Edito du 24 novembre 2003

De la démocratie : l'élu est un loup pour l'ours…

 

Avez-vous remarqué, à propos de l'ours, du loup et du lynx, la subtile campagne de communication (1) qui commence à envahir les journaux nationaux et régionaux ? Sous couvert d'information, bien sûr, comme d'habitude, les journalistes et les responsables de rédaction préposés aux " libres opinions " se voient tirés par la manche pour expliquer ou laisser écrire que plutôt que de s'apitoyer sur quelques ours et quelques loups, la France d'en bas et d'en haut, devrait plutôt se préoccuper de l'espèce humaine. Et que toutes ces histoires d'espèces à protéger ne sont qu'élucubrations de bourgeois citadins ne connaissant rien aux réalités rurales profondes. S'adossant de plus en plus souvent sur la vieille thèse de Ferry (Luc, pas Jules) du temps où il écrivait sur les écologistes, à savoir que ces derniers et les naturalistes, taraudés par de prétendues racines fascisantes et nazies étaient plus intéressés par les animaux que par les hommes, nos néo-libéraux décentralisés relancent le combat.

Que ceux qui conservent encore des doutes relisent " Le nouvel ordre écologique " paru en 1992 (2) pour tenter de débusquer dans toutes les attaques contre les protecteurs de la nature menées par la droite, le retour d'une moralisation opposant l'écologie des villes et l'écologie des champs (3) comme l'écrivait en 1993 un autre réactionnaire déguisé en ministre de l'Education, un certain Claude Allègre.
Le décor est donc planté : entre 30 et 36 loups survivent en France, une douzaine d'ours font de la résistance dans les Pyrénées et à peine 100 lynx parcourent les Vosges, le Jura et les Alpes du Nord. Ce qui justifie l'union sacrée des élus et de tous les syndicats agricoles, y compris la Confédération paysanne. Partout où pointe une espèce sauvage qui ne mange pas que des carottes (et encore !), partout où se profilent un classement Natura 2000 ou une réserve naturelle, s'élève le chœur des élus locaux et régionaux, supporters du retour des fabricants de sabots et des patois locaux et contempteurs des citadins " qui veulent protéger des espèces nuisibles ". On ne l'invente pas, on le lit…
Car le loup, l'ours, le lynx, la loutre et quelques autres se heurtent une nouvelle fois à l'exercice de la démocratie. " Haro sur les bêtes féroces et malfaisantes " comme les journaux l'écrivaient dans les années 30 : la chasse aux voix régionales et cantonales a commencé un peu partout en France. Les espèces sauvages paieront la facture.
Et la ministre de l'Ecologie, qui n'est pas sourde, elle, entend cette rumeur qui monte puisque ses services nous resservent le " Plan de gestion de loup " qui devrait voir le jour au printemps. Printemps ? Vous avez dit printemps ? C'est à quelle date, déjà, les élections pour lesquelles les Conseillers d'en-haut pour le bas ont déjà commencé à ratisser large ?
Un premier loup tué au cours d'une battue vers le début du mois de mars, ça ferait joli dans le paysage électoral… qui nous resservira des arrêtés de fermeture de chasse. Pour la bonne bouche.
Avec union sacrée de quasiment tous les élus de droite et de gauche.
Vous en connaissez, vous, des ours, des lynx et des loups partisans de la démocratie représentative ?

Par Claude-Marie Vadrot
Président de l'association des Journalistes
pour la Nature et l'Ecologie


(1) Faites nous parvenir tout ce que vous trouvez sur ce thème en presse régionale
(2) Chez Grasset
(3) Fayard

 


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