
par Pierre Arnault
En France, l'agriculture émet plus de 20% des gaz à effet de serre et dans le monde, l'élevage seul fournit 18% de ces gaz. Une telle situation justifiait bien la première rencontre européenne sur l'impact des modes de production agricole et de consommation alimentaire sur le réchauffement de la planète qui s'est tenue les 17 et 18 avril 2008 à l'Enita de Clermont-Ferrand. Ce colloque international a rassemblé 230 scientifiques et professionnels de 27 pays afin d'examiner pourquoi et comment l'agriculture biologique permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce colloque -annoncé par les JNE- était organisé par l'Enita, Abiodoc, Centre national de ressource en agriculture biologique et service de l'Enita, et l'Asafi, section française de l'Ifoam (Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique).
Notre assiette, c'est un tiers des gaz à effet de serre
Quelques chiffres sont révélateurs :
- le contenu de notre assiette, c'est un tiers des émissions de gaz à effet de serre, soit presque trois fois les émissions des voitures particulières ;
-1 kg de méthane produit par l'élevage contribue autant à l'effet de serre que 23 kg de CO2 ;
- la fabrication d'une tonne d'azote sous forme d'engrais chimique émet l'équivalent de 7 tonnes de CO2 ;
- produire 1 kg de viande de bœuf en élevage intensif émet 40 fois plus de gaz à effet de serre que la production de la même quantité de protéine sous la forme de soja.
L'agriculture bio piège le carbone
Ces données sont relatives à l'agriculture conventionnelle car l'agriculture biologique émet moins de gaz à effet de serre d'abord, parce qu'elle n'utilise pas d'engrais de synthèse et que ses émissions de protoxyde d'azote (N2O) sont réduites en raison d'apports d'azote plus faibles. Elle séquestre également davantage de carbone dans le sol d'abord - jusqu'à une tonne par hectare - parce que les agriculteurs pratiquent des rotations de culture plus longues avec des prairies (luzerne, trèfle) sur deux ans ; ensuite parce qu'ils ont recours à la fertilisation avec de la matière organique (compost, fumier) et que les sols riches en matière organique séquestrent mieux le carbone ; enfin parce qu'ils n'utilisent pas de fongicides.
Ces techniques de l'agriculture biologique (les engrais verts, le compostage ou l'amélioration des rotations) pourraient être utilisées avantageusement par l'agriculture conventionnelle.
Enfin, l'agriculture biologique est également mieux armée pour faire face au changement climatique. En effet, plus riches en matière organique, les sols des fermes biologiques stockent davantage d'eau, d'où une meilleure résistance à la sécheresse, un constat confirmé notamment lors de la sécheresse de 2003 en Europe. De plus, les variétés locales fréquentes chez les agriculteurs biologiques confèrent une meilleure résistance aux cultures face aux aléas climatiques. Quant à la biodiversité, incontestablement plus grande dans les fermes biologiques, elle favorise un meilleur équilibre entre les ravageurs et leurs ennemis naturels.
Nourrir le monde avec le bio
Quant au sempiternel argument, « l'agriculture biologique ne produit pas assez pour nourrir le monde », il est fondé sur les rendements des pays riches, mais évite de regarder les pays du sud où les rendements, beaucoup plus faibles, pourraient être améliorés très fortement grâce à l'agriculture biologique. C'est même souvent la seule façon d'y arriver car les paysans pauvres n'ont pas les moyens d'acheter engrais et pesticides pour leurs cultures vivrières. La disparition de ces cultures vivrières débouche sur la famine, à la fois par insuffisance de productions répondant aux besoins locaux et par une augmentation insoutenable des prix des denrées alimentaires. Or, aujourd'hui, les groupes industriels internationaux ne se préoccupent du sort de ces paysans que pour leur vendre des semences OGM, des engrais et pesticides, une démarche qui débouche sur la disparition de ces petits paysans qui vont grossir les bidonvilles des grandes agglomérations ou qui se suicident. Une disparition qui permet de créer de grandes exploitations dont les productions loin de nourrir les populations des pays confrontés à la famine seront utilisées pour produire des agrocarburants et des aliments pour le bétail des pays riches.
Jusqu'aux années 50, l'impact de l'agriculture était absorbé par la nature. De ce fait, l'agriculture était considérée comme une activité non polluante. Une réalité qui a disparu avec le développement de techniques qui font très peu de cas du milieu naturel. La nécessité de nourrir une population croissante, la modification des habitudes alimentaires avec une consommation accrue de viande a fait le reste.
Mais il est révélateur que ceux qui respectent le plus la nature, ceux qui développent l'agriculture biologique, sur le terrain ou par la recherche, ont, eux, conscience de cette situation. Le colloque qui vient de se tenir en témoigne. S'appuyant sur des recherches et des pratiques solides, sans sectarisme, il a mis en évidence des pistes à développer pour le futur, dans les pays développés comme dans les pays en développement ; des pistes qui peuvent concerner l'agriculture conventionnelle dans la mesure où elle ne remet pas son sort entre les mains des firmes internationales.
Dans un contexte marqué par le réchauffement climatique et la très forte hausse des prix des produits alimentaires, ce colloque a eu le mérite de montrer que nourrir l'humanité est possible sans détruire la nature.
Contact presse :
Sophie Valleix tel 04 73 98 13 55 e-mail : valleix@enitac.fr
Claude Aubert tel 06 74 29 11 97 e-mail : aubertcl@wanadoo.fr


Par Ben Cramer
Le prix Nobel de la Paix a été attribué au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et à l'Américain Al Gore. Qu'une institution comme le GIEC - créée il y a vingt ans par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), - soit aujourd'hui récompensée, est en soi un signe encourageant. C'est aussi un avertissement adressé à tous ceux qui, à force d'occulter certaines 'vérités qui dérangent', mettent en danger les générations futures, nos générations futures.
Le Comité Nobel a décidé – et ce dès 2004 avec Wangari Maataï – d'élargir la notion de paix. Que ceci soit conforme ou non au testament d'Alfred Nobel lui-même (le débat est ouvert dans les milieux pacifistes à Oslo), la vision plus traditionnelle selon laquelle la paix serait uniquement liée à l'absence de guerre semble reléguée au passé. Signe des temps. Dans l'ère post-11septembre 2001, les frontières entre guerres et paix sont assez élastiques et puis, ne l'oublions pas, pour la première fois de son histoire, le Conseil de Sécurité de l'ONU a abordé le changement climatique et « sa capacité à engendrer conflit et désordre international » (1). De toute façon, à travers cette récompense largement médiatisée, - même si le commun des mortels retient plus facilement le nom d'Al Gore que celui de Rajendra Patchaury –, le monde entier est davantage sensibilisé au fait que les questions du climat sont des enjeux de guerres et de paix ; par extension, et n'en déplaisent aux artisans du Grenelle de l'Environnement en France, dissocier les questions de développement durable et de paix est dépassé. Les auteurs de la Charte de Rio – qui ont fait figurer en toutes lettres les mots de paix et de désarmement dans plusieurs principes – 24,- 25,- 27- (2) – ne s'y étaient pas trompés.
Cette récompense peut-elle faciliter la mise en oeuvre de moyens plus conséquents pour réduire les coûts et blessures du dérèglement climatique ? C'est en tout cas ce que souhaite Patchaury. Bien que les médias aient été très discrets sur ce point, l'Indien a déjà proposé un Planet Protection Fund (Fonds de Protection de la Planète). Ce fonds proviendrait de contributions des Etats membres, un peu à l'image du Fonds International pour le Développement et l'assistance mutuelle que proposa en son temps (1955) le chef du gouvernement français Edgar Faure. Ce dernier reprenait d'ailleurs la proposition avancée par Nehru, cinq ans auparavant, de créer un “ Global Peace Fund' , dans le but d'affecter aux pays du Sud les réductions des dépenses militaires des plus riches. Bien qu'une partie du montant du Nobel 07 (un million d'euros) servira à développer la Fondation d'Al Gore, on pourrait suggérer à Patchauri d'investir par exemple dans un “fond pour les guerres oubliées”, ou “fond pour les guerres inavouées” en s'inspirant du “Fonds des Maladies Oubliées” que l'association Médecins Sans Frontières (MSF) avait mis sur pied avec sa récompense - son Prix Nobel 1999. Mais qui se chargerait d'administrer ce fond ? Certains regards voudraient bien se tourner vers le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, le PNUE, mais pour des motifs éminemment politiques, l'agence onusienne, qui avait pourtant négocié avec succès le Protocole de Montréal (3), a été désaissie de toute mission dans les échafaudages qui ont conduit à celui de Kyoto.
