
En
marge du Forum social mondial, j'ai retenu d'une entrevue avec le président du
Vénézuéla, Hugo Chavez, les points suivants. Il s'agit essentiellement de citations.
La crise vénézuélienne est profonde, mais chez nous un monde ancien est en train
de mourir tandis qu'un autre est en train de naître. Je pense que ceux qui ont
un coeur parmi les organisateurs du désordre finiront par prendre conscience de
leurs erreurs et du mal qu'ils font au pays...
Il n'y a pas
de grève générale au Vénézuéla mais une grève dans le secteur du pétrole et dans
plusieurs secteurs industriels. Ce sont les propriétaires et dirigeants de ces
grandes entreprises qui ont décidé cette " grève " (et qui la financent) pour
détruire notre économie. Mais l'affrontement mène directement au fascisme et à
la terreur. Nos premiers calculs montrent que ces gens, (les sociaux démocrates
et les démocrates chrétiens au pouvoir depuis 1958)depuis quarante ans ont gaspillé
et détourné des sommes équivalentes à quinze plans Marshall.
L'arrêt brutal de nombreuses raffineries, sans les précautions nécessaires à ce
genre de mise en veille, a entraîné des destructions dans plusieurs raffineries
et de nombreuses pollutions. Nous avons remis en route une raffinerie en faisant
appel aux retraités : il a fallu un mois de travail.
Notre objectif, avec la constitution votée il y a trois, c'est de démocratiser
la démocratie, de faire en sorte que de nombreuses décisions puissent être prises
par les citoyens.
Nous avons l'intention de développer les cultures en coopératives et les cultures
exemptes de produits chimiques. Parce que c'est plus sain, parce que cela préserve
nos sols fragiles et parce que cela coûte moins cher aux paysans, ceux de la plaine
comme ceux des Andes. Le pays est en train de s'organiser en micro-sociétés de
production.
A terme (et c'est dit devant deux généraux fortement étoilés) notre armée doit
s'effacer et disparaître pour laisser la place à une police, une garde nationale
dont la fonction essentielle sera de lutter contre les trafics de drogue et la
criminalité organisée. Nous n'avons de guerre à mener contre personne.
Nous voulons lancer, parce qu'il est encore temps, un plan de sauvegarde de notre
partie de la foret amazonienne.
Nous refusons tout accord avec le FMI, cet organisme qui prête un dollar pour
en faire rembourser cinq. Ce qui entraîne des " dettes éternelles " pour des pays
comme le nôtre. Donc nous souhaitons mettre en place un Fonds Monétaire Latino-américain,
libre des Etats-Unis, qui permettra une entraide entre les pays latinos-américains.
Ceux qui ne pourront pas y contribuer en argent pourraient le faire en nature,
en produits. Nous voulons prouver que le troc peut se pratiquer aussi bien au
niveau des Etats qu'à celui des communes ou des particuliers.
En fait, sur beaucoup de points, nous allons, la semaine prochaine commencer à
mettre en pratique les solutions suggérées depuis des années par ATTAC, notamment
par un prélèvement sur les flux financiers. Nous allons essayer de récupérer l'argent
qui a été volé à l'Etat. Nous avons donc demandé à ATTAC de nous envoyer des spécialistes
en informatique pour mettre de l'ordre dans les flux financiers, les évasions
de capitaux et les escroqueries dont notre Etat a été victime. Nous avons, par
exemple, découvert récemment qu'une cargaison entière d'un pétrolier n'avait jamais
été facturée ! Gain pour les organisateurs de cette fraude : un million de dollars.
(A partir du jeudi 30 le pays va rétablir le contrôle des changes et tenter de
bloquer la fuite des devises).
Je n'ai aucune raison de démissionner car j'ai été démocratiquement et légalement
élu. J'irai au terme de mon mandat selon la Constitution et je maintiendrai cette
position, même avec un revolver sur la tempe. Les nantis et aussi la presse, notamment
la télévision privée, qui veulent mon départ et la fin de la démocratie ne sont
pas majoritaires dans le pays. Car lorsqu'ils manifestent, ce qui est leur droit,
vous, les journalistes européens oubliez de dire que les manifestants en ma faveur
rassemblent le double de Vénézuéliens. Par ce que je représente les plus démunis
et les Indiens. Mais si, au mois d'août, c'est-à-dire à mi-mandat, comme le prévoit
la constitution, mes adversaires peuvent réunir une pétition de 20 % des électeurs
inscrits, il y aura tout naturellement un référendum.
Je suis fatigué des " sommets " où l'on ne décide rien ou bien où l'on ne décide
que ce que veulent les Etats Unis ou les fonctionnaires de l'ONU. Comme à Johannesburg,
par exemple. Qui a écouté les pays du Sud ? Qui a écouté les associations d'écologistes
? On aurait pu faire cela par Internet, on aurait fait des économies. Ces grandes
messes sont inutiles.
Impression
générale : l'homme est sympathique, il a une grande culture politique et économique
et son application d'une " révolution bolivarienne ", si elle ne remet pas en
cause le libre marché, cherche de toute évidence à lui imposer des limites et
à faire en sorte qu'il existe des garde-fous préservant les plus pauvres, la classe
moyenne et les richesses naturelles du pays. Il n'a rien (ou plus rien) du militaire
qu'il a été.
Par
Claude Marie Vadrot