27 octobre 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

Les experts algériens planchent sur les risques L'Algérie à l'heure des séismes
Changements climatiques : l'Algérie a son plan
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Algérie

Les premières trombes d'eau qui sont tombées sur le pays au début septembre ont mis en évidence la situation critique vécue par les sinistrés, quatre mois après le séisme du 21 mai qui les a transformés en sans abri. Ils ont commencé à vivre l'automne sous les tentes et en même temps égrènent une sorte de compte à rebours avant l'hiver. La fin de l'année ne devrait trouver personne sous la tente. Les plus hautes autorités s'y sont engagées. Le gouvernement n'avait pas attendu pour lancer un programme spécial doté de 144,3 milliards de DA pour effacer les stigmates du séisme. Il s'agit prioritairement de l'amélioration des conditions de vie des sinistrés et de la préparation de leur relogement.

Mais ce face à face avec l'urgence imposé par les catastrophes, le gouvernement ne veut plus le pratiquer, du moins pour ce qui est des séismes. Une des premières décisions qu'il a prises, à la fin mai, a été de confier à un comité national, composé de spécialistes et d'experts algériens et présidé par le ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Cherif Rahmani, la tâche de faire sortir le pays de cette situation dominée par le risque sismique. Les experts ont travaillé sans relâche, dans des séances-marathon, et ont élaboré un important document-rapport que le Conseil des ministres a approuvé le 8 juillet dernier.

Le document des experts algériens consiste en des recommandations et des conclusions qui permettront, à l'avenir, de superposer la carte de développement et de peuplement et la carte des risques sismiques. Il s'agit d'une approche que l'on peut qualifier de révolutionnaire. Elle est en rupture avec la routine et son corollaire, la culture de l'urgence, parfaitement illustrée par les nombreux drames, d'origine sismique ou autre, qui frappent régulièrement le pays. Fait significatif : aussi bien les réunions de ce comité que les résultats de sa réflexion, ont échappé à la médiatisation, ses membres ayant préféré la discrétion, sans doute pour des raisons d'efficacité.

Dans tous les cas, l'effort de nos experts en sismologie n'est pas sans intérêt pour la collectivité nationale, puisqu'il concerne la réponse stratégique - c'est à dire les orientations dans une perspective à long terme et les moyens de les mettre en œuvre - apportée aux principales questions soulevées par le séisme du 21 mai ayant trait à la politique d'occupation de l'espace et de prévention des risques.

L'expérience des séismes à travers le monde démontre que la capacité à prévenir et à gérer les catastrophes, tenant compte de l'impossibilité de les prédire, est primordiale. Dans ce sens, la planification de l'utilisation des sols et des actions de développement doit intégrer le risque du séisme ou de toute autre catastrophe naturelle pour réduire la perte potentielle de vies humaines et les dommages matériels. Aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologies, au matériel de prévention disponible et à l'apport de la coopération internationale, il est possible de réduire la vulnérabilité des populations qui vivent dans les zones à risques et d'éviter, donc, à la fois l'endeuillement des familles et les dépenses publiques supplémentaires destinées à la reconstruction.

Le rapport des experts algériens est dans cette voie. Deux sentences, ayant un lien de cause à effet, résument leur document : le risque sismique dans le Nord du pays est une donnée permanente, il faut donc redéployer la politique d'occupation du territoire - les activités et les lieux d'habitation - vers les hauts plateaux et le sud qui sont moins vulnérables aux séismes. En un demi-siècle, des preuves suffisantes ont été données aux Algériens qui sont maintenant convaincus que les risques de tremblements de terre dans leur pays sont bien réels et, surtout, inéluctables et inévitables. L'Algérie est contrainte d'apprendre à vivre avec les séismes. Les planificateurs et les promoteurs sont invités à oublier le littoral, qui est devenu presque l'unique espace d'urbanisation, et à inverser la tendance pour bâtir l'avenir de l'Algérie dans ses hauts plateaux et son sud infini.

L'ignorance des données sismiques dans la construction n'est pas seule responsable des lourds bilans enregistrés après les tremblements de terre. L'absence d'éducation de la population aux risques est également pour quelque chose dans l'ampleur de la catastrophe. Les responsables algériens l'ont compris en consacrant la première leçon de la rentrée scolaire dans l'Algérois aux risques de catastrophes naturelles.

Et si, en dépit de tout, le malheur arrivait, le plan ORSEC devrait permettre d'alléger les souffrances en aidant les victimes avec la plus grande célérité et efficacité. On sait que la déstructuration du secteur public (industrie, recherche, santé,...) a privé les secours de moyens habituellement rapidement réquisitionnés et qui supportent la plus lourde charge dans le plan ORSEC. C'est pour tenir compte de cette nouvelle donne que ce plan est en révision. D'une façon plus large, c'est tout le système législatif et réglementaire qui doit être revu pour y inclure les dispositions tirées de l'expérience de ce séisme. Cela concerne notamment la législation relative aux assurances qui doit rendre obligatoire la contractualisation des polices d'assurances contre les catastrophes naturelles et, notamment, les séismes.

On peut dire que la catastrophe du 21 mai a poussé les Algériens à découvrir le génie sismique et le risque naturel majeur qu'est le tremblement de terre et surtout l'extrême vulnérabilité dans laquelle ils se trouvent face à ce risque imprévisible. C'est le résultat du trésor de pédagogie développé par les spécialistes algériens, qui travaillent dans des institutions internationales prestigieuses ou dans les organismes nationaux, pour expliquer et rassurer.