Reste à savoir quelles pourront être les autres retombées de l'attribution au GIEC de ce Nobel cuvée 2007. En attendant que les réfugiés climatiques bénéficient d'un statut, on pourrait imaginer au sein de l'Hexagone que le prochain Livre Blanc de la défense, épousant le discours “écologiquement correct” de notre ministre des armées Hervé Morin (4), intègre les menaces et risques climatiques ; qu'il se dote par conséquent, “diagnostic vérité” oblige, de moyens spécifiques, pas forcément compatibles avec les forces de projection formatées durant la guerre froide et réservées à d'autres ennemis potentiels. Sur le front de la diplomatie, les 26 (autres) membres de l'Union Européenne (UE) pourraient sermonner Paris et rappeler à la France qu'elle se singularise un peu trop en étant la seule nation européenne parmi les 27 à n'avoir (toujours) pas adhéré à la convention sur l'interdiction d'utiliser des techniques de modification de l'environnement à des fins militaires dite ENMOD. Cette convention de 1978 (5) – qui n'interdit pas les recherches en cours - a d'ailleurs été ratifiée par Washington et Moscou.
Pour le milieu associatif, le Nobel 2007 devrait aussi déclencher quelques sursauts et remettre des pendules à l'heure. En effet, en misant sur l'interaction (durable) climat et paix, les défenseurs les plus zélés du Protocole de Kyoto – un Protocole qui ne prend en compte que 30% de nos émissions – disposent d'un argument de poids pour exiger, après Bali, non seulement l'universalité de son application, mais le refus d'un régime d'exception accordé jusqu'ici aux activités militaires.
Pour Patchaury, - qui ne se cache pas d'être un admirateur du Mahatma Gandhi (6) – le travail méticuleux des scientifiques n'est pas une fin en soi. Le GIEC s'évertue d'ailleurs à faire parvenir aux oreilles des politiques le concentré des données ou estimations chiffrées les/nous concernant. La tenue de la Conférence de Bali en est une brillante démonstration puisque la date de la rencontre a été programmée, puis reprogrammée en fonction de la remise du dernier rapport, du moins les 30 pages du résumé intitulé « à l'intention des décideurs » (7). Le patron du GIEC n'est pas peu fier d'avoir vaincu la réticence de ses collègues à rédiger en catamini ce résumé. Mais au-delà de cette mission d'information – et de « com' » - à l'intention des « grands », Patchaury estime que c'est aux «gens ordinaires » de s'emparer du débat. Dans ces interventions, avec ou sans la lampe de poche solaire qu'il exhibe à l'occasion, « Patchy » (pour les intimes) martèle que c'est le grand public – et les jeunes notamment - qui feront la différence. « C'est à eux que revient le pouvoir d'approuver et de désapprouver les options prises par d'autres », déclare-t-il. Alors, dans ce village global où tout se joue sur l'information, parions qu'une partie du montant du prix Nobel servira à donner une plus grande visibilité à cette institution trop discrète qui, juchée au 7ème étage de l'Organisation Météorologie Mondiale à Genève – avenue de la Paix - mérite certainement un service de presse et un service de communication, à la hauteur des enjeux.
Notes :
1 cf. site http://www.franceonu.org/article.php3?id_article=1440
2 Principe 24 : La guerre exerce une action intrinsèquement destructrice sur le développement durable. Principe 25 : La paix, le développement et la protection de l'environnement sont interdépendants et indissociables . Principe 26 : Les Etats doivent résoudre pacifiquement tous leurs différends .
3 cf. http://ozone.unep.org/
4 cf. site internet humoristique http://ecopolit.eu/2007/06/25/rions-un-peu-avec-herve-morin/
5 La Convention ENMOD a été négociée dans le cadre de la Conférence du Comité du désarmement, à Genève, puis adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1976 ; elle a été ouverte à la signature à Genève le 18 mai 1977 et est entrée en vigueur le 5 octobre 1978. Grâce à elle, le monde célèbre chaque année le 6 novembre, journée internationale pour la prévention de l'exploitation de l'environnement en temps de guerre et de conflit armé.
6 le seul leader pacifiste à n'avoir jamais reçu le Prix Nobel
7 cf. http://www.ipcc.ch/languages/french.htm
P.S. Afin de contribuer à un monde plus pacifique et digne d'être vécu par et pour les générations futures, toute association peut soumettre des candidatures pour le Nobel 2008
en écrivant à : editor@nobelprize.org

Par Emmanuelle Grundmann
A tous ceux qui croient encore que ces agro-carburants sont une solution pour contrer le réchauffement climatique et à tous ceux qui participent de près ou de loin à cette immense supercherie, aux médias qui se font trop souvent les porte-parole de l'industrie automobile et pétrolière désireuses de verdir leur image et tromper un peu plus le potentiel consommateur… Je tenais à faire quelques rectificatifs quant à cette appellation abusive de Biocarburants qui n'ont strictement rien de BIO au sens du label adopté par le ministère de l'agriculture français et par la commission européenne.
Il existe deux catégories d'agro-carburants selon la matière première utilisée et le processus de transformation effectué.
- La filière éthanol pour les véhicules essence : ce sont les sucres et céréales qui sont utilisés et transformés en éthanol.
- La filière des huiles végétales pour les véhicules diesel : les huiles végétales subissent une transestérification puis ces EMHV – Ethyl Methylique d'Huile Végétale - sont mélangées à du gazole pour obtenir des « biodiesels ».
Ces EMHV sont plus coûteux à produire que l'éthanol et demandent plus d'apports en énergie mais ils sont très facilement utilisables en remplacement de gazole traditionnel car jusqu'à une incorporation de 30% dans le mélange, les moteurs n'ont aucunement besoin d'être modifiés.
Aujourd'hui, la France produit des EMHV essentiellement à partir de colza, mais il ne faut pas oublier que ces cultures sont largement engraissées et arrosées de pesticides, produits à partir de la filière pétrole sans parler de la pollution induite par ces substances qui n'ont absolument rien de BIO.
De plus, l'Union Européenne a fixé des objectifs d'incorporation des biocarburants à hauteur de 5,75 % d'ici 2010 et 10% d'ici 2020. Or, comme l'explique la chargée de recherche et coordinatrice de programme European Biofuels Policy (EBP), concernant l'accent mis sur le biodiesel, « un problème de surface va se poser pour atteindre les objectifs européens, l'importation d'huile de palme pourrait compléter la production européenne ».
Quant aux personnes qui arguent d'imprécision et d'erreur en m'inondant de soi-disant données physiques sur les propriétés de cette huile végétale impropre à l'utilisation en « bio » carburant, lorsque je parle de désastre à venir puisque la demande en huile de palme pour les biocarburants va nécessairement augmenter (allant de paire avec une vaste déforestation), je ne peux que douter de leur objectivité et de leurs compétences dans ce domaine. En effet, l'huile de palme est déjà largement utilisée pour la fabrication de « bio-diesels ». En mars 2006, le biofuel B5 palm oil ou ENVO Diesel (5% d'huile de palme + 95% de diesel) a été lancé en grande pompe en Malaisie, par ailleurs premier producteur mondial d'huile de palme (87% de la déforestation dans ce pays est imputable à l'installation de monocultures de palmiers à huile). La National Biofuel Policy de la Malaysia Palm Oil Board prévoit d'ailleurs d'utiliser cet ENVO Biodiesel dans tous les transports, l'industrie et mise sur l'exportation pour augmenter encore plus les profits de cette filière.
Trois immenses raffineries destinées au traitement de l'huile de palme sont en cours de construction en Malaisie. En Novembre 2006, la Natural Fuels Australia Ltd a ouvert une grande raffinerie à Darwin dont l'objectif affiché est de produire 800 millions de litres de biodiesels à partir d'huile de palme d'ici 2008 et le développement d'une autre raffinerie cinq fois plus grande est actuellement en projet à Singapour tandis que l'industriel étudie également l'implantation de plusieurs autres de ces raffineries à Houston, aux Pays-Bas et en Malaisie.
