20 octobre 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

En direct de Houston (article paru dans Politis)
OGM, L'Algérie érige un mur (article paru dans le journal algérien La Dépêche)
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Etats-Unis

En direct de Houston

Houston (Texas), un soir d'octobre, barbecue dominical dans une famille aisée. La conversation démarre avec une nouvelle fraîche : cet été, Houston est repassée derrière Los Angeles dans le concours des deux villes américaines les plus polluées à l'ozone. Les Californiens, jusque-là plus raisonnables que les Texans dans leurs choix automobiles, se ruent à leur tour sur les monstres hauts sur roues. Plein d'accidents respiratoires mortels en sus ces derniers mois. On enchaîne gaiement sur les soucis de l'industrie funéraire : 20% des morts, trop gros, ne rentrent plus dans les cercueils standards, sans parler des tombes trop étroites pour les bières sur mesure. A propos, l'armée aussi pâtit de la corpulence croissante de ses soldats. Mais cette pauvre armée souffre encore plus d'une pénurie dramatique de nouvelles recrues, en dépit des augmentations récentes de la solde des troufions et des bonus des recruteurs.

Le grand-père, spectateur de Fox-News : - C'est faux ! Depuis le 11 septembre, les bureaux de recrutement débordent.
Sa fille, qui lit plutôt le New-York Times : - Plus maintenant ! Les parents des volontaires refusent de signer sans un papier garantissant que leur gosse ne sera pas envoyé en Irak.
Un ami, rigolard : - Pourtant, y a pas d'armes de destruction massive là-bas !
Le grand-père, louchant vers l'invitée française : - Si l'Europe avait pris les devants pour chasser Hitler comme on l'a fait pour Saddam, il n'y aurait pas eu de guerre mondiale. Un enfant, yeux rivés sur un jeu video meurtrier: - La guerre, elle va bientôt finir parce que Schwarzenegger arrive, hein papa ?
Le père, content de changer de sujet : - Je me demande s'il va défendre les lois californiennes pour l'environnement contre l'administration Bush. Cette polémique a été moins médiatisée que celle de l'élection : le Gouvernement, allié aux grands de l'automobile et aux compagnies pétrolières, attaque en justice deux lois de Californie : l'une voudrait imposer aux véhicules des niveaux plus stricts d'émission de gaz et de particules diesel, l'autre interdit de nouveaux forages pétroliers en face des rivages californiens. Problème : l'Agence fédérale de protection de l'environnement n'en demandant pas tant, les industriels crient à l'entrave au libre business.
Le grand-père rouvre un oeil : - Comment voulez-vous que le pays retrouve sa santé économique et conserve son leadership international si on freine toujours la consommation et l'élan des entreprises ?
Sa femme, narquoise : - En cas d'accident respiratoire, toi, au moins, tu rentres impec dans le cercueil standard.

Par Hélène Crié-Wiesner

 

Algérie

Il n'y aura pas de vide juridique autour des organismes génétiquement modifiés (OGM). L'Algérie est sur le point de se doter d'une réglementation dans ce domaine. Un projet de loi, préparé par le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement et adopté, cet été, par le conseil du gouvernement puis par le conseil des ministres, sera bientôt soumis à l'Assemblée populaire nationale (APN). Il a trait à "la circulation des ressources biologiques, au contrôle des OGM et à la prise en charge des risques liés à l'utilisation des nouvelles technologies biologiques ". Les autorités algériennes estimant qu'il y a urgence, ont décidé d'élaborer et d'appliquer des règles en matière d'accès aux ressources biologiques et des connaissances qui leur sont associées ainsi que le partage des bénéfices. On peut être surpris par le mot "bénéfices " qui est pourtant parfaitement à sa place. L'explication est dans l'exposé des motifs du projet de loi : le Nord, ayant épuisé une bonne part de ses réserves en diversité biologique, se fournit dans le Sud en espèces sauvages, sans contrepartie financière alors qu'il en tire des bénéfices se chiffrant à des milliards de dollars. Les pays du Sud exigent que ces bénéfices soient partagés.

