
SOMMAIRE
DE CETTE SEMAINE :

Les
premières trombes d'eau qui sont tombées sur le pays au début
septembre ont mis en évidence la situation critique vécue par
les sinistrés, quatre mois après le séisme du 21 mai qui les a
transformés en sans abri. Ils ont commencé à vivre l'automne sous
les tentes et en même temps égrènent une sorte de compte à rebours
avant l'hiver. La fin de l'année ne devrait trouver personne sous
la tente. Les plus hautes autorités s'y sont engagées. Le gouvernement
n'avait pas attendu pour lancer un programme spécial doté de 144,3
milliards de DA pour effacer les stigmates du séisme. Il s'agit
prioritairement de l'amélioration des conditions de vie des sinistrés
et de la préparation de leur relogement.
Mais
ce face à face avec l'urgence imposé par les catastrophes, le
gouvernement ne veut plus le pratiquer, du moins pour ce qui est
des séismes. Une des premières décisions qu'il a prises, à la
fin mai, a été de confier à un comité national, composé de spécialistes
et d'experts algériens et présidé par le ministre de l'Aménagement
du territoire et de l'Environnement, Cherif Rahmani, la tâche
de faire sortir le pays de cette situation dominée par le risque
sismique. Les experts ont travaillé sans relâche, dans des séances-marathon,
et ont élaboré un important document-rapport que le Conseil des
ministres a approuvé le 8 juillet dernier.
Le
document des experts algériens consiste en des recommandations
et des conclusions qui permettront, à l'avenir, de superposer
la carte de développement et de peuplement et la carte des risques
sismiques. Il s'agit d'une approche que l'on peut qualifier de
révolutionnaire. Elle est en rupture avec la routine et son corollaire,
la culture de l'urgence, parfaitement illustrée par les nombreux
drames, d'origine sismique ou autre, qui frappent régulièrement
le pays. Fait significatif : aussi bien les réunions de ce comité
que les résultats de sa réflexion, ont échappé à la médiatisation,
ses membres ayant préféré la discrétion, sans doute pour des raisons
d'efficacité.
Dans
tous les cas, l'effort de nos experts en sismologie n'est pas
sans intérêt pour la collectivité nationale, puisqu'il concerne
la réponse stratégique - c'est à dire les orientations dans une
perspective à long terme et les moyens de les mettre en œuvre
- apportée aux principales questions soulevées par le séisme du
21 mai ayant trait à la politique d'occupation de l'espace et
de prévention des risques.
L'expérience
des séismes à travers le monde démontre que la capacité à prévenir
et à gérer les catastrophes, tenant compte de l'impossibilité
de les prédire, est primordiale. Dans ce sens, la planification
de l'utilisation des sols et des actions de développement doit
intégrer le risque du séisme ou de toute autre catastrophe naturelle
pour réduire la perte potentielle de vies humaines et les dommages
matériels. Aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologies, au matériel
de prévention disponible et à l'apport de la coopération internationale,
il est possible de réduire la vulnérabilité des populations qui
vivent dans les zones à risques et d'éviter, donc, à la fois l'endeuillement
des familles et les dépenses publiques supplémentaires destinées
à la reconstruction.
Le
rapport des experts algériens est dans cette voie. Deux sentences,
ayant un lien de cause à effet, résument leur document : le risque
sismique dans le Nord du pays est une donnée permanente, il faut
donc redéployer la politique d'occupation du territoire - les
activités et les lieux d'habitation - vers les hauts plateaux
et le sud qui sont moins vulnérables aux séismes. En
un demi-siècle, des preuves suffisantes ont été données aux Algériens
qui sont maintenant convaincus que les risques de tremblements
de terre dans leur pays sont bien réels et, surtout, inéluctables
et inévitables. L'Algérie est contrainte d'apprendre à vivre avec
les séismes. Les planificateurs et les promoteurs sont invités
à oublier le littoral, qui est devenu presque l'unique espace
d'urbanisation, et à inverser la tendance pour bâtir l'avenir
de l'Algérie dans ses hauts plateaux et son sud infini.
