
SOMMAIRE
DE CETTE SEMAINE :

Grâce aux bonnes relations entre le ministère de l'Aménagement du territoire et
de l'Environnement et l'organisme allemand GTZ, dix journalistes algériens ont
visité Berlin pour y observer les performances écologiques d'un pays leader mondial
dans ce domaine.
Quand
on arrive au pays de la propreté, venant du pays du sachet noir, le choc est inévitable
et le K.O. normal, comme pour un boxeur qui se tromperait de catégorie et monterait
sur le ring affronter un adversaire plus lourd. Mais si dans le noble art, la
partie est vite arrêtée par jet de l'éponge, dans la métaphore, même si l'on est
groggy, le combat mérite d'être continué pour les leçons qu'il dispense. C‚est
l'impression ressentie par un groupe de dix journalistes algériens membres du
club de la presse environnement invités par l'organisme public allemand GTZ à
visiter Berlin, une ville historique en pleine mue, dans son tissu urbain et au
plan architectural, et en mutation rapide vers son statut politique de capitale
de l'Allemagne réunifiée. Il a fallu 15 ans de préparation pour arriver à la place
de leader qu'occupe actuellement l‚'Allemagne dans le domaine de la gestion des
déchets, nous dit le Dr Eckehard Willing qui sait de quoi il parle cumulant une
trentaine d'années dans le domaine de la gestion des déchets.
La
loi sur les déchets a été une des premières promulguées en Allemagne en 1972.
Elle impose aux services de la voirie de ramasser les ordures ménagères et fait
obligation aux ménages de payer cette prestation. Les mauvais payeurs sont poursuivis
en justice. Mais ils sont d'une rareté qui force l'admiration. En Allemagne, la
protection de l'environnement s'appuie sur une sensibilité à cette préoccupation
profondément ancrée dans la population. C'est une affaire de conscience civique
et de culture de la convivialité acquises dans la famille et à l'école. Cela n'a
pas grand chose à voir avec le système politique. Les Algériens qui ont étudié
dans l'ex-RDA ou bien ceux qui l'ont visitée avant son absorption par la RFA,
étaient émerveillés devant la propreté des lieux publics (trottoirs, chaussées,
gares, aéroports, jardins,...). Une anecdote véridique montre à quel point le
réflexe écologique fait partie de la personnalité des Allemands : alors qu'un
incendie ravageait le théâtre où ils se trouvaient, les spectateurs qui fuyaient
le lieu en traversant un parc ont, malgré la panique, soigneusement évité de piétiner
la pelouse et le tapis fleuri. La peur du feu ne leur avait pas fait oublier leur
devoir de respect de la nature auquel est lié leur droit à un cadre de vie agréable.
On
peut comparer avec notre pays où, dit-on, la propreté est un acte de foi. Bien
qu'il soit intégré à nos traditions, ce principe à connotation religieuse, inscrit
sur des panneaux bien en vue dans les villes et villages, ne trouve pas son prolongement
concret dans la réalité. C'est la saleté qui domine.
Les
Allemands ont une stratégie dans le domaine de l'environnement, mais à la différence
avec nous, ils ont des objectifs chiffrés et avec échéances et ils ne connaissent
pas la très vieille maxime qui vante, chez nous, les bienfaits de tout retard.
Ils définissent un objectif chiffré, mesurable, fixent les échéances, contrôlables,
et élaborent les voies et moyens d'y parvenir. C'est ce que nous a appris, Mme
Anne Liese Loob, sociologue et directrice de la protection internationale de l'environnement
à l'Agence fédérale allemande de protection de l'environnement. En fonction de
l'état de la technique, ce qui est faisable et justifiable du point de vue économique
est réalisé. C'est ainsi qu'ils ont réduit considérablement la quantité de déchets
au cours des dernières années. Par exemple, dans l'industrie, les déchets ont
pu être réduits grâce à l'utilisation de matières premières peu polluantes et
de procédés de production plus respectueux de l'environnement. Plus généralement,
des techniques de recyclage des déchets ont été mises au point et des méthodes
d'élimination des déchets plus écologiques ont été mises en oeuvre. Les particuliers
font le tri préalable des déchets. Le papier, le verre, les emballages et les
déchets verts sont triés et recyclés. Seuls les déchets ultimes sont stockés ou
bien incinérés. L'objectif des Allemands est de diminuer les déchets dans l'ensemble
du système.
