COLLECTIF DES SCIENTIFIQUES POUR DES DETERGENTS SANS DANGER POUR L'ENVIRONNEMENT (SCIENTISTS FOR ENVIRONMENTALLY SAFE DETERGENTS)

 

Note concernant la proposition de
REGLEMENT DU PARLEMENT EUROPEEN ET DU CONSEIL
Relatif aux détergents

1) Préambule :

Nos remarques sont fondées à partir des observations réalisées par de nombreux scientifiques depuis l'entrée en vigueur de la législation élaborée dans le milieu des années 70. Force est de constater que depuis les efforts faits pour lutter contre la pollution liée à la présence de mousses, la législation s'est bornée à favoriser l'évolution de tensioactifs vers des formes plus dégradables ou moins persistantes visuellement parlant. Cependant, si les accumulations de mousses ont quasiment disparu du milieu, les études conduites depuis 20 ans, montrent que trois problèmes essentiels persistent, en particulier au niveau des tensioactifs anioniques qui sont les plus commercialisés :

- L'un est dû au fait que les conditions de dégradabilité des tests en laboratoire sont très éloignées de celles en vigueur dans le milieu naturel, ce qui explique l'accumulation dans les sédiments des noyaux aromatiques plus ou moins greffés, une fois que la chaîne alkyl a été soumise à une biodégradation partielle. (*)

- L'autre porte sur l'écotoxicité des métabolites après la dégradation partielle des matières actives.

- Le troisième concerne les effets des adjuvants sur l'environnement dont les connaissances sont encore fragmentaires.

Il conviendrait enfin de mieux connaître les effets des tensioactifs non ioniques et cationiques, encore que l'on perçoive clairement la forte toxicité de ces derniers pour le milieu récepteur.

Pour le Collectif, cette révision devrait être l'objet d'une remise à plat complète de la législation en tenant compte des études conduites depuis l'apparition des détergents de synthèse sur le marché.

(*) Cette même logique s'applique aussi aux alkylphénols polyoxyéthylénés.

A l'évidence, cette ambition n'est pas celle des rédacteurs du projet de Règlement qui se borne à reprendre les bases méthodologiques de la législation existante en se contentant d'ajouter quelques notions supplémentaires, certes intéressantes comme la biodégradation finale, mais insatisfaisantes dans leur modalité d'application.

Si le projet de révision du Règlement devait être adopté en l'état, cela équivaudrait ni plus ni moins qu'à un statu quo, c'est-à-dire à faire l'impasse sur l'importante documentation disponible depuis des années portant sur les effets négatifs de l'usage de ces détergents tant sur le milieu directement récepteur, comme le milieu aquatique, mais aussi terrestre (et éventuellement sanitaire) du fait du transport de certains composés par les embruns. Il faut ajouter à cela l'impact économique à travers les nuisances induites sur la végétation littorale et les infrastructures de bord de mer, sans oublier de noter que la plupart du temps les stations d'épuration sont non seulement traversées sans encombre par la plupart des tensioactifs, mais aussi handicapées dans leur fonctionnement par la partie qu'elles captent.

En effet, l'objectif que l'on serait en droit d'attendre d'une législation désirant réellement s'attaquer au fond du problème, devrait porter sur l'encouragement à l'utilisation de tensioactifs rapidement dégradables et dont les produits de dégradation ne posent pas de questions de toxicité sur le milieu. De surcroît, s'appuyant sur la documentation existante, elle devrait limiter et parfois proscrire les substances ayant des effets négatifs trop lourds.

2) Les atouts et les handicaps du projet de Règlement :

Parmi les points favorables, on peut noter la volonté affichée de distinguer la biodégradabilité primaire, de la biodégradabilité finale, car rien ne sert de se satisfaire qu'une substance soit dégradable à 80% en quelques semaines, si la fraction restante reste plusieurs mois dans le milieu, provoquant ainsi une accumulation maintes fois décrites, à travers des phénomènes de concentration liés aux interfaces (c'est-à-dire : concentration dans la pellicule superficielle de l'eau et au niveau des sédiments.) Par delà le débat d'expert sur les conditions méthodologiques, l'évaluation de la dégradabilité finale par les méthodes figurant à l'Annexe III sont acceptables, à condition de revoir le niveau général de dégradabilité requis, actuellement fixé à 60% en le portant à 70%.