L'huile de palme, issue de la destruction des forêts tropicales, est déjà arrivée sur le marché Européen. Ainsi, la demande des Pays-Bas est actuellement de 400 000 tonnes uniquement pour la production d'électricité dite « verte », une supercherie de plus dans le domaine énergétique ! BIOX bv, une compagnie d'électricité fonctionne en effet à l'huile de palme et va construire 4 nouvelles centrales électriques à l'huile de palme. Une électricité ensuite exportée en partie à plusieurs autres pays européens… BIOX bv s'investit également dans la production de biodiesel, un projet mené en partenariat avec Unimills, une filiale de la compagnie Malaise « Golden Hope Plantations ». Quelle cruelle ironie dans ce nom lorsqu'on connaît le désastre environnemental et social sous-jacent à la filière huile de palme !
L'huile de palme, c'est un rendement de 500t/km2/an, qui nécessite une grande main d'œuvre pour la récolte des noix de palme, se pratiquant à la main. C'est donc une filière viable dans des pays où la main d'œuvre est très peu onéreuse, taillable et corvéable à merci (de fait, l'huile de palme, malgré la distance à parcourir pour arriver en Europe est deux fois moins onéreuse que l'huile de colza produite sur place). Ultime menace sur l'environnement, dans un souci de productivité (vu les objectifs de l'Union Européenne notamment) M. Chandran, directeur de l'association malaisienne pour l'huile de palme a déclaré en 2001 que la priorité résidait aujourd'hui dans le développement de palmiers transgéniques et ce, dans le but d'améliorer la qualité de l'huile, d'augmenter la production et de diminuer la taille des arbres pour faciliter la récolte. Les études sont en cours. Une aubaine pour les grosses multinationales agro-alimentaires !
Enfin, penser que l'Europe se contentera de sa propre production d'oléagineux ou de sucres et céréales, c'est se voiler la face. Depuis 2005, l'Europe importe déjà de l'huile de palme (bien plus rentable par ailleurs) et de l'huile de soja (dont les monocultures sont également issues d'une vaste déforestation de la forêt amazonienne, notamment dans l'état du Mato Grosso) pour produire une partie du biodiesel consommé.
Ultime coup de couteau dans le dos de l'écologie et de la préservation de l'environnement, ce communiqué de presse du 26 septembre 2006 dans lequel Thierry Breton, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie s'est engagé sans réserve pour le lancement en France, dès 2007, de l'E85 (l'éthanol massivement utilisé au Brésil, où il est issu de la transformation de la canne à sucre), premier carburant de l'après pétrole. Que ceux qui doutaient de la sensibilité du gouvernement actuel et de l'équipe du candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy soient rassurés : bientôt, nous roulerons tous à l'éthanol et au biodiesel, pour préserver notre environnement ! Quelle ignoble supercherie !
Plébisciter les « bio »carburants, c'est ouvrir un peu plus grand la porte aux OGM, aux pesticides et participer au réchauffement climatique à travers une accélération sans précédent de la déforestation en zone tropicale. Les adopter, c'est également cautionner les atteintes faites aux droits de l'homme et à ce nouvel esclavage mis en place au sein des immenses plantations de palmier à huile, de soja ou de canne à sucre sans oublier les graves atteintes aux droits des peuples autochtones chassés de leurs terres ancestrales, ces dernières étant convoitées par les industriels pour étendre les titanesques monocultures.
Emmanuelle Grnundmann, auteur de « Ces forêts qu'on assassine » (Calmann Lévy)

sur le site
www.ecrin.asso.fr il y a le programme d'un colloque réchauffement et maladies à vecteurs qui s'est tenu début 2007.
sur le site
www.afssa.fr il y a le rapport de l'Afssa d'avril 2005 sur changement climatique et maladies animales.

Par Valéry Laramée de Tannenberg
À l'issue de leur séminaire parisien, les climatologues du GIEC ont rendu public, vendredi, un rapport synthétisant l'état de la connaissance climatique. Un document accablant pour l'homme et angoissant pour l'avenir.
Après quatre jours et quatre nuits d'intenses négociations (cf. Enerpresse n° 9252) , 300 délégués se sont mis d'accord sur la synthèse du rapport du premier groupe de travail du Groupement intergouvernemental d'experts sur le climat, celui résumant l'état de la connaissance scientifique des phénomènes en cours et à venir. Il aura fallu tout ce temps pour que ces représentants des communautés scientifique et intergouvernementale ne se mettent d'accord sur le message qu'il convient de lancer au monde. « C'est un document qui intègre tous les aspects des changements climatiques. En une trentaine de pages, il dresse un bilan des connaissances pouvant être lu par un Premier ministre, un président ou par un chef d'entreprise dans son train Paris-Bruxelles » , a résumé, vendredi à l'Unesco, Yvo de Boer, le secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
Un rapport inquiétant
Document d'une rare densité, ce « Résumé à l'intention des décideurs » (RID) est tout sauf rassurant. Alors que la masse d' info rmations traitée par les scientifiques du monde entier par rapport au dernier rapport du GIEC (datant de 2001) s'est considérablement accrue, alors que les modèles toujours plus nombreux (23 utilisés pour ce rapport) convergent tous et « corroborent tous» rappelle l'auteure en chef, l'américaine Susan Solomon, la plupart des indicateurs virent au rouge.
Les concentrations de gaz à effet de serre (GES) ? Elles n'ont jamais été aussi importantes. « La concentration du dioxyde de carbone en 2005 dépasse de loin les variations naturelles durant les 650 000 dernières années (180 à 300 ppm), déduites des carottes de glace » , rappelle le RID. Une tendance que l'on retrouve aussi pour le méthane, dont le pouvoir de réchauffement global (PRG) est 23 fois supérieur à celui du CO 2 . « La concentration atmosphérique mondiale du méthane a crû de 715 ppb à 1732 ppb au début de la décennie 1990 et de 1774 ppb en 2005. La concentration atmosphérique du méthane en 2005 dépasse de loin les variations naturelles durant les 650 000 dernières années (320 à 790 ppb), déduites des carottes de glace. » Sans oublier, bien sûr le protoxyde d'azote (dont le PRG est 300 fois supérieur à celui du gaz carbonique, ndlr)... « La concentration atmosphérique mondiale en protoxyde d'azote a crû de la valeur préindustrielle de 270 ppb à 319 ppb en 2005. Le taux de croissance est resté approximativement constant depuis 1980. Plus d'un tiers des émissions est anthropique et est principalement dû à l'agriculture. »
Des ampoules plein la Terre
Cette accumulation de GES dans l'atmosphère n'est, bien évidemment, pas sans conséquences. « Le forçage radiatif combinant l'accroissement du dioxyde de carbone, du méthane et du protoxyde d'azote est de +2,30 (2,07 à 2,53) Wm-2 et son taux d'accroissement au cours de l'ère industrielle est très vraisemblablement sans équivalent depuis plus 10 000 ans. » En clair, à cause des GES que nous émettons, chaque année un peu plus, nous réchauffons la planète comme si nous maintenions allumée une ampoule de 2,3 watts sur chaque m 2 de sa surface.
L'observation « sur le terrain » des changements climatiques progresse elle aussi. La température moyenne globale progresse de plus en plus vite. « Onze des douze dernières années figurent au palmarès des douze années les plus chaudes depuis qu'on dispose d'enregistrements de la température de surface (depuis 1850). La nouvelle valeur de la vitesse moyenne du réchauffement au cours des cent dernières années (1906-2005) de 0,74 (0,56 à 0,92) °C est donc plus grande que n'était la valeur analogue calculée au moment du troisième Rapport de 0,6 (0,4 à 0,8) °C pour la période 1901-2000. La vitesse moyenne du réchauffement au cours des cinquante dernières années (0,13 (0,10 à 0,16) °C par décennie) est environ le double de la pente moyenne pour les cent dernières années. » Pire, ce « réchauffement » se vérifie désormais non seulement dans l'atmosphère (basse et haute), mais aussi dans l'océan « jusqu'à des profondeurs d'au moins 3000 mètres. »
L'océan monte plus vite
Sous cette « chaleur », la mer n'en finit pas de se dilater et donc de voir son niveau grimper de plus en plus vite. Entre 1993 et 2003, le niveau moyen des mers a progressé de 3 mm par an. Soit le double de la moyenne enregistrée durant tout le XXe siècle.