Par
M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'Ecologie 9/07)


Les problèmes
d'hygiène publique découlant d'une gestion de l'environnement qui a montré, au
niveau local, ses limites, posent la question des instruments de mise en oeuvre
de la politique nationale de l‚environnement élaborée par le ministère de l'Aménagement
du territoire et de l'Environnement. Un nouveau dispositif législatif et réglementaire
existe et des structures spécialisées ont été créées, mais dans la réalité la
pollution domine encore. Faut-il revenir à l'ANPE qui était présente sur le terrain
malgré toutes les embûches qu'elle rencontrait?
Dans
le début des années 80, l'émergence de la protection de l'environnement a découlé
à la fois d'un besoin social réel et des nouvelles exigences du droit international.
La nécessité de protéger l'environnement commençait à être effectivement ressentie
dans la société : l'industrialisation rapide, le boom de l'urbanisation et l'agriculture
intensive montraient déjà leurs revers par les impacts multiples et imprévus sur
la nature environnante et les ressources, sur la santé des populations, le cadre
de vie...En outre, les obligations à l'égard de la communauté mondiale imposaient
de traduire dans la législation algérienne, dans les institutions mais aussi dans
les faits, les dispositions contraignantes des conventions et protocoles internationaux
auxquels l'Algérie avait adhéré.
Le premier pas dans ce sens a été la promulgation, le 5 février 1983, de la loi-cadre
relative à la protection de l'environnement, suivie immédiatement par la création
de l'Agence nationale pour la protection de l'environnement, par abréviation ANPE,
sous tutelle, à l'époque, du secrétariat d'Etat aux forêts et à la mise en valeur
des terres. Cet établissement public à caractère administratif consacrait, au
plan institutionnel, la décentralisation de l'activité " environnement".
Curieusement,
ses missions définies par décret présidentiel dépassaient largement l'éventail
des attributions de sa tutelle. Alors que les premières recouvraient l'interaction
complexe des nombreuses dimensions de l'environnement, les secondes avaient un
caractère plutôt écologique et ne faisaient pas cas des pollutions et nuisances
dues aux activités économiques.
L'ANPE, principal instrument de la politique nationale en matière d'environnement,
se voulait une super-Agence dans son domaine, jouant le rôle central d'autorité
administrative, scientifique et technique, à l'image de celles qui existaient
dans les pays développés, la plus célèbre étant l'EPA américaine. Mais, elle était
complètement désarmée puisque dépourvue de l'essentiel, c'est à dire les moyens
juridiques de puissance publique.
Quand
elle fut lancée, en août 1984, l'Agence disposait de quelques bureaux à peine,
d'un effectif réduit comprenant quatre ingénieurs et dix techniciens, et de moyens
dérisoires, deux lignes téléphoniques et quatre véhicules. En outre, elle " héritait
" de quatre camions-laboratoires équipés pour effectuer, sur site, une petite
série de mesures et d'analyses de paramètres de pollution. Ces laboratoires mobiles
avaient été acquis en 1979 par le ministère chargé de l'Environnement et abandonnés
dans les sous-directions des forêts jusqu‚en 1984. On apprendra plus tard que
la conception de ces camions était complètement insensée : des appareils de mesures
et d'analyses de haute précision se trouvaient dans ces véhicules qui, n'étant
pas tout-terrain, ne pouvaient accéder aux sites de pollution.
L'ANPE
était devenue réellement opérationnelle en 1985, année faste pour la protection
de l'environnement : au sein du ministère de tutelle, devenu ministère de l'Hydraulique,
de l'Environnement et des Forêts, en plus du vice-ministre chargé spécialement
de l'Environnement et des Forêts, il y avait cinq directions couvrant pour la
première et unique fois l'ensemble des dimensions de l'environnement.
Mais
l'incohérence étant visiblement une caractéristique de la politique algérienne,
en avril 1985, quand le gouvernement adopta un ambitieux plan d'action, le premier
du genre concernant l'environnement, à aucun moment l'ANPE ne fut citée comme
institution ou même simple opérateur, pour la mise en oeuvre de ce plan.
Cela n'avait pas empêché l'ANPE de combler une grosse lacune dans ce plan qui
avait omis l'axe stratégique de la recherche. En dehors du plan gouvernemental,
l'Agence a élaboré son propre projet de recherche en environnement, étalé sur
cinq ans et comprenant une trentaine de thèmes, justifiant ainsi la création,
en avril 1986, par arrêté interministériel, d'une unité de recherche " prévention
des risques sur les milieux récepteurs et lutte contre les pollutions " placée
auprès de l'ANPE.
Plusieurs
missions avaient été dévolues à cette unité de recherche : établissement de la
carte de la pollution et de la vulnérabilité des milieux naturels, élaboration
du système de normes, mise au point des systèmes de dépollution, gestion intersectorielle
des pollutions locales. Il était prévu la constitution de quatre équipes de recherche
qui s'occuperaient de pollutions locales, de pollution marine, du fluor et du
mercure.
