
(Articles réalisés
par Louisette Gouverne, codirectrice de la Fédération Internationale des Journalistes
de l'Environnement pour Planets voice. Retrouvez cet article et bien d'autres
sur l'actualité de Kyoto, écrits par une équipe internationale de journalistes
sur www.planets-voice.org)
22-Mar-2003:
(Louisette Gouverne/France a Kyoto pour planets-voice.org) --- Le monde devrait
célébrer ce samedi la journée mondiale de l'eau, mais tous les yeux sont tournés
vers Baghdad. A Kyoto où se termine le 3è Forum mondial de l'eau à Kyoto, le déclenchement
de la guerre en Irak a infléchi les débats. Michail Gorbatschow a pu marteler
que la gestion de l'eau était un facteur de paix. Klaus Töpfer, directeur du Programme
des Nations Unies pour l'Environnement, a annoncé qu'une équipe était prête à
partir sitôt la fin des conflits pour étudier les atteintes à l'environnement
causées par la guerre. A la mi-avril, un état de la situation environnementale
en Irak et des recommandations seront publiés par le PNUE.
Lors
d'un entretien avec la presse samedi matin, Klaus Töpfer a confirmé que l'agence
des Nations Unies qu'il dirige disposait d'une équipe stationnée à Bahrein prête
à intervenir dès la fin du conflit en Irak. Ces scientifiques devraient conduire
une étude du type de celles réalisées en Macédoine et en Albanie après la guerre
du Kosovo. Cette nouvelle mission doit être financée grâce à des fonds alloués
par la Suisse (plus de 100 000 US dollars dit-on au PNUE). La Confédération helvétique
se propose d'augmenter encore le montant des sommes destinées à l'aide humanitaire
(5 millions de francs suisses par an) pour soutenir des projets spécifiques à
la fin de la guerre en Irak. Dans les Balkans, les observations enregistrées sur
le terrain concernant les atteintes à l'environnement ont été assorties de recommandations
pour aider à la restauration des écosystèmes et à la reconstruction d'infrastructures
élémentaires comme la distribution d'eau potable. Plus récemment, des enquêtes
similaires ont été réalisées en Afghanistan et dans les Territoires occupés en
Palestine. Elles ont été présentées en février dernier aux ministres concernés.
En ce qui concerne la Palestine, les deux parties, aux dires de Klaus Töpfer,
ont accepté les conclusions de l'enquête ainsi que les 136 recommandations associées
afin de porter remèdes aux dommages enregistrés. En Irak, le travail de l'UNEP
devra servir à évaluer les actions à conduire en matière d'aide humanitaire et
de restauration de l'environnement. Klaus Töpfer ne sépare pas les deux choses.
En citant plusieurs exemples de destruction de zones humides que ce soit dans
les marais du Sud de l'Irak - une région empruntée par les troupes américaines
ces dernières heures - en Chine ou encore autour du lac Tchad, les atteintes aux
écosystèmes s'accompagnent de migrations de populations. Elles signifient également
la mort de certaines langues et de cultures profondément ancrées dans leur environnement
naturel. " La question de la préservation de l'environnement ou de sa régénération
ne relèvent pas du domaine du luxe. Elles sont essentielles à la survie des populations
" a déclaré Klaus Töpfer avant d'insister : " Sans stabilité environnementale,
il ne peut y avoir de développement économique ".
Il
s'est arrêté aux atteintes portées précédemment aux marais de Mésopotamie en grande
partie asséchés en Iran et Irak où se concentrent les mouvements de troupes cette
fin de semaine. " Les dégâts causés jusqu'alors vont évidemment s'accroître et
les défis à relever seront d'autant plus importants " souligna le directeur du
PNUE. En substance, il ajouta que son équipe étudierait toutes les pollutions
chimiques qu'elles proviennent de l'agriculture ou des armes, sans préjugé.
