000 euros de perte, et un retard d'au moins un an du projet. Prudent, le scientifique évoque un démarrage en 2006, si l'orpaillage ne vient pas de nouveau perturber les travaux. "La gendarmerie est passée pour détruire des camps illégaux il y a deux semaines, et on entend déjà les moteurs des pompes qui reprennent le travail", commente-t-il. Nous sommes pourtant en pleine Réserve naturelle des Nouragues (sud-ouest de la Guyane), strictement protégée. Mais la forêt guyanaise est devenue depuis quelques années un véritable "far west", avec 10.000 à 12.000 chercheurs d'or illégaux.

Vingt ans d'exploration scientifique de la canopée
Par Marie-Pierre Ferey pour l'AFP

CAYENNE, 27 oct 2004 (AFP) - Du "Radeau des cimes" de Francis Hallé au futur projet COPAS de nacelle mobile en Guyane, les scientifiques rivalisent d'imagination depuis vingt ans pour explorer la partie haute de la forêt, ou canopée. En 1984, un premier vol en montgolfière classique a lieu à Sinnamary, en Guyane française. L'année suivante, le premier Radeau des cimes, fait de pontons pneumatiques et de filets, est déposé par hélicoptère sur la forêt dans le Parc du Pilat à Saint-Chamond (Loire). Le Radeau des cimes, fruit d'une collaboration entre le botaniste Francis Hallé, le pilote Dany Clayet-Marrel et l'architecte Gilles Ebersolt, a fait depuis le tour du monde. Le Radeau et la "luge des cimes", version plus réduite en triangle, qui ne se pose pas mais permet de "surfer" sur la canopée, ont permis de récolter des insectes et herbes, d'étudier les échanges gazeux dans la forêt, de rechercher parfums et arômes etc. En parallèle, la randonnée arboricole, lancée par Nicolas Gabriel, de l'association Aye-Aye Environnement en 1986, permet aux scientifiques d'évoluer en toute liberté dans les arbres avec un matériel léger (cordes, harnais de sécurité). Ainsi suspendus, ils peuvent étudier la grenouille arboricole, le singe hurleur ou l'insecte vecteur de maladies (paludisme, leishmaniose). Des méthodes fixes comme les tours, pylônes, walkways et grues permettent des travaux à long terme que le Radeau des cimes, par essence nomade, n'autorise pas. La nacelle du projet COPAS a l'avantage de permettre une étude permanente d'un site de 1,5 hectare, grâce à l'évolution d'un ballon à l'intérieur d'un triangle formé par trois pylônes fixes. Le système n'est pas sans risque: à 50 mètres du sol, des vents violents peuvent secouer la canopée. Pierre Charles-Dominique, directeur de recherche au CNRS et co-initiateur du projet, prévoit de "voler" au petit matin et le soir, lorsque les vents sont tombés.

