Petit oubli à l'atelier Climat… - Par Florence Leray
Bernadette à l'Elysée - Par Bernadette Gilbertas
Les symboles ont leur importance - Par Christine Virbel
Chirac écolo et antilibéral - Par Carine Mayo

Les scientifiques, les politiques et le fric - Par Carine Mayo

Une de plus ? - Par Catherine Levesque

Billet d'humeur - Par Claude-Marie Vadrot

Appel de Paris DISCOURS DE JACQUES CHIRAC

 

Petit oubli à l'atelier Climat…

Par Florence Leray

L'atelier climat n'était guère plus excitant que les autres ateliers de la Conférence de Paris sur l'environnement… Pas grand chose à dire, si ce n'est une petite anecdote qui m'interpelle. La voici : j'ai suivi la déclaration – très décousue - de Susan Solomon, l'Américaine qui a coordonné les travaux du GIEC et j'ai été surprise d'une chose : elle a annoncé seulement 0,1 degrés d'augmentation de température par décade d'ici à la fin du siècle. Ce qui a eu pour conséquence de créer un effet de surprise auprès des personnes qui m'accompagnaient et qui ne connaissaient rien à l'environnement : « C'est tout ?  » m'ont-elles dit… Aussi ai-je dû leur expliquer que Susan Solomon avait oublié de dire que 0,1 degrés c'est l'augmentation malgré tout inévitable SI et SEULEMENT SI on mettait en place dès aujourd'hui des actions de réduction de gaz à effet de serre permettant de maintenir les taux identiques à ceux de 2000… Pourquoi l'oubli d'une telle précision, je ne sais pas… Est-ce parce qu'elle est Américaine ? (Je plaisante, quoique…)

En réalité, après lecture du rapport du GIEC, d'ici à 2100, la température devrait augmenter de 0,2 degrés par décade. Soit de 2 degrés en 2100. Et encore, ces chiffres sont la moyenne d'un "scénario bas" qui est de 1,8 degré (elle-même la moyenne de 1,1 à 2,9 degrés) et d'un "scénario haut" de 4 degrés (lui-même la moyenne de 2,4 à 6,4 degrés)… Vous connaissez les scientifiques : on n'est jamais trop prudents ! Ces chiffres sont hélas pires que ceux annoncés par le dernier rapport du GIEC en 2001…


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Bernadette à l'Elysée- Par Bernadette Gilbertas

Par Bernadette Gilbertas

C'était une première, j'allais entrer à l'Elysée ! Quelle classe, quand j'allais raconter ça à mes copines de bureau ! Vertes, elles seraient. Enfin, parce qu'on ne peut pas dire qu'elles le soient à fond, mais bon.

Tention, on ne pénètre pas comme cela à l'Elysée, s'est chargé de me rappeler le bureau de presse des Affaires étrangères. Fallait une carte de presse. Pas de carte de presse. Alors fallait deux lettres, au moins, de commande de magazine. De magazines « connus », me précisa la dame d'assez mauvaise humeur. Alors j'ai appelé au secours mes potes rédacteurs. Merci Terre sauvage, merci Grands Reportages.

Puis j'ai pénétré dans le petite cour d'Honneur du Palais, le mollet aussi ferme que le nom de son constructeur*.

La conférence pour une gouvernance écologique mondiale « Citoyens de la terre » pouvait bien démarrer, j'étais à l'Elysée !

Si je devais vous raconter ma déception ou ce que je n'ai pas aimé reviendrait à faire la copie quasi-confrome de la mauvaise humeur de Claude-Marie Vadrot. Je préfère vous raconter ici, ce que moi j'ai bien aimé :
Entendre dans l'allocution inaugurale de Jacques Chirac ces petits bouts de phrases : « Nous sommes incapables de nous affranchir de schémas de pensées obsolètes, d'une structure économique héritée du XIX ème siècle », « face à l'urgence, le temps est à la révolution. La révolution des consciences. La révolution de l'économie. La révolution de l'action politique ». (C'est beau, non ?), ou l'entendre parler « d'écologie humaniste », (pas mal non plus) ; « que la révolution politique est en marche : grâce aux associations »…