Qui
s'étonnera aujourd'hui en apprenant que l'unité de recherche est restée " sur
le papier ". Pourquoi ? A cause du changement intervenu à la tête du Commissariat
à la recherche scientifique et technique, un des initiateurs du projet? Ou bien
parce que la recherche hors-université n'ayant pas de statut, ne pouvait, en conséquence,
avoir de financement ? Personne ne l'a su.
En
décembre 1990, l'organisation de la gestion de l'environnement est éclatée en
trois segments. La protection de la nature -forêt, faune et flore- est du domaine
du ministre de l'Agriculture qui dispose de l'Agence des forêts et de l'Agence
de la conservation de la nature. La protection des ressources en eau dépend du
ministre de l'Equipement qui a en charge le secteur de l'Hydraulique, doté d'une
Agence des ressources hydrauliques. Enfin, la protection de l'environnement au
sens général est rattachée au Département de la Recherche et de la Technologie
et a pour instrument l'ANPE. D'autres établissements publics, comme l'Agence pour
l'aménagement du territoire et l'Institut des sciences de la mer, pour ne citer
que ceux-là, ont également des activités liées directement à l'environnement.
En avril 1994, l'environnement apparaît explicitement sur la liste de l'Exécutif
au sein du ministère de l'Intérieur. La situation administrative des inspecteurs
de l'environnement est clarifiée par l'unicité de la tutelle et leur mission facilitée
par la relation hiérarchique directe entre le ministre chargé de l'Environnement
et les wali.
La
création, en 1994, de la Direction Générale de l'Environnement entraîne la dissolution
incompréhensible de l'ANPE.
Par
M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'Ecologie 9/07)


On ne sera pas surpris de savoir que le décalage entre les missions de l'ANPE
et ses moyens avait de quoi alimenter les questions sur la véritable nature de
l'Agence : un faire-valoir politique ou une simple " façade verte " pour l'extérieur
? Son budget réduit et ses locaux exigus limitaient le recrutement alors que son
personnel technique et administratif était en majorité peu expérimenté et insuffisamment
formé. Cette indigence a imposé à l'ANPE un programme fondé sur le pragmatisme.
La
subvention gouvernementale était restée au niveau de celle accordée en 1985, alors
que les dépenses de fonctionnement s'étaient accrues du fait de l'installation
de délégations régionales implantées à Boumerdès, Constantine, Oran et Ghardaïa.
Chez les cadres de l'ANPE, il y avait alors comme un doute à propos de l'efficacité
de cette institution. A la fin 1988, le corps des inspecteurs de l'environnement
était créé avec la très lourde charge de faire la chasse aux pollueurs sur le
terrain en faisant respecter la législation et la réglementation dans ce domaine.
Placés sous l'autorité du ministre chargé de l'environnement qui avait le pouvoir
de les nommer, ils étaient en position d'activité auprès de l'ANPE pour leurs
salaires et affectés aux wali qui définissaient leurs programmes de travail. Dépendant
ainsi de trois tutelles à la fois et démunis des conditions adéquates de travail,
ces inspecteurs, en nombre réduit et issus pour la plupart des structures de l'environnement
et des forêts, ont eu toutes les difficultés du monde à remplir leurs missions.
Pleinement
intégrée au réseau algérien du MEDPOL, qui est un programme à long terme de surveillance
continue et de recherche en matière de pollution en mer Méditerranée, l'Agence
a participé, aux côtés d'autres institutions algériennes, au programme national
de surveillance continue des sources de pollution tellurique du littoral. En tant
qu'intervenant dans la protection de la Méditerranée, elle a bénéficié du programme
d'assistance technique pour l'environnement méditerranéen, METAP, lancé en janvier
1990, conjointement par la Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement.
L'Agence recevait également une aide de la CEE en moyens matériels et en formation.
En
1987, l'ANPE avait lancé simultanément les projets de trois laboratoires situés
à Boumerdès, Oran et Constantine et la construction en préfabriqué d'un laboratoire
" intérimaire ", sur un terrain près du parc zoologique de Ben Aknoun, destiné,
comme son nom l'indique, à suppléer à l'absence de laboratoires régionaux de l'environnement.
La coopération privilégiée avec son partenaire allemand GTZ, lui avait permis
de rendre opérationnel son laboratoire intérimaire et d'en accroître les performances
par l'extension de sa gamme d'analyses.
L'ANPE
donnait l'impression de survivre grâce à cette " coopération " internationale.

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