D'ores et déjà, des effets sur les éléments qui font notre « météo » se font aussi sentir. « à l'échelle des continents, des régions et des bassins océaniques, de nombreux changements à long terme du climat ont été observés. Ils incluent des changements des températures et de la glace arctiques, des changements largement répandus dans la quantité de précipitations, la salinité de l'océan, les structures des vents et des aspects de situations météorologiques extrêmes, comme les sécheresses, les fortes précipitations, les vagues de chaleur. » La mise en perspective historique de tels résultats est impressionnante. « Les info rmations paléoclimatiques confirment l'interprétation que le réchauffement du dernier demi-siècle est atypique sur au moins les 1 300 dernières années. »
La faute à l'homme
Alors, la faute à qui ? Même avec leur sempiternelle prudence, les scientifiques ne se cachent désormais plus derrière leur petit doigt. Et à cette question hier délicate, les experts répondent désormais sans détour. « L'essentiel de l'accroissement observé sur la température moyenne globale depuis le milieu du XXe siècle est très vraisemblablement dû à l'augmentation observée des gaz à effet de serre anthropiques. » « Dans le dernier rapport du GIEC, explique Susan Solomon, l'indice de confiance de l'implication humaine dans les changements climatiques était de 66%. Désormais, cet indice est supérieur à 90%. » Lyrique, Achim Steiner est plus direct. « Le 2 février 2007 restera dans les mémoires comme le jour où l'on a supprimé le point d'interrogation sur l'impact des activités humaines sur les changements climatiques. Ceux qui doutaient ne le peuvent plus, sauf à être considérés comme irresponsables » , assène le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement.
Des conséquences à très long terme
Les changements climatiques et leur origine humaine étant désormais des faits « avérés » , quel futur nous attend ? « Ce sera plus difficile » , résume l'aéronome de la NOAA américaine. Et de fait, quoi que nous fassions, une machine thermique de grande ampleur s'est mise en marche et elle ne s'arrêtera pas de sitôt. « Des simulations montrent que même si tous les forçages radiatifs étaient maintenus constants au niveau de 2000, un réchauffement induit se produirait au cours des deux décennies suivantes à une vitesse d'environ 0,1 °C par décennie dû essentiellement à la réponse lente des océans. Un réchauffement environ deux fois plus important (0,2 °C par décennie) se produirait si les émissions étaient dans la gamme des scénarios du Rapport spécial (sur les scenarii d'émissions en l'absence de politique publique anti-GES, ndlr). Les simulations des valeurs les plus probables par les modèles indiquent qu'en 2030 le réchauffement décennal moyen sur chaque continent habité est insensible au choix fait parmi les scénarios du Rapport spécial et il est très vraisemblable qu'il sera au moins le double de la variabilité naturelle correspondante telle qu'elle est estimée pour le XX e siècle par les modèles. »
Mais attention, continuer à émettre toujours plus de GES alourdira forcément la note. « La poursuite des émissions de gaz à effet de serre au niveau actuel ou au-dessus provoquerait un réchauffement supplémentaire et induirait de nombreux changements dans le système climatique global au long du XXI e siècle, qui seraient très vraisemblablement plus importants que ce qui a été observé au cours du XXe siècle. » Les projections de l'élévation de la température moyenne globale annoncent, pour la fin du siècle, une montée du mercure de 1,8°C à 4°C. Une fourchette beaucoup moins large et donc plus crédible que celle donnée par le rapport du GIEC paru en 2001. Cette nouvelle estimation montre aussi que quelle que soit notre réponse collective au défi climatique, ses conséquences se feront de toute façon sentir et sur de longues périodes.
Gare aux hydrates
Le réchauffement, cela se confirme, se fera plus sentir dans les latitudes élevées. Il touchera moins le sud de l'océan Indien et certaines zones de l'atlantique nord. Les couches neigeuses devraient diminuer, de même (et c'est beaucoup plus inquiétant) que la glace de grandes zones de permafrost. Ce dernier phénomène pourrait permettre le relâchement dans l'atmosphère de volumes très importants de méthane, actuellement « séquestrés » (sous forme d'hydrates) dans ces sols gelés en permanence. Les glaces de mer des pôles nord et sud devraient fortement diminuer. De même, l'Arctique devrait être totalement « hors-gel » durant les étés de la fin du siècle. Dans nos contrées, la canicule de 2003 reviendra régulièrement. Ce qui ne nous évitera pas de trombes d'eau régulières. « Il est très probable que les chaleurs extrêmes, les vagues de chaleur, et les événements de fortes précipitations continueront à devenir plus fréquents. »
Sous les tropiques, les cyclones pourraient être moins fréquents qu'attendu, mais plus puissants. « Il est vraisemblable que les cyclones tropicaux futurs (ainsi que les typhons et ouragans) deviendront plus intenses, avec des vents maximum plus forts et des précipitations plus fortes, en association avec les augmentations en cours des TSM tropicales. On ne peut accorder autant de confiance aux projections aboutissant à une diminution globale des nombres de cyclones tropicaux. L'augmentation apparente du nombre de tempêtes tropicales depuis 1970 dans certaines régions est beaucoup plus importante que ce que produisent les modèles actuels pour cette période. » Même si son rôle dans le maintien du climat doux de l'Europe occidentale a été fortement réduit, ces dernières années par les scientifiques, le Gulf Stream devrait tout de même ralentir. « Il est très vraisemblable que la circulation thermohaline de l'Atlantique nord ralentira au cours du XXIe siècle.
La valeur moyenne de cette réduction résultant de plusieurs modèles est de 25%.»
La dilatation des mers suscite bien des inquiétudes. Car, les modèles utilisés (faute de certitudes) n'ont pas pris en cause les effets de la fonte des glaces (continentales) du Groenland et de l'Antarctique. Or, si le « forçage radiatif » était maintenu en 2100, le niveau des océans monterait inévitablement (en deux siècles) de 30 à 80 cm. Or, nous révèle la paléoclimatologie, la seule fonte des glaces terrestres du Groenland, telle que nos ancêtres ont pu la connaître il y a 125 000 ans, ont conduit à élever de 7 mètres le niveau des mers du globe ! Devant un tel constat, aussi accablant, la seule question qui subsiste est le célèbre « Que faire ? » de Nikolaï Tchernychevsky. Bien sûr, la réponse n'appartient pas, du moins officiellement, aux rédacteurs du rapport. Toutefois, lorsqu'on la lui pose avec insistance, Susan Solomon ne peut s'empêcher de dire qu'il s'agit là « d'un choix de société».

Par Claude-Marie Vadrot
Guatemala City, le 30 janvier
Photo © Claude-Marie Vadrot
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Culture de café sous ombrage, la seule qui puisse être bio |
Il suffit de parcourir quelques jours le Guatemala de la plaine, des montagnes ou des volcans pour découvrir que ce petit pays d'une bonne centaine de milliers de kilomètres carrés est déjà bien touché par le réchauffement et le dérèglement climatique. La biologiste-naturaliste qui m'accompagne sur les routes de ce superbe pays qui s'essaie à la production agricole à la fois équitable et bio avec l'aide de l'ONG Rainforest Alliance , Anna Lucia, est formelle et décrit d'abord avec angoisse le changement de direction et de fréquence des ouragans qui ravagent désormais au plus près le Guatemala, y compris dans l'arrière- pays de montagne qui était autrefois épargné. L'année dernière, l'ouragan Stan a été à la fois meurtrier et désastreux pour les cultures, le paysage et bien entendu les habitants.
Ana Lucia raconte qu'au ministère de l'environnement où elle travaillait encore il y a deux mois, avant de rejoindre le bureau du Programme des Nations Unies pour le Développement, les scientifiques ont multiplié les observations inquiétantes. D'abord, les arbres de la forêt tropicale d'altitude commencent à fleurir avec quatre mois d'avance, déroutant à la fois les oiseaux et les insectes. Pour les arbres fruitiers, notamment pour les caféiers, l'avance de floraison est actuellement d'un à deux mois depuis une dizaine d'année. Ce qui a pour conséquence que, de plus en plus souvent, les fruits commencent à se développer avant l'arrivée de la saison des pluies qui commence théoriquement au mois de mai. Situation d'autant plus pénalisante que la saison des pluies, elle, a tendance à prendre beaucoup de retard, entre un ou deux mois chaque année : ce qui permet aux maladies des végétaux de se développer sur de plus longues périodes, désorganisant les efforts de lutte biologique intégrée menée par une partie des agriculteurs, les autres se contentant de déverser encore plus de pesticides. Cette sécheresse prolongée entraîne, pour les cultures de bananes, d'ananas, de café ou d'autres fruits et légumes tropicaux, comme pour la forêt sauvage des stress qui réduisent la production et freinent ou empêchent la régénération naturelle. Même les plantations d'hévéas sont touchées. Tous comptes faits, il ne pleut pas vraiment moins, mais sur une période réduite par rapport à la saison « normale » qui allait théoriquement de mai à fin octobre.