Sautant d'une barge étroite amarrée à l'écart du courant sous les arbres, un homme-grenouille en combinaison noire s'immerge dans les eaux jaunâtres du fleuve Approuague. Puis il disparaît dans un remous, tirant un énorme tuyau orange. Son masque relié à une pompe à air, il va rester au moins trois heures au fond, aspirant pratiquement sans le voir le mélange de sable et de gravier au sein duquel, peut-être, il y aura un peu d'or. En poudre ou en paillettes qui apparaissent peu à peu sur le tapis noir vibrant de la barge. Pedro et Silvao de l'Etat de Para, Joao, Jesus et Luis de l'Amapa et Lelio qui s'active pour l'instant sous l'eau, ils sont six à vivre, dormir et travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur la barge de quelques mètres carrés dans la chaleur et dans le bruit des trois moteurs. Et, à tour de rôle, dans les vapeurs du mercure qui a servi à amalgamer la poussière d'or. Un amalgame qu'il faut chauffer au gaz dans une battée pour récupérer le précieux métal.
Les six hommes, équipage moyen d'une barge, sont tous brésiliens, tous travailleurs infatigables et clandestins. Quelques minutes plus tôt, inquiétée par notre approche, une longue et puissante pirogue a brièvement accosté la barge pour ramasser l'or. Quarante grammes pour une très longue journée. Le coin n'est pas bon ; tirée par cette pirogue équipée d'un moteur de 75 chevaux, la barge partira le soir prospecter ailleurs. Quarante grammes, pas de quoi devenir riche, sauf pour les commanditaires brésiliens, guyanais ou surinamais de l'exploitation illégale de l'or sur les 91 000 kilomètres carrés du plus vaste des départements français.
Contre une bouteille de rhum et un paquet de tabac, ils racontent en souriant leurs aventures, leur vie difficile, les espoirs de nourrir leurs familles brésiliennes, un prochain retour au pays pour un peu de repos, la peur des voleurs malgré la protection des pirogues de vigiles et aussi la crainte des gendarmes français. Pour s'approvisionner ou se détendre, ces forçats de l'or peuvent gagner le proche village clandestin d'Ippoussing, en pleine forêt. Services de sécurité, " banque ", ateliers de réparations, magasins, salles de billards et de jeux, bars et bordel en planche, largement de quoi assurer la vie et les loisirs des quelque 1 500 clandestins qui travaillent au pied des Montagnes Balenfois. L'hôtel d'Ippoussing, par dérision, s'appelle désormais " El Quemada " - la brûlée - tant il a été détruit de fois par le feu, par accident, par règlements de compte ou par les forces de l'ordre. Près de Régina, Bruno, le patron de l'Auberge d'Approuague, qui fut orpailleur légal et s'est reconverti dans l'accueil touristique, raconte : " Ippoussing, je connais bien, j'y ai cherché de l'or il y a vingt ans. Cela devient difficile. Pour gagner sa vie une équipe doit ramasser 3,5 g à l'heure. A cette époque, nous étions trois le long de cette crique (petite rivière), maintenant ils sont des milliers. ". Des milliers d'hommes parfaitement organisés, capables d'édifier en quelques jours des villages de planches concentrant les maladies, la violence et les profits. Pas pour les chercheurs d'or mais pour ceux qui les transportent ou les approvisionnent, leurs fournissant, à prix d'or, au sens propre du terme, des boissons, de quoi manger et des femmes venues elles aussi du Brésil ou du Surinam. Comme un cancer au milieu de la forêt, cancer qui renaît après tous les traitements. Au début du mois de juin, une opération héliportée de 200 gendarmes a rasé le village clandestin de Dorlin. Il abritait d'immenses billards, 80 magasins, un laboratoire pour les analyses de sang et un cabinet de dentiste. Au centre du village trônait un énorme bulldozer qui avait mis trois semaines à tracer sa route à travers la forêt, équipé d'un congélateur alimenté par le moteur. Valeur en ces lieux : un million d'euros. Il a servi à démanteler ce village qui, déjà, des photos aériennes le montrent, commence à renaître de ses cendres. Rappel de l'ambiguïté qui règne dans le département : le bull appartenait à un orpailleur légal…
A trois heures de pirogue au sud de Régina, près du Saut Mathias, là où des orpailleurs brésiliens nous accueillent gentiment, huit autres barges illégales prospectent le fleuve. Nous croisons une pirogue qui peut transporter jusqu'à quinze tonnes d'essence et de vivres qu'elle apporte du Brésil en passant par la mer après avoir descendu l'Oyapok, qui sert de frontière avec le Brésil. A un kilomètre, deux barges coulées et brûlées rappellent que, deux jours plus tôt, les gendarmes ont tenté de nettoyer la zone. Mais comme souvent, précédés par les appels radios des veilleurs brésiliens ou guyanais, ils n'ont pas trouvé grand chose. Dans son carbet équipé d'une puissante radio, François, homme de la forêt qui fut agriculteur, vigile pour chercheur d'or légal et construit un gîte touristique au bord du fleuve, ricane : " Quand ils arrivent, les Brésiliens sont partis ou planqués, ils ne peuvent rien faire. Avant-hier, deux types contrôlés sont venus me voir. Ils voulaient que je leur traduise un papier donné par les gendarmes. C'était une injonction à quitter le territoire dans les deux jours. On a bu un coup et rigolé ensemble… ". Tout près d'Ippoussing, fin mai, un commando d'orpailleurs a pillé un camp scientifique en construction, en plein cœur de la réserve naturelle des Nourragues : " Ils n'ont rien laissé, soupire Pierre Charles-Dominique, le patron en Guyane du CNRS, les panneaux solaires, les tronçonneuses, les moteurs, les frigos, les outils, les provisions, tout. Ils ont même démonté et emporté en pirogue notre tracto-pelle. Il y en a au moins pour 100 000 euros, notre programme de travail risque de prendre un an de retard ".
Dans son quartier général de Cayenne, le colonel Jean-Philippe Danède, commandant les 750 gendarmes déployés en Guyane, les " départementaux " comme les " mobiles ", n'ignore ni l'immensité de la tâche ni l'habileté des réseaux de 50 000 clandestins brésiliens, dont 10 000 orpailleurs, auxquels il fait face depuis près de deux ans : " Ils ont des moyens, ils sont courageux, obstinés, car ils récoltent environ dix tonnes d'or par an. A dix euros le gramme, c'est rentable. L'hôtel Quemada, on l'a démantelé 17 ou 18 fois depuis mon arrivée. Et moi, j'ai un hélicoptère écureuil à trois places comme moyen d'intervention aérienne et le même nombre d'hommes que pour un département comme le Gard! Pour la moindre opération, je dois faire appel à l'armée. Je viens seulement d'obtenir le droit de me servir du matériel de transport que je saisis, J'avais quatre quads en dotation, je vais en avoir plus de vingt. Alors avec la cellule orpaillage que j'ai créée et l'adjudant Didier Kurtz, nous avons mis au point une nouvelle tactique, l'opération Anaconda. Un gros reptile amazonien dont on connaît la méthode : il étouffe sa proie avant de l'avaler. " Le jeune colonel, qui n'a pas sa langue dans sa poche ni les pieds dans la même Pataugas et paraît adoré de ses hommes pour son franc-parler, s'enthousiasme : " L'idée est d'asphyxier les orpailleurs clandestins, de couper leurs voies d'approvisionnements en vivres, en matériel et en combustibles. Pour que tout devienne si cher au cœur de la forêt que chercher de l'or ne soit plus rentable. Vous allez voir… "
Le lendemain matin, 200 kilomètres à l'ouest, une pirogue de gendarmes nous attend à Saut Sabbat. Ils nous emmènent dans leur " camping " installé au bord de la Mana. Hamacs sous carbet, de la boue, des glacières, une douche sommaire, un feu de bois pour griller le poisson ou de la viande, un groupe électrogène pour le soir et les phares qui illuminent le fleuve la nuit, le barrage tient depuis près de quatre mois. Plus une pirogue ne passe sans la facture du moteur sur lequel les gendarmes gravent un numéro et sans les factures justifiant achats d'essence ou du gazole en Guyane. Ils contrôlent aussi les identités. Parfois, la nuit, quand une pirogue cherche à s'échapper ou à couler celle des gendarmes, il y a du grabuge. Le travail n'est pas sans danger. Ils sont neuf en permanence et voudraient être le double pour pouvoir travailler jour et nuit sans s'épuiser.
Cette semaine-là, ils opèrent sous les ordres de l'adjudant Marchal et sous la conduite de Christophe, l'un des rares " gendarmes piroguiers " de Guyane, qui guide Stéphane, Jérome et les autres, tous membres d'un escadron de mobiles venu de Strasbourg. Routine : nous partons roder le long de la Mana et en forêt. L'adjudant et Christophe expliquent : " Comme nous tenons le fleuve, ils déchargent la marchandise et tracent des sentiers dans la forêt, transportant tout à dos d'hommes. Y compris des moteurs et des bidons de 50 litres d'essence. Ces gens sont d'un courage extraordinaire. " Une pirogue en couverture, deux gendarmes assurant la sécurité avec un fusil à pompe et une mitraillette, nous débarquons en force près d'un hameau. Surprise : l'accueil est assuré par une ravissante Brésilienne en mini-jupe rouge. Une prostituée " en vacances " et organisant un relais approvisionnement. Elle assure ne pas parler français mais finit par comprendre qu'elle a intérêt à retrouver la facture du moteur de sa pirogue. Comme d'autres contrôlés plus tard dans la journée, c'est une immigrée clandestine. L'adjudant Marchal et Christophe haussent les épaules : " On fait quoi ? On les arrête ? On les garde comment ? Ils ne sont pas nos objectifs principaux, ce sont d'abord des victimes, ce que nous voulons, ce sont les organisateurs du trafic. Et en attendant, on les étouffe. A deux jours d'ici, les prix ont grimpé de 300 % en trois mois, on tient le bon bout. Il faut payer 500 g d'or pour monter un chargement de combustible et le bidon de 200 litres se négocie à 150 grammes, la bière à un gramme et les passes de prostituées ont atteint dix grammes. " Nous partons en forêt, de la boue jusqu'aux genoux. Le long des nouveaux sentiers qu'ils découvrent, alors que l'on voit des gens fuir entre les arbres, Marchal et ses hommes détruisent les abris qui viennent d'être construits, fouillent dans les caches, montrent les clairières où des menuisiers clandestins taillent des planches parfaites à la tronçonneuse. " Des artistes, ces gens sont illégaux, mais fantastiques, nous avons une certaine admiration pour leur courage et leurs talents. Il y a quelques semaines, un ancien opérateur radio qui opérait avec nous s'est aperçu que notre arrivée était annoncée en morse par des gens frappant sur des arbres cathédrales. Un seul mot : " policia " "
Le soir, après un excellent Aïmara - le plus gros poisson du fleuve - cuit, au choix, en papillotes ou à la braise par l'adjudant Marchal, les neufs gendarmes racontent cette vie qui les passionne comme une aventure malgré les jours sous la pluie et les nuits dans les hamacs, guettés par les moustiques et bien d'autres insectes mordeurs. Ils sont heureux de la réussite qui s'annonce et, avant de prendre leur tour de garde nocturne au bord du fleuve sur une barge saisie à des orpailleurs, ils avouent volontiers : " Quand on trouve un peu d'or sur les gens que nous arrêtons, nous fermons les yeux, ce sont des pauvres gens poussés par la misère qui règne dans le Nord du Brésil ". De quoi faire plaisir au colonel Danède qui, lui aussi, ne rêve que des " gros bonnets ". Au besoin, il prolongera son séjour en Guyane pour y parvenir.

