Edito
du 16 décembre 2003
Abidjan,
décembre
La maison brûle ?
Ouais, mais il pleut tellement…
Nous
n'aurons donc même pas su le 15 décembre ce que ne contient pas
ou plus le programme français destiné à lutter contre l'effet
de serre puisque pour la troisième ou quatrième fois (on finit
par s'y perdre) l'annonce en a été différée. Comme si, en fait,
le plan avait été emporté par les inondations. Nouveau report
en janvier, à Pâques ou la Trinité, après plusieurs semaines de
tergiversations dues à l'obstination du ministre des Transports
et du ministre des Finances à vider ce projet de tout contenu.
Une façon comme une autre de ridiculiser le pays auprès de la
conférence de Milan sur l'application du Protocole de Kyoto d'ailleurs
terminée dans le n'importe quoi. On ne voit pas pourquoi, agissant
ainsi, les diplomates et responsables français auraient encore
le droit de blâmer le Président Poutine qui a dit et fait dire
à quel point, il s'asseyait sur ces questions. Avec des arguments
qui ne sont que le décalque de la position américaine.
La
ministre de l'Ecologie s'est battue vaillamment contre des ministres,
ceux là et quelques autres, qui ne cachent pas se moquer totalement
du réchauffement de la terre et qui expliquent que puisque personne
ne fait rien, il n'existe aucune raison pour que la France donne
l'exemple. L'argumentation de monsieur Francis Mer, c'est "on
verra plus tard quand cette question sera urgente et à ce moment
on prendra de véritables décisions". Elles risquent de ressembler
au dernier plan climat dont on peut dire, lorsque l'on est optimiste,
qu'il est actuellement réalisé à 10%.
Il y avait dans ce plan une mesure qui aurait pu diminuer la production
de gaz à effet de serre et sauver des vies : le passage de la
vitesse maximum sur les autoroutes à 120 kilomètres heure. Refusé
pour raison électorale. Gilles de Robien a expliqué que c'était
inutile et qu'il suffirait d'appliquer fermement la limitation
actuelle à 130 kilomètres heure. Ce qui a permis à un membre du
cabinet de Roselyne Bachelot de ricaner : " C'est donc Nicolas
Sarkozy qui est désormais en charge de la lutte contre l'effet
de serre ". Non seulement Gilles de Robien s'est opposé à cette
mesure, mais il a surtout plaidé contre le passage au ferroutage
qui ne serait qu'une utopie et expliqué que le programme autoroutier
serait poursuivi et augmenté. Notamment, il veut imposer la construction
d'une nouvelle autoroute entre Amiens et la Belgique aux dépends
du projet de liaison ferroviaire marchandise. Ce qui permettra
évidemment d'augmenter le trafic des camions dans le Nord et ailleurs...
Tout ce qui concerne les biocarburants, les incitations fiscales,
les éco-taxes supposées inciter à une réduction de la production
de gaz à effet de serre a été retoqué de la même façon par le
ministère des Finances. Il paraît qu'il n'y a pas d'argent et
que la plupart de ces mesures ne sont " ni lisibles ni populaires
". Mieux vaut effectivement, à la veille des élections, financer
les buralistes et les industries du tabac que de se préoccuper
de l'avenir de la planète dans une cinquantaine d'années.
Une journaliste ivoirienne spécialisée dans les questions d'environnement
m'a expliqué découragée : " comment voulez-vous que nous fassions
prendre conscience à nos dirigeants africains et à nos populations
de l'importance des problèmes d'environnement à court et à moyen
terme si des pays comme la France ne donnent pas l'exemple, ne
font pas des efforts ". Un autre ajoute : " Votre égoïsme est
saisissant. Non seulement vous nous " vendez " votre modèle de
développement, mais en plus vous ne respectez aucune des décisions
prises au niveau international. C'est quand même votre président
qui a dit " la Maison brûle " ?
Nous nous surdéveloppons et à Abidjan, il manque de l'eau dans
plusieurs quartiers, les ordures s'accumulent. Dans l'intérieur
du pays, la déforestation se poursuit parce que les producteurs
de cacao et de café tentent de lutter contre la baisse des cours
en augmentant les surfaces cultivées. Quant aux réserves naturelles
et aux parcs nationaux, ils ont été désertés par leurs personnels
qui ne sont plus payés : la chasse aux espèces rares bat son plein.
Et grâce aux forestiers français les bois précieux continuent
de disparaître sans le moindre contrôle. Et évidemment sans le
moindre profit pour les Ivoiriens tandis que leur gouvernement
consacre de plus en plus d'argent à acheter des armes pour relancer
le conflit ave les rebelles du Nord. Lesquels facilitent également
le pillage des ressources naturelles.
Tout cela est évidemment bien peu de chose par rapport à l'intense
satisfaction des automobilistes qui vont pouvoir continuer à rouler
à 130 kilomètres à l'heure et à tenir le haut du bitume. Tout
en protestant, de concert avec les industriels, contre les sautes
d'humeur du temps et du climat dont ils contribuent à entretenir
les aléas.
De toute évidence, nous le savons désormais, Madame Bachelot n'a
plus l'oreille du président. Un président qui est même devenu
sourd aux prières de Nicolas Hulot dont on dit qu'il a cessé de
croire au Père Noël.
La maison brûle ? Ouais, mais il pleut tellement...
Par
Claude-Marie Vadrot
Président de l'association des Journalistes
pour la Nature et l'Ecologie
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