L'ignorance des données sismiques dans la construction n'est pas
seule responsable des lourds bilans enregistrés après les tremblements
de terre. L'absence d'éducation de la population aux risques est
également pour quelque chose dans l'ampleur de la catastrophe.
Les responsables algériens l'ont compris en consacrant la première
leçon de la rentrée scolaire dans l'Algérois aux risques de catastrophes
naturelles.
Et si, en dépit de tout, le malheur arrivait, le plan ORSEC devrait
permettre d'alléger les souffrances en aidant les victimes avec
la plus grande célérité et efficacité. On sait que la déstructuration
du secteur public (industrie, recherche, santé,...) a privé les
secours de moyens habituellement rapidement réquisitionnés et
qui supportent la plus lourde charge dans le plan ORSEC. C'est
pour tenir compte de cette nouvelle donne que ce plan est en révision.
D'une façon plus large, c'est tout le système législatif et réglementaire
qui doit être revu pour y inclure les dispositions tirées de l'expérience
de ce séisme. Cela concerne notamment la législation relative
aux assurances qui doit rendre obligatoire la contractualisation
des polices d'assurances contre les catastrophes naturelles et,
notamment, les séismes.
On
peut dire que la catastrophe du 21 mai a poussé les Algériens
à découvrir le génie sismique et le risque naturel majeur qu'est
le tremblement de terre et surtout l'extrême vulnérabilité dans
laquelle ils se trouvent face à ce risque imprévisible. C'est
le résultat du trésor de pédagogie développé par les spécialistes
algériens, qui travaillent dans des institutions internationales
prestigieuses ou dans les organismes nationaux, pour expliquer
et rassurer.
C'était le mercredi 21 mai 2003, à 19h44
Il
y a un peu plus de quatre mois, le mercredi 21 mai 2003, à 19h44,
un fort séisme, de magnitude 6,2 selon le CRAAG, touchait la région
algéroise, dans sa partie littorale, la plus dense en population.
Le bilan a été particulièrement lourd et dépasse les 2200 morts
et les 10 000 blessés. Quelque 100 000 personnes se sont retrouvées
sans abri. Des immeubles et des maisons individuelles, en nombre
impressionnant se sont effondrés. Des infrastructures routières,
des établissements de formation, de prestations de services publics
ont été entièrement ou partiellement détruits. Le spectacle apocalyptique
des dégâts et le très fort sentiment de désolation qu'il suscitait
n'ont pas fait oublier dès les premiers instants de cette catastrophe,
l'urgence de sauver des vies humaines ensevelies sous les décombres.
Dans un mouvement spontané et admirable, la population, en particulier
les jeunes, ont immédiatement, sans rien attendre, commencé à
porter secours aux victimes Les chaînes de radio branchées en
permanence sur l'événement, assumant leur mission de service public,
de même que la télévision nationale, à travers ses "directs ",
ses reportages sur les lieux et ses émissions spécialisées, ont
contribué à ce débat en donnant le plus librement du monde la
parole aux intervenants qui se sont exprimés à ce sujet.
Certaines
répliques, proches de 6, ont été suffisamment fortes pour faire
croire qu'il s'agissait de nouveaux tremblements de terre, ont
provoqué une peur devenue panique approchant parfois du seuil
de la psychose, que les propos rassurants des spécialistes ont
mis du temps à calmer et à transformer ensuite en attitudes réfléchies
de protection. Mais ces répliques, de magnitude 5,8, le mardi
27 mai, à 18h11, et le jeudi 29 mai, à 03h15, ont donné la preuve
de l'efficacité du dispositif de sécurité appliqué après la secousse
principale. Le rouge, porté sur les habitations menacées d'effondrement,
indiquant le danger, a eu l'effet d'une consigne de sécurité suivi
strictement et avec une grande discipline par la population. Ces
deux répliques ont mis en évidence l'importance du respect des
normes parasismiques et de l'éducation aux risques.