 

A lire :

Sur Terres de Guyane, un petit dossier concernant les pêcheries (surpêche et prises accessoire en Guyane), signé François Catzfelis, biologiste de l' Université Sciences & Techniques de Montpellier.
www.terresdeguyane.fr/articles/CAT_0003/default.asp

 

Par Christian Weiss

Depuis que les " Indiens " et les peuples dit " premiers " sont devenus - malgré eux - des modèles " d'intelligence " avec la Nature pour des générations d'écologistes, beaucoup de choses ont été écrites et dites sur leurs communautés, surtout amérindiennes … Pour certains, il faut les protéger, comme une " faune " en voie de disparition, en privilégiant leur manière de vivre, si exaltante, quand elle est perçue de l'extérieur, et ainsi, satisfaire ce besoin d'idéaliser le bon sauvage, un vieux mythe rousseauiste … Pour d'autres, il s'agit de leur apporter le meilleur de notre civilisation, la sécurité sanitaire, le droit de transmettre leur culture, au besoin par ordinateur, les énergies renouvelables, dont le solaire, bien entendu sans imaginer, s'ils en ont vraiment besoin … Évaluer sans complaisances ces approches improbables serait injuste si on ne mentionnait pas les atteintes volontaires les plus graves à l'intégrité des Amérindiens, tels que la non-reconnaissance de leurs espaces de vie, qu'ils soient forestiers ou littoraux, le mépris dont ils sont l'objet, au regard de leurs valeurs, caricaturées par les représentants du cartésianisme métropolitain, et les intimidations dont ils sont victimes de la part des orpailleurs ou des autres communautés qui défendent différemment leur cohésion sociale

Lire la suite de cet article dont voici les titres de chapitres : (32 Ko)

Une émergence politique récente
Suicides, empoisonnements au mercure, et menaces d'invasion des derniers territoires indiens …
Empoisonnements au mercure
Parc National, ethno-tourisme, des menaces réelles
Awala Yalimapo, une commune amérindienne exemplaire ?

 

 

Le projet de parc national en Guyane miné par l'or (PAPIER D'ANGLE)

Par Marie-Pierre FEREY - (Agence France Presse)

CAYENNE, 26 oct 2004 (AFP) - L'heure de vérité approche pour le futur parc national de Guyane, véritable serpent de mer depuis 12 ans: un comité de pilotage doit se réunir le 29 octobre pour proposer un périmètre, qui pourrait inclure l'exploitation de l'or. Le projet de parc, lancé en 1992 au Sommet de la Terre par François Mitterrand, vise à préserver 3 millions d'hectares dans le tiers sud du département français, constitué de forêt amazonienne quasiment intacte.
Le projet, perçu comme "imposé de Paris", a échoué en 1995, avant d'être relancé en 2003 en concertation avec les élus, chefs coutumiers et populations.
La question de l'or empoisonne les débats. Le potentiel minier se situe précisément sur la chaine "Inini-Camopi", qui traverse de part en part le futur parc.
La commune de Camopi, au sud-est, refuse l'orpaillage. Au sud-ouest, Maripasoula est partagée, une partie de la population pratiquant l'orpaillage. Et Saül, au centre du département, "est né de l'or", rappelle Patricia Caristan, chef de mission pour le parc. Le ministre de l'Ecologie Serge Lepeltier, en visite en Guyane du 15 au 18 octobre, mise sur l'assouplissement de la loi de 1960 sur les parcs nationaux pour débloquer le projet guyanais.
"Vous avez d'une part un coeur de parc dont l'objectif principal est la protection des milieux, et la zone d'adhésion qui permet de lier activité et développement dans le cadre du développement durable", a expliqué M. Lepeltier. Un parc national peut-il abriter une activité minière? "On me dit qu'on peut envisager un orpaillage qui ne nuise pas à l'environnement", avance prudemment M. Lepeltier.
"L'orpaillage propre n'existe pas", conteste Pierre Charles-Dominique, directeur de recherche au CNRS, dont la base a été pillée par des orpailleurs armés en avril, en pleine Réserve naturelle des Nouragues.


des fleuves pollués au mercure

Pour extraire l'or, les orpailleurs désagrègent les sols à la pelleteuse ou à la lance à eau. Ils laissent des terrains nus, des berges dévastées, des fleuves pollués au mercure (qui agglomère l'or).
"Même réhabilité, un site ne redeviendra jamais de la forêt primaire", observe François Boléat, de l'association écologiste Sépanguy. "Attendons vingt ans, voyons comment évoluent les techniques", propose Philippe Gaucher, chef du conseil scientifique de la mission du parc, plaidant pour un moratoire. Trop tard? La Drire (Direction régionale de l'industrie, recherche et environnement) vient d'accorder un permis minier de 3 ans dans la zone de Saül, au sein du futur parc, anticipant la décision finale. "Il y a une volonté politique forte pour créer un parc à tout prix", constate le directeur régional de l'Office national des forêts Michel Berberes. L'ONF craint que l'orpaillage légal n'entraîne à sa suite une foule d'illégaux, y compris dans les zones actuellement préservées. Leur présence génère toute sorte de trafics, violences, maladies, et favorise la pénétration de l'alcool, qui déstructure les communautés amérindiennes.
"L'enjeu du parc est de faire en sorte que cela se passe le moins mal possible pour les populations indiennes", explique Philippe Gaucher.
"La Guyane n'a rien à gagner à l'orpaillage", s'enflamme José Gaillou, deuxième vice-président du Conseil régional. La commune et le département tirent moins de 60 euros de taxes d'un kg d'or à 10.000 euros, rappelle-t-il.
Mais localement, l'orpaillage est souvent l'unique activité économique. "Est-ce que l'Etat est prêt à jouer le jeu, et à nous aider à trouver des activités alternatives pour nos jeunes?", interroge l'élu régional.

 

Par Marie-Pierre FEREY - (Agence France Presse)

REGINA (Guyane), 26 oct 2004 (AFP) - A six heures de pirogue de Régina, dernière ville reliée par la route à Cayenne, l'eau du fleuve vire à la boue jaunâtre. Un bruit de moteur au coeur de la forêt tropicale signale la présence d'"orpailleurs" illégaux, qui pompent le sable pour arracher à la rivière quelques poussières d'or.
Deux semaines après une opération massive de "nettoyage" des chantiers illégaux par les forces de l'ordre, les chercheurs d'or clandestins sont déjà de retour sur l'Approuague, en pleine réserve naturelle des Nouragues.
Soixante opérations "Anaconda" -du nom de ce serpent qui étouffe ses proies- lancées depuis 2002 par la gendarmerie n'ont pu venir à bout de l'invasion: 10.000 à 12.000 clandestins, pour la plupart Brésiliens, sillonnent inlassablement la forêt de ce département français grand comme le Portugal, à la recherche de quelques grammes d'or. "Ils opèrent de la rive, ou sur la rivière à partir de barges flottantes", explique l'adjudant de gendarmerie Didier Kurtz. Les orpailleurs pulvérisent les berges avec leurs lances à eau, aspirent la boue avec une pompe vers une table de lavage, où les paillettes d'or sont amalgamées au mercure. Le métal toxique est rejeté directement dans la rivière avec la boue. "C'est un désastre écologique, comme si on passait les berges au karcher", témoigne l'adjudant. Déforestation, empoisonnement au mercure des poissons, et donc des indiens dont c'est la principale nourriture, trafics, paludisme, sida: pour le colonel Jean-Philippe Danède, "c'est tout ce qui accompagne l'orpaillage qui est dangereux".
Le département détient le record français d'homicides et tentatives d'homicides (51 de janvier à octobre 2004 pour 174.000 habitants), pour les 3/4 liés à l'orpaillage. Des corps décapités sont retrouvés en forêt, victimes de quelque règlement de comptes. Des villages entiers, avec casino, maison de passe et dentiste, poussent en pleine forêt.
"C'est le far west", témoigne le capitaine Daniel Didnee. Ses hommes sont postés à l'embouchure de la rivière Mana (ouest) pour couper les voies d'approvisionnement des sites clandestins. Toutes les pirogues sont contrôlées. Mais les clandestins contournent le barrage, "courent s'il le faut en tongues, avec des bidons de gazole attachés au front comme des coolies". Les autorités jouent la carte d'opérations éclair de destruction des sites, accompagnées de barrages sur les fleuves pour étrangler l'approvisionnement des chantiers. Mais la guérilla est loin d'être gagnée. "Difficile de reprendre les choses en main, après quinze ans de laisser aller", dénonce Olivier Tostain, du collectif "Quel orpaillage pour la Guyane".
La gendarmerie, qui assure en priorité la protection du Centre spatial de Kourou, ne s'est jetée dans la bataille qu'en 2002. Depuis, deux escadrons "Anaconda" de 75 hommes chacun ont renforcé les effectifs. Au total 700 gendarmes, et un seul hélicoptère, pour surveiller 730 km de frontière avec le Brésil, 520 km avec le Surinam, et 95% de forêt pour l'essentiel inaccessible par la route.
En face, les clandestins utilisent hélicoptères, pelleteuses, communications radios. Un bulldozer a été trouvé en pleine forêt sur le site de Dorlin en juin, "prêté" par un orpailleur légalement autorisé.
C'est l'autre grand chantier des autorités: remonter les filières, trouver les commanditaires. Deux cent cinquante enquêtes de police judiciaires sont en cours. "Entre orpaillage légal et illégal, il y a l'épaisseur d'un papier à cigarette", répète à l'envi le capitaine Daniel Viard, laissant entendre que derrière les "fourmis" brésiliennes pourraient se cacher des intérêts bien guyanais.