Depuis
vendredi, les premiers puits de pétrole ont brûlé en Irak. Il suffit de se souvenir
des dégâts considérables causés par de semblables incendies de 700 puits de pétrole
au Koweit en 1991 lors de la guerre du Golf. On estime que la chute des température
ou l'empoisonnement des réseaux d'eau potable causés par les gigantesques incendies
provoqua la mort de près de 100 000 morts. L'Irak possède 2 000 puits de pétrole.
23-Mar-2003:
(Louisette Gouverne/France a Kyoto pour planets-voice.org)
Le 3è Forum mondial de l'eau à Kyoto s'est terminé le 23 mars par l'adoption d'une
déclaration ministérielle reflétant le délicat compromis conclu par 112 ministres
et 17 organisations internationales. Le texte comportant 29 paragraphes est jugé
trop réservé par l'Union européenne et d'autres pays comme le Lesotho. Des ONG
comme WWF regrettent la trop faible prise en compte des écosystèmes.
En
parallèle aux travaux préparatoires à la conférence ministérielle et à celle-ci,
le Forum a accueilli les représentants de 167 pays et 43 organisations internationales.
Plus de 300 sessions sectorielles ont été organisées à Kyoto, Osaka et Shiga au
cours de la semaine qui s'achève. Les débats ont permis réellement de faire avancer
certaines idées et aux délégations officielles d'écouter les voix montant du terrain.
En marge de la déclaration ministérielle adoptée avec des annexes dimanche matin,
le Forum propose également en guise de conclusion un portefeuille doté de 422
propositions d'actions émises par 36 pays et 16 organisations internationales.
Depuis le début des débats préparant la déclaration ministérielle, diverses
critiques ont été exprimées par des délégations étrangères. Au moment de son adoption
en session plénière, la vice-ministre de l'environnement et des travaux publics
grecque Rodula Zissi a lu une partie de la déclaration de l'Union européenne qui
sera finalement portée en annexe de la déclaration. A en croire sa collègue des
Pays Bas Agnès van Ardenne-van der Hoeven, ministre de la Coopération et du Développement,
il a fallu négocier avec les autorités japonaises durant une nuit entière pour
en arriver là. Les ministres de l'Union européenne avec la Tchéquie, la Hongrie,
la Lettonie, la Lithuanie, la Slovaquie, et la Slovénie auxquelles s'est associée
la Croatie étaient tombées d'accord pour ajouter un préambule plus politique à
la déclaration de Kyoto. " La déclaration aurait du être plus concrète et faire
un pas en avant plutôt que de reculer ", précisait la ministre néerlandaise à
quelques journalistes.
Financer la coopération
Selon cette dernière,
la non référence au changement climatique et à ses conséquences dramatiques pour
les pauvres est particulièrement regrettable. La ministre ajouta également que
la ministre française de l'Ecologie et du Développement durable n'avait participé
à aucune des deux réunions matinales de l'Union européenne. Enfin, Agnès van Ardenne-van
der Hoeven expliqua son désappointement depuis le Sommet de Johannesburg. " En
Europe, nous nous sommes engagés pour augmenter notre assistance aux pays en développement
jusqu'à 0,7% du PIB. Cependant divers pays comme la France, l'Angleterre et l'Allemagne
n'ont pas atteint ce seuil (les Pays-Bas consacrent 0,8% de leur PIB à la coopération
et la lutte contre la pauvreté). Je suis en accord avec les pays africains qui
ont demandé ici à Kyoto où est passé l'argent promis…". Les Pays-Bas ont confirmé
à Kyoto qu'ils concentreront leur aide à l'Afrique et assisteront 10 pays pour
le développement de leurs plans nationaux de gestion de l'eau. Les représentants
des Pays-Bas ou de Scandinavie ont beau jeu de souligner les efforts trop faibles
de la France en matière d'aide publique au développement. Dans l'entourage du
ministre de la Coopération, on confirme qu'en 2001 celle-ci représentait 0,32%
du PIB de la France (dont environ 15% concernent le secteur de l'eau) et que Jacques
Chirac avait donné pour objectif d'atteindre les 0,50% en 2006. Diverses délégations
africaines ont exprimé durant ce Forum leur désir de pouvoir rencontrer les représentants
français. Les ministres marocain et sénégalais ont obtenu une entrevue avec Roselyne
Bachelot-Narquin. Les échanges réalisés à Kyoto ont contribué également à préparer
la réunion du G8 en juin prochain à Evian. Dimanche après midi, lors d'une conférence
de presse organisée par la secrétaire d'Etat à la Coopération allemande Uschi
Eid avec Macky Sall, ministre des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique du Sénégal,
cette étape a été à nouveau évoquée. Le ministre sénégalais a expliqué que le
Plan africain d'action pour l'eau serait prêt pour ce rendez-vous à Evian. Il
sera alors temps, selon lui, que les huit pays concernés annoncent l'apport de
financements tangibles pour aider les Etats africains à le mettre en place.