L'air réjoui du Président, celui d'un bon grand père ayant enfin tous ses petits enfants autour de lui…

Que le président du GIEC, Rajendra K. Pachauri, affirme qu'il n'y aurait aucun gagnant à l'issue du réchauffement climatique…

Le défi du protocole de Jane Goodall quand, prenant la voix de ses chimpanzés, elle lança dans le micro le hello guttural, roulant, ronflant, de ses amis les primates, avant que ceux-ci ne disparaissent définitivement …

Puis lors de l'atelier « Agir ensemble pour sauvegarder la biodiversité », auquel j'assistais, j'ai aussi beaucoup aimé :
Quand Michel Loreau, président du programme international Diversitas , a insisté sur le fait qu'en ne venant pas au secours de la biodiversité, l'homme faisait une faute envers sa morale, qu'il y avait « dévalorisation de l'idée que l'homme a de lui »…

Quand Carlos Manuel Rodriguez, du Costa-Rica, Directeur du   Center for Biodiversity Conservation , s'est insurgé du fait que le dauphin d'eau douce avait été déclaré rayé de la carte de Chine, la semaine dernière sans que personne s'en émeuve. Et surtout, quand il a rappelé « qu'Agriculture et Finances étaient les 2 plus grands ennemis de la biodiversité »…

J'ai bien aimé Jacques Weber, économiste, anthropologue, directeur de l'Institut français de la Biodiversité, nous rappelant que si « donner une valeur à la nature est une idée qui court beaucoup en ce moment, elle n'est guère acceptable par les économistes » et qu'en apprenant le langage de l'ennemi, on ne se bat pas contre lui »… réaffirmant encore que « l'empreinte écologique augmente en fonction des revenus, que les pauvres ont une empreinte localisée, quand les riches l'ont sur l'ensemble de la planète »…

J'ai bien failli me pâmer d'admiration, quand il a martelé qu'il n'y aurait pas d'issue si on ne passait pas « d'un capital manufactier à un capital naturel » . Et surtout quand il a conclu sur le fait que  « la révolution ne doit pas être écologique, mais économique »…

Mario Molina, prix Nobel de chimie, demandant le renfort urgent de la toxicologie…

La passion et la force de conviction de Sunita Naraïn, éditrice indienne du magazine Down to Earth, exigeant de Jacques Chirac, qu'il s'engage plus encore afin de devenir un leadership « top niveau » !…

Jacques Chirac, lâchant que « le libéralisme était intouchable, ce qui est une erreur fondamentale », Ca j'ai adoré.

Jeremy Rifkin économiste américain, brillant du début à la fin de son C.R de l'Atelier « Inventer la croissance écologique : le changement des mentalités, des modes de production et de consommation », nous incitant à ne plus penser en terme de géo-politique, mais en terme de « bio-politique ».

Et puis et puis, l'Amour était au rendez-vous, sous les plafonds de l'Elysée, avec Jane Goodall, dans « Amour et Compensation », et avec Nicolas Hulot, le traduisant en énergie, «cette énergie de l'amour que nous n'utilisons pas assez ». Oui, je sais, ça fait un peu gnan gnan, mais quand même. C'est comme dans les grands films à l'eau de rose, quand on me parle d'amour, et de réchauffement climatique, sous les plafonds de l'Elysée, je fonds !

* On doit le palais de l'Elysée à l'architecte Mollet, qui l'édifia en 1722, pour le Comte d'Evreux.


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Les symboles ont leur importance - Par Christine Virbel

Par Christine Virbel

La Tour Eiffel a éteint ses lumières pendant 5 minutes jeudi dernier pour participer au geste en faveur de l'environnement demandé par un grand nombre d'associations écologiques. Un symbole, bien sûr, à l'heure où Paris recevait le GIEC et allait démarrer la Conférence de Paris pour une gouvernance écologique mondiale. Mais les symboles ont leur importance et, comme un dessin, ils en disent souvent plus qu'un long discours. La Tour Eiffel, connue aux quatre coins de la planète, a dit en 5 petites minutes ce que nous essayons de faire comprendre au grand public, aux décideurs économiques et aux hommes politiques depuis des années par le biais d'articles, de photos, de livres et de films, chacun à notre niveau, selon nos spécialités, en France ou depuis l'étranger ! Il n'y a pas de quoi rager. La Tour Eiffel, c'est la France, et la France, c'est nous ! Et si une vieille dame nous aide dans notre travail, il faut s'en féliciter.