 

La Guyane rongée par la nouvelle fièvre de l'or (PAPIER D'ANGLE)

Par Marie-Pierre FEREY - (Agence France Presse)

CAYENNE, 26 oct 2004 (AFP) - "Espoir", "Délices", "Perdu-temps": autant de lieux en Guyane laissés par les chercheurs d'or du 19e siècle et revisités systématiquement par les orpailleurs depuis 15 ans au détriment de l'environnement et de la santé des populations.
La première vague remonte à 1855. Un métis d'origine amérindienne qui a travaillé comme orpailleur au Brésil, Paoline, trouve de l'or sur la rivière Approuague, au sud-est de la Guyane. La "ruée vers l'or" durera, avec des hauts et des bas, jusqu'aux années 1920. 207 tonnes d'or seront déclarées sur les 150 ans d'exploration, mais probablement plus a été trouvé: une bonne partie de la production échappe, comme aujourd'hui, à tout contrôle. La deuxième ruée vers l'or démarre au début des années 90, avec la remontée des cours du métal précieux sur le marché international et la publication d'un inventaire des ressources minières réalisé à la demande de l'Etat en 1995. Le BRGM (Bureau des recherches géologiques et minières) estime les réserves en or à 500 tonnes, à la fois dans des filons (or primaire) ou dispersé dans les alluvions de fleuves (alluvionaire). L'inventaire visait à développer l'industrie minière lourde. Le groupe canadien Cambior doit ouvrir une mine à Camp Caïman (est) en 2006.
Mais il a surtout relancé l'orpaillage: le travail en surface de l'or "alluvionnaire" déposé par les fleuves dans les sols.
Officiellement, 149 permis d'exploitation sont en cours. En 2003, 3,2 tonnes d'or ont été déclarées à la Direction régionale de l'industrie (DRIRE) mais 6 tonnes ont été exportées, selon les douanes. Les quantités illégales représentent "deux à trois fois" l'or déclaré, selon la DRIRE. Loin du tamis et de la "batée" d'antan, l'orpaillage utilise massivement les techniques brésiliennes, très corrosives: lance à eau pour détruire les berges, pompe à moteur aspirant la boue sur un tapis destiné à retenir les paillettes, et mercure, qui a la propriété de concentrer les fines particules d'or en formant un "amalgame".
Les chercheurs d'or utilisent 1,3 kg de mercure pour produire 1 kg d'or. Des techniques existent depuis longtemps pour récupérer le mercure par distillation ("retorte") et même pour récupérer l'or sans mercure (table à secousse), mais la plupart des sites ne s'embarrassent guère de précautions. Au moins 10 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans l'environnement. Les orpailleurs brésiliens, employés dans des conditions proches de l'esclavage, sont les premières victimes des vapeurs de mercure.
Les autorités ont pris récemment la mesure des dégâts: selon une étude menée en 1997 par l'InVS (Institut de veille sanitaire), plus de la moitié des indiens vivant sur le fleuve dépassent la valeur recommandée de 10 microgrammes de mercure dans les cheveux. Le mercure, qui provoque des troubles neurologiques graves, s'accumule dans la chaîne alimentaire, et est ingéré par les indiens via les poissons. L'orpaillage est doublement en cause: il rejette du mercure, et il érode les sols, remettant en circulation le mercure très présent à l'état naturel dans les sols tropicaux. Selon le BRGM, le stock "historique" de mercure dans l'environnement s'élève à 280 tonnes.
L'interdiction par arrêté préfectoral (8 juin 2004) de l'utilisation du mercure à partir de 2006 ne résoud qu'une partie du problème: selon les experts, toute érosion des sols à travers l'activité minière, les routes, les barrages, favorise la remise en suspension du mercure piégé dans les sols et sa transformation dans la forme la plus toxique : le méthylmercure.

 

Retour de Guyane

Dix huit membres de notre association sont rentrés le 22 octobre d'un séjour de dix jours dans le département de Guyane. Voyage et surtout reportage(s) collectif(s) organisé(s) à l'occasion de la première réunion d'un Congrés des parcs naturels régionaux français en dehors de la métropole. Au cours de ce voyage, nous avons remonté le fleuve Approuague, nous avons séjourné au cœur de la plus grande réserve naturelle de France, la réserve des Nourragues qui couvre 100 000 hectares à 120 kilomètres de route de Cayenne puis 6 heures de pirogue. Nous nous sommes évidemment intéressés à l'orpaillage, le " légal " et l'illégal, nous avons visité, sur la rivière Aratai, ce qui sera dans quelques mois la plus grande base scientifique du CNRS et du Muséum national d'histoire naturelle à travailler sur la canopée. Il s'agira d'une base, géré avec les Allemands, mais à vocation internationale. Nous avons suivi aussi le congrès des parcs régionaux et nous avons tenté d'avoir plus de précisions sur un vieux serpent de mer : le parc national de Guyane, un parc dont la chargée de missio, Patricia Caristan (1) n'est pas précisément un excellent exemple de transparence et de communication. Le bordel est tel dans ce département que, apparemment, moins on parle de ce parc, mieux tout le monde se porte : on dirait qu'il est clasé " secret défense nationale " (2). Ce parc national, où certains veulent autoriser l'orpaillage légal (3) est tellement au cœur d'une tourmente politique et administrative qu'il est à prévoir que sa création risque de se faire attendre. E n'est pas sans raison, sans doute, que dans les différents comités qui participent à sa " préparation ", le nombre des scientifiques a diminue au profit des politiques et des administratifs. Mais il est vrai qu'en 1984, notre association s'était déjà déplacée en Guyane, certains s'en souviendront, pour que nous puissions nous intéresser à la " création imminente " du parc national de Guyane. Il est vrai aussi qu'en 1998, à l'occasion de la célébration du cinquantième anniversaire de l'UICN, Jacques Chirac d'une part, Lionel Jospin d'autre part, chacun dans un style différent, nous avait annoncé la création de ce parc national de Guyane " pour la fin de l'année ". Défense de rire.
Les délais de bouclage et les problèmes de transmissions étant ce qu'ils sont nous reviendrons sur la question du parc dans le prochain numéro du Canard Sauvage et surtout très rapidement, au début du mois de novembre, sur notre site.
Car après ce passage rapide à Cayenne pour un congrès de parcs régionaux qui n'était qu'exceptionnel que pour la brièveté des débats et des discussions, notre équipe s'est rendu dans l'Ouest de la Guyane, dans la réserve de Mana, et sur les très intéressant (et pas seulement à cause des caïmans) territoires du Conservatoire du littoral dans la région de Sinnamary. Nous avons évidemment, nous vous en reparlerons aussi, rencontré les responsables de l'Office national des forets.
Vous trouverez donc dans les pages qui suivent, des échos, des remarques, des impressions, des croquis qui tentent de vous faire profiter de ce que nous avons vu, entendu ou deviné.

