24 mars 2003

 
 
 

 

 

 

 


(Articles réalisés par Louisette Gouverne, codirectrice de la Fédération Internationale des Journalistes de l'Environnement pour Planets voice. Retrouvez cet article et bien d'autres sur l'actualité de Kyoto, écrits par une équipe internationale de journalistes sur www.planets-voice.org)

Guerre et eau

22-Mar-2003: (Louisette Gouverne/France a Kyoto pour planets-voice.org) --- Le monde devrait célébrer ce samedi la journée mondiale de l'eau, mais tous les yeux sont tournés vers Baghdad. A Kyoto où se termine le 3è Forum mondial de l'eau à Kyoto, le déclenchement de la guerre en Irak a infléchi les débats. Michail Gorbatschow a pu marteler que la gestion de l'eau était un facteur de paix. Klaus Töpfer, directeur du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, a annoncé qu'une équipe était prête à partir sitôt la fin des conflits pour étudier les atteintes à l'environnement causées par la guerre. A la mi-avril, un état de la situation environnementale en Irak et des recommandations seront publiés par le PNUE.

Lors d'un entretien avec la presse samedi matin, Klaus Töpfer a confirmé que l'agence des Nations Unies qu'il dirige disposait d'une équipe stationnée à Bahrein prête à intervenir dès la fin du conflit en Irak. Ces scientifiques devraient conduire une étude du type de celles réalisées en Macédoine et en Albanie après la guerre du Kosovo. Cette nouvelle mission doit être financée grâce à des fonds alloués par la Suisse (plus de 100 000 US dollars dit-on au PNUE). La Confédération helvétique se propose d'augmenter encore le montant des sommes destinées à l'aide humanitaire (5 millions de francs suisses par an) pour soutenir des projets spécifiques à la fin de la guerre en Irak. Dans les Balkans, les observations enregistrées sur le terrain concernant les atteintes à l'environnement ont été assorties de recommandations pour aider à la restauration des écosystèmes et à la reconstruction d'infrastructures élémentaires comme la distribution d'eau potable. Plus récemment, des enquêtes similaires ont été réalisées en Afghanistan et dans les Territoires occupés en Palestine. Elles ont été présentées en février dernier aux ministres concernés. En ce qui concerne la Palestine, les deux parties, aux dires de Klaus Töpfer, ont accepté les conclusions de l'enquête ainsi que les 136 recommandations associées afin de porter remèdes aux dommages enregistrés. En Irak, le travail de l'UNEP devra servir à évaluer les actions à conduire en matière d'aide humanitaire et de restauration de l'environnement. Klaus Töpfer ne sépare pas les deux choses. En citant plusieurs exemples de destruction de zones humides que ce soit dans les marais du Sud de l'Irak - une région empruntée par les troupes américaines ces dernières heures - en Chine ou encore autour du lac Tchad, les atteintes aux écosystèmes s'accompagnent de migrations de populations. Elles signifient également la mort de certaines langues et de cultures profondément ancrées dans leur environnement naturel. " La question de la préservation de l'environnement ou de sa régénération ne relèvent pas du domaine du luxe. Elles sont essentielles à la survie des populations " a déclaré Klaus Töpfer avant d'insister : " Sans stabilité environnementale, il ne peut y avoir de développement économique ".

Il s'est arrêté aux atteintes portées précédemment aux marais de Mésopotamie en grande partie asséchés en Iran et Irak où se concentrent les mouvements de troupes cette fin de semaine. " Les dégâts causés jusqu'alors vont évidemment s'accroître et les défis à relever seront d'autant plus importants " souligna le directeur du PNUE. En substance, il ajouta que son équipe étudierait toutes les pollutions chimiques qu'elles proviennent de l'agriculture ou des armes, sans préjugé.

Depuis vendredi, les premiers puits de pétrole ont brûlé en Irak. Il suffit de se souvenir des dégâts considérables causés par de semblables incendies de 700 puits de pétrole au Koweit en 1991 lors de la guerre du Golf. On estime que la chute des température ou l'empoisonnement des réseaux d'eau potable causés par les gigantesques incendies provoqua la mort de près de 100 000 morts. L'Irak possède 2 000 puits de pétrole.

 

Forum de Kyoto - Les ministres hésitent à passer à l'action

23-Mar-2003: (Louisette Gouverne/France a Kyoto pour planets-voice.org) Le 3è Forum mondial de l'eau à Kyoto s'est terminé le 23 mars par l'adoption d'une déclaration ministérielle reflétant le délicat compromis conclu par 112 ministres et 17 organisations internationales. Le texte comportant 29 paragraphes est jugé trop réservé par l'Union européenne et d'autres pays comme le Lesotho. Des ONG comme WWF regrettent la trop faible prise en compte des écosystèmes.

