24 décembre 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

Le dernier exploit d'Areva
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Le dernier exploit d'Areva

Anne Lauvergeon sait de quoi elle parle en matière de nucléaire et rien du cycle du combustible ne lui est étranger. D'ailleurs, elle préfère le mot "énergie" qui ne fait trembler personne et convertit oralement le retraitement en "retraitement-recyclage" . Le "mox"est une "non histoire", même si les Japonais ont une curieuse façon de le traduire. Aux sceptiques, Anne L. rappelle que le nucléaire fait surtout peur à ceux qui le connaissent mal, et s'empresse de faire le rapprochement avec d'autres sources d'énergie : "c'est un peu comme les éoliennes, on les adore à Paris, mais à la campagne, on s'en méfie beaucoup". Entre parenthèses : pour le nucléaire, c'est exactement le contraire !
Avenante, voire charmeuse, Anne Lauvargeon veut convaincre ; pour y parvenir, le discours qu'elle véhicule est bien articulé ; primo, elle a sauvé la "maison", cette entreprise où les travailleurs, avant son arrivée à la présidence, se sentaient "comme dans un bunker assiégé" ; secundo, Anne L. veut couper l'herbe sous les pieds des écologistes en précisant que les "guerres de religion sont dépassées" et elle ajoute avec un clin d'œil "je vous invite à voir le nucléaire pour ce qu'il est", une façon de nous faire croire au tapis rouge qui précéderait l'émerveillement, suite à un accueil "arevaway" à La Hague.
Grâce à l'"arevaway" justement, Areva se considère d'abord comme une entreprise à visage humain. Anne L. évoque longuement ses préoccupations d'ordre social. L'accident (mort d'homme) qui a frappé un travailleur dans une mine au nord du Canada l'a bouleversée. - une leçon que le patron de l'Andra ferait bien de méditer. D'autre part, Anne L. s'honore d'avoir réussi, sans tapage médiatique, à fermer une filiale à Vilvoorde. Quant à la sûreté, la First Lady d'Areva est intraitable. Elle assure sans sourciller qu'"on arrêterait le chimique dans le monde si nos critères (de sûreté) étaient utilisés". La démonstration se fait attendre mais elle ne viendra pas au cours de ce petit déjeuner du Comité 21. Dans la mesure où Anne L a été chargée de la sûreté chimique au Commissariat à l'Energie Atomique, (CEA), quelques contradicteurs un peu impertinents auraient pu lui faire remarquer qu'elle a peut-être failli dans ses missions antérieures...
Mais non. Anne L. sait surfer sur la vague "énergétique" et sans mauvaise conscience ; au sujet plutôt controversé des transports, par exemple, elle en vient à regretter qu'il n'y ait pas de manifestations contre les retours de déchets suisses ou belges car ceci aurait au moins le mérite de faire savoir que les déchets sont rapatriés. Sans avoir l'intention d'entrer en matière sur la plainte déposée par la Criirad, Anne parle de transparence, une transparence malheureusement contrée par ces "arrêtés" avec lesquels "nous sommes très embêtés". Les journalistes présents dans la salle ont-ils bien entendu ? Leur silence permet toutes les interprétations. Devant un parterre de personnalités conquises à son charme, ou consternées par sa prétention à incarner le meilleur du développement durable, j'apprendrai alors par cette voix autorisée que c'est AREVA qui finance la recherche du CEA et non pas le contraire, avec la formule pleine de sous-entendus..: "la recherche a de l'appétit pour nous".
Le nucléaire français, tout comme ce petit déjeuner du 17 décembre, fut déconcertant.


Par Ben Cramer

 

 


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