(1) dirpg
(2) Pour des informations naturalistes et scientifique, le responsable de la mission scientifique du parc, Philippe Gaucher :
Pour joindre le " Collectif or " qui lutte contre l'orpaillage :

 

 

Parc ou pas parc, et à quel prix ?

Les informations qui nous ont été fournies sur l'avenir de la création du Parc national de Guyane dont nous étions déjà venus voir les " débuts " en… 1984 (1) sont à la fois fantaisistes, contradictoires et inquiétantes. Comme si, dans le fond, sans jamais vouloir le dire, personne n'a vraiment envie qu'il existe, ce parc. Que l'on en soit encore à chercher ses limites et son fonctionnement plus de 20 ans après la mise en route de cette idée, montre qu'à l'évidence, les questions d'orpaillage sont finalement secondaires, comme un prétexte. Rare sont ceux (2) qui veulent ici, même si le préfet nous apparaît plus efficace que ceux qui l'ont précédés, bousculer " l'ordre colonial " qui règne encore ici, " ordre " qui place les richesses entre les mains de quelques uns, le pouvoir entre beaucoup d'administratifs et laisse les Brésiliens, les Surinam ais, les Haïtiens et le Hmongs travailler. Durement.
Il nous a été impossible d'obtenir -20 ans après- la moindre précision sur les limites et les réglementations du futur parc : " on discute, on se réunit, on finalise des processus " nous a-t-on expliqué sans rire. Et l'Etat, qui en a le pouvoir régalien, s'abrite derrière la " volonté " des Guyanais pour ne rien décider, ne rien imposer. Pour ne pas apparaître " colonial " ! Comme si le colonialisme n'était pas ailleurs dans le fonctionnement de ce département. Comme si, dans les Cévennes où il y avait des habitants permanents, l'Etat, au nom de l'intérêt général " n'avait pas imposé le parc national à des gens qui, maintenant, ne voudraient en aucun cas le voir disparaître.
Et l'on se dit que si un gouvernement affiche sa volonté, avec d'autres pays de la région (un accord a été signé à Cayenne avec le Brésil), sa volonté de préserver et d'étudier la forêt amazonienne, il doit prendre des décisions ici, qu'elles plaisent ou ne plaisent pas, puisque cette forêt fait partie du patrimoine mondial.(3)
Pour l'instant, le sujet dominant c'est : y aura-t-il ou non de l'orpaillage légal dans le parc national ? Alors que quelques voix autorisées disent que l'or ne rapporte rien à la Guyane et qu'il n'existe pas " d'orpaillage propre ". Pour complaire à quelques orpailleurs qui ne sont pourtant pas sur la paille (4), le gouvernement est en train d'inventer ou de ré-inventer un parc national en peau de léopard. Avec des zones " cœur de parc " et des zones dites de " libre adhésion ". Cela représente un tel salmigondis qu'il va falloir pour cela refaire la loi de 1960 sur les parcs nationaux. A moins, on peut aussi raisonner dans ce sens, que la possible création d'un parc national guyanais en trompe-l'œil n'ait été qu'un prétexte pour dépecer la loi de 1960. Dépeçage qui est préparation au ministère de l'Ecologie puisqu'un texte est en cours de rédaction. Texte qui ferait finalement du parc national de Guyane, le prototype de tous les autres parcs nationaux.
Par contre si la loi nouvelle sur les parcs nationaux est bien en route, nous avons cru comprendre ici que malgré la demande de plus en plus pressante des directeurs et présidents de parcs régionaux, il n'est pas question de les organiser dans un texte de loi qui leur donnerait une vraie personnalité, une cohérence administrative et des pouvoirs. En fait, partout, l'Etat qui feint de baisser les impôts en rejetant le maximum de dépenses sur les conseils régionaux et les conseils généraux qui doivent donc augmenter, cherche à faire des économies sur une protection de la nature qui ne lui coûte pourtant vraiment pas cher.
Nous espérons que le ministre de l'Ecologie pourra réussir à imposer des analyses plus profitables, en Guyane et ailleurs, au milieu naturel et à ses richesses potentielles.

(1) Il devait de " finaliser " à la fin de cette année là. Tout comme en 1992 ; et tout comme en 1998, annoncé solennellement " pour la fin de l'année " au cinquantième anniversaire de l'UICN par Jacques Chirac et Lionel Jospin, dans deux discours fermes et différents.

(2) A l'exception notable, énergique, sympathique, atypique, du Président du parc naturel régional de Guyane, José Gaillou. Un homme qui ne manie pas la langue de bois et qui représente sans doute une chance pour ce département puisqu'il est responsable du développement et de l'environnement au Conseil régional. Et qu'il suit attentivement, dans une importante commission, la préparation du parc national.

(3) Etant bien entendu que dans notre esprit il n'est pas question de remettre en cause les droits de pêche et de chasse des Amérindiens qui sont les premiers occupants de la Guyane. Pour ne pas dire les légitimes propriétaires. Mais nous ne sommes pas certains que de les inciter à l'orpaillage en disant et feignant de croire " que l'orpaillage fait partie de la tradition indienne " est une bonne solution

(4) Ce département manque terriblement d'emplois mais ce n'est pas l'or que certains (comme la ministre des Dom-Tom) classent dans le développement durable (si, si, elle l'a dit) qui pourra constituer un remède à un taux de chômage qui dépasse (c'est le préfet qui le dit) 20 % et qui grimpera bientôt vers d'autres sommets, hélas pour le Guyanais qui ne sont pas dans l'administration.