Photo © Claude-Marie Vadrot
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Démonstration de récolte de sève d'hévéa |
Les mêmes quantités d'eau tombent sur une période plus courte, prenant des allures de déluges. Lesquels provoquent, explique Ana Lucia, des dégâts dans les villages et les taudis qui entourent la capitale Guatemala City. De plus ces pluies trop violentes qui peuvent désormais durer plusieurs jours sans interruption, ruissellent sur des sols trop secs, gagnant les rivières et la mer ; ce qui prive les nappes souterraines d'une partie de leur alimentation.
Résultat du déséquilibre hydrique qui s'accentue désormais d'année en année, il y a quelques jours, une partie des plantations de café que j'ai traversées, il y a quelques jours, offraient beaucoup de caféiers aux feuilles pendantes alors que la récolte n'était pas encore terminée. L'autre conséquence du bouleversement du régime des pluies et de l'augmentation rapide des moyennes de température : l'exode rural vers les villes faute de terres cultivables sans irrigation, exode qui a évidemment été également accéléré par la terrible guerre menée par les anciens dictateurs contre la population indienne Maya de 1980 à 1996. Une guerre dont il faut rappeler qu'elle a fait 100 000 morts chez les indiens paysans révoltés. Tout cela explique que la capitale rassemble désormais plus de 3 millions des 12 millions de Guatémaltèques.
Pays essentiellement agricole, le Guatemala souffre de plus en plus des modifications climatiques, modifications qui faisaient les gros titres des journaux la semaine dernière. Journaux qui reflétaient l'inquiétude générale de ses habitants sur la perspective des tempêtes et ouragans tropicaux à venir. Le Guatemala, comme beaucoup de ces petits pays tropicaux ou sub-tropicaux souffrira bien plus et plus rapidement que des pays comme la France des dérèglements climatiques provoqués par l'insouciance égoïste des grands pays industrialisés.

Par Claude-Marie Vadrot
Le Giec vient donc de répéter, avec circonstances et prévisions aggravantes, ce que nous savions tous depuis plusieurs années (et pour certains depuis la première Conférence des nations Unies sur l'environnement en 1972) et ce que la plupart des politiques font semblant d'ignorer depuis également des années : fait chaud, va faire chaud et le temps va nous surprendre désagréablement en Europe et détruire dans les pays du sud. Il n'y a plus que Claude Allègre, l'un des plus vieux mammouths du Parti Socialiste, à prétendre le contraire. Mais nous savons depuis qu'il a été ministre, que le ridicule ne peut plus le tuer. Aux dernières nouvelles il n'a pas réussi à caser son scepticisme dans un quelconque média.
Il ne reste plus à espérer, au niveau français, que les candidats aux présidentielles et aux législatives, ne se contenteront pas de faire transformer le dérèglement climatique en simples effets d'estrade pendant leurs campagnes. Ce qui signifie qu'il ne faut pas qu'ils se lancent dans la promotion des climatiseurs (un effondrement de balcon à Issy les Moulineaux a permis d'apprendre qu'il y en avait deux chez l'UDF André Santini), mais dans le développement des transports publics et ferroviaires ; et qu'ils arrêtent de shooter leurs discours aux kilomètres d'autoroutes, aux déviations et aux maisons « pas chères » (maisons Borloo par exemple) équipées de chauffage électrique. Ce qui signifie que ces candidats cessent de nous gonfler avec le « bio-carburant » qui n'a rien de bio mais qui risque de faire bondir l'usage des pesticides. D'autant plus que le bilan écologique du « biocarburant » est loin d'être avéré.
Il ne reste plus à espérer, toujours au niveau français, que ces candidats ne vont pas se mettre à nous promettre le refroidissement par le moulin à vent de leurs discours.
Il ne reste plus à espérer, toujours au niveau français, que les politiques vont enfin développer le chauffage solaire et les productions locales ou régionale de biogaz.
Il faut espérer, c'est dur mais l'espoir fait vivre, que Dieu, avec lequel il a une ligne directe, conseillera à Bush de se rendre compte que s'il ne veut pas le modifier lui-même, la planète s'en chargera toute seule. Par le biais de quelques catastrophes où, évidemment, Dieu reconnaître les siens.
Heureusement nous avons Chirac, l'homme qui regarde la maison brûler en faisant des discours…

Par Valéry Laramée de Tannenberg
Pas moins de 500 experts internationaux sont réunis à Paris pour rédiger le «Rapport aux décideurs» du premier groupe de travail du Giec. Très attendu, ce document de quelques dizaines de pages synthétisera, dans un langage accessible à tous, les conclusions du rapport que le Giec a consacré à l'état de la connaissance des changements climatiques en cours et à venir.
Un document dont les conclusions font froid dans le dos.
C'est parti ! Après des années d'attente, la rédaction du dernier rapport du premier groupe de travail du Groupe d'experts sur l'évolution du climat (Giec) a commencé, lundi, dans les sombres couloirs de l'Unesco. Dans le jargon onusien, les 500 experts réunis du 29 janvier au 2 février vont négocier «mot à mot et ligne par ligne» comme l'a rappelé, dans un remarquable français Susan Solomon, la co-présidente américaine du groupe de travail, l'écriture du «Résumé destiné aux décideurs» . En clair, du document qui sera, dès vendredi, largement diffusé et qui synthétisera en quelques dizaines de pages le gros rapport dudit groupe 1 du Giec. Que va-t-on trouver dans ce document ? Tout simplement le précipité de la connaissance scientifique des changements climatiques. Au début du mois d'avril, d'autres scientifiques (ceux du groupe 2) présenteront, à Bruxelles, leur rapport sur les conséquences du changement climatique. Enfin, les experts du groupe 3 publieront début mai, à Bangkok, leurs propositions pour atténuer les effets dudit changement climatique.
700 chercheurs
Pourquoi la rédaction de ce rapport aux décideurs (aux politiques pourrait-on dire !) est-elle aussi délicate ? La réponse à cette question implique de faire un petit voyage au coeur de ce fameux Giec, si souvent diffamé mais très peu connu. Créé en 1998 par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'Organisation météorologique mondiale (OMM), le Giec est un réseau mondial d'experts en charge de dresser, régulièrement l'état de la science climatique. Pour l'élaboration de ce seul rapport du Groupe 1, les gouvernements ont proposé pas moins de 700 chercheurs, dont 552 ont été choisis «sur la base de leurs compétences et de leurs publications», a rappelé Susan Solomon. Au sein de cette formidable équipe (assistée de centaines de collaborateurs), le Giec désigne 27 auteurs principaux qui sont en charge, dans leur domaine, de la rédaction d'une synthèse de la connaissance scientifique, à partir des milliers d'articles parus ou tout du moins acceptés par la presse scientifique à comité de lecture. Ces synthèses sont revues et amendées par des réviseurs et par les représentants de gouvernements, qui sont généralement, eux aussi, des scientifiques de haut vol. «Au total, ce ne sont pas moins de 30 000 corrections qui ont été apportées aux textes initiaux par les experts et les gouvernements», comptabilise Susan Solomon. Très volumineuse, cette somme (le rapport de 2001 du groupe 1 faisait 702 pages) ne sera lue que par leurs auteurs et les climatologues. Ce qui n'est pas le seul but de l'exercice.