Autre niveau de satisfaction, l'étiquetage tel qu'il est revisité apporte une plus grande transparence et une meilleure information aux consommateurs. Mais là encore cet étiquetage doit explicitement faire référence aux niveaux de dégradabilité obtenus par les substances actives, ce qui n'est pas le cas.

Il est également appréciable qu'à travers les annexes V, VI et VII, le projet de Règlement envisage de statuer au cas pas cas sur d'éventuelles dérogations à accorder en fonction de tests complémentaires spécifiques ou de limiter et d'interdire des substances jugées trop dangereuses. Mais en l'état, la rédaction du texte est insuffisante sur plusieurs points :

a)
Concernant les tensioactifs (surfactants) de l'annexe V pouvant obtenir dérogation, il convient que l'Union Européenne se détermine sur le coût acceptable de cette disposition et pour cela ne se contente pas de spécifier les conditions générales édictées dans l'article 6 (quantités utilisées, niveau de distribution, avantage comparatif socio-économique / santé humaine et environnement) mais se donne les moyens de fixer un tonnage maximal d'utilisation tenant compte des besoins technologiques spécifiques ainsi que les moyens de traitement appropriés à leur élimination.

b)

Dans tous les cas la règle minimale, rappelée par le considérant 12, doit être que les tensioactifs qui n'ont pas satisfait aux normes de l'annexe III, doivent au moins satisfaire aux prescriptions de l'annexe II, ce qui exclu certaines dispositions du régime dérogatoire.
c)
De surcroît l'évaluation de l'impact environnemental prévu dans l'annexe IV est trop succincte. Les tests se bornent à évaluer l'impact de la toxicité aiguë, sur certains poissons, algues ou daphnies, alors même que la problématique la plus inquiétante concerne la toxicité chronique due aux tensioactifs (surfactants). Il est à cet égard inconcevable que de nouveaux tests ne soient pas intégrés pour prendre en compte ces effets, en particuliers sur les végétaux, mais aussi sur les systèmes aquatiques d'eau douce ou marine. A cet égard, et compte tenu des lacunes actuelles du projet, nous proposons que le Parlement demande à la Commission de lui faire des propositions législatives complémentaires dans les deux ans suivant l'adoption du projet, en même temps que des mesures visant à intégrer des normes de biodégradation en milieu anaérobie (sans oxygène) et de remplacement des phosphates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3) Les grandes carences du projet actuel :

La première porte sur la méthodologie reconnue pour déterminer la dégradabilité primaire des surfactants. Plus que le niveau général requis de 80% qui reste inchangé par rapport à l'ancienne législation, c'est la confirmation du choix des méthodes colorimétriques qui est en cause. Ces méthodes deviennent " aveugles " à partir d'un certain niveau de dégradation (par exemple pour les ABS ou certains non-ioniques). Il serait donc souhaitable d'utiliser pour les tests une méthode, en batch, qui permet de suivre l'évolution dans le temps de la biodégradation et de compléter la partie analytique par des méthodes chromatographiques (HPLC) ou électrochimiques.

La deuxième concerne l'impasse qui est faite sur l'évaluation de la toxicité des métabolites. Ce n'est pas parce que c'est un règlement sur les détergents qu'il convient d'omettre ce que les études d'impact ont tendance à mettre en avant aujourd'hui, à savoir l'impact des métabolites dont la connaissance trop parcellaire interdit de se désintéresser.

La troisième concerne le renoncement à introduire ouvertement une nouvelle catégorie de détergents que l'on pourrait qualifier de " facilement et totalement dégradables ".

Cela est d'autant plus curieux qu'une version antérieure du projet en faisait état. Cette dimension est à ce point importante, que lors d'un échange de courrier avec la Commission, celle-ci nous répondait le 2 février 2000, en insistant sur ce point. C'est la raison pour laquelle il nous apparaît incontournable de réintroduire cette approche. Nombre de consommateurs exposent clairement leur souci d'être des acteurs responsables dans leurs achats. Dans la mesure où ces produits existent et où leurs performances sont supérieures à maints égards aux détergents pétroliers, il convient que les tests et l'étiquetage permettent d'informer le consommateur de leur existence.

Calendrier le 20 février 2003 s'engagera la discussion au Parlement.

- le 4 mars est la date du délai pour déposer des amendements.

- le 24- 25 mars aura lieu la votation en commission.

- le 7-10 avril la votation en séance plénière

 

 

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2 - Dossier : Les loups

3 - Dossier : Observatoire des médias