Dans l'exposé des motifs, les rédacteurs du texte de loi rappellent que "la culture des OGM représente un enjeu important en terme de commerce international ". Ils citent, à titre d'exemple, les exportations américaines vers l'Europe de blé, de maïs et de soja qui dépassent les 3 milliards de dollars par an. On apprend que "la culture des OGM est devenue un des principaux moteurs de la croissance économique aux Etats-Unis et dans tous les pays qui se sont engagés dans cette voie ". Les spécialistes disent que les OGM constituent l'ossature de l'économie du 21ème siècle. Mieux : ce siècle, affirment-ils, est celui des biotechnologies avec ce qu'ils appellent la géno-économie. Les estimations indiquent une tendance à un rapide accroissement du marché mondial des biotechnologies : 6 milliards de dollars en 2005 et 20 milliards en 2020, à comparer au demi-milliard de dollars en 1996 et même aux 3 milliards en 2000. Les exportations cubaines concernant les produits pharmaceutiques et la biotechnologie agricole ont représenté 900 millions de dollars à la fin des années 1990.

Mais, pour les législateurs algériens, l'introduction des OGM n'est pas anodine du point de vue de la santé et de l'environnement. Ils soulignent, notamment, que la consommation des aliments OGM est susceptible d'entraîner "des risques inconnus pour la santé humaine car l'ajout d'un nouveau gène dans un organisme vivant peut provoquer l'expression d'un ou plusieurs gènes inactifs à l'état normal ". D'où la nécessité de prévenir ces risques.

C'est le but de la loi dont le projet doit être examiné par l'APN dans une de ses prochaines sessions. S'il est adopté, une autorité nationale des ressources biologiques et de la biosécurité sera créée pour la mise en oeuvre des dispositions de la loi. Elle correspond au dispositif organisationnel et technico-scientifique exigé par le protocole de Cartagène. Elle s'appuiera sur une commission d'experts pour remplir ses missions, notamment pour délivrer les autorisations relatives aux activités touchant aux biotechnologies et aux OGM. Pour avoir cette autorisation, les demandeurs devront établir la preuve que l'OGM concerné est "sans risque pour la santé humaine, la diversité biologique et pour l'environnement ". D'autres conditions rendent difficile l'obtention de cette autorisation.

Le projet de loi vise à prémunir les réserves de notre biodiversité contre les manipulations génétiques, non contrôlées et non organisées, qui risquent de provoquer une réduction de notre patrimoine d'espèces et de se répercuter négativement sur la santé humaine. Dans cette perspective, la loi aura à déterminer les conditions de collecte, de circulation et d'utilisation des ressources biologiques et des connaissances qui leur sont associées. Elle aura également à fixer les conditions de détention et/ou d'usage d'OGM, ainsi que les règles de sécurité liées à la prise en charge des risques découlant de l'utilisation des biotechnologies modernes.

L'Etat algérien exerce un droit souverain sur les ressources biologiques. Rien ne peut être entrepris dans ce domaine sans le consentement préalable de l'autorité nationale des ressources biologiques et de la biosécurité. L'information et la participation du public concernant les décisions de l'autorité nationale des ressources biologiques et de la biosécurité sont prévues par le projet de loi. La démocratie doit permettre de débattre des OGM et aux citoyens, informés et éclairés, de donner leur opinion sur la question.

Selon les termes du projet de loi, la production d'OGM ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une autorisation de production qui sera définie par voie réglementaire. De lourdes peines (emprisonnement et amende) sont réservées aux contrevenants aux dispositions de la loi. Il semble que l'idée chère au regretté Kouider Mediouni, chercheur algérien et spécialiste de la biodiversité, qui prônait l'interdiction de l'importation des OGM, a inspiré la rédaction du projet de loi. Un texte réglementaire du ministère de l'Agriculture interdit déjà l'importation, la distribution, la commercialisation et l'utilisation du matériel végétal génétiquement modifié dans le but d'éviter tout risque d'érosion génétique du patrimoine phytogénétique (semences et plants) lié aux effets du flux génétique associé à l'utilisation des OGM et de réunir toutes les conditions techniques préalables à une production agricole naturelle (produits biologiques) qui répondrait aux nouvelles exigences du commerce international.

