14 octobre 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

Russie : respect de l'environnement et liberté de la presse, même combat
L'étonnante histoire du Smolny, le bateau qui aurait pu sauver une partie des côtes espagnoles et françaises de la marée noire
Algérie : Du GPL pour 1000 taxis
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International

Russie : respect de l'environnement et liberté de la presse, même combat

Le congrès de la FIJE (Fédération Internationale des journalistes de l'Environnement) qui s'est tenu du 5 au 11 octobre à Saint-Pétersbourg et auquel ont participé une soixantaine de confrères russes, a permis de collecter les informations suivantes :

Dans un pays où la liberté de la presse se restreint de jour en jour à la fois par disparition des médias et/ou par leur prise de contrôle par l'Etat ou des " entreprises amies ", la situation des journalistes russes spécialisés dans l'environnement devient de plus en plus précaire et difficile. Au point qu'ils sont peu nombreux à oser critiquer publiquement la décision de leur président de ne pas ratifier le protocole de Kyoto alors que cette ratification (la Russie a déjà signé) avait été annoncée par Vladimir Poutine pour la fin 2002 lors de la conférence de Johannesburg. De la même façon, peu de journalistes n'osent publiquement remettre en cause la décision de la Russie d'accueillir (moyennant finance) les déchets nucléaires pour les entreposer dans l'Oural. Ces journalistes ont constitué récemment une "Guilde " réunissant les journalistes spécialisés où les " mous " pro-Poutine sont largement plus nombreux que les " durs ".
Pour les joindre : Akritov Nicolaï Elisssevitch
00 7 095 938 72 26, : Akritov@ints.ru ou : Akritov@mail.ru

La campagne électorale qui vient de se dérouler à Saint-Pétersbourg a laissé de côté tous les sujets environnementalistes. Et tout laisse à penser, au vu des programmes déjà publiés, que ces thèmes vont être également absents de la campagne électorale pour les législatives russes qui a commencé au début du mois d'octobre pour un scrutin qui aura lieu le 7 décembre.

Les partis verts qui ont existé au début des années 90 ont sombré ou bien sont devenus, localement ou nationalement, des annexes du Kremlin. Alors qu'il était florissant dans les années 80 (à partir de 1983) et au début des années 90, le mouvement associatif est en perdition dans toute la fédération de Russie. La plupart des associations, pour éviter des ennuis et les répressions, ont dû se replier (avec quelques réussites) sur la défense de la nature et la célébration du milieu naturel. Comme du temps de l'Union soviétique. Un papier qui va paraître prochainement dans Le Monde sous la signature d'Hervé Kempf, fera le point sur la contestation écologiste. Notre site, comme le Monde, publiera dans quelques jours une interview d'Alexandre Nikitine, écologiste et journaliste spécialisé, qui a fait de la prison pour avoir dénoncé les cimetières de sous-marins nucléaires de la région de Mourmansk.

Le nucléaire civil reste un secret d'Etat. Les autorités, au nom de la crainte " des terroristes Tchétchènes ", ont refusé aux Russes et aux journalistes étrangers présents tout accès à la centrale de Sosnovy Bor. Une centrale dont les quatre réacteurs fonctionnent selon la même technologie obsolète que ceux de Tchernobyl. Les autorités russes, nous avons pu le constater de l'extérieur, ont déjà commencé à " reformater " le réacteur N°1 mis en service en 1973, ceci au mépris de toute règle de sécurité. Ce reformatage aléatoire est destiné à prolonger le fonctionnement de ce réacteur et le même bricolage sera appliqué aux trois autres réacteurs. L'accès à la ville de Sosnovy Bor est à nouveau contrôlé par la police et il faut une autorisation spéciale pour se rendre dans cette cité de 65 000 habitants dont 7000 travaillent pour la centrale. Il faut rappeler que cette installation est située à une soixantaine de kilomètres à l'Ouest de Saint-Pétersbourg, ce qui place cette ville, en cas d'accident, sous l'influence des vents d'ouest largement dominants en hiver comme en été. Les responsables de la centrale ne répondent à aucune question précise portant sur la sécurité, sur les conditions d'évacuation éventuelle de la région (6 millions de personnes…) et sur les moyens de prévenir la population en cas d'incident ou d'accident.

