26 mai 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

Une leçon pour l'Etat
La chasse à l'amiante
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Algérie


Une leçon pour l'Etat Par M'Hamed Rebah (L'Actualité)

Le tremblement de terre, d'une magnitude de 6,7 sur l'échelle de Richter, qui a secoué l'Algérois, particulièrement dans sa partie Est, a plongé dans le deuil et la désolation non seulement les familles et les zones directement touchées mais le pays tout entier. Il faut beaucoup de temps, on le sait, pour calmer les douleurs, soulager les peines et remédier aux stigmates du sinistre. Mais allons-nous comprendre la leçon de ce cataclysme qui vient encore une fois rappeler aux Algériens le destin naturel de leur pays : l'Algérie englobe des zones sismiques que les cartes des spécialistes situent avec une grande précision. De ce fait, elle est soumise, dans ces zones, aux mouvements brusques de l'écorce terrestre qui se produisent à des moments qui, eux, sont encore, malheureusement, imprévisibles.

Après le 9 septembre 1954, date du tremblement de terre qui dévasta la région d'El Asnam (aujourd‚hui Chlef), l'Algérie a subi au moins six séismes : octobre 1980 à Chlef, octobre 1989 à Tipaza, août 1994 à Mascara, septembre 1996 à Oued el Alleug, fin décembre 1999 à Ain Témouchent et ce 21 mai 2003 à Alger-est. En un demi-siècle, des preuves suffisantes ont été données aux Algériens qui sont maintenant convaincus que les risques de tremblements de terre dans leur pays sont bien réels et, surtout, inéluctables et inévitables.

Certes, il n'est jamais venu à l'idée de personne d'empêcher un tremblement de terre. Faut-il céder alors au fatalisme et attendre les bras croisés que le prochain séisme se produise avec son lot de victimes, par milliers, et de destructions massives d'habitations et de biens, puis imputer à la nature l'ampleur de la catastrophe ?

En comparant les séismes, à magnitude égale, qui ont touché divers pays, on constate que les dégâts peuvent être limités, avec le plus grand réalisme, grâce aux progrès de la science et des techniques. Exemple : le séisme, d'une magnitude de 6,9 sur l'échelle de Richter qui a frappé l'Arménie en 1988, a entraîné la mort de 25 000 personnes et d'importants dégâts matériels, alors que celui, de la même force, qui a secoué Los Angeles, en 1994, a causé le décès de 57 personnes. Autre exemple : le séisme destructeur qui a touché en 2000 la Turquie.

La fréquence des tremblements de terre et leurs effets dévastateurs ont orienté vers la sismologie de nombreux étudiants qui sont devenus par la suite des spécialistes particulièrement écoutés dans le monde. Notre pays aussi a connu cet engouement pour la sismologie, mais où sont ses spécialistes ? Comment sont-ils considérés, du point de vue de leur statut, de leur rang social ? Cela amène à ouvrir une parenthèse pour s'interroger sur la situation des médecins et spécialistes de la santé qui ont résisté aux sirènes du commerce lucratif et sont restés fidèles au service public. Il suffit de voir leurs fiches de paie pour savoir qu'ils ne pourront jamais avoir ni logement, ni voiture, ni portable, non pas comme éléments de prestige, ils le méritent, mais comme conditions indispensables à leur rapide mobilisation en cas de besoin. Le corps de la santé publique illustre parfaitement l'inversion révoltante des valeurs qui mine l'Algérie. Pourtant, dans les catastrophes, le pays compte avant tout sur ce corps social et mercredi soir, encore, il était aux premières lignes, tout comme était présente, spontanément, la solidarité, à l'échelle locale, sur site, mais aussi au niveau national et à l'échelle internationale, comme l'ont démontré nos amis français.

C'est, d'ailleurs, une bonne chose que les secours soient rapides et efficaces. C'est le devoir des gouvernants d'organiser les secours...après la catastrophe. Mais ils ont mieux à faire avant: la politique de prévention qui est également un devoir des gouvernants. " Un tremblement de terre d'une extrême gravité menace la capitale du pays ", cet avertissement avait été rapporté dans L'Actualité du jeudi 21 février 2002. Il venait d'un spécialiste de la construction qui n'a cessé de répéter qu'" Alger est loin de faire face aux tremblements de terre imminents à cause de la fragilité de ses constructions ". Pour ce spécialiste, cela est dû à "l'absence et la dissolution des comités de surveillance et de construction en 1986".

En mai 1994, s'est tenue à Yokohama, au Japon, la Conférence mondiale sur la prévention des catastrophes naturelles, dans le cadre de la décennie internationale, 1990-2000, consacrée à " un monde plus sûr au XXIème siècle ". Ce fut l'occasion de savoir qu'il est possible de réduire la vulnérabilité des populations qui vivent dans les zones à risques et donc d'éviter à la fois l'endeuillement des familles et les dépenses publiques supplémentaires destinées à la reconstruction. Les arguments des spécialistes sont chiffrés et convaincants : "chaque dollar consacré à la prévention permet d'économiser cent dollars ou davantage en réparation ". Ils ajoutent que " la construction d'un bâtiment résistant ne coûte que 2 % plus cher en moyenne que celle d'un bâtiment ordinaire. "

