
SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :


Anne Lauvergeon sait de quoi elle parle en matière de nucléaire
et rien du cycle du combustible ne lui est étranger. D'ailleurs,
elle préfère le mot "énergie" qui ne fait trembler personne et
convertit oralement le retraitement en "retraitement-recyclage"
. Le "mox"est une "non histoire", même si les Japonais ont une
curieuse façon de le traduire. Aux sceptiques, Anne L. rappelle
que le nucléaire fait surtout peur à ceux qui le connaissent mal,
et s'empresse de faire le rapprochement avec d'autres sources
d'énergie : "c'est un peu comme les éoliennes, on les adore à
Paris, mais à la campagne, on s'en méfie beaucoup". Entre parenthèses
: pour le nucléaire, c'est exactement le contraire !
Avenante, voire charmeuse, Anne Lauvargeon veut convaincre ; pour
y parvenir, le discours qu'elle véhicule est bien articulé ; primo,
elle a sauvé la "maison", cette entreprise où les travailleurs,
avant son arrivée à la présidence, se sentaient "comme dans un
bunker assiégé" ; secundo, Anne L. veut couper l'herbe sous les
pieds des écologistes en précisant que les "guerres de religion
sont dépassées" et elle ajoute avec un clin d'œil "je vous invite
à voir le nucléaire pour ce qu'il est", une façon de nous faire
croire au tapis rouge qui précéderait l'émerveillement, suite
à un accueil "arevaway" à La Hague.
Grâce à l'"arevaway" justement, Areva se considère d'abord comme
une entreprise à visage humain. Anne L. évoque longuement ses
préoccupations d'ordre social. L'accident (mort d'homme) qui a
frappé un travailleur dans une mine au nord du Canada l'a bouleversée.
- une leçon que le patron de l'Andra ferait bien de méditer. D'autre
part, Anne L. s'honore d'avoir réussi, sans tapage médiatique,
à fermer une filiale à Vilvoorde. Quant à la sûreté, la First
Lady d'Areva est intraitable. Elle assure sans sourciller qu'"on
arrêterait le chimique dans le monde si nos critères (de sûreté)
étaient utilisés". La démonstration se fait attendre mais elle
ne viendra pas au cours de ce petit déjeuner du Comité 21. Dans
la mesure où Anne L a été chargée de la sûreté chimique au Commissariat
à l'Energie Atomique, (CEA), quelques contradicteurs un peu impertinents
auraient pu lui faire remarquer qu'elle a peut-être failli dans
ses missions antérieures...
Mais non. Anne L. sait surfer sur la vague "énergétique" et sans
mauvaise conscience ; au sujet plutôt controversé des transports,
par exemple, elle en vient à regretter qu'il n'y ait pas de manifestations
contre les retours de déchets suisses ou belges car ceci aurait
au moins le mérite de faire savoir que les déchets sont rapatriés.
Sans avoir l'intention d'entrer en matière sur la plainte déposée
par la Criirad, Anne parle de transparence, une transparence malheureusement
contrée par ces "arrêtés" avec lesquels "nous sommes très embêtés".
Les journalistes présents dans la salle ont-ils bien entendu ?
Leur silence permet toutes les interprétations. Devant un parterre
de personnalités conquises à son charme, ou consternées par sa
prétention à incarner le meilleur du développement durable, j'apprendrai
alors par cette voix autorisée que c'est AREVA qui finance la
recherche du CEA et non pas le contraire, avec la formule pleine
de sous-entendus..: "la recherche a de l'appétit pour nous".
Le nucléaire français, tout comme ce petit déjeuner du 17 décembre,
fut déconcertant.
Par
Ben Cramer

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