L'état de la Neva, le court fleuve qui va du lac Ladoga au golfe de Finlande en passant par Saint-Pétersbourg, n'est pas des meilleurs malgré la chute des activités industrielles. Toutes les friches industrielles de la ville et des berges du fleuve laissent manifestement écouler tout ce qui y a été laissé lors de l'effondrement de l'URSS.

Le golfe de Finlande reste victime de nombreuses petites marées noires qui se produisent lors du chargement des pétroliers, lors des dégazages et aussi lors du transfert du pétrole entre les pétroliers fluviaux venus du nord et de la Caspienne et les gros tankers. Ce transfert se fait désormais à une quinzaine de kilomètres au large de l'île de Kronstadt alors qu'il était auparavant effectué plus prés du bord, avant l'île. Mais cela ne change rien sur le fond. Pour mémoire : le tristement célèbre Prestige a servi pendant de longues années de citerne flottantes (pour le déchargement des pétroliers fluviaux) le long de l'Ile de Kronstadt devenue un véritable cimetière de bateaux civils ou militaires coulés ou sur le point de couler sous le poids de la rouille.

Les Russes disposent désormais d'un gros bateau anti-marée noire, le Smolny. Un navire construit en 1992 et capable de faire face à de gros accidents. Nous l'avons visité, il est dans un état impeccable. Curieusement, les autorités espagnoles n'ont pas fait appel à ce navire lors de la marée noire du Prestige. (Voir en annexe l'article paru dans le Journal du Dimanche du 12 octobre) .

Nous avons constaté que la construction de l'énorme barrage maritime qui doit fermer le golfe de Finlande avait repris lentement. Ce barrage, qui s'appuie sur l'île de Kronstadt, a été commencé en 1978 en dépit (déjà, à l'époque) des protestations des écologistes soviétiques. En effet, théoriquement destiné à préserver Saint-Pétersbourg des inondations maritimes mais surtout imaginé à l'époque par les autorités soviétiques et leur marine pour interdire toute invasion du pays par la mer, ce barrage a pour inconvénient de modifier toute l'écologie du fond du golfe de Finlande et de laisser s'accumuler dans le fond de la baie de Saint-Pétersbourg toutes les pollutions en provenance de la Neva et du lac Ladoga. Pendant la perestroïka, la construction du barrage a été interrompue plusieurs années, les associations écologistes ayant réussi à se faire entendre. Les travaux ont repris à la fin du règne de Eltsine mais ils sont évidemment été ralentis par la crise économique et le bordel politique. Ils ont repris, lentement, au mois de juillet, le projet de fermer complètement la baie étant maintenant officiellement prévu pour 2008. La plupart des écologistes de la région y restent opposés. Actuellement, seule la branche nord du barrage est terminée (10 kilomètres avec une route) et les accumulations de polluants commencent à être mesurées. Pour en savoir plus, il est possible de contacter soit le responsable de la " Guilde " des journalistes spécialisés de Saint-Pétersbourg ( Sergueï Lisovsky,
00 7 812 378 02 03, : les@cards.lanck.net) soit nos amis du journal de Saint-Pétersbourg Ecochronicle (une partie est en anglais) dont le responsable est Andréï Shamraï,
00 7 812 164 55 55, : andsham@mail.ru ou
Victoria Grogorieva,
00 7 812 340 21 38, : eco@severo-zapad.com ou
: Devika@mail.ru qui parle un anglais meilleur.

Sur le plan international, nous avons constaté en comparant nos expériences que le statut des journalistes spécialisés en environnement est de plus en plus précaire, le nombre des pigistes augmentant rapidement. Au point que l'existence de certaines associations de journalistes d'environnement, en Allemagne, en Suède, en Inde et en Espagne notamment, est assez menacée. L'association américaine, forte d'un peu plus de 800 membres semble mieux résister malgré les difficultés. Tous les journalistes non-russes présents font état, y compris les Américains, des pressions économiques et politiques grandissantes sur les journaux et leurs salariés et de la prolifération des opérations de communication qui submergent les rédactions. Plusieurs pays, notamment la Suède et les USA, dénoncent une tactique éditoriale qui consiste à faire effectuer les reportages sur l'environnement et la nature par des journalistes non spécialisés qui se font plus facilement " rouler dans la farine " ou qui sont plus dociles face aux pollueurs et aux destructeurs des milieux naturels.