A Yokohama, les experts ont affirmé que " la construction de bâtiments à l'épreuve des risques ", est l'élément essentiel de la préparation aux séismes. C'est l'affaire de l'industrie de la construction mais aussi celle de la population qui doit non seulement exiger la construction de bâtiments à l'épreuve des risques mais y contribuer aussi par une bonne utilisation de ces bâtiments, ce qui n'est pas souvent le cas. Les constructeurs et les autoconstructeurs ne sont pas les seuls susceptibles de manquements à la réglementation en la matière, quand elle existe, les citoyens aussi augmentent les risques par les modifications qu'ils introduisent dans les constructions sans égard pour les règles de l'art ni pour la réglementation. La chasse à la tchipa ( terme algérien pour désigner une forme de corruption en cours dans les affaires en Algérie) doit être impitoyable dans le secteur de l'urbanisme, de la construction et de l'habitat et l'application de la loi doit y être menée avec la plus grande rigueur. Dans cette situation, le rôle de l'Etat n'a rien d'exceptionnel : édicter la réglementation et en contrôler l'application, promouvoir la sensibilisation autour de la prévention et, comme cela se fait au Japon, développer une véritable éducation aux risques.

 

La chasse à l'amiante Par M'Hamed Rebah (L'Actualité)

Les articles sur l'amiante sont devenus récurrents dans la presse algérienne soit pour signaler sa présence dans des écoles ou des cités d'habitation, soit pour annoncer une opération de désamiantage, comme celle de la Coupole, une des plus importantes infrastructures sportives d'Alger, fermée pour cause d'amiante.

En Algérie, les nuisances liées à l'amiante ont justifié, la création, en septembre 1996, d'un comité interministériel chargé de dresser un inventaire des utilisations de ce produit, d'en évaluer l'impact sur l'environnement et la santé publique et d'élaborer un plan d'action concernant les dispositions spécifiques aux différentes utilisations de l'amiante. Dans son premier rapport, ce comité avait révélé que 85% des cancers en Algérie sont dus aux pollutions, notamment celles provoquées par l'amiante.

En avril 1999, un décret exécutif relatif à la prévention des risques liés à l'amiante a été promulgué suivi par deux arrêtés interministériels publiés au journal officiel en juin 1999.

Le premier arrêté, signé par le ministre de la Santé et de la Population et le ministre du Travail, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, traite des " règles techniques que doivent respecter les entreprises effectuant les activités de confinement et de retrait de l'amiante ". Il fixe les dispositions applicables aux activités de confinement et de retrait d'amiante ou de matériaux friables contenant de l'amiante et précise les mesures à même de permettre la protection collective et individuelle. Ainsi, dans les zones de travail, il est prévu des vêtements étanches et un appareil de protection respiratoire isolant à adduction d'air comprimé avec masque complet et cagoule.

Le deuxième arrêté, signé par le ministre de la Santé et de la Population, par le ministre du Travail, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle et par le ministre de l'Habitat, concerne la protection de la population contre les risques sanitaires liés à une exposition à l'amiante dans les immeubles bâtis.
Il impose aux propriétaires d'immeubles, personnes privées ou publiques, de rechercher la présence de flocage et de calorifugeage contenant de l'amiante.

En mars 2002, le ministre de l'Habitat et de la Construction avait annoncé à la radio l'interdiction de l'utilisation de l'amiante dans la construction en Algérie.

Les spécialistes des maladies professionnelles ont tiré depuis longtemps la sonnette d'alarme concernant ce produit qui " tue et handicape lentement ", en signalant que les maladies dues à l'amiante apparaissent vingt, trente, voire quarante ans après l'exposition et souvent sans que cette origine ne soit décelée. Les propriétés exceptionnelles des fibres d'amiante qui résistent à l'action du feu, aux agressions chimiques diverses et sont assez souples pour pouvoir être tissées, expliquent leur utilisation dans une gamme très large allant des plaquettes de freins jusqu'aux produits de protection contre les incendies ou d'isolation phonique. Pour les garnitures de freins de poids lourds et les vêtements ignifugés de pompiers, l'utilisation de produits amiantés est considérée comme incontournable. Mais le défaut majeur de l'amiante est justement dans la finesse de ses fibres. C'est le taux d'empoussiérage de l'air provoqué par l'effritement ou la transformation des produits dérivés qui est dangereux. C'est là que se trouve le danger réel, voire mortel, pour les personnes contaminées.

Les spécialistes ont décrit en détails le risque :" Lorsque les fibres sont inhalées, le système respiratoire possède tout un mécanisme de défense. Les plus grosses peuvent être arrêtées par les poils du nez, les cils vibratiles et les muqueuses des conduits respiratoires. Elles sont rejetées à l'extérieur par mouchage, la toux, les éternuements ou l'expectoration par crachats. Les fibres de petite dimension, quant à elles, peuvent passer toutes ces barrières du système de défense ". Quand le mal est fait, la suite est connue, ce sont les cancers pulmonaires et de la plèvre, les fibroses pulmonaires, les plaques pleurales.

On comprend l'inquiétude des populations confrontées à ce risque et le souci des pouvoirs publics d'y faire face avec la plus grande célérité et efficacité. Les experts des risques professionnels doutent de la possibilité d'éliminer ou même de réduire la dangerosité de l'amiante. Ils estiment que, même en prenant toutes les précautions du monde, les dangers liés à l'utilisation de matériaux amiantés restent inévitables à cause de l'extrême friabilité de ce produit et de sa dissémination spontanée dans l'air.

 

 


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