Edito
du 30 juin 2003
Millau,
le 28 juin
Les
OGM en plein air
et Bové à l'ombre Merci José
Arrêté
au prix d'une véritable action commando qui a mobilisé un escadron de gendarmerie
et un hélicoptère, l'Ennemi Public N°1 José Bové est donc incarcéré depuis le
dimanche 22 juin à l'aube. Il avait prévenu : " dites à vos gendarmes que je serai
sans arme… ", ce qui n'a pas empêché ces derniers de fracasser une baie vitrée
de sa ferme à coups de crosses au lieu de frapper.
Et il lui ont interdit
de prendre quoi que ce soit pour partir vers la prison : " fermez votre gueule,
ont gentiment expliqué les gendarmes mobiles. Au moment où les Etats-Unis, à la
conférence des ministres du commerce qui se tenait à Doha, s'en prenaient à l'Europe,
lui reprochant, entre autres choses, de s'obstiner à bloquer les importations
de plantes génétiquement modifiées et de veaux aux hormones. Une attitude que
les Américains jugent " attentatoire à la liberté de commercer ".
Les
Etats-Unis peuvent se rassurer : toutes les informations en notre possession tendent
à montrer que les dernières résistances risquent de bientôt s'effondrer. D'abord,
récemment, une quinzaine de nouvelles autorisations d'expérimentation ont été
discrètement délivrées par le ministre de l'agriculture. Ensuite, les grandes
firmes multinationales, à coups de colloques, de symposium, de dossiers de presse
orientés et de financements discrets de laboratoires de recherche jouant officiellement
l'indépendance scientifique, exercent une pression de plus en plus importante
sur les médias et sur les milieux politiques.
Et enfin, les mêmes groupes
de pression se font fort, à en croire les confidences de leurs responsables, d'obtenir
la levée de tous les obstacles au plus tard pour l'automne.
Et
dans les pays du sud, en jouant sur les aides alimentaires, les mêmes multinationales
imposent leurs semences génétiquement modifiées. C'est comme cela que les OGM
ont fait leur apparition en Afghanistan et arrivent actuellement dans le sud de
l'Irak. Tout se faisant toujours avec l'appui du même mensonge : les OGM seraient
la seule façon de régler la question de la faim dans le monde. Alors que ces manipulations
génétiques ne visent absolument pas à augmenter les productions et que la question
des pénuries alimentaires n'est pas un problème de quantités disponibles mais
de répartition.
Cette
progression des OGM, en dépit des réticences d'une très nette majorité des populations
du Sud comme du Nord, se traduit d'ores et déjà, pour n'évoquer que cet aspect,
par une très nette augmentation de l'utilisation des herbicides puisqu'un des
principes de cette manipulation est de rendre les plantes insensibles aux désherbants
et donc, d'en utiliser plus. Reste bien entendu, la question de la modification
des structures du sol, la dispersion par la pollinisation des plantes modifiées
et, autre aspect inquiétant, l'ingestion des traces d'antibiotiques utilisés pour
faciliter certaines manipulations.
Pour
faire bon poids, on ajoutera, parce que les journalistes le sentent de plus en
plus, le renforcement des pouvoirs, des pressions et de l'arrogance de grandes
multinationales qui aperçoivent enfin la proximité de fabuleux profits.
C'est
tout cela que José Bové et ses amis de la Confédération paysanne avaient décidé
de dénoncer et de combattre. En violant la loi, certes, mais en s'opposant à des
décisions qui n'avaient pas été prises démocratiquement et sans le moindre respect
du principe de précaution qui figure dans la Charte de l'environnement adoptée
le 25 juin en Conseil des ministres. Les OGM ? Il suffirait d'un référendum puisque
la démocratie et la proximité sont à la mode.
Les
journalistes que nous sommes constatent que José Bové n'a tué ou blessé personne,
qu'il n'a agressé aucun représentant des forces de l'ordre alors que tant d'autres,
les pollueurs de toutes sortes - ceux de Metaleurop par exemple - nous le lisons
dans les dépêches chaque jour, non seulement sont en liberté mais ne sont même
pas poursuivis.
Pourtant,
il est en prison pour dix mois. Nous nous sentons solidaires de l'injustice qui
lui est imposée car il nous a beaucoup aidés, avec François Dufour et la Confédération
paysanne, à diffuser de l'information sur les Organismes Génétiquement Modifiés.
Sans lui, sans eux, les OGM ne seraient pas entrés dans le débat public.
Par Claude-Marie Vadrot
Président
des JNE
PS
: Dans le pique nique-géant et la manifestation de Millau, les gens protestaient
autant contre l'emprisonnement de José que contre les OGM.