Par Claude-Marie Vadrot


L'étonnante histoire du Smolny, le bateau qui aurait pu sauver une partie des côtes espagnoles et françaises de la marée noire

Dans le port de Kronstadt, l'île fortifiée qui défend depuis des siècles l'accès à Saint-Pétersbourg, un gros bateau surprend par son aspect moderne et propre au côté des ruines flottantes à moitié coulées, ou qui vont bientôt sombrer sous le poids de la rouille et de l'oubli dans ce qui fut le fief interdit de la marine soviétique. Deuxième surprise : sur la passerelle le capitaine Sergueï Erokhin, commandant du Smolny affirme : " mon bateau est l'un des seuls en Europe à pouvoir faire face à de grandes marées noires. D'ailleurs nous avons proposé nos services lors du naufrage du Prestige au large des côtes de Galice, mais malheureusement, pour nous et les pêcheurs espagnols, nous n'avons même pas été honorés d'une réponse ".

Devant notre stupéfaction devant cette découverte fortuite effectuée au cours d'un voyage d'information de quelques journalistes spécialisés de la Fédération internationale des journalistes de l'environnement et du représentant de l'association (française) des journalistes pour la nature et l'écologie, le commandant explique : " Je peux vous prouver que le Smolny, qui a été construit en 1992, jauge 7500 tonneaux, mesure 116 mètre hors tout, est capable de ramasser environ 3500 tonnes de mazout en six heures grâce à un dispositif particulier. Un peu moins évidemment si le temps est mauvais. Nous avons à bord des cuves chauffées à 70° qui permettent de ramasser les produits les plus épais. Nous sommes équipés de deux séparateurs de pétrole et d'eau, mais en cas de grande marée noire nous avons plus vite fait de revenir à terre décharger notre cargaison ".Une visite rapide des installations parait confirmer les dires du commandant.

Intérieurement et extérieurement, ce navire construit à Saint-Pétersbourg, est impeccable : pas une trace de rouille et une peinture, à l'intérieur comme à l'extérieur, manifestement refaite très souvent. Même les cabines, le poste d'équipage et les cuisines et la passerelle sont rutilantes. Ce qui n'est pas fréquent dans la marine russe actuelle. Quant aux installations de pompage et "d'encerclement " de la nappe à l'avant du navire, elles paraissent en excellent état. D'après le rôle d'équipage, il y a à bord, en mer, 27 personnes dont 9 officiers de pont et de machines.

Quelques heures plus tard, le patron de la société maritime russe qui arme ce navire utilisé pour la lutte des marées noires dans le port de Saint Pétersbourg et dans le golfe de Finlande confirme : " oui, nous sommes le plus gros bateau de ce type en Europe et même le mieux équipé. Je ne veux pas me mêler de politique et je ne veux pas porter de jugement sur le gouvernement espagnol. Je suis simplement un homme d'affaires qui possède un outil pour améliorer l'environnement maritime. Notre bateau, qui dispose de toutes les certifications internationales, aurait pu ramasser l'essentiel du pétrole perdu par le Prestige en une dizaine de jours. Nous avons fait une offre qui a été transmise à la fois à la Société de sauvetage d'Espagne et au ministère de l'environnement espagnol, mais nous n'avons jamais reçu la moindre réponse ".