Des spécialistes avaient estimé inopportun et injustifié d'interdire aujourd'hui les OGM en Algérie d'autant plus que "nous ne savons pas les détecter ". Effectivement, en l'absence d'étiquetage, personne, en Algérie, ne peut dire quelle place occupent les OGM dans les champs, comme semences, dans l'industrie alimentaire, comme produits semi-finis ou comme additifs, et directement dans notre alimentation. Ce qui pose problème, ce sont les produits de large consommation importés, comme le chocolat.

Que faire s'il y a suspicion en fonction d'un produit et de sa provenance ou bien parce qu'il a été cultivé dans un champ à proximité d'une surface consacrée à des OGM, et donc avec le risque de contamination par flux génétique ? Dans ce cas, répondent les spécialistes algériens, des analyses seront demandées aux laboratoires agréés, au frais du fournisseur. En outre, les banques de données sur les nombreux sites web sont d'un secours décisif.

Mais, nous ne sommes pas condamnés, du moins pas encore, à manger des OGM. Il y a peut-être d'autres possibilités de produire de la nourriture. L'agriculture biologique, en particulier, offre une véritable alternative. Il y a peut-être incompatibilité entre agriculture biologique et OGM, mais ce qu'il y a d'intéressant dans la comparaison entre les deux, c'est qu'elles mettent en avant toutes deux une solution aux pollutions dues aux excès de produits chimiques.

Les spécialistes du ministère de l'Agriculture sont convaincus que les principaux facteurs sont réunis, en Algérie, pour une agriculture biologique. Ils pensent particulièrement à deux créneaux : le vin et les dattes. Deux conditions doivent être toutefois satisfaites : la mise en place des outils et des procédures indispensables à la délivrance du label bio selon les normes internationales et la sensibilisation sur cette question des premiers concernés, c'est-à-dire les agriculteurs. Ensuite, naturellement, il faut une réglementation et une structure chargée d'accompagner toutes les phases qui précèdent la délivrance du label bio. Mais il ne s'agit pas d'un préalable, le label bio pourrait être délivré par les partenaires étrangers en attendant la mise en place des instruments nationaux de certification.

Les spécialistes algériens qui s'accordent à reconnaître la nécessité urgente d'une réglementation pour gérer les OGM, ne se font toutefois pas d'illusion : cette réglementation ne pourra pas s'éloigner de ce que décidera, par consensus, l'Organisation mondiale du commerce sur cette question des OGM.


Les principes de la loi

Le projet de loi relative à la circulation des ressources biologiques, au contrôle des OGM et à la prise en charge des risques liés à l'utilisation des nouvelles biotechnologies, se fonde sur les principes consacrés par le droit international de l'environnement concernant les OGM et qui figurent dans le protocole de Cartagène.

Le principe de l'accord préalable en connaissance de cause : cela signifie que les autorités algériennes doivent avoir toutes les informations nécessaires à la prise de décision avant de donner leur accord pour toute activité qui touche aux ressources biologiques et aux OGM.

Le principe de l'évaluation et de la gestion des risques : l'intitulé est clair, il faut ajouter qu'il s'agit d'une évaluation préalable de tous les risques (directs ou indirects, immédiats ou différés) portant sur la diversité biologique, la santé animale, la santé humaine, l'environnement en général, y compris l'environnement socio-économique et aux valeurs éthiques du pays. L'évaluation concerne les effets secondaires et à long terme.

Le principe de la traçabilité : il permet de retracer le cheminement du produit considéré tout au long de la chaîne de production et de distribution.

Le principe de précaution : il est supérieur à tous les autres. Il stipule qu'en cas de risque biologique grave, l'absence de certitude scientifique absolue ne peut en aucun cas servir de raison pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement. Son application est du ressort des pouvoirs publics.

Par M'hamed Rebah
(article paru dans la Dépêche)

 


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