10 mars 2003

 
 
 

 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

POLITIQUES Par Jean-Louis Peyroux
AGRICULTURE Par Jean-Louis Peyroux
La pluie ne suffit pas pour avoir de l'eau Par M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'Ecologie) Le casse-tête chinois des Algériens
2 février : journée mondiale des zones humides Par M'hamed Rebah (L'Actualité de l'écologie)
L'info : alerte à la pollution de la Méditerranée
L'épuration des eaux reste marginale Le sort des eaux usées Par M'Hamed Rebah (L'actualité de l'écologie)
Réunion du comité national pour les changements climatiques Que faire face à l'effet de serre?
L'effet de serre


POLITIQUES Par Jean-Louis Peyroux

Wangara Maathai, connue pour avoir mené des combats pour la reforestation au Kenya, a été élue député. Puis elle a été désignée secrétaire d'Etat à l'Environnement par le nouveau Premier ministre kenyan, Mwai Kibaki.
Les chansons de Gilberto Gil sont mondialement connues. Mais son engagement aux côtés des Verts brésiliens le sont moins. Il vient d'être nommé ministre de la Culture du Brésil par Lula.
Une délégation d'eurodéputés Verts sont allés sur les plages de Galice pour se rendre compte de la gestion de la crise du Prestige. Ils ont proposé la création d'un corps de Casques Verts qui encadreraient les bénévoles et les équiperaient. Dans le même temps serait délivré un " pavillon européen " aux navires remplissant un cahier des charges précis et strictes pour le transport des matières dangereuses. Enfin, l'Europe se doterait d'un corps de gardes-côtes.

AGRICULTURE Par Jean-Louis Peyroux

Les Africains sont divisés sur les OGM. Si l'Afrique du Sud, l'Egypte et le Kenya ont accepté de cultiver des plantes transgéniques, il n'en est pas de même de la Zambie, ni du Bénin. Ce dernier pays a adopté une loi-modèle qui prévoit également une protection de la biodiversité, l'opposition à l'appropriation du vivant et la préservation du droit des paysans à faire et à reproduire leur semence.
Au Canada, le colza transgénique occupe la moitié du marché. Un agriculteur a même été traduit en justice sur plainte de Monsanto… pour avoir cultivé un champ contaminé par le colza OGM.

La pluie ne suffit pas pour avoir de l'eau Par M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'Ecologie) Le casse-tête chinois des Algériens

Après chaque forte pluie, c'est la valse des chiffres et des lettres : noms de barrages et volumes emmagasinés sont livrés avec une profusion qui contraste avec la parcimonie de la distribution d'eau.
Comment approvisionner les villes algériennes en eau alors que cette ressource est limitée ? C'est le casse-tête des gestionnaires de l'eau qui passent des nuits blanches à chercher la bonne stratégie de gestion de la demande. Le SPIK ( système de production Isser-Keddara), qui a été mis en place en 1987 pour alimenter la région d'Alger, revient-il à la vie ? Il avait été mis complètement " hors-jeu ", en 2002 - " nos barrages sont à sec ", avait alors reconnu, dès la mi-mai, le ministre des Ressources en eau - à cause d'une pluviométrie insuffisante pour pouvoir remplir ses réservoirs ( retenue de Beni Amrane, barrages de Keddara et du Hamiz), après avoir montré des signes d'épuisement dès septembre 2001, justifiant la mise en oeuvre, le 19 du même mois, d'un plan ORSEC pour Alger ( le troisième du genre après ceux de 1994 et 1997), décidé par arrêté du wali.
Grâce à l'abondante pluviométrie du mois de ce mois janvier, le barrage de Keddara a dépassé maintenant le seuil des 50 % de remplissage faisant oublier l'image de la désolation qu'il offrait en 2002, à la même période avec à peine 9 millions de mètres-cubes. Mais on apprend que rien ne changera dans l'alimentation en eau des Algérois, un jour sur trois dans le meilleur des cas, tant que les 9 barrages du Centre du pays n'auront pas emmagasiné plus de 70 % de leurs capacités, autrement dit quand ils auront doublé leur taux moyen actuel (33,77 %).
A l'est du pays, que l'on craignait de voir gagné par la sécheresse, les populations ont plus de chances, leur plan ORSEC a été allégé. Ainsi, à Annaba, la distribution sera assurée durant 8 heures par jour, une fréquence qui sera appliquée également aux autres wilaya de l'est qui étaient sous le régime d'un jour sur deux. Quant aux wilaya où l'eau était distribuée un jour sur trois, ce sera un jour sur deux. Pour arriver à ce rationnement amélioré, il a fallu que les pluies remplissent les 17 barrages de l'est du pays à 77,38 % de leur capacité totale. Mieux encore : quatre barrages affichent un taux de 100 %. Il s'agit des barrages de Hammam Grouz alimentant Constantine et Mila, de Beni Zid (périmètre de Skikda), de Meksa (El Kala) et Oued Charef (Souk Ahras). Le taux de remplissage de quelques autres ( El Ksob, Chefia et Babar) dépassent les 90 %. Le comble est atteint par le barrage de Hammam Grouz qui enregistre un trop plein