Un appui aux politiques publiques
Car, rappelle le délégué interministériel au développement durable, Christian Brodhag, l'objet premier des analyses du Giec est bien de permettre aux politiques «d'appuyer les politiques publiques sur les meilleures connaissances disponibles.» Hélas, trois fois hélas, combien de ministres et de chefs de gouvernements ont le temps et l'envie de lire un tel pavé, rédigé, bien évidemment dans la langue de Shakespeare ? Fort peu, on l'imagine. D'où l'importance de réaliser à leur intention (et à celle des journalistes) un résumé «qui soit le message exact que les scientifiques souhaitent adresser à la société», pour reprendre l'expression de Patricio Bernal, secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale de l'Unesco. L'élaboration de ce petit rapport sera d'autant plus ardue que les nouvelles à délivrer (même si le gros rapport n'est pas encore public) ne sont pas bonnes. Une extrême prudence guidera donc la plume des rédacteurs. Ce qui fait dire à certains scientifiques, comme Jean Jouzel, le directeur de l'institut Pierre-Simon Laplace, que les rapports du Giec ont souvent tendance «à sous-estimer les changements climatiques que de les exagérer.»
Des prévisions alarmantes
Et heureusement. Car dans la dernière mouture du gros rapport, les prévisions sont alarmantes. Encore (un tout petit peu) discutée, la responsabilité humaine dans le «réchauffement global» est établie définitivement. «La confiance dans la contribution humaine au changement climatique a considérablement progressé depuis la publication du troisième rapport d'évaluation» (le rapport du Giec publié en 2001, ndlr) explique le rapport. Une responsabilité d'autant plus évidente, aux yeux des climatologues, que le contexte environnemental ne favorise pas un réchauffement naturel. «Ces changements interviennent à un moment où les facteurs de forçage radiatifs non-anthropiques (l'activité solaire, le volcanisme, ndlr) auraient dû refroidir et non réchauffer.» Globalement, selon les experts, la température globale moyenne devrait donc progresser de 2°C à 4,5°C ,au cours du siècle (par rapport à l'ère pré-industrielle, ndlr). Bon nombre d'experts tombent d'accord sur une montée du thermomètre de 3°C. Soit plus de trois fois la montée de température moyenne constatée dans l'Hexagone depuis que la météo existe ! La planète trouvera-t-elle cela à son goût ? Une question à laquelle les spécialistes du Giec répondent d'ores et déjà par la négative. Il y a fort à parier, en effet, que l'accroissement de la température va réduire la capacité de la nature a absorber le CO 2 , voire la contraindra à relâcher d'avantage de gaz à effet de serre, comme les hydrates de méthane emprisonnés dans le permafrost. C'est ce que l'on appelle en jargon scientifique les «rétroactions positives».
Toujours plus de GES
Un monde plus chaud sera un monde dont l'atmosphère contiendra plus de vapeur d'eau, un puissant gaz à effet de serre naturel. Tout aussi inquiétante est la «globalisation» des impacts des changements climatiques. Jusqu'ici, on ne voyait la température progresser qu'en surface. C'était le bon temps. «Le réchauffement d'origine anthropique est répandu et peut être détecté grâce à la mesure des températures faite en surface, dans l'atmosphère et dans les océans», affirme le rapport. Fort heureusement, l'homme est un gros pollueur. Et, grâce aux quantités astronomiques d'aérosols que nous émettons (des sulfates notamment), nous réduisons un peu l'effet des GES. «Sans l'effet refroidissant des aérosols atmosphériques, il est très probable que les seuls gaz à effet de serre auraient fait davantage monter les températures que ce que l'on a observé au cours de ces cinquante dernières années», confirme le rapport.
Lourdes conséquences
Bien évidemment, ces effets ne seront pas dénués de lourdes de conséquences. Au cours du siècle, nous devons donc nous attendre à un accroissement des vagues de chaleur à l'instar de celles qui tua 15 000 personnes en France, durant l'été 2003. Les événements climatiques extrêmes, tels les ouragans, seront plus nombreux et plus puissants. L'arctique sera pratiquement libérée des glaces durant l'été. Ce qui provoquera un afflux d'eau douce qui perturbera grandement la branche nord du Gulf Stream. Sous l'effet de la dilatation de l'eau et de la fonte des glaces continentales, le niveau des mers pourrait s'élever, en moyenne, de 43 centimètres. Avec des conséquences que l'on imagine.
Les 3°C fatidiques
Dans son rapport, publié en octobre dernier ( cf. Enerpresse n°9198 ), Nicholas Stern avait tenté, à partir de situations climatiques données, d'imaginer les impacts socio-politiques des changements climatiques. Avec une hausse moyenne de un degré, la fonte des glaces continentales menaçait l'approvisionnement en eau potable de 50 millions de personnes. Les rendements des récoltes baissaient dans les régions tempérées. Le paludisme et d'autres maladies tropicales frappaient les populations européennes. Les barrières de corail mouraient, menaçant ainsi la stabilité de nombreux archipels tropicaux. Avec une hausse de 2°C, le rendement des récoltes de céréales diminuait de 5% à 10% en Afrique tropicale. Plus de 10 millions d'habitants sont menacés par la montée des eaux marines. Entre 15% et 40% des espèces disparaissent. A trois degrés, la situation est bien pire. L'Europe du Sud subit une sécheresse sévère tous les dix ans. Entre 1 et 4 milliards d'habitants n'ont pas un accès quotidien à l'eau potable. Le nombre de malnutris augmente de 150 à 550 millions de cas par an. Trois degrés, c'est une augmentation moyenne de la température globale qui est désormais considérée comme possible par plusieurs modèles info rmatiques.

Par Valéry Laramée de Tannenberg
Annoncée au printemps, à l'été, puis à l'automne, la révision du Plan Climat français a été rendue publique, lundi, par le Premier ministre. Audacieux sur le secteur des transports, ce nouveau programme de mesures apparaît en revanche assez timoré pour le bâtiment.
Comme de coutume (cf. la présentation du rapport Facteur 4), le gouvernement a tout fait pour présenter en catimini l'actualisation du Plan Climat. Après avoir invité la presse dans la soirée de dimanche pour le lendemain matin, c'est tout naturellement que le Premier ministre s'est retrouvé lundi matin devant un aréopage où les représentants de la presse se comptaient sur les doigts de la main. On voit tout de suite que la lutte contre le changement climatique n'est pas une priorité médiatique pour l'administration Villepin. N'en déplaise à Nicolas Hulot.
Attendue pour le premier semestre, l'actualisation du Plan Climat 2004 commence par dresser un bilan positif des actions déjà engagées : plan véhicule propre, PPI, plan biocombustible, étiquetage des performances climatiques des véhicules et des logements, crédits d'impôts, marché de quotas d'émissions, fiscalité des biocarburants. Sans oublier la récente mise en place des certificats blancs. Au total, souligne le document "l'engagement budgétaire de l'Etat dans le cadre de la politique de lutte contre le changement climatique est très important : on peut évaluer à plus de 2 milliards d'euros la contribution annuelle des différentes politiques gouvernementales à la lutte contre le changement climatique." Deux milliards, c'est bien. Mais c'est tout de même huit fois moins que ce que préconise d'investir annuellement le rapport Stern.
Côté résultat, la France tient globalement son objectif de Kyoto. En 1990, l'Hexagone rejetait environ 566 millions de tonnes équivalent C02 (Mtéq.CO2) par an. En 2004, ce montant est tombé à 562,4 Mtéq.CO2. Ce qui tombe plutôt bien, car notre objectif est de stabiliser nos émissions à l'horizon 2012. La tendance est donc bonne. A ceci près qu'aucun gouvernement n'est encore parvenu à réduire les rejets carbonés croissants des transports (+ 23% entre 1990 et 2004) et des bâtiments (+22% sur la même période). D'où
la nécessité d'ajouter de nouvelles armes à l'arsenal français. Le sujet, on l'a récemment vu, passant bien dans les médias, le gouvernement va donc accroître les budgets de communication et de sensibilisation sur le renforcement de l'effet de serre. Le nombre des Espaces Infos Energie (EIE) sera doublé. Dans cinq ans, les Français auront donc 350 EIE à leur disposition, contre 175 actuellement. De son côté, le budget communication climatique de l'Ademe sera accru de 3ME par an. A peine de quoi acheter un peu plus d'espace publicitaire. S'inspirant sans doute du modèle britannique du Tyndall Center, le gouvernement Villepin entend regrouper les meilleurs établissements de recherches et d'enseignement supérieur. Ce qui n'est pas encore fait puisque seule la moitié du financement public-privé de cette opération (évaluée à 8ME sur cinq ans) est dégagée. Côté transports, le gouvernement est pris entre deux feux. D'un côté, il tente d'inverser une mauvaise tendance. De l'autre, il ne souhaite pas mécontenter l'industrie automobile, très réticente au projet de directive régulièrement brandi par la Commission européenne.
