Edito du 25 août 2003


Larzac 2003 : les surprises militantes

 

Inutile probablement, pour la plupart des visiteurs de ce site, de rappeler que le rassemblement du Larzac organisé par la Confédération paysanne et Attac, a été un succès. De mémoire de journalistes, on a rarement vu cela ; mais hors du plaisir de retrouver mon ami Bové en pleine forme, il y a un peu plus à dire que de se réjouir béatement de la venue d'au moins 200 000 participants résistant à un cagnard pas possible…
Car ce n'est pas tellement le nombre qu'il faut souligner. Mais d'abord le mélange des générations. Ceux qui étaient là en 1973, comme moi, ceux qui y étaient venus dans une poussette et tous ceux qui sont nés ensuite, sous le règne de Mitterrand, il faut avoir l'honnêteté de le rappeler, qui annula le projet d'extension du camp militaire du Larzac le 6 juin 1981. Ensuite il faut insister sur la qualité des débats, la dureté des interventions, la volonté de comprendre, d'approfondir et de s'informer.

Ce qui, logiquement, conduisait de nombreux participants à nous interpeller, nous, les journalistes. Et quand je dis interpeller, je me réfugie dans la litote : nous nous sommes souvent fait engueuler par les militants qui nous reprochent de ne pas aborder les questions de fond dans nos articles, de sacrifier au futile. Ils n'ont pas toujours tort. Même s'ils nous confondent avec nos titres, même, surtout -et c'est le pire- s'ils nous confondent souvent avec les journaux télévisés réduisant (presque) tout à des " pilules " d'une minute et quinze secondes. Clairement, un fossé se creuse, s'élargit démesurément entre les forces vives et agissantes de ce pays et la presse. Il faut discuter fermement, pied à pied, durement même, pour rappeler que nous (journalistes) faisons ce que nous pouvons et que nous ne sommes pas (enfin, pas tous) les porte-parole de Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy, Roselyne Bachelot ou de François Hollande. Pardon, j'oubliais Marie-Georges Buffet, du Parti communiste : le parti qui, en 1973, a consacré 17 lignes à la première manifestation qui avait réuni 90 000 personnes sur le Larzac pour protester contre le projet de camp militaire. Le journalisme c'est aussi cela : la mémoire. Et, donc, la transmission pour que cette mémoire ne meure pas…
Ce n'est pas tout : pour la première fois depuis que je suis ces rassemblements altermondialistes, les questions d'environnement (OGM, agriculture bio ou paysanne, biodiversité, eau, pollutions, énergies, nucléaires, déchets, pollutions, pillage des pays du sud…) ont nettement dominé les débats. La plupart des participants, parfois plus dans le public que chez les caciques d'Attac ou des organisations d'extrême gauche, faisant clairement le lien entre les menaces, toutes les menaces, sur l'environnement et les négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce que les Etats Unis et l'Europe essaient désespérément de faire aboutir en septembre à Cancun. Avant qu'une autre vague les déstabilise comme autrefois à Seattle. Parce que trop de gens auraient compris. Par l'exemple, par les exemples.
Car je retiens ce que m'a dit Léon Maillé, vieux copain et paysan du Larzac :" Tu vois, si les militaires n'avaient pas essayé de me voler mes terres, je ne serais pas, bien plus tard, passé à l'élevage bio… "
Et, enfin, un plaisir particulier à ce grand rassemblement : d'avoir rencontré de nombreux membres de l'association et surtout ceux qui n'étaient pas là en mission, mais pour le plaisir.

Par Claude-Marie Vadrot
Président des JNE

PS. N'oubliez pas, en prévision d'un automne qui peut être chaud, les conseils planétaires de tante Roselyne : éteignez la lumière en sortant, garez vos voitures à l'ombre, n'ouvrez pas trop souvent votre réfrigérateur, débranchez vos congélateurs, prenez des douches….et couchez vous de bonne heure.


 


 

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