C'était le mercredi 21 mai 2003, à 19h44

Il y a un peu plus de quatre mois, le mercredi 21 mai 2003, à 19h44, un fort séisme, de magnitude 6,2 selon le CRAAG, touchait la région algéroise, dans sa partie littorale, la plus dense en population. Le bilan a été particulièrement lourd et dépasse les 2200 morts et les 10 000 blessés. Quelque 100 000 personnes se sont retrouvées sans abri. Des immeubles et des maisons individuelles, en nombre impressionnant se sont effondrés. Des infrastructures routières, des établissements de formation, de prestations de services publics ont été entièrement ou partiellement détruits. Le spectacle apocalyptique des dégâts et le très fort sentiment de désolation qu'il suscitait n'ont pas fait oublier dès les premiers instants de cette catastrophe, l'urgence de sauver des vies humaines ensevelies sous les décombres. Dans un mouvement spontané et admirable, la population, en particulier les jeunes, ont immédiatement, sans rien attendre, commencé à porter secours aux victimes Les chaînes de radio branchées en permanence sur l'événement, assumant leur mission de service public, de même que la télévision nationale, à travers ses "directs ", ses reportages sur les lieux et ses émissions spécialisées, ont contribué à ce débat en donnant le plus librement du monde la parole aux intervenants qui se sont exprimés à ce sujet.

Certaines répliques, proches de 6, ont été suffisamment fortes pour faire croire qu'il s'agissait de nouveaux tremblements de terre, ont provoqué une peur devenue panique approchant parfois du seuil de la psychose, que les propos rassurants des spécialistes ont mis du temps à calmer et à transformer ensuite en attitudes réfléchies de protection. Mais ces répliques, de magnitude 5,8, le mardi 27 mai, à 18h11, et le jeudi 29 mai, à 03h15, ont donné la preuve de l'efficacité du dispositif de sécurité appliqué après la secousse principale. Le rouge, porté sur les habitations menacées d'effondrement, indiquant le danger, a eu l'effet d'une consigne de sécurité suivi strictement et avec une grande discipline par la population. Ces deux répliques ont mis en évidence l'importance du respect des normes parasismiques et de l'éducation aux risques.

Par M'hamed Rebah
(article paru dans le journal algérien La Dépêche)

 

Algérie

Changements climatiques : l'Algérie a son plan

L'été 2003, en Algérie, par sa canicule et son humidité, plus fortes que ce qu'autorise habituellement la saison, a donné à réfléchir, y compris aux profanes, sur le phénomène des changements climatiques. Le gouvernement est allé plus loin, il a examiné, en plein mois d'août, un plan préparé par le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, pour affronter les défis posés par les changements climatiques. En fait, ce plan découle d'une obligation contractée par l'Algérie après sa ratification, en avril 1993, de la Convention-cadre sur les changements climatiques. Notre pays est ainsi engagé dans l'effort global qui vise à "stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique " et à "atteindre ce niveau dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement puisse se poursuivre d'une manière durable ".

La première obligation qui incombe à l'Algérie, est de présenter ce qui est désigné, selon les termes de la Convention, par communication nationale, c'est-à-dire un rapport consistant en un inventaire relatif aux gaz à effet de serre et en un exposé de sa démarche visant à atténuer les effets de ses gaz à effet de serre.

Cette communication a été préparée par un groupe d'experts et de spécialistes algériens dont le travail a été coordonné par M. Sid-Ali Ramdane, haut fonctionnaire au ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement. Elle a été présentée, en novembre 2001, à la 7ème Conférence des parties à la Conférence sur les changements climatiques qui s'est tenue à Marrakech au Maroc. L'inventaire a été réalisé conformément au guide méthodologique du groupe intergouvernemental pour l'évolution du climat. Quant au plan national, il a pour objet, l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre et l'adaptation pour limiter les effets des changements climatiques sur les ressources naturelles et le développement socio-économique.

Partant du fait que l'Algérie est un pays aride et semi-aride, le plan national donne sa priorité aux mesures d'adaptation dans les secteurs des ressources en eau, de l'agriculture et des forêts. En même temps, il indique les mesures effectives à prendre dans les secteurs de l'énergie, de l'industrie, des transports et des déchets qui sont, d'après l'inventaire, de gros émetteurs de gaz à effet de serre. Les spécialistes algériens considèrent que le plus urgent est d'élaborer le programme des mesures d'adaptation aux changements climatiques. La question la plus importante est de savoir comment les secteurs vulnérables du pays, tels les ressources en eau, l'agriculture, les forêts et les autres écosystèmes pourront s'accommoder de la variabilité du climat. Comme preuve de cet impact, ils citent la dégradation quantitative et qualitative de la production des olives et des dattes (deglet nour), particulièrement constatée dans l'Est du pays.

Les membres du gouvernement ont été, semble-t-il, impressionnés par la qualité du travail des experts algériens qui ont élaboré le plan national. Le gouvernement a fait siennes les orientations et mesures stratégiques qui ressortent de ce document : prise en compte de la dimension des changements climatiques dans les actions de développement, mise en place d'un comité technique composé de représentants des secteurs concernés par les gaz à effet de serre, préparation des conditions de ratification du protocole de Kyoto, participation active aux négociations internationales sur la question.

Le chef du gouvernement a demandé aux secteurs concernés d'évaluer les coûts des mesures prises dans ce cadre. De façon plus particulière, le secteur des transports devra veiller à la mise en œuvre du contrôle technique des véhicules, le secteur industriel devra prendre en charge les mesures antipollution et celui des collectivités locales devra appliquer une gestion plus rigoureuse des déchets. Le secteur de l'énergie est appelé à introduire dans les ménages et les établissements publics la préoccupation de la rationalisation de l'utilisation de l'énergie, il devra aussi développer les énergies renouvelables et améliorer les réseaux de distribution de gaz naturel.

Par M'hamed Rebah
(article paru dans le journal algérien La Dépêche)

 

 


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