
SOMMAIRE
DE CETTE SEMAINE :

Le tremblement de terre, d'une magnitude de 6,7 sur l'échelle de Richter, qui
a secoué l'Algérois, particulièrement dans sa partie Est, a plongé dans le deuil
et la désolation non seulement les familles et les zones directement touchées
mais le pays tout entier. Il faut beaucoup de temps, on le sait, pour calmer les
douleurs, soulager les peines et remédier aux stigmates du sinistre. Mais allons-nous
comprendre la leçon de ce cataclysme qui vient encore une fois rappeler aux Algériens
le destin naturel de leur pays : l'Algérie englobe des zones sismiques que les
cartes des spécialistes situent avec une grande précision. De ce fait, elle est
soumise, dans ces zones, aux mouvements brusques de l'écorce terrestre qui se
produisent à des moments qui, eux, sont encore, malheureusement, imprévisibles.
Après le 9 septembre 1954, date du tremblement de terre qui dévasta la région
d'El Asnam (aujourd‚hui Chlef), l'Algérie a subi au moins six séismes : octobre
1980 à Chlef, octobre 1989 à Tipaza, août 1994 à Mascara, septembre 1996 à Oued
el Alleug, fin décembre 1999 à Ain Témouchent et ce 21 mai 2003 à Alger-est. En
un demi-siècle, des preuves suffisantes ont été données aux Algériens qui sont
maintenant convaincus que les risques de tremblements de terre dans leur pays
sont bien réels et, surtout, inéluctables et inévitables.
Certes,
il n'est jamais venu à l'idée de personne d'empêcher un tremblement de terre.
Faut-il céder alors au fatalisme et attendre les bras croisés que le prochain
séisme se produise avec son lot de victimes, par milliers, et de destructions
massives d'habitations et de biens, puis imputer à la nature l'ampleur de la catastrophe
?
En
comparant les séismes, à magnitude égale, qui ont touché divers pays, on constate
que les dégâts peuvent être limités, avec le plus grand réalisme, grâce aux progrès
de la science et des techniques. Exemple : le séisme, d'une magnitude de 6,9 sur
l'échelle de Richter qui a frappé l'Arménie en 1988, a entraîné la mort de 25
000 personnes et d'importants dégâts matériels, alors que celui, de la même force,
qui a secoué Los Angeles, en 1994, a causé le décès de 57 personnes. Autre exemple
: le séisme destructeur qui a touché en 2000 la Turquie.
La
fréquence des tremblements de terre et leurs effets dévastateurs ont orienté vers
la sismologie de nombreux étudiants qui sont devenus par la suite des spécialistes
particulièrement écoutés dans le monde. Notre pays aussi a connu cet engouement
pour la sismologie, mais où sont ses spécialistes ? Comment sont-ils considérés,
du point de vue de leur statut, de leur rang social ? Cela amène à ouvrir une
parenthèse pour s'interroger sur la situation des médecins et spécialistes de
la santé qui ont résisté aux sirènes du commerce lucratif et sont restés fidèles
au service public. Il suffit de voir leurs fiches de paie pour savoir qu'ils ne
pourront jamais avoir ni logement, ni voiture, ni portable, non pas comme éléments
de prestige, ils le méritent, mais comme conditions indispensables à leur rapide
mobilisation en cas de besoin. Le corps de la santé publique illustre parfaitement
l'inversion révoltante des valeurs qui mine l'Algérie. Pourtant, dans les catastrophes,
le pays compte avant tout sur ce corps social et mercredi soir, encore, il était
aux premières lignes, tout comme était présente, spontanément, la solidarité,
à l'échelle locale, sur site, mais aussi au niveau national et à l'échelle internationale,
comme l'ont démontré nos amis français.
C'est,
d'ailleurs, une bonne chose que les secours soient rapides et efficaces. C'est
le devoir des gouvernants d'organiser les secours...après la catastrophe. Mais
ils ont mieux à faire avant: la politique de prévention qui est également un devoir
des gouvernants. " Un tremblement de terre d'une extrême gravité menace la capitale
du pays ", cet avertissement avait été rapporté dans L'Actualité du jeudi 21 février
2002. Il venait d'un spécialiste de la construction qui n'a cessé de répéter qu'"
Alger est loin de faire face aux tremblements de terre imminents à cause de la
fragilité de ses constructions ". Pour ce spécialiste, cela est dû à "l'absence
et la dissolution des comités de surveillance et de construction en 1986".
En
mai 1994, s'est tenue à Yokohama, au Japon, la Conférence mondiale sur la prévention
des catastrophes naturelles, dans le cadre de la décennie internationale, 1990-2000,
consacrée à " un monde plus sûr au XXIème siècle ". Ce fut l'occasion de savoir
qu'il est possible de réduire la vulnérabilité des populations qui vivent dans
les zones à risques et donc d'éviter à la fois l'endeuillement des familles et
les dépenses publiques supplémentaires destinées à la reconstruction. Les arguments
des spécialistes sont chiffrés et convaincants : "chaque dollar consacré à la
prévention permet d'économiser cent dollars ou davantage en réparation ". Ils
ajoutent que " la construction d'un bâtiment résistant ne coûte que 2 % plus cher
en moyenne que celle d'un bâtiment ordinaire. "
A
Yokohama, les experts ont affirmé que " la construction de bâtiments à l'épreuve
des risques ", est l'élément essentiel de la préparation aux séismes. C'est l'affaire
de l'industrie de la construction mais aussi celle de la population qui doit non
seulement exiger la construction de bâtiments à l'épreuve des risques mais y contribuer
aussi par une bonne utilisation de ces bâtiments, ce qui n'est pas souvent le
cas. Les constructeurs et les autoconstructeurs ne sont pas les seuls susceptibles
de manquements à la réglementation en la matière, quand elle existe, les citoyens
aussi augmentent les risques par les modifications qu'ils introduisent dans les
constructions sans égard pour les règles de l'art ni pour la réglementation. La
chasse à la tchipa ( terme algérien pour désigner une forme de corruption en cours
dans les affaires en Algérie) doit être impitoyable dans le secteur de l'urbanisme,
de la construction et de l'habitat et l'application de la loi doit y être menée
avec la plus grande rigueur. Dans cette situation, le rôle de l'Etat n'a rien
d'exceptionnel : édicter la réglementation et en contrôler l'application, promouvoir
la sensibilisation autour de la prévention et, comme cela se fait au Japon, développer
une véritable éducation aux risques.