Barrages controversés
Les critiques vis à vis de la déclaration ministérielle
de Kyoto ne sont pas venues que de l'Europe. Le ministre des Ressources naturelles
du Lesotho a simplement fait remarquer que la plupart des paragraphes de la déclaration
étaient écrits au conditionnel. Pourquoi ne pas utiliser une forme active, le
futur, pour faire comprendre que les ministres s'engagent vraiment, a-t-il expliqué
en substance. Philippe Roch pour la Suisse a regretté le manque de mesures concrètes
et que le texte ne soit pas assez ferme. Un autre point sur lequel la déclaration
est restée en deçà des attentes de certains est la coopération transfrontalière
et frontalière pour la gestion des ressources en eau. La déclaration maintient
cependant son encouragement aux pays pour développer de telles coopérations. Malgré
tout, l'Inde - en difficulté avec le Pakistan pour un projet hydroélectrique -,
la Chine et la Turquie ont exprimé leur opposition à ce paragraphe. Celle-ci sera
inscrite en annexe au texte ministériel.
Enfin, la question du changement
climatique et de ses dramatiques conséquences pour la survie des plus pauvres
n'a pas été explicitement mentionnée dans la déclaration. De façon diplomatique
est seulement fait référence à l'accroissement des inondations et des sécheresses.
Cette évolution conduit un certain nombre de pays concernés à réclamer la construction
de nouveaux barrages. Cependant maints pays ont exprimé leur opposition à voir
réapparaître dans un texte officiel le terme de barrages. Les dommages irréversibles
causés à l'environnement et les déplacements de population réalisés sans aucune
préparation et égards ont laissé trop de cicatrices dans le monde. En définitive,
la déclaration de Kyoto prend des précautions linguistiques à cet égard. On y
parle de réservoirs et de digues.
Le Fonds mondial pour la nature (WWF) ne
pouvait manquer de réagir sur ce point. Il critiquait ouvertement dimanche la
déclaration en affirmant que de telles infrastructures causeront inévitablement
des dommages sociaux, économiques et environnementaux. Plus généralement, l'Union
mondiale pour la conservation de la nature (UICN) dénonçait la faiblesse de la
déclaration officielle " ne répondant pas aux attentes d'un engagement pour l'action
". Dans le même temps, elle saluait les convergences qui sont apparues lors des
débats techniques préalables en matière de gestion es ressources en eau. Cette
appréciation partagée par nombre de représentants d'organisations internationales
et d'ONG, voire de délégations officielles met en relief une contradiction majeure
de ce Forum. En conclusion a été en effet soulignée l'importance du rôle que doivent
jouer les Etats et pouvoirs publics dans ce secteur pour répondre aux besoins
des plus pauvres. Autrement dit, les Etats, puis les collectivités locales. Mais
déjà ici à Kyoto, les ministres sont restés en retrait des communautés scientifiques,
techniques et de la société civile. Qu'en sera-t-il les prochains mois et les
années à venir…