A l'appui de ses dires, Alexandre Terentiev produit un courrier de treize pages contenant les détails de ses propositions et la reproduction des schémas techniques montrant comment fonctionnent les dispositifs permettant au bateau de ramasser le pétrole par l'avant, avant de l'enfourner dans ses cuves qui se trouvent sur le pont inférieur du navire. Il assure que sa proposition a été envoyée la veille du naufrage du Prestige et que malgré des appels téléphoniques il n'a pas pu obtenir de réponse. " Pourtant, dit-il, il nous aurait fallu au maximum dix jours pour arriver sur la zone polluée et pour nous mettre au travail. Nous aurions pu éviter que beaucoup de plages, en Espagne et en France soient polluées par le pétrole. Notre prix n'était pourtant pas extraordinaire puisque nous demandions 12 000 dollars par jour. Aucun des bateaux qui étaient sur place, y compris les bateaux français et évidemment les pauvres petits bateaux de pêche, ne pouvaient rivaliser avec nous puisque notre équipement est unique ".

L'histoire est d'autant plus étrange que ce bateau figure, avec toutes ses homologations, sur les registres maritimes. Au mois de septembre dernier, il a d'ailleurs fait un exercice à grande échelle au large de Saint- Peterbourg devant des experts internationaux " et des parlementaires européens " affirme Alexandre Terentiev : " Nous avons prouvé que nous pouvions faire face à une marée noire de 60 000 tonnes ". Un cadre de la société spécialisée dans les problèmes de dépollution et de remorquage, la Stolt Nielsen de Rotterdam, qui a demandé l'anonymat, a confirmé au Journal du Dimanche que ce bateau spécialisé était connu des compagnies pétrolières. " Mais il n'est pas impossible, poursuit notre interlocuteur, que les Espagnols n'aient pas souhaité faire appel à un bateau russe pour remédier à une marée noire dont d'autres russes étaient responsables. Je n'ai pas d'autre explication".
Il nous a été impossible, depuis cette découverte, d'obtenir la moindre réponse, affirmative ou négative, de la part du ministère de l'environnement espagnol et de la part de la capitainerie du Port de Vigo où se trouve le siège de la société de sauvetage en mer. Personne n'est au courant. Comme si la proposition d'Alexandre Terentiev n'avait tout simplement pas été prise au sérieux et même pas examinée.
Après ces premières vérifications, l'étonnante histoire du Smolny apparaît d'autant plus véridique qu'au début de notre rencontre sur son bateau, le capitaine n'a mentionné que tout à fait incidemment cette proposition ignorée. Un incroyable raté qui a coûté des centaines de millions d'euros et des mois de pêche aux autorités espagnoles, galiciennes et françaises.

Par Claude-Marie Vadrot
(article paru dans le JDD)

 

 

International

Algérie : Du GPL pour 1000 taxis

Une opération initiée par le ministère de l‚Aménagement du territoire et de l'Environnement (MATE) a permis d'équiper 1000 véhicules taxis pour rouler au GPL/C (gaz de propane liquéfié-carburant). Le coût de la conversion qui s'élève à 28 000 DA est réparti entre le MATE qui contribue pour 4 000 DA par véhicule, le groupe Sonatrach qui participe également avec 4000 DA par véhicule, l'installateur Ghazal qui avance 2 000 DA et, enfin, la plus grande part, soit 18 000 DA, qui revient au propriétaire du taxi. Cette opération est la preuve que la conversion au GPL/C n'est pas uniquement une bonne affaire commerciale pour les taxieurs, c‚est aussi une question écologique d'intérêt national qui concerne les pouvoirs publics.

