Edito du 24 mars 2003

Sang et pétrole

Trebeel (Irak), le 24 mars 2003

 

Tandis que les bombes tombent pratiquement sans discontinuer sur la région de Bagdad et sur la route qui mène en Jordanie, les camions citernes poursuivent pourtant leur noria entre l'Irak et Amman. Pétrole d'abord, quels que soient les risques pour les conducteurs !
Des civils irakiens, femmes et enfants compris, périssent dans les décombres, des militaires anglais et américains sont en train de mourir, des maisons s'écroulent, des équipements électriques s'effondrent sous les missiles, des stations d'épuration d'eau sont éventrées, des supermarchés explosés, des taxis et des voitures particulières sont pulvérisés sur la route de Bagdad par des hélicoptères américains qui ne font plus dans le détail et le chirurgical : pétrole d'abord, quelle que soit l'horreur !
Des dizaines de milliards de dollars partent en fumée et en explosions tandis que le Forum sur l'eau de Kyoto s'achève sur des bonnes paroles et un manque d'argent pour équiper les pays du sud : pétrole d'abord, les pauvres peuvent attendre !
Des produits nocifs, d'origine irakienne aussi bien qu'américaine, se répandent sur les sols, polluant les rivières et les nappes souterraines sans que nul ne songe à un autre avenir que celui du contrôle obsessionnel du pétrole.

Et le pétrole brûle en polluant l'air sans que nul ne s'en offusque, Irakiens et Américains se renvoyant la responsabilité de cet immense gaspillage qui obscurcit le ciel d'une partie du pays.
Le paradoxe insoutenable de cette guerre qui, vue d'ici, promet d'être plus longue et encore plus meurtrière que prévu par les stratèges de Washington abrités, comme les musulmans, derrière leur Dieu et leurs prières, c'est qu'elle se déroule pour le contrôle d'un produit dont les réserves s'épuisent, d'un produit dont, ici et ailleurs, il ne restera plus grand chose dans trente ou quarante ans. Pour contrôler ce qui reste d'un or noir voué rapidement à l'épuisement, tous les belligérants dépensent les dizaines de milliards de dollars qui pourraient, qui devraient servir à travailler sur la mise au point et le développement de nouvelles ressources énergétiques.
Cette sauvage guerre du pétrole n'est qu'une guerre du passé.

PS : Comme les Américains n'en sont pas à une saloperie près, ils utilisent actuellement des dauphins, venus des Etats Unis en 30 heures d'avion, pour déminer le port de Umm Qasr, dans l'extrême sud de l'Irak. Ce qui est contraire à la lettre et à l'esprit de la Convention de Washington (CITES) sur la protection des espèces menacées.

Par Claude-Marie Vadrot
Président des JNE


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