Par
M'hamed Rebah
(article paru dans le journal algérien La Dépêche)

L'été
2003, en Algérie, par sa canicule et son humidité, plus fortes
que ce qu'autorise habituellement la saison, a donné à réfléchir,
y compris aux profanes, sur le phénomène des changements climatiques.
Le gouvernement est allé plus loin, il a examiné, en plein mois
d'août, un plan préparé par le ministère de l'Aménagement du territoire
et de l'Environnement, pour affronter les défis posés par les
changements climatiques. En fait, ce plan découle d'une obligation
contractée par l'Algérie après sa ratification, en avril 1993,
de la Convention-cadre sur les changements climatiques. Notre
pays est ainsi engagé dans l'effort global qui vise à "stabiliser
les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à
un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse
du système climatique " et à "atteindre ce niveau dans un délai
suffisant pour que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement
aux changements climatiques, que la production alimentaire ne
soit pas menacée et que le développement puisse se poursuivre
d'une manière durable ".
La
première obligation qui incombe à l'Algérie, est de présenter
ce qui est désigné, selon les termes de la Convention, par communication
nationale, c'est-à-dire un rapport consistant en un inventaire
relatif aux gaz à effet de serre et en un exposé de sa démarche
visant à atténuer les effets de ses gaz à effet de serre.
Cette
communication a été préparée par un groupe d'experts et de spécialistes
algériens dont le travail a été coordonné par M. Sid-Ali Ramdane,
haut fonctionnaire au ministère de l'Aménagement du territoire
et de l'Environnement. Elle a été présentée, en novembre 2001,
à la 7ème Conférence des parties à la Conférence sur les changements
climatiques qui s'est tenue à Marrakech au Maroc. L'inventaire
a été réalisé conformément au guide méthodologique du groupe intergouvernemental
pour l'évolution du climat. Quant au plan national, il a pour
objet, l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre et
l'adaptation pour limiter les effets des changements climatiques
sur les ressources naturelles et le développement socio-économique.
Partant du fait que l'Algérie est un pays aride et semi-aride,
le plan national donne sa priorité aux mesures d'adaptation dans
les secteurs des ressources en eau, de l'agriculture et des forêts.
En même temps, il indique les mesures effectives à prendre dans
les secteurs de l'énergie, de l'industrie, des transports et des
déchets qui sont, d'après l'inventaire, de gros émetteurs de gaz
à effet de serre. Les spécialistes algériens considèrent que le
plus urgent est d'élaborer le programme des mesures d'adaptation
aux changements climatiques. La question la plus importante est
de savoir comment les secteurs vulnérables du pays, tels les ressources
en eau, l'agriculture, les forêts et les autres écosystèmes pourront
s'accommoder de la variabilité du climat. Comme preuve de cet
impact, ils citent la dégradation quantitative et qualitative
de la production des olives et des dattes (deglet nour), particulièrement
constatée dans l'Est du pays.
Les membres du gouvernement ont été, semble-t-il, impressionnés
par la qualité du travail des experts algériens qui ont élaboré
le plan national. Le gouvernement a fait siennes les orientations
et mesures stratégiques qui ressortent de ce document : prise
en compte de la dimension des changements climatiques dans les
actions de développement, mise en place d'un comité technique
composé de représentants des secteurs concernés par les gaz à
effet de serre, préparation des conditions de ratification du
protocole de Kyoto, participation active aux négociations internationales
sur la question.
Le
chef du gouvernement a demandé aux secteurs concernés d'évaluer
les coûts des mesures prises dans ce cadre. De façon plus particulière,
le secteur des transports devra veiller à la mise en œuvre du
contrôle technique des véhicules, le secteur industriel devra
prendre en charge les mesures antipollution et celui des collectivités
locales devra appliquer une gestion plus rigoureuse des déchets.
Le secteur de l'énergie est appelé à introduire dans les ménages
et les établissements publics la préoccupation de la rationalisation
de l'utilisation de l'énergie, il devra aussi développer les énergies
renouvelables et améliorer les réseaux de distribution de gaz
naturel.
Par
M'hamed Rebah
(article paru dans le journal algérien La Dépêche)

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