Le Sirghaz est, en effet, un carburant propre : ni soufre, ni plomb, ni eau, et ses gaz d'échappement renferment cinq fois moins d'oxydes de carbone et deux fois moins d'oxydes d'azote et d'hydrocarbures imbrûlés que n'en dégage l'essence utilisée en Algérie. Il faut noter au passage que les documents de l'Office national des statistiques ne mentionnent pas le GPL/C parmi les carburants utilisés en Algérie. Pourtant, la consommation de GPL qui était longtemps négligeable, aucune réglementation n'incitant les automobilistes et conducteurs de bus à remplacer leurs carburants polluants, commence à prendre de l'importance. C'est M. Akli Remini, président-directeur général de Naftal, qui l'affirmait en juillet dernier, à l'occasion d'un colloque sous le thème " El Djazaïr de l'Energie, les défis du développement durable ", tenu au Palais des Congrès, à Paris, dans le cadre de l'Année de l'Algérie en France. M. Akli Remini a fait le point sur l'expérience algérienne dans l'utilisation du GPL (gaz de pétrole liquéfié), en tant que carburant non polluant, et a donné des chiffres qui indiquent une progression notable : 300 stations de distribution de GPL/C, 20 ateliers Naftal de conversion grande capacité et 60 ateliers privés, 120 000 véhicules circulant au GPL/C. En 2002, la production de GPL/C a atteint 265 000 tonnes. En 2010, il est prévu une production de 750 000 tonnes qui seront distribuées à travers 800 stations. Pour mesurer cette progression, il faut rappeler qu‚en 1989, l'opération GPL/C enregistrait un total de 11 485 véhicules convertis, 69 stations de distribution et 36 centres de conversion sur l'ensemble du territoire. La première société privée dans la conversion des véhicules est entrée en activité en novembre 1995 avec un rythme de conversion de 50 véhicules/mois. Après un début difficile, elle a atteint en 1996 une moyenne de 200 véhicules/mois qui constituent 41% du marché national composé presque entièrement de taxis, grandes lignes et urbains, et de véhicules de l'administration. En 1997, sur les 11 nouvelles stations mises en service, 5 ont été réalisées par des privés.

L'utilisation des carburants non polluants, en particulier le GPL/C, est une des principales solutions préconisées par les spécialistes pour réduire la pollution de l'air dont la source la plus importante est la circulation automobile. Cela est valable encore plus dans les villes algériennes aux rues confinées et au trafic congestionné. Les transports publics urbains offrant un choix qui ne répond pas aux besoins des usagers (horaires irréguliers et destinations limitées) et tout le monde ne pouvant s'acheter un véhicule - même si la possession et l'utilisation d'une voiture est une tendance qui se confirme - la circulation à pied en ville, notamment à Alger, accroît cette congestion de la circulation automobile aggravée par l'inadéquation du plan de circulation à l'accroissement du trafic. Plus de 170 000 véhicules ont été importés en 2002. Sur ce nombre, les particuliers en ont importés plus de 65 000. Dans cette catégorie, certains atteignent facilement les dix ans d'âge, mais grâce à une falsification de papiers, ces véhicules "rajeunissent " à moins de trois ans pour être conformes à la loi, et les vendre aux Algériens qui les mettent sur le marché national.

Si les études épidémiologiques pouvaient établir, avec suffisamment de données, la relation entre les problèmes de santé (malaises, maladies, mortalité) et la pollution atmosphérique due à la circulation automobile, la consommation de carburants verts connaîtrait sûrement un grand bond. Les études épidémiologiques qui ont pu être faites révèlent la gravité des complications respiratoires dues à la pollution atmosphérique sans que la part des véhicules soit établie avec précision.

Or, le parc automobile algérien connaît une tendance à la "diésélisation " qui aggrave les problèmes environnementaux, le diesel contenant 10 fois plus de soufre que l'essence et émettant 50 fois plus de particules. En Europe, devant les nuisances du gas oil, une directive de l'Union européenne concernant les carburants a décidé que la teneur en soufre maximale dans le gas oil ne devait pas dépasser 200 mg/kg en 2000 puis 50 mg/kg en 2005.

En Algérie, l'article 18 de la loi sur la maîtrise de l'énergie, comporte une disposition qui s'applique aux véhicules et engins à moteurs et impose des inspections périodiques sur la base des normes de rendement énergétiques et de normes de l'environnement. Ces dernières viennent d'être établies par un décret exécutif fixant les seuils limites des émissions des fumées, des gaz toxiques et des bruits par les véhicules, qui a été adopté par le gouvernement. Ce texte réglementaire, présenté par le ministre des Transports, découle de l'article 45 de la loi du 19 août 2001 relative à l'organisation, la sécurité et la police de la circulation routière. Le communiqué du gouvernement qui donne cette information ne précise pas de quels polluants il s'agit ni comment et par qui se fera le contrôle de la pollution automobile. Mais à l'avenir, les conducteurs de véhicules sources de nuisances pourront être sanctionnés selon la loi. La loi relative à la protection de l'environnement dans le cadre du développement durable traite également de la pollution de l'air.