Reprenant le concept d'accords sectoriels de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la France soutiendra, au premier semestre 2007, le projet de création d'un marché de quotas de CO2 pour les constructeurs automobiles. En clair, lesdits industriels devront mettre sur le marché une gamme de véhicules dont les rejets ne devront pas excéder une certaine limite. Si ces limites étaient dépassées (et elles le sont actuellement par rapport aux engagements pris par les constructeurs européens, japonais et sud-coréens), les constructeurs devraient faire l'acquisition de nouveaux permis d'émission. Dans le même registre, en plus de l'aviation et du transport maritime, Paris ne verrait pas d'un mauvais oeil que les entreprises de fret soient incluses dans le marché de quotas, lors de la prochaine révision de la directive. Les camions ne devront pas s'acquitter que de quotas. Après une expérimentation en Alsace, l'Eurovignette pourrait être appliquée à tous les poids lourds de plus de 12 tonnes. On devrait par ailleurs connaître dans les prochains jours les conclusions de la commission Beltoise sur la possibilité de moduler les tarifs de péage autoroutier en fonction des rejets carbonés de chaque véhicule. En plus de favoriser le développement des biocarburants, le gouvernement entend accroître la part des véhicules électriques ou hybrides dans les flottes de taxis.
Curieusement, alors que les lobbies y sont moins turbulents que dans les transports, l'ambition gouvernementale est nettement moindre dans le secteur du bâtiment. Bien évidemment, un gros travail normatif sera engagé (avec le lancement des travaux sur la RT 2010). Mais mis à part la possibilité pour les collectivités d'exonérer de taxe foncière pendant cinq années les propriétaires de construction ayant subi des travaux d'amélioration, peu de mesures semblent pouvoir contribuer à réduire significativement l'impact climatique de nos maisons, immeubles et tours de bureaux.
Tel n'est pas le cas du secteur énergétique. Avec la disparition des mines de charbon, le gouvernement ne semble pas presser de voir "King Coal" reprendre du poil de la bête. Une taxe sur l'utilisation du charbon (1,19 euro/MWh) pourrait ainsi être créée. De plus, les futures centrales au charbon (si elles finissent par être construites) se verront allouer autant de quotas d'émissions que les installations au gaz. Ce qui pourrait un peu changer l'économie des projets. Certaines énergies renouvelables seront encore plus soutenues qu'elle ne le sont aujourd'hui. Le plan climat 2006 annonce une augmentation des tarifs de rachat du courant produit par la biomasse. Les crédits de l'Ademe dédiés aux réseaux collectifs de chaleur renouvelable seront, par ailleurs, doublés. Enfin l'objectif du dispositif des certificats d'économie d'énergie devrait être doublé lors de la seconde période d'engagement (2009-2012).
Cédant à un fort lobbying mené par la mission climat de la Caisse des dépôts, Paris va enfin lancer ses projets domestiques. Un appel à projets sera émis par la Caisse des dépôts, dès le début de l'année prochaine, à hauteur de 5MtCO2 2, se répartissant en 1MtCO2 pour la période 2008-2012. Les agriculteurs et les sylviculteurs ne seront pas oubliés. Les premiers seront encouragés à réduire leur utilisation d'azote (l'oxyde nitreux qui se dégage des sols fertilisés est un puissant gaz à effet de serre, ndlr), à améliorer la conduite de leurs tracteurs et à diminuer la consommation énergétique des serres.
Le méthane généré par les effluents d'élevage pourra être valorisé énergétiquement. L'Office national des forêts se voit aussi confier une nouvelle mission. A titre expérimental, l'O NF gèrera, dès 2007, 10 forêts comme des puits de carbone, en respectant les critères posés par le secrétariat de la Convention de l'ONU sur les changements climatiques. Les collectivités locales seront, elles aussi, mises à contribution. En plus de devoir réviser leurs plans de déplacements urbains (pour celles qui en ont fait un), les communes de plus de 100000 habitants seront incitées à réaliser des Plans Climat Territoriaux. Des PCT, dont les meilleurs, seront récompensés, chaque année par le ministère de l'Ecologie. Champagne !
L'Etat aura aussi son lot d'actions à mener. Par exemple, en créant un fonds destiné à financer des opérations de rénovation des bâtiments publics. En imposant, vraiment, la neutralité Carbone des prochains Contrats de Projet Etat-Région. En affichant la (mauvaise le plus souvent) performance énergétique de ses bâtiments. Un groupe interministériel devrait aussi élaborer une stratégie nationale d'adaptation aux effets des changements climatiques. Un programme qui pourrait être présenté au cours du second semestre 2007. Enfin, l'Etat demandera à ses fonctionnaires de "compenser" les émissions de gaz à effet de serre générées durant leurs déplacements professionnels.
Bref, à coup de mesures diverses et variées, le gouvernement Villepin estime qu'il pourra encore réduire de 6 à 8 MtCO2 les émissions annuelles de GES par an sur la période 2008-2012. Une condition sine qua non pour remplir nos objectifs de Kyoto.


Par Valéry Laramée de Tannenberg
Il était temps ! Avec plus de deux mois de retard sur la date limite fixée par Bruxelles, la France a fait parvenir, vendredi, son projet de PNAQ 2 (Plan national d'allocation de quotas) à la Commission européenne. PNAQ 2 : mais kesako ?
Pour aider les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), le protocole de Kyoto a prévu, dans ses articles 6, 12 et 17, la création de trois mécanismes économiques : la mise en œuvre conjointe, le mécanisme de développement propre et l'échange de quotas d'émissions. Les deux premiers autorisent les pays industrialisés devant réduire leurs rejets de GES (dits de l'annexe 1) à financer des projets permettant de réduire « l'empreinte climatique » de pays en développement. En contrepartie, ils perçoivent des quotas d'émissions supplémentaires, correspondant à l'économie d'émission réalisée dans le pays du Sud.
Inspiré des systèmes de régulation des oxydes de soufre et d'azote américains, le troisième dispositif est différent. Son principe est de fixer à des sites industriels des limites décroissantes d'émissions. A chacun d'entre eux, l'on distribue des quotas (d'une tonne de gaz chacun !), dont le montant correspondant à l'objectif donné. Une usine ayant une limite d'émission de 100 tonnes de CO2 recevra donc 100 quotas. Les sites qui auront émis moins de CO2 que la limite, pourront revendre à des nécessiteux leur quotas superflus. Voilà ce que l'on appelle vulgairement le marché des quotas d'émissions.
Depuis le 1 er janvier 2005, tous les pays membres de l'Union européenne (du moins officiellement) ont ouvert un tel marché, auquel participent environ 12000 sites en Europe, dont 1085 en France. En mettant en oeuvre ce mécanisme de « flexibilité », l'Union européenne a fait figure de pionnière. En effet, le protocole de Kyoto ne prévoit la mondialisation de ce système qu'en 2008 ! Peu importe, les entreprises et les institutions européennes auront trois ans pour s'exercer. Ce n'est pas trop !
Pour la période 2005-2008 (la première période d'engagement !), les pays membres de l'Union européenne avaient donc distribué les quotas à leurs industriels via des plans nationaux d'allocation (ou PNAQ). Des plans dont on a vu, dès la première année de fonctionnement, la très grande générosité. En avril dernier, les experts européens se sont rendu compte que certains pays avaient alloué beaucoup trop de quotas pour que le système soit efficace. Résultat : les prix de ces permis ont perdu plus 60% de leur valeur en quelques jours. En quoi cela est-il une mauvaise nouvelle ? L'efficacité du dispositif repose sur la rareté de la ressource. Moins il y a de quotas disponibles sur le marché, plus leur prix est élevé. A un moment donné, l'industriel a donc tout intérêt à investir pour réduire réellement ses rejets de GES plutôt que de continuer à acheter des quotas. Or, si le prix chute, les entreprises peuvent se constituer des réserves à bon compte. Ce qui leur évitera d'acheter des procédés propres et sobres.