Les articles sur l'amiante sont devenus récurrents dans la presse algérienne
soit pour signaler sa présence dans des écoles ou des cités d'habitation, soit
pour annoncer une opération de désamiantage, comme celle de la Coupole, une des
plus importantes infrastructures sportives d'Alger, fermée pour cause d'amiante.
En
Algérie, les nuisances liées à l'amiante ont justifié, la création, en septembre
1996, d'un comité interministériel chargé de dresser un inventaire des utilisations
de ce produit, d'en évaluer l'impact sur l'environnement et la santé publique
et d'élaborer un plan d'action concernant les dispositions spécifiques aux différentes
utilisations de l'amiante. Dans son premier rapport, ce comité avait révélé que
85% des cancers en Algérie sont dus aux pollutions, notamment celles provoquées
par l'amiante.
En
avril 1999, un décret exécutif relatif à la prévention des risques liés à l'amiante
a été promulgué suivi par deux arrêtés interministériels publiés au journal officiel
en juin 1999.
Le
premier arrêté, signé par le ministre de la Santé et de la Population et le ministre
du Travail, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, traite
des " règles techniques que doivent respecter les entreprises effectuant les activités
de confinement et de retrait de l'amiante ". Il fixe les dispositions applicables
aux activités de confinement et de retrait d'amiante ou de matériaux friables
contenant de l'amiante et précise les mesures à même de permettre la protection
collective et individuelle. Ainsi, dans les zones de travail, il est prévu des
vêtements étanches et un appareil de protection respiratoire isolant à adduction
d'air comprimé avec masque complet et cagoule.
Le
deuxième arrêté, signé par le ministre de la Santé et de la Population, par le
ministre du Travail, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle
et par le ministre de l'Habitat, concerne la protection de la population contre
les risques sanitaires liés à une exposition à l'amiante dans les immeubles bâtis.
Il impose aux propriétaires d'immeubles, personnes privées ou publiques, de
rechercher la présence de flocage et de calorifugeage contenant de l'amiante.
En
mars 2002, le ministre de l'Habitat et de la Construction avait annoncé à la radio
l'interdiction de l'utilisation de l'amiante dans la construction en Algérie.
Les
spécialistes des maladies professionnelles ont tiré depuis longtemps la sonnette
d'alarme concernant ce produit qui " tue et handicape lentement ", en signalant
que les maladies dues à l'amiante apparaissent vingt, trente, voire quarante ans
après l'exposition et souvent sans que cette origine ne soit décelée. Les propriétés
exceptionnelles des fibres d'amiante qui résistent à l'action du feu, aux agressions
chimiques diverses et sont assez souples pour pouvoir être tissées, expliquent
leur utilisation dans une gamme très large allant des plaquettes de freins jusqu'aux
produits de protection contre les incendies ou d'isolation phonique. Pour les
garnitures de freins de poids lourds et les vêtements ignifugés de pompiers, l'utilisation
de produits amiantés est considérée comme incontournable. Mais le défaut majeur
de l'amiante est justement dans la finesse de ses fibres. C'est le taux d'empoussiérage
de l'air provoqué par l'effritement ou la transformation des produits dérivés
qui est dangereux. C'est là que se trouve le danger réel, voire mortel, pour les
personnes contaminées.
Les
spécialistes ont décrit en détails le risque :" Lorsque les fibres sont inhalées,
le système respiratoire possède tout un mécanisme de défense. Les plus grosses
peuvent être arrêtées par les poils du nez, les cils vibratiles et les muqueuses
des conduits respiratoires. Elles sont rejetées à l'extérieur par mouchage, la
toux, les éternuements ou l'expectoration par crachats. Les fibres de petite dimension,
quant à elles, peuvent passer toutes ces barrières du système de défense ". Quand
le mal est fait, la suite est connue, ce sont les cancers pulmonaires et de la
plèvre, les fibroses pulmonaires, les plaques pleurales.
On
comprend l'inquiétude des populations confrontées à ce risque et le souci des
pouvoirs publics d'y faire face avec la plus grande célérité et efficacité. Les
experts des risques professionnels doutent de la possibilité d'éliminer ou même
de réduire la dangerosité de l'amiante. Ils estiment que, même en prenant toutes
les précautions du monde, les dangers liés à l'utilisation de matériaux amiantés
restent inévitables à cause de l'extrême friabilité de ce produit et de sa dissémination
spontanée dans l'air.

Retrouver
dans cette rubrique toutes
les actualités internationales de l'année 2003
et précédente des JNE, classées par ordre chronologique. | |