 

La base " Copas " du CNRS et du Muséum national d'Histoire naturelle

Par Claude-Marie Vadrot

Depuis plusieurs années, un scientifique, directeur de recherche au CNRS et délégué du Muséum en Guyane, Pierre Charles-Dominique*, se bat contre les mauvais sorts et les lenteurs administratives pour installer à " Saut Pararé ", au bord de la rivière Arataï et en plein centre de la réserve naturelle des Nouragues, une base permanente, Copas, (pour Canopy Operating Permanent Acces System) qui sera ouverte aux chercheurs français et à toutes les équipes internationales susceptibles de venir travailler sur la canopée. Une installation permanente montée entre les arbres permettra aux chercheurs de poursuivre leurs recherches et de mesurer les évolutions sur de nombreuses années. Trois pylônes de 45 mètres de hauteur et éloignés de 180 mètres permettront de dessiner à la hauteur de la canopée un triangle sur le pourtour et à l'intérieur duquel, grâce à un ballon d'hélium et une " bulle d'eau réglable ", les chercheurs pourront circuler pendant des heures en " état d'apesanteur ", c'est-à-dire sans aucun effort physique. L'avantage du système, explique Pierre-Charles Dominique, " c'est qu'il permettra une étude permanente et aussi une coopération de nombreux chercheurs sur un même site ".
Les chercheurs travailleront sur les mammifères arboricoles, sur la propagation des virus, sur la photosynthèse, sur les questions climatiques, sur l'évolution des quantités de gaz carboniques, sur les plantes parasites. Et surtout sur les insectes : en fait, explique ce chercheur qui connaît bien la Guyane et se passionne pour son projet, " nous avons identifié dans le monde un million d'espèces d'insectes, nous estimons que six à sept millions restent à identifier. Des insectes dont les mécanismes de défense, d'attaque, de résistance ou d'élimination de certaines bactéries permettront de créer de nouveaux médicaments d'origine naturelle. Dans cette canopée qui reste un monde inconnu, nous allons découvrir des choses fantastiques. La canopée, c'est vraiment un autre monde. Et ce qui est important dans le sigle de notre installation scientifique, c'est vraiment le mot " permanent " ".
Après avoir vaincu les pesanteurs administratives, Pierre-Charles Dominique s'est trouvé confronté au printemps à un autre problème : des orpailleurs clandestins ont intégralement pillé la base en cours d'installation. Les panneaux solaires, une mini-pelleteuse, les groupes, les provisions, tout a disparu. Jusqu'aux éviers et au système de pompage et de distribution de l'eau. Il ne restait rien et la valeur de remplacement des matériels volés ou saccagés est de 100 000 euros. Ce qui, la saison des pluies approchant, risque de retarder d'un an le début de fonctionnement de la station.
La situation inquiète d'autant plus le patron de cette base que, malgré les efforts récents de la gendarmerie qui a détruit 30 barges illégales de chercheurs d'or dans la région, il reste des orpailleurs non loin de Saut Pararé, en plein cœur de la réserve. Comme nous étions là-bas, nous avons effectivement vu s'échapper d'une mini-rivère les flots boueux prouvant qu'un nouveau chercheur s'est installé. " J'entends le moteur de leurs pompes la nuit, explique Pierre-Charles Dominique, ils sont tout près. Je n'ai pas peur, mais ces gens sont quand même de plus en plus menaçants. Comment voulez-vous que j'invite des chercheurs venir à travailler ici, en pleine forêt mais avec un certain confort, si je ne peux pas leur garantir la sécurité ? Dans cette affaire, nous ternissons notre réputation. Alors qu'il serait si facile d'installer près d'ici une patrouille permanente de gendarmes. Ils sont efficaces. "
Au retour nous avons pu constater qu'à Régina , prés de l'embouchure de l'Approuague (cinq heures de pirogue plus bas), un barrage permanent de gendarmerie avait été installé. Ils surveillent les eaux jour et (surtout) nuit, une vedette rapide stationne en permanence au milieu du fleuve. Ce qui a permis de couper la voie principale d'approvisionnement en carburant, en moteurs et en vivres des orpailleurs illégaux. Mais, explique devant nous le chef de poste Lathuile à Pierre Charles-Dominique, " ils sont en train d'inventer de nouveaux parcours, de tracer des pistes à travers la forêt, bref, ils essaient de nous contourner et nous n'avons pas suffisamment de moyens, en hommes et en matériel, pour nous y opposer partout et dans toute la forêt. Ici, nous sommes dix à ne faire que cela, à travailler pour l'opération Anaconda. "
Ce gendarme et ses compagnons, tout comme le colonel Danède, commandant en chef de la gendarmerie de Guyane, comme Pierre Charles-Dominique et les protecteurs de la nature que nous avons rencontrés pour parler de l'orpaillage disent : " Au-delà de la pollution et de la déforestation, il ne faut pas oublier l'aspect humain. Tous les Brésiliens qui travaillent pour les orpailleurs clandestins, et aussi beaucoup de ceux qui travaillent dans les sites légaux, sont traités comme de véritables esclaves et leur situation sanitaire est tragique. "


* Pierre Charles-Dominique :
ou
Gaëlle Fornet (attachée de presse CNRS Guyane) :

 

La réserve naturelle des Nouragues

Par Claude-Marie Vadrot

Elle couvre une centaine de milliers d'hectares et c'est donc la plus grande réserve naturelle française. Elle est dirigée depuis septembre 1999 par la conservatrice, Muriel Nugent. Cette immense réserve a été créée le 18 décembre 1995 et elle tente de préserver un écosystème forestier primaire exceptionnel. Muriel, extraordinaire par son dynamisme et son courage, est entourée de sept collaborateurs. Ils se relaient, par moitié, tous les quinze jours, acceptant de vivre loin du monde, dans un confort tout à fait relatif. Il faut dire que voir ces gens se passionner pour leur domaine donne quelques espoirs sur la préservation de la nature dans cette région. Pourtant, il y a peu, traumatisé par les menaces armées d'un orpailleur clandestin de passage, un des agents a donné sa démission.
" C'est vrai, nous commençons à avoir un peu peur, explique Muriel, ce qui n'était jamais arrivé avant. Quand les gendarmes viennent, ils ne restent que quelques heures. J'ai parfois l'impression que l'Etat est impuissant à nous défendre, qu'il manque de moyens ou d'efficacité pour nous aider. Tout ce qu'on nous a proposé, c'est de fermer le camp qui gère la réserve. Nous ne sommes pas tranquilles, mais nous n'avons pas le droit d'abandonner, de déserter. "
Cette réserve n'est reliée au reste du monde que par un téléphone satellite dont les caprices sont nombreux et, comme beaucoup de lieux de ce type en Guyane, il ne fonctionne qu'avec des panneaux solaires.
Mais en fait, ce que l'on retient de cette visite, des marches diurnes et nocturnes en forêt, des observations d'une faune et d'une flore exceptionnelles, c'est que, comme pour la base Copas du CNRS, tout un formidable travail scientifique est remis en cause par l'orpaillage et ses " désordres ". Et, par exemple, puisque c'est possible, qui acceptera de venir séjourner dans la petite base bien aménagée (que du bois coupé sur place) si la sécurité n'est pas entièrement garantie ? Or, recevoir quelques personnes (actuellement pas plus de 300 par an), cela revient pour cette petite équipe à augmenter les ressources de la réserve et, cela compte aussi, à sortir de l'isolement.

 

Déforestation durable ?