Pour éviter la faillite du système, la Commission a renforcé les objectifs de réduction d'émission et promis d'être intraitable lors de l'examen des PNAQ 2. Car, pour préparer la prochaine période d'engagement (2008-2012), les Etats devaient soumettre à la Direction de l'environnement leur projet d'allocation avant le 30 juin dernier. Moins de dix pays ont tenu le délai. Comme à son habitude, la France a été en retard. Ce qui ne signifie pas que son plan soit nul. Ni prodigieux, d'ailleurs. Si Bruxelles l'accepte (les services de Stavros Dimas ont trois mois pour l'examiner), les 1088 industriels français pourront se partager 161,2 millions de quotas par an. Certes, c'est un peu plus que lors du précédent plan, raison pour laquelle les ONG françaises spécialistes de la question appellent les services de Bruxelles à le rejeter. Mais le PNAQ 2 tricolore intègre 8 sites supplémentaires, dont 5 usines chimiques émettant de grandes quantités de protoxyde d'azote. Jusqu'à présent, le PNAQ ne prenait pas en compte ce GES, dont le pouvoir de réchauffement est 296 fois supérieur à celui du CO2. La France, comme les Pays-Bas, a choisi de le faire, au grand soulagement des chimistes qui préfèrent utiliser des quotas encore accessibles plutôt que de se voir infliger des taxes qui les obligeraient à investir réellement dans des équipements de dépollution très chers ou dans des changements de procédés de fabrication.


Par Valéry Laramée de Tannenberg
En écoutant les représentants des compagnies électriques européennes, on a du mal à comprendre le marché du gaz carbonique. Après avoir beaucoup négocié avec leurs autorités nationales pour se faire servir le maximum de permis d'émissions, ces dernières ont à nouveau manifesté leur mécontentement. A peine cotés sur les cinq bourses européennes du carbone, les quotas étaient déjà trop chers. Trop chers ? Des permis qui leur avait été distribués gratuitement ? Trop chers ont-ils assuré. Et de fait, en l'espace d'un semestre, les prix se sont hissés de 7 euros à une vingtaine, avant de flirter avec les 30 euros au cours du mois d'avril. Conséquence, ont-ils ajouté la bouche en cœur (et ce quelque soit leur mix énergétique), les prix de l'électricité allaient monter. Ce que ces pauvres énergéticiens ont moins dit, du moins publiquement, c'est qu'ils ont intégré au prix du MWh environ 60% du prix virtuel du quota d'émissions. Or, quoi de plus simple que de faire monter les prix sur les bourses allemande, autrichienne, scandinave, britanno-néerlandaise et française des quotas? Les échanges n'y portent pas, contrairement aux bourses de l'électricité, sur des volumes si considérables. Et il n'est pas interdit d'imaginer que certains traders bien intentionnés aient pu, en achetant ou en vendant à des moments judicieux, faire varier la courbe des prix du carbone européen de sorte qu'elle épouse la courbe des prix des électrons. Que reste-t-il de ce dispositif astucieux ? Tout d'abord, les électriciens auront pu engranger, durant l'année 2005, de substantiels bénéfices carboniques (on parle de 1,5 milliard d'euros rien qu'au Royaume-Uni). Plus embêtant, le concept même du marché européen de quotas en prend un coup. Tant et si bien que certains appellent à son remplacement … par une taxe sur les émissions de CO2. D'autres, comme les gouvernements français et allemand, en ont profité pour exiger une refonte de la directive « Quotas » Quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu'il a la rage.


Par Valéry Laramée de Tannenberg
Un an déjà. Une année que le protocole de Kyoto est entré en vigueur. L'anniversaire devrait transporter de joie tous ceux qui luttent pour réduire nos impacts climatiques. Il n'en est rien. A cela deux raisons principales. Le 12 janvier dernier, les Etats-Unis ont conclu avec la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud et l'Australie un partenariat prévoyant notamment des échanges de technologies entre ces pays qui représentent une petite moitié des émissions anthropiques mondiales de gaz à effet de serre. Faut-il s'en réjouir ou s'en formaliser ? Les pessimistes voient, bien sûr, dans cette convention une alternative au protocole signé en 1997. A contrario , les optimistes estiment qu'il s'agit là d'un moyen, un peu détourné certes, d'associer les Etats-Unis et la Chine (les deux plus gros émetteurs mondiaux) au processus onusien de lutte contre le changement climatique. La question mérite en tout cas d'être posée au moment où débutent les premières négociations internationales sur les engagements climatiques internationaux pour la période commençant après 2012 (échéance du protocole de Kyoto). L'autre gros nuage noir est amené par les résultats des élections canadiennes. Sans surprise, les conservateurs ont balayé les libéraux. Et les vainqueurs du scrutin du 23 janvier n'ont jamais caché leur hostilité au protocole de Kyoto. Aussi, les premières interventions de la nouvelle ministre de l'Environnement fédéral, Rona Ambrose, étaient-elles très attendues. Le 16 février, la politicienne de la province pétrolière de l'Alberta n'a pas mâché ses mots, en se déclarant opposée aux mécanismes de flexibilité (mécanisme de développement propre, marché de quotas d'émissions, application conjointe), sur lesquels est en grande partie fondée la stratégie climatique canadienne, élaborée par le précédent gouvernement. De deux choses l'une : ou bien la sortie, très médiatisée, de Rona Ambrose n'était qu'une rodomontade destinée à rassurer ses électeurs pétrogaziers avant d'appliquer un programme honni. Ou bien, Ottawa prépare effectivement son retrait de Kyoto. Ce qui légalement n'est pas possible avant 2009. Les mois qui viennent devraient nous en dire plus.
Fort heureusement, tout ne va pas si mal au royaume du climat. On l'a dit, les prémisses des négociations internationales sur le « post-Kyoto » démarrent discrètement. A cet égard, la France a déjà rendu publique sa vision de la capture et de la séquestration du carbone. L'un des sujets qui sera le plus discuté par les sherpas, au cours des prochains mois. A Bruxelles, la Commission européenne a lancé le processus d'allocation aux industriels des quotas d'émissions de CO2 pour la période 2009-2012. Enfin, les Nations Unies ont dernièrement recensé, dans le monde, quelques 620 projets ayant pour but de faire baisser de 800 millions de tonnes de gaz carbonique nos émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2012. Soit l'équivalent de la totalité des rejets de carbone africains. Pas si mal pour un début !
Par Valéry Laramée de Tannenberg


Le 14/12/05
Par Valéry Laramée de Tannenberg
Les Canadiens avaient bien préparé leur coup. Grâce à une préparation hors norme, à l'audacieux pilotage de la conférence effectué par le ministre de l'Environnement Stéphane Dion, le sommet climatique de Montréal s'est achevé sur un succès. Succès, tout d'abord, par l'adoption définitive des mécanismes de flexibilité et de leur mode d'emploi spécifique. Succès ensuite par la signature de toute une série d'accords bilatéraux annonçant une explosion prochaine de projets entrant dans le cadre du mécanisme de développement propre (MDP). Succès encore par le nombre de décisions plus ou moins importantes qui ont été prises. Les délégués des 189 pays représentés ont donné le feu vert à des dispositifs aussi divers que l'accroissement de l'aide aux pays en développement, le renforcement du financement du secrétariat de la convention, la mise en place du registre mondial des crédits d'émission, l'adoption d'un système d'observance des réductions d'émissions de gaz à effet de serre, etc. Mais le plus important n'est pas là.
Le sommet de Montréal, en effet, avait un objectif plus ambitieux que de fluidiser l'application des mécanismes de flexibilité ou de demander aux États d'honorer leurs engagements financiers vis-à-vis du secrétariat de la Commission ou du secrétariat exécutif du MDP. Non, le grand objectif était évidemment de lancer LA grande discussion portant sur l'après 2012, année d'échéance du protocole de Kyoto. Le tout sans (trop) prendre de front les États-Unis et leurs alliés traditionnels, dans ce genre de négociation, que sont l'Arabie Saoudite et l'Australie. L'administration Bush avait prévenu dès le départ : elle torpillerait tout accord comportant de nouveaux objectifs. Et jeudi soir, la délégation américaine tenait parole en s'opposant, seule contre le reste du monde, à un projet de décision, rédigé dans le cadre de la convention de l'ONU, dont les États-Unis sont signataires. Malaise. Et le flottement devint plus percep