Depuis avril 2002, deux réseaux de surveillance de la qualité de l'air, appelé Samasafia, ont été installés à Alger et à Annaba par le MATE. Celui d'Alger est composé de quatre stations de surveillance, à Bab el Oued, Ben Aknoun (qui devait être un poste de référence), El Hamma et la Place du 1er Mai, reliées à un poste central situé dans les locaux du MATE. Selon les responsables de ce réseau, l'implantation des postes pose un problème de représentativité des données recueillies. Ils envisagent de déplacer le poste installé au Hamma vers la Grande Poste. Il restera à densifier le réseau en installant de nouveaux postes pour couvrir toute la capitale.

Un troisième réseau est prévu à Oran. Ce système doit être conforté par une législation sur la qualité de l'air qui donnerait plus d'efficacité à la lutte pour la réduction des principaux polluants de l'air, notamment ceux concernés par le réseau : dioxyde de soufre, dioxyde d'azote, monoxyde de carbone, ozone, poussières fines en suspension. Le secteur des Transports, celui de l'Energie et les autorités locales doivent donner un prolongement aux conclusions quotidiennes dégagées par le réseau, en particulier pour ce qui est de l'information du public sur les mesures à respectées en cas de dépassement des seuils d'alerte.

Le gaz naturel carburant
Le projet d'utilisation du gaz naturel comme carburant (GNC) en remplacement de l'essence et du gas-oil a été initié en 1989. C'est Naftal qui avait été chargée, avec ses propres moyens, de l'expérimentation du projet conçu en deux phases : une phase pilote suivie éventuellement d'une phase de systématisation. A l'origine de cette option, une série de facteurs : l'importance des réserves de gaz naturel en Algérie, le nombre important de localités alimentées, plus de 160, situées le long des routes, et aussi la propreté du gaz par rapport à l'essence.

Des études préliminaires ont montré que pour atteindre l'objectif fixé au projet, il faut transformer 15 000 véhicules par an et installer à long terme 700 stations de distribution. A l'horizon 2005, il est prévu la conversion de 215 000 véhicules et une consommation de gaz naturel carburant estimée à 1,9 milliards de m3 en substitution du diesel pour 48 000 véhicules et de l'essence pour 167 000 véhicules. Il est probable que l'utilisation du GNC trouve son application dans les transports publics urbains. Une station de remplissage a été inaugurée en novembre 2001, à Gué de Constantine, destinée au public. Une autre station, à Hussein Dey, est destinée à servir du GNC aux autobus de l'Etusa.

L'essence sans plomb
L'essence sans plomb n'est pas inconnue en Algérie où elle est fabriquée depuis longtemps mais, jusqu'à une date récente, elle était toute destinée aux marchés extérieurs, vers l'Europe de l'Ouest surtout. Naftec, une filiale de Sonatrach à 100 %, spécialisée dans les carburants, s'est mise à grande vitesse au diapason des normes internationales, en particulier européennes. Après avoir réduit à partir du 1er janvier 1999, à 0,40 g/l la teneur en plomb dans l'essence qu'elle produit, Naftec poursuit ce programme pour atteindre 0,15 g/l à partir du 1er janvier 2002 puis pour supprimer totalement le plomb dans l'essence à compter de janvier 2005.

La consommation d'essence sans plomb a augmenté en Algérie, elle était de 40 000 tonnes en 2002. Les capacités de production des essences sont de 2,3 millions de tonnes par an pour le super et le normal et 1,2 millions de tonnes pour l'essence sans plomb.

Le secteur de l'Energie a fixé à 2005 l'échéance pour la généralisation de l'essence sans plomb, c'est-à-dire contenant moins de 0,0013 grammes de plomb par litre. Les experts estiment qu'en général 50 % des émissions de plomb dans l'air - il agit sur le système nerveux et a des effets néfastes sur les reins - sont imputables aux transports, ce chiffre pouvant approcher les 100% dans les espaces urbains confinés. Mais dans cette essence sans plomb et "propre ", il restera toujours le benzène qui est cancérigène.

Par M'hamed Rebah
(article paru dans la Dépêche)

 


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