
· François Hollande n'ayant fait qu'une apparition discrète avec Ségolène Royal,
le parti socialiste semble avoir pratiquement déserté le Forum. Les dirigeants
des Verts, à l'exception d'Alain Lipietz qui est un habitué, sont également plus
que discrets. La Ligue communiste est représentée comme d'habitude avec efficacité
par Olivier Besancenot accompagné cette année de Daniel Bensaid. En résumé, disons
que, plus que l'année dernière, l'essentiel du personnel politique français ne
comprend pas grand chose à ce qui se passe ici. Tragique.
Dans les couloirs, le député UDF Maurice Leroy a confirmé à Bernard Cassen, qu'il
venait de payer sa cotisation à Attac. Personne n'est parfait.
Nicole Ameline, qui assure qu'elle est ministre de la parité, s'est fait photographier
devant le stand d'Attac (l'association tient ce document important à votre disposition).
Les militants américains sont cette année particulièrement nombreux : plus d'un
millier. Beaucoup de militants alternatifs et de représentants des mouvements
écolos sont venus protester contre les projets de guerre en Irak.
Le Sénateur-Maire de Bourges (UMP) Serge Lepeltier craint que le monde entier
soit en train, y compris ici, d'oublier les menaces qui pèsent sur la foret amazonienne.
Il admet aussi que ses collègues de parti, au sénat ou à l'assemblée nationale,
ne sont pas très réceptifs aux questions d'environnement et à ce qui se passe
à Porto.
Lula a promis qu'il irait au prochain Forum social mondial qui se tiendra l'année
prochaine en Inde.
Le président vénézuélien Chavez sera aujourd'hui au Forum à la suite d'une initiative
des responsables du Monde Diplomatique. Succès et mesures de sécurité garanties
au cours de son intervention très attendue par les Latino-américains. Un livre
sur les événements au Vénézuéla, secrètement préfacé par Fidel Castro, sera distribué
ici à 50 000 exemplaires.
Présence très discrète de Tokia Saifi, la secrétaire d'Etat au développement durable
: ou bien elle ne dit rien, ou bien elle énonce une ânerie ou une banalité. Au
point de décourager les journalistes qui, pour reprendre la formule de la très
célèbre formule de la regrettée Françoise Giroud ont scrupule " à tirer sur une
ambulance ".
Présence moins discrète du ministre de l'Education national Luc Ferry arrivé samedi
à une heure du matin flanqué de son inévitable (jolie) épouse, celle avec laquelle
le ministre se fait photographier dans Paris-Match. Le ministre est arrivé une
journée après la fin du forum consacré au problème d'éducation et n'a pas aimé
qu'on lui demande pourquoi. Seule activité connue du ministre en dehors de deux
cocktails : une conférence de presse au cours de laquelle il a expliqué que ce
qui se passait à Porto était certes sympathique mais ne servait à rien " puisque
le monde ne sera pas changé par des écologistes et des trotskistes ". En fait,
il n'a rien dit de plus intelligent que Tokia Saifi. Et il est reparti indemne
alors que courraient des rumeurs " d'entartrage ". Le pauvre ministre, envoyé
ici de force par Chirac au dernier moment, n'aura pas réussi à revenir à temps
pour participer à la dictée de Bernard Pivot dont il devait être une vedette.
Mais on ne peut pas dire que son passage éclair à Porto soit un " sans-faute ".
Ses collègues UMP, y compris le Sénateur Lepeltier n'ont pas compris ce qu'il
était venu faire ici. Ce dernier a pourtant expliqué au début du mois de décembre
au Premier ministre que la délégation française prévue était " largement insuffisante
".
Habitué du Forum, Patrick Braouezec est venu pour préparer avec ses collaborateurs
le Forum Social Européen qui se tiendra dans la ville de Saint-Denis dont il est
le député maire en novembre prochain. Il y aura plusieurs lieux de rencontres,
de discussions et de fête et notre association veillera, par sa participation,
à ce que les problèmes de protection de la nature, de protection de l'environnement
et d'écologie urbaine soient largement traités. Plusieurs dizaines de milliers
de personnes devraient converger vers Saint-Denis de toute la France et de toute
l'Europe.
José Bové est discrètement présent, souvent surveillé et suivi par la police locale,
et se demande de quoi ses prochains mois seront faits. Avec François Dufour, également
de la Confédération Paysanne, il est toujours fêté dans les rues et les réunions.
Chavez lui a offert (très sérieusement) le droit d'asile au Vénézuéla. Plus grave
: depuis quelques jours, Bové reçoit des coups de téléphone de menaces de mort
(six à ce jour) de la part de gens se présentant comme membres d'organisations
juives françaises. Motif : comme de nombreux écologistes et une partie de la gauche,
José Bové serait " antisémite ". Pour avoir, avec la Confédération paysanne, pris
la défense des paysans palestiniens.
Pour les syndicalistes, la plus importante délégation est celle de la CGT, la
plus petite FO avec un seul représentant. Ceux de la CFDT sont cinq.
Dans les ateliers et réunions du Forum, on parle plus cette année des expériences
déjà menées et réussies que des grandes théories. Devenu une sorte de " réseau
mondial ", les " alter-mondialistes " passent du savoir-dire au savoir-faire.
A une quarantaine de kilomètres de Porto, les paysans sans terre du MST (Movimiento
de Sin Tierra) sont passés aux travaux pratiques. Ils ont occupé mille hectares
d'une ancienne colonie pénitentiaire. Et ils l'ont mise en culture. Le gouvernement
régional a fini par reconnaître la légitimité de cet " Assertamento del 30 de
mayo ". Ces mille hectares permettent à 44 familles de vivre décemment de leurs
productions (légumes, fruit, céréales) en méthode bio. Ils écoulent leurs productions
sur les marchés et dans un petit supermarché qu'ils ont créé et qui leur appartient.
Preuve que des initiatives citoyennes concrètes peuvent fonctionner dans le système.
Y compris lorsque, comme eux, ont fait le pari de ne pas vendre plus cher sous
prétexte de bio.
Que ceux qui viendraient un jour à Porto Alegre sachent qu'au bout de la lagune
il y a une extraordinaire réserve naturelle d'oiseaux.
Par
Claude Marie Vadrot