Par Alain Bué

En 1971, sous la direction de Josué de Castro, auteur de la Géopolitique de la faim, ancien ambassadeur du Brésil auprès des Nations unies, professeur associé à l'Université de Paris VIII-Vincennes, qui hébergea plusieurs années celui qui fut aussi un exilé politique, avec mes collègues du département de géographie, nous avions préparé et écrit un dossier intitulé " Pour la protection de l'écosystème amazonien ". Dossier qui fut présenté à la première conférence mondiale sur l'environnement de Stockholm en 1992.
Nous dénoncions dans ce texte les prévisibles excès des projets de développements miniers et forestiers le plus souvent à l'initiative et aux profits des pays les plus riches; et nous dénoncions aussi la mise en culture sans précaution sur les franges de la forêt et de plus en plus loin des routes ou des pistes transamazoniennes.
Nous plaidions pour la prise en compte de la fragilité de l'écosystème forestier dans toutes les actions d'aménagements à une époque où le terme de " développement durable " n'était ni inventé ni, donc, à la mode. Il faudra, disions-nous, éviter le plus possible les coupes à blanc de la forêt, coupes dont nous savons depuis des siècles qu'elles ont entraîné le recul de la " mata atlantica " et engendré la formation de la plus grande partie de l'actuel Nord-Est brésilien, devenu, après avoir été une forêt, le tristement célèbre " quadrilatère de la soif ". Trente ans plus tard, il est particulièrement douloureux de constater que la mise en place d'un programme régional d'aires protégées (notamment par une collaboration officielle signée le 15 octobre entre la ministre de l'Environnement brésilienne et la Guyane (1)), n'envisage au mieux que la mise en protection totale d'une très modeste partie de l'espace amazonien, soit pour l'établissement de réserve, soit pour l'écotourisme ; soit aussi pour une mise en valeur des espaces ou zones périphériques des parcs nationaux ou régionaux. La mise en réseau, tout à fait souhaitable, de ces aires protégées sera très complexe dans un immense espace qui, à terme, concernera huit états et quatre langues, sans compter celle des Amérindiens, évidemment. Pour ce qui est de la France, on voit bien les difficultés qu'il y a à mettre en place un " simple " parc national de Guyane et les multiples obstacles qui s'opposent à une lutte efficace contre l'orpaillage. Mais, évidemment, le travail considérable des acteurs qui s'investissent sur le terrain, avec le soutien distrait des politiques, est positif et doit être poursuivi.
Mais, il faut bien le dire et être lucide : pour l'instant la durabilité principale reste malheureusement la déforestation conduite sans précaution. Et l'on voit paradoxalement, peu à peu, augmenter le nombre des aires protégées. Au fur et à mesure que diminue rapidement, dans l'espace amazonien que l'on voudrait sauver, la surface forestière. Il est à craindre que dans un avenir assez proche, les seuls témoins de cette biodiversité qui nous émerveille et qui pourrait nous être utile, ne subsistent plus que dans les aires protégées…

(1) Lors de la signature de l'accord de coopération entre le ministère de l'Environnement brésilien et la Guyane, la ministre brésilienne a été questionnée sur " ce qui est autorisé sur le territoire du parc national contigu à la Guyane ".
Réponse : " Rien ! " L'orpaillage ? " Non , je vous ai dit rien. " Et dans la zone périphérique ? " Pas d'orpaillage non plus, que de l'éco-tourisme. " Embarras des officiels français, qui évoquent justement depuis quelques jours la possibilité d'autoriser l'orpaillage légal dans les limites du (futur) parc national français. Avec comme explication que cela permettra de le contrôler. Or, tout le monde sait en Guyane que l'orpaillage " légal " attire immédiatement l'orpaillage illégal et que, comme celui-ci, il pratique l'esclavage et la déforestation intensive. Les paris sont ouverts pour savoir si le lobby des orpailleurs français et étrangers qui roulent en somptueuses 4 x 4 l'emportera sur la sagesse. La réponse est entre les mains des politiques, tout au moins ceux qui se tiennent ici à l'écart des trafics…

 

Les mystères de la lutte contre l'orpaillage

Par Claude-Marie Vadrot

Il était une fois, un gradé gendarme responsable du barrage disposé depuis le mois de septembre sur l'Approuague pour intercepter les orpailleurs illégaux et les " légaux " qui les approvisionnent…
Il était une fois, à quelques centaines de mètres de là, un capitaine de la Légion commandant près de 180 hommes aguerris à la marche en forêt et y circulant sans arrêt pour les besoins de l'entraînement….
A plusieurs reprises, le responsable gendarme, qui n'a que dix hommes sur son barrage et la région, a demandé au capitaine de la Légion un coup de main pour accompagner ses hommes. A plusieurs reprises, le capitaine de la Légion, dont les hommes rencontrent souvent les orpailleurs clandestins en pleine forêt, y compris dans la réserve naturelle des Nouragues, a expliqué qu'il était d'accord pour cette coopération et il a transmis la demande à sa hiérarchie.
La hiérarchie a refusé. Ce qui nous contraint à nous poser quelques questions. Nous avons enquêté " au sommet ou presque " et voici ce que nous avons trouvé.
Les militaires, les vrais, les légionnaires, ne disposent d'aucun pouvoir de police et n'ont pas le droit, selon la loi, d'intervenir. Seulement de " renseigner".
Mais si un gendarme " officier de police judiciaire " (un seul) les accompagne, il a le droit, lui, de procéder à des interpellations et de dresser procès-verbal.
Leurs demandes conjointes sont transmises au sommet de la hiérarchie militaire et, à chaque fois, le cabinet de Mme Alliot-Marie, ministre de la Défense, refuse cette coopération.
Le Préfet n'y peut pas grand chose car il n'a aucune autorité sur les militaires. Il pourrait, éventuellement, procéder à une " réquisition " de la force armée mais la procédure est lourde et, surtout, elle est très, très mal vue. Et monsieur le préfet, a une carrière qu'il ne veut pas obérer par une initiative hasardeuse.
Si nous avons bien compris, la Légion, pour résumer et caricaturer (mais si peu…), peut éventuellement prêter un camion ou un hélicoptère mais sans le conducteur et le pilote.
Donc, c'est impossible…
Il est donc permis de se demander, alors que les forces de la gendarmerie, ne disposant que d'un hélico (à trois places) et de 750 hommes qui n'ont pas que les questions d'orpaillage à régler, pourquoi Mme Alliot-Marie fait bloquer systématiquement toutes les demandes de coopération émanant de la base…
Faut-il penser qu'il s'agit d'une façon comme une autre (pour la chef de la Défense), de se venger d'avoir dû abandonner le contrôle de la gendarmerie (les gendarmes étant encore des militaires) à Sarkozy et à son successeur ? Ou bien la preuve qu'au-delà de l'opération Anaconda, des gendarmes qui visent les orpailleurs clandestins (et les autres quand ils se conduisent comme des esclavagistes envers les Brésiliens et les Surinamais), la politique d'éradication de l'orpaillage dangereux pour la faune, la santé et la forêt, manque singulièrement de volonté politique ?
Si cela est ou était, ce serait une injure envers les gendarmes qui, eux, se donnent du mal dans des conditions difficiles comme quelques-uns uns d'entre nous ont pu le constater en patrouillant avec un groupe de gendarmes sur les rives de la Mana…

 

 