Le symbole à retenir de la Conférence de Paris est, bien entendu, l'Appel de Paris, que le Président Chirac a lancé devant son pupitre pour lui donner plus de solennité. Aura t'il le même impact historique que le « I have a dream » de Martin Luther King, le « ich bin ein Berliner » de JFK ou la poignée de mains entre François Mitterrand et Helmut Kohl ? L'Histoire nous le dira. Mais j'ai envie d'y croire. J'ai envie d'y croire car il s'adresse à tous : responsables politiques, organisations internationales et non gouvernementales, chefs d'entreprises, citoyens mais surtout parce qu'il s'appuie sur le travail de spécialistes planchant depuis des années sur les origines de la Terre ou de l'Humanité, sur les températures, la mer, l'air, la santé, la biodiversité, que sais-je encore. Certains d'entre eux sont connus mais pas tous. La plupart n'ont pas d'ambition politique et effectuent leur travail pour la science et avec une grande conscience. Et même si des erreurs d'estimation sont possibles, tous ne peuvent pas se tromper. Si malgré cela on reste sceptique et qu'on pense, comme Descartes, que  « l'esprit trompeur » de ces spécialistes et hommes politiques nous manipule pour obtenir une prime de fin d'année, pour passer à la télévision ou bien encore pour donner du prestige à la France et marquer l'Histoire, faut-il renoncer à y croire et à y participer ? Je ne le pense pas. Pour une fois les intérêts particuliers vont dans le sens de l'intérêt général. C'est pourquoi il n'y avait pas de contradiction entre les propos de M. Valli Moosa, homme politique sud-africain et militant écologiste, qui parlait du besoin de renforcer les actions locales et ceux de M. Molina, chimiste mexicain Prix Nobel de chimie en 1995, qui expliquait l'importance d'un changement d'échelle (du local ou national au mondial) des actions à mener. Et c'est aussi pourquoi il n'y a pas de contradiction entre le fait d'agir pour l'environnement par conviction personnelle ou parce que c'est « branché ». Je veux donc croire en ce nouveau projet, en cette sorte de « Nouvelle Frontière » écologique et espère avec impatience les résultats de la première réunion au Maroc du groupe pionnier des « amis » d'une ONUE.

Alors à mon tour, symboliquement, en delà des Pyrénées et avec mes mots comme outils, je réponds présente à l'Appel de Paris et profite de l'occasion pour m'engager devant vous « à faire progresser la prise de conscience au niveau local, national et international » comme je le faisais sans sortir du cadre journalistique depuis 8 ans.