En parallèle aux travaux préparatoires à la conférence ministérielle et à celle-ci, le Forum a accueilli les représentants de 167 pays et 43 organisations internationales. Plus de 300 sessions sectorielles ont été organisées à Kyoto, Osaka et Shiga au cours de la semaine qui s'achève. Les débats ont permis réellement de faire avancer certaines idées et aux délégations officielles d'écouter les voix montant du terrain. En marge de la déclaration ministérielle adoptée avec des annexes dimanche matin, le Forum propose également en guise de conclusion un portefeuille doté de 422 propositions d'actions émises par 36 pays et 16 organisations internationales.
Depuis le début des débats préparant la déclaration ministérielle, diverses critiques ont été exprimées par des délégations étrangères. Au moment de son adoption en session plénière, la vice-ministre de l'environnement et des travaux publics grecque Rodula Zissi a lu une partie de la déclaration de l'Union européenne qui sera finalement portée en annexe de la déclaration. A en croire sa collègue des Pays Bas Agnès van Ardenne-van der Hoeven, ministre de la Coopération et du Développement, il a fallu négocier avec les autorités japonaises durant une nuit entière pour en arriver là. Les ministres de l'Union européenne avec la Tchéquie, la Hongrie, la Lettonie, la Lithuanie, la Slovaquie, et la Slovénie auxquelles s'est associée la Croatie étaient tombées d'accord pour ajouter un préambule plus politique à la déclaration de Kyoto. " La déclaration aurait du être plus concrète et faire un pas en avant plutôt que de reculer ", précisait la ministre néerlandaise à quelques journalistes.
Financer la coopération
Selon cette dernière, la non référence au changement climatique et à ses conséquences dramatiques pour les pauvres est particulièrement regrettable. La ministre ajouta également que la ministre française de l'Ecologie et du Développement durable n'avait participé à aucune des deux réunions matinales de l'Union européenne. Enfin, Agnès van Ardenne-van der Hoeven expliqua son désappointement depuis le Sommet de Johannesburg. " En Europe, nous nous sommes engagés pour augmenter notre assistance aux pays en développement jusqu'à 0,7% du PIB. Cependant divers pays comme la France, l'Angleterre et l'Allemagne n'ont pas atteint ce seuil (les Pays-Bas consacrent 0,8% de leur PIB à la coopération et la lutte contre la pauvreté). Je suis en accord avec les pays africains qui ont demandé ici à Kyoto où est passé l'argent promis…". Les Pays-Bas ont confirmé à Kyoto qu'ils concentreront leur aide à l'Afrique et assisteront 10 pays pour le développement de leurs plans nationaux de gestion de l'eau. Les représentants des Pays-Bas ou de Scandinavie ont beau jeu de souligner les efforts trop faibles de la France en matière d'aide publique au développement. Dans l'entourage du ministre de la Coopération, on confirme qu'en 2001 celle-ci représentait 0,32% du PIB de la France (dont environ 15% concernent le secteur de l'eau) et que Jacques Chirac avait donné pour objectif d'atteindre les 0,50% en 2006. Diverses délégations africaines ont exprimé durant ce Forum leur désir de pouvoir rencontrer les représentants français. Les ministres marocain et sénégalais ont obtenu une entrevue avec Roselyne Bachelot-Narquin. Les échanges réalisés à Kyoto ont contribué également à préparer la réunion du G8 en juin prochain à Evian. Dimanche après midi, lors d'une conférence de presse organisée par la secrétaire d'Etat à la Coopération allemande Uschi Eid avec Macky Sall, ministre des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique du Sénégal, cette étape a été à nouveau évoquée. Le ministre sénégalais a expliqué que le Plan africain d'action pour l'eau serait prêt pour ce rendez-vous à Evian. Il sera alors temps, selon lui, que les huit pays concernés annoncent l'apport de financements tangibles pour aider les Etats africains à le mettre en place.
Barrages controversés
Les critiques vis à vis de la déclaration ministérielle de Kyoto ne sont pas venues que de l'Europe. Le ministre des Ressources naturelles du Lesotho a simplement fait remarquer que la plupart des paragraphes de la déclaration étaient écrits au conditionnel. Pourquoi ne pas utiliser une forme active, le futur, pour faire comprendre que les ministres s'engagent vraiment, a-t-il expliqué en substance. Philippe Roch pour la Suisse a regretté le manque de mesures concrètes et que le texte ne soit pas assez ferme. Un autre point sur lequel la déclaration est restée en deçà des attentes de certains est la coopération transfrontalière et frontalière pour la gestion des ressources en eau. La déclaration maintient cependant son encouragement aux pays pour développer de telles coopérations. Malgré tout, l'Inde - en difficulté avec le Pakistan pour un projet hydroélectrique -, la Chine et la Turquie ont exprimé leur opposition à ce paragraphe. Celle-ci sera inscrite en annexe au texte ministériel.
Enfin, la question du changement climatique et de ses dramatiques conséquences pour la survie des plus pauvres n'a pas été explicitement mentionnée dans la déclaration. De façon diplomatique est seulement fait référence à l'accroissement des inondations et des sécheresses. Cette évolution conduit un certain nombre de pays concernés à réclamer la construction de nouveaux barrages. Cependant maints pays ont exprimé leur opposition à voir réapparaître dans un texte officiel le terme de barrages. Les dommages irréversibles causés à l'environnement et les déplacements de population réalisés sans aucune préparation et égards ont laissé trop de cicatrices dans le monde. En définitive, la déclaration de Kyoto prend des précautions linguistiques à cet égard. On y parle de réservoirs et de digues.
Le Fonds mondial pour la nature (WWF) ne pouvait manquer de réagir sur ce point. Il critiquait ouvertement dimanche la déclaration en affirmant que de telles infrastructures causeront inévitablement des dommages sociaux, économiques et environnementaux. Plus généralement, l'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN) dénonçait la faiblesse de la déclaration officielle " ne répondant pas aux attentes d'un engagement pour l'action ". Dans le même temps, elle saluait les convergences qui sont apparues lors des débats techniques préalables en matière de gestion es ressources en eau. Cette appréciation partagée par nombre de représentants d'organisations internationales et d'ONG, voire de délégations officielles met en relief une contradiction majeure de ce Forum. En conclusion a été en effet soulignée l'importance du rôle que doivent jouer les Etats et pouvoirs publics dans ce secteur pour répondre aux besoins des plus pauvres. Autrement dit, les Etats, puis les collectivités locales. Mais déjà ici à Kyoto, les ministres sont restés en retrait des communautés scientifiques, techniques et de la société civile. Qu'en sera-t-il les prochains mois et les années à venir…