L'opération Anaconda

Par Claude-Marie Vadrot

L'opération Anaconda est devenue l'une des raisons d'exister de la gendarmerie guyanaise. Du succès ou de l'échec dépend l'avenir du département sur les plans touristique et économique. Avec un plaisir évident, l'adjudant Kurtz, responsable opérationnel, plonge dans ses ordinateurs pour en détailler les progrès sur ses cartes, ses graphiques et la liste des " prises de guerre " des hommes du colonel Danède. Lequel s'appuie aussi sur sa " cellule orpaillage ", le capitaine Daniel Viard et l'adjudant Victor Almeida. Ce dernier, avantage précieux, parle portugais. Depuis 2001, l'adjudant Kurtz s'est plongé dans l'informatique et l'orpaillage avec passion. Comme ses collègues il est incollable sur l'orpaillage clandestin. Le manque à gagner pour l'Etat, la traite des blanches, le trafic de drogue, le blanchiment d'argent, le trafic d'armes, les risques sanitaires - paludisme et sida, l'empoisonnement des cours d'eau par le mercure même si la cote d'alerte n'est pas franchie. Les dangers du mercure concernent d'abord les Amérindiens qui mangent du poisson tous les jours. " Des Indiens, dit le colonel, également menacés par l'alcool qui leur est vendu. " Au passif de l'orpaillage encore : l'extinction d'une faune chassée pour nourrir les " garimpeiros " brésiliens, la disparition des poissons par usage excessif, pour les mêmes raisons, d'une liane qui asphyxie les poissons ; et la déforestation car la forêt met un siècle à recoloniser les zones défrichées, que les exploitations soient légales ou non. Sans compter l'insécurité qui règne sur les zones d'orpaillage.
" Cette insécurité, explique le colonel, n'atteint ni les villes ni les zones touristiques, mais, quand même, je compte officiellement 38 homicides depuis le début de l'année. Moi aussi j'ai eu des gosses brûlés dans des maisons, mais la presse parisienne l'ignore. J'ai plus de morts violentes qu'en Amérique du temps de Billy the Kid ". Le capitaine Viard renchérit : " Dans la forêt, c'est le XVIIIe siècle, le Far West permanent. "
Après avoir remarqué avec ironie que les douanes et les services des mines ne donnent pas le même chiffre pour l'exportation d'or légal (6 et 3,8 tonnes), comme si une partie du métal était…blanchi sur place et non pas au Brésil, l'adjudant Kurtz explique : " La différence entre orpaillage légal et illégal est… bien mince et, à partir du 1er janvier 2006, le mercure sera interdit à tout le monde. "
Tableau saisissant illustrant les difficultés expliquées par le colonel Danède : en 2003, la gendarmerie a détruit 900 carbets, saisi 192 moto-pompes, 87 pirogues, 99 000 litres de carburants, 24 tonnes de nourriture, 66 moteurs hors-bord, 32 armes, 20 barges et 63 kilos de mercure et contrôlé 1 211 étrangers en situation irrégulière dont une partie a été transportée par avion à Belém, au Brésil. Au cours du premier semestre 2004, 61 pirogues, 49 moteurs hors-bord, 70 kilos de mercure, 113 000 litres de carburants, 55 tonnes de nourriture, 35 barges ont déjà été saisis. Avec, en prime, la destruction " sur arrêté administratif " de 599 carbets illégaux.
Le colonel Danède, l'adjudant Kurtz, le capitaine Viard et l'adjudant Almeida assurent en chœur : " Si nous recevons des renforts, nous ferons encore mieux d'ici à la fin de l'année. " Pourtant l'écusson de la gendarmerie de Cayenne est orné d'une pirogue pleine de pépites à ras bord. Il est vrai que l'on extrait de l'or du sol de Guyane depuis 1855.

 

 

Par le Collectif " Quel orpaillage pour la Guyane ? "

MANIFESTE 28 avril 2004
Deux cent mille personnes peuplent actuellement la Guyane. Pour un millier de personnes qui vivent officiellement de l'exploitation de l'or, des dizaines de milliers en souffrent et doivent subir au quotidien toutes ses nuisances, sociales, sanitaires, écologiques, financières, etc. Pour le profit de quelques réseaux, l'orpaillage illégal s'est installé en maître sur notre territoire au détriment de la population de la Guyane et des générations futures, sans que les institutions ne s'y soient opposées efficacement.

C'est pourquoi nous souhaitons développer une vaste mobilisation afin d'apporter la nécessaire transparence sur la gestion de cette activité. Nous : citoyens, associations et syndicats, créons le collectif " Quel orpaillage pour la Guyane ? " pour débattre et intervenir sur cette question.

Ensemble, nous exigeons :
1) que toute forme d'orpaillage illégal ainsi que toutes les nuisances qui l'accompagnent soient définitivement éradiquées.
2) que le développement légal de l'activité aurifère ne soit pas envisagé pour servir les intérêts de quelques-uns, mais pour le bien de toute la population de la Guyane.
Nous invitons tous ceux qui défendent l'idée d'une Guyane respectueuse des droits humains et de son patrimoine à signer ce manifeste.


COORDINATION : Attac-Guyane 2 rue C.Chlore 97310 Kourou T/F 0594 32 31 69 -

 

 

LES PLANTES MEDICINALES A L'HONNEUR : IIIème Colloque international sur les plantes aromatiques et médicinales des régions d'Outremer

Dans la continuité des deux premiers colloques internationaux sur les plantes aromatiques et médicinales de l'Outremer français qui ont eu lieu à l'île de la Réunion (octobre 2000), et à la Guadeloupe (octobre 2001), l'association GADEPAM (Association pour l'étude et le développement des plantes aromatiques et médicinales en Guyane) - en partenariat avec la Région Guyane, le Ministère de la Recherche, l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et le Muséum d'Histoire Naturelle (MNHN) - organise le troisième colloque destiné à promouvoir la connaissance et la valorisation des plantes aromatiques et médicinales de ces régions. Ce colloque se tiendra à Cayenne, (Guyane) du 21 au 23 septembre 2004.

Un état des lieux de la recherche actuelle sur les plantes médicinales des DOM et des régions ultra périphériques sera dressé (Polynésie française, Nouvelle Calédonie), suivi de 3 tables rondes avec des conférences introductrices sur les thèmes suivants :
- préservation des plantes et des savoirs traditionnels ,
- législation des plantes aromatiques et médicinales ,
- valorisation économique des plantes aromatiques et médicinales.

De nombreuses associations guyanaises sont attendues, ainsi que des participants originaires de l'Outremer, de métropole, et des pays limitrophes de la Guyane (Venezuela, Surinam, Brésil). Des professionnels impliqués dans le développement de ces thématiques (chercheurs, juristes, industriels, pharmaciens etc.) seront présents afin d'échanger leurs expériences.

La Guyane, ainsi que les autres Dom et les régions ultramarines, sont des pays qui se caractérisent par leur richesse floristique, et la connaissance qu'ont les habitants de l'utilisation médicinale de cette flore si particulière. À l'heure actuelle, en Guyane, on dénombre environ 5.500 espèces de végétaux supérieurs dont pas moins de 500 sont répertoriés comme ayant des propriétés médicinales.

Ce patrimoine végétal, menacé par l'érosion progressive des connaissances et le pillage des ressources, constitue une richesse non seulement économique mais aussi culturelle, qu'il est important de mieux faire connaître, de mettre en valeur et de protéger.


Contact :
Association GADEPAM,
- 05 94 29 92 84 et 05 94 29 92 72

Contact presse Cayenne :
Christophe Parel, Chargé de communication à l'IRD Guyane
05 94 29 92 71 - Fax : 05 94 31 98 55,

Contact presse Paris : Hélène Deval - 01 48 03 75 19 -

Hélène DEVAL
DIC- Relations avec les médias Institut de Recherche pour le Développement
213, Rue La Fayette
75480 Paris Cedex 10
01 48 03 75 19 Fax : 01 40 36 24 55 - - www.ird.fr

En exclusivité pour les JNE, quelques unes des photos de l'opération de la destruction par le gendarmerie du village des orpailleurs clandestins de Dorlin dans le centre de la Guyane, village qui regroupait prés de 2000 personnes. Les deux premières photos montrent le village avant et ensuite aprés sa destruction.


Les autres photos montrent la destruction et une partie de ce qui a été saisi, y compris les dames du bordel du village (100 euros la passe)

 

 



Tous les autres dossiers des JNE :

 

1 - Dossier : Pollution par les détergents
2 - Dossier : Observatoire des médias
3 - Dossier : Méditerranée
4 - Dossier : Les loups
5 - Dossier : Le nucléaire
6 - Dossier : La Guyane
7 - Dossier : Le climat
8 - Dossier : Constitution Européene
9 - Dossier : OGM