Christine VIRBEL , correspondante en Espagne spécialisée dans l'environnement


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Chirac écolo et antilibéral

Par Carine Mayo

Le président Chirac n'a pas fini de nous étonner. On le savait écolo (du moins en paroles) depuis Johannesburg, le voici maintenant antilibéral. Après avoir repris à son actif les arguments des Verts, le voici qui empiète sur le terrain de José Bové ! A plusieurs reprises, lors de la Conférence de Paris pour une gouvernance écologique mondiale, il a mis en cause le libéralisme. D'abord en s'agaçant des vains efforts menés par la communauté internationale pour permettre à tous les êtres humains d'avoir accès à l'eau. « Nous nous sommes donné bonne conscience, et nous n'avons rien fait, ou si peu », a t-il déclaré, en soulignant le manque d'argent attribué à cette cause. « L'argent doit venir des nations riches. Celles-ci font un effort budgétaire, mais cette technique ne réussira jamais. Jamais la priorité ne sera donnée dans un budget aux pays pauvres. » C'est pourquoi, il a appelé de ses vœux des financements innovants, et parmi eux une taxation du commerce international, qui permettrait selon lui de tripler l'aide au développement. « Beaucoup de pays riches gèrent leur environnement sans se préoccuper des autres » a t-il souligné, stigmatisant ceux qui sont enfermés dans le « mythe libéral ». Un discours qui a trouvé un fort écho chez les représentants des pays en développement. Ainsi, la charismatique présidente du groupe de travail sur la gouvernance internationale, l'Indienne Sunita Narain, a t-elle insisté sur la nécessité d'un leadership, appelant Jacques Chirac à prendre la tête de la future organisation des nations unies pour l'environnement (ONUE), relayée par la Kenyane Wangari Maathai, prix Nobel de la paix. Il est vrai qu'il semble le seul homme d'Etat capable de fédérer les énergies autour d'un tel projet. Qui l'eût cru, il y a quelques années ? Mais il semblerait que, l'heure de la retraite approchant, Jacques Chirac se soit donné comme nouvel objectif de tenter de sauver l'humanité (à moins qu'il ne veuille sauver son âme ?). Ambition démesurée ou affichage médiatique ? On pourrait gloser des heures sur la sincérité de son projet. Bornons-nous simplement à remarquer qu'il est toujours plus facile d'agir lorsque l'on est dégagé du pouvoir, « retiré des affaires ». D'autres l'ont fait avant lui : Al Gore ou Mikhaïl Gorbatchev, pour ne citer que les plus récents. Et puis, le président de la République arrive à un âge où le temps presse. « J'atteins l'âge où proposer une utopie est un devoir » écrit Albert Jacquard dans son dernier livre. Et si l'utopie de Jacques Chirac, c'était cette fameuse ONUE ? Reste à voir comment l'on passera du rêve à la réalité, car la cohésion internationale est obligatoire pour faire face au réchauffement climatique et à l'érosion de la biodiversité.


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Les scientifiques, les politiques et le fric

Par Carine Mayo

Les scientifiques du Groupe Intergouvernemental sur le Climat ont fait leur boulot de lanceurs d'alerte. Les politiques qui ont signé le pacte de Nicolas Hulot se sont fait pour une fois l'écho des citoyens en tenant compte de leurs préoccupations. Ils étaient nettement moins nombreux à se rendre à la Conférence de Paris pour une gouvernance écologique mondiale, les 2 et 3 février 2007. A croire qu'à part les nombreux ministres de l'environnement des divers pays représentés, cela n'intéressait pas grand monde. Quant aux maîtres du fric, les chefs d'entreprise, ils étaient étrangement silencieux, assistant au discours de Jacques Chirac, mais prenant très peu part au débat. Or c'est là que le bât blesse, car ce sont eux qui ont le pouvoir. La preuve, sans les grandes puissances financières qui sont derrière lui, Georges Bush ne serait sans doute pas à la tête des Etats-Unis. C'est là la limite de l'exercice. Que pourra faire une organisation mondiale de l'environnement si elle n'est pas mue par un pouvoir politique fort, réunissant l'ensemble de la communauté internationale, face aux puissances économiques qui gouvernent le monde ? D'autant que dans la quarantaine de pays qui adhèrent à ce projet, il y a de grands absents : les USA (ce n'est pas un scoop), le Brésil, et surtout les grandes nations d'Asie (Chine, Inde…) qui représentent la moitié de l'humanité.


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Une de plus ?

Par Catherine Levesque

De cet atelier « biodiversité » fort difficile à synthétiser, on retiendra d'abord la chaleur suffocante des locaux (les interprètes étaient en T-shirt en plein mois de février, alors que le ministère nous assène que 19 °C suffisent largement à la maison !) et la sous-représentation, certes habituelle, des femmes (2 sur 27). Plus sérieusement, on notera aussi l'absence d'associations (sauf erreur) comme le WWF, Greenpeace ou BirdLife International, alors que plusieurs membres de Conservation International se sont exprimés. Côté « people », étaient présents Jane Goodall, Hubert Reeves, Jean-Marie Pelt et Nicolas Hulot. Quant à Nelly Olin, elle n'a fait qu'une brève apparition de principe.

L'atelier était coprésidé par Mohammed Valli Moosa, président de l'UICN, et Michel Loreau, universitaire et président de Diversitas. On connaît l'UICN, moins Diversitas, et c'est l'un des éléments marquants de cet atelier : la jungle des organismes et structures censés démêler l'écheveau de la biodiversité. Il y a les structures scientifiques (CNRS, Muséum…), qui déplorent au passage une moindre visibilité pour les problématiques liées à la biodiversité que pour le changement climatique, malgré un enjeu aussi important) ; il y a les associations et, plus floues, les organisations de type IMoSEB (Mécanisme international d'expertise scientifique sur la biodiversité), un nouvel outil destiné à faire l'interface entre les détenteurs du « savoir » et les décideurs.

Et c'est l'un des objectifs mis en avant à l'issue de cette conférence où l'on n'a rien appris : il faut combler le fossé entre la communauté scientifique, les décideurs et le grand public, qui, pour sa part, ignore superbement quels services lui sont rendus au quotidien par cette notion fourre-tout qu'est la biodiversité. C'est là que surgit l'idée lumineuse de Jacques Weber, économiste et anthropologue, qui a illustré son propos avec une photo de table inattendue où figuraient fromage, vin, pains… Bref, autant de produits que nous devons à la biodiversité : « Nous ne sauverons pas la biodiversité tant que notre économie sera fondée sur le capital manufacturier, et non sur le capital naturel », a-t-il conclu. Autrement dit, cessons de cantonner la biodiversité à une vision naturaliste, trop étriquée, pour lui donner une ampleur économique, médiatique et politique aussi forte que celle du changement climatique. Et pour cause : les dégâts causés par ce réchauffement ont un impact perceptible sur notre quotidien… et coûtent cher aux gouvernements.

La conclusion apparaît limpide : donnons donc une valeur aux biens de la nature, dont les entreprises dépendent à 50 % ; réfléchissons à une taxation sur les produits de la nature. Un discours repris par Nicolas Hulot : « Pour que les hommes se sentent impliqués dans la sauvegarde de la biodiversité, l'écologie doit pénétrer l'économie, puisque l'argument de l'éthique n'opérera pas. »

On peut reprocher à cette proposition de réduire la nature à une fonction utilitaire, ce qui est en effet bien dommage, mais, soyons lucides, la logique libérale et rationnelle de nos sociétés occidentales nous oblige à en passer par là…

Il ne s'agit de rien d'autre que d'une révolution économique. D'ailleurs, il fut beaucoup question de révolution dans les salons feutrés de l'Elysée… Révolution nécessaire dans nos choix de société, nouvelle révolution industrielle vers une ère post-carbone…

Dans une intervention courte, mais pertinente, Hubert Sauper, fort du succès remporté par son film Le Cauchemar de Darwin , a évoqué pour sa part une « révolution de conscience », faisant remarquer à juste raison que nous avons les info rmations, et qu'il est temps de faire confiance à la « base », à des personnes capables de « transformer ces info rmations en émotions ». Il n'a pas hésité à mettre en doute la légitimité et l'efficacité de la fameuse « gouvernance écologique mondiale » souhaitée par le président Chirac, a priori sincère, et sa cour. A quoi bon créer une nouvelle instance dans un paysage décisionnel déjà complexe ? Sans compter qu'une gouvernance purement environnementale sera vaine sans une approche sociale, comme l'a justement souligné le président du conseil régional de La Réunion. Et l'on rejoint là le propos développé avec brio par des écologistes comme Hervé Kempf ou Claude-Marie Vadrot dans leurs récents ouvrages. La protection de l'environnement, bien au-delà de la sauvegarde de la biodiversité, passe par un rééquilibrage des richesses. « Ceux qui subissent sont rarement ceux qui ont provoqué », a souligné M. Hulot. Et il apparaît indécent de demander à 2,6 milliards d'humains qui n'ont pas accès à une eau saine de préserver l'environnement, comme il semble délicat d'empêcher quelqu'un qui n'a rien à manger de chasser un lémurien, fût-ce-t-il endémique…

Même Jacques Chirac l'a dit, ces objectifs n'ont aucune chance d'être atteints ! « Il faut trouver des financements innovants, une taxation fondée sur l'augmentation de la richesse mondiale ou du commerce international (à l'image de la taxation mise en place sur les billets d'avion)… Ne pas toucher aux principes du libéralisme constitue une erreur fondamentale. »

On aimerait y croire à cette « maturation d'une conscience écologique mondiale », à cette lucidité pétrie de solidarité, de partage, d'équité. On aimerait « penser en termes biopolitiques et non plus géopolitiques ». Mais comme l'a fait remarquer Hubert Védrine, « une société ne se mobilise que si elle pense qu'il y a des solutions ». Il faut donc lui « proposer des réponses précises, un calendrier précis, une combinaison d'actions convaincantes ». « Soit la communauté internationale s'y emploie, soit ce sera la guerre écologique », a même déclaré Jacques Chirac dans son discours inaugural.

Au « seuil historique de l'irréversible », il suffit de contempler le buffet servi à l'Elysée (et interdit aux journalistes !) après l'ouverture officielle pour douter. Y avait-il des produits bio dans les assiettes ? Etait-ce du caviar ou des œufs de lompe qui garnissaient les appétissantes petites rattes ? Y a-t-il une alternative aux quelque 600 ampoules qui habillent les somptueux lustres de la salle où nous nous trouvions, et qui manifestement ne sont pas de basse consommation ?

Une conférence de plus, donc, et après ?

Donnons à Wangari Maathai le mot de la fin : « Je sais que nous ne savons pas tout, mais nous en savons assez pour agir. »

Catherine Levesque, citoyenne de la Terre.


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Billet d'humeur

Par Claude-Marie Vadrot

Accablante la conférence «  Citoyens de la terre » convoquée à la hâte du Président de la République sous la direction d'un écologiste bien connu, Alain Juppé, l'homme qui saborda Natura 2000 et qui n'est pas capable, au micro d'une consoeur, de faire la différence entre un panneau voltaïque et un chauffe-eau solaire.

Accablante la conférence, non pas à cause du projet d'Organisation Mondiale de l'Environnement que le président Chirac essaie en vain de vendre au monde entier depuis 2002. Accablante, car tout le monde est d'accord… sauf les Etats-Unis, sauf l'Australie, sauf le Brésil, sauf la Chine, sauf l'Inde, sauf la Russie et à peu prés 140 autres Etats du monde.

Accablante la conférence « Citoyens de la terre ». Non pas à cause de la « Révolution écologique » annoncée par Jacques Chirac, mais parce que cette révolution prônée par l'encore vert président de la République se fait attendre en France depuis (au moins) 1995.

Accablante cette conférence au verbe présidentiel si haut et si fort qu'il ferait croire que Jacques Chirac hésite pour la prochaine élection présidentielle entre le vote pour Voynet et le vote pour Bové, alors que le bilan écologique de la majorité sortante est d'une affligeante et régressive indigence.

Accablante la conférence, sombrant sous l'ennui des déclarations convenues ensevelissant les quelques paroles non-conformistes sous un déluge de sirop verdâtre dont les ténors n'évoquent que la prochaine conférence.

Accablante, la conférence qui dans un atelier consacrée à la biodiversité, alignait trois femmes sur 36 orateurs. Proportion qui n'était guère différente dans les cinq autres ateliers.

Accablants ces orateurs fatigués qui ne s'écoutaient même pas parce qu'ils racontent la même chose depuis des années.

Accablante cette conférence qui a fait semblant pendant un après-midi, de croire et de faire croire que le réchauffement du climat est le seul problème a régler pour sauver la planète : oubliée les pollutions de l'air et de l'eau, les destructions de la biodiversité ou les tensions croissantes sur le production d'énergie…

Accablants les journalistes politiques transformant un bavardage fumeux et pluriel d'un après-midi béni par un président marchant sur l'eau, en événement politique majeur.

Accablée la ministre de l'Ecologie Nelly Olin traînant son ennui d'un atelier à l'autre.

Accablé aussi, le journaliste cherchant désespérément un sens à tout cela dans les couloirs du centre de conférence le moins écologique de Paris.


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DISCOURS DE JACQUES CHIRAC

« CITOYENS DE LA TERRE »

CONFERENCE DE PARIS POUR UNE GOUVERNANCE ECOLOGIQUE MONDIALE

Appel de Paris
SAMEDI 3 FEVRIER 2007

Nous, citoyens de tous les continents, responsables politiques, représentants d'organisations internationales ou non gouvernementales, scientifiques, chefs d'entreprises, nous lançons un appel solennel à une vaste mobilisation internationale contre la crise écologique et pour une croissance respectueuse de l'environnement.

1. Aujourd'hui, nous savons que l'humanité est en train de détruire, à une vitesse effrayante, les ressources et les équilibres qui ont permis son développement et qui déterminent son avenir. Nous prenons conscience que le devenir de la planète dans son ensemble est en jeu, que l'humanité tout entière est en cause dans son bien-être, dans sa santé, dans sa sécurité, et jusque dans sa survie.

Aujourd'hui, le temps est venu de la lucidité. Savoir reconnaître que nous sommes parvenus au seuil de l'irréversible, de l'irréparable. Admettre que nous ne pouvons plus nous permettre d'attendre, que chaque jour qui passe aggrave les risques et les dangers.

2. A Rio, à Johannesburg, à Montréal, à Kyoto, la communauté internationale s'est mobilisée. Mais il faut aller beaucoup plus loin : être plus efficaces, plus rapides, plus cohérents, plus ambitieux.

3. C'est pourquoi, conscients de notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, conscients du coût de l'inaction, nous nous engageons à mettre au centre de nos décisions et de nos choix, chacun dans notre domaine, la préoccupation de l'environnement. Nous nous engageons à prendre les mesures qui s'imposent pour conjurer des périls qui menacent la survie même de l'Humanité, en particulier celui du changement climatique, dont le dernier rapport du Groupe Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat démontre avec force la gravité.

4. Nous nous engageons à faire progresser la prise de conscience aux niveaux local, national et international. Pour promouvoir une éthique écologique, nous appelons à l'adoption d'une Déclaration universelle des droits et devoirs environnementaux. Cette charte commune garantira aux générations présentes et futures un nouveau droit de l'homme : le droit à un environnement sain et préservé.

5. Nous nous engageons à faire le choix d'une autre croissance, une croissance écologique, le choix d'une économie mise au service du développement durable et de la lutte contre la pauvreté. Tous les peuples de tous les continents doivent pouvoir accéder au niveau de vie auquel ils aspirent légitimement. Mais nous récusons un modèle fondé sur le gaspillage effréné des ressources naturelles et la pollution toujours plus grave de la planète.

Nous nous engageons à promouvoir le développement de technologies, de modes d'organisation et de comportements plus économes en énergie, en eau, en ressources naturelles et à intégrer les coûts liés à la préservation de l'environnement dans nos systèmes économiques.

6. Dans cette responsabilité collective, l'effort doit être équitablement partagé entre les pays les plus riches, les pays émergents et les pays les moins avancés. Les transferts technologiques et financiers doivent être amplifiés. Il faut concevoir et mettre en œuvre des mécanismes de financements innovants pour aider les pays les plus pauvres à s'adapter.

7. Nous tous ici présents, Citoyens de la Terre, nous appuyons les efforts des nations qui se mobilisent, dans un esprit de souveraineté partagée, pour renforcer la gouvernance internationale de l'environnement. Nous appelons à transformer le Programme des Nations Unies pour l'Environnement en une véritable Organisation internationale à composition universelle.

A l'image de l'Organisation mondiale de la santé, cette Organisation des Nations Unies pour l'Environnement sera une voix forte et reconnue dans le monde. Elle doit être un instrument pour évaluer les dommages écologiques et comprendre comment y remédier; un instrument efficace pour promouvoir les technologies et les comportements les plus respectueux des écosystèmes; un moyen pour soutenir la mise en œuvre des décisions environnementales à travers la planète.

8. Nous nous réjouissons de la proposition du Maroc d'accueillir la première réunion du groupe pionnier des "amis de l'Organisation des Nations Unies pour l'Environnement" qui rassemble déjà plus de 40 pays.

 

9. Nous appelons tous les Etats à rejoindre ce combat.
C'est notre responsabilité à tous.
Il en va de l'avenir de l'humanité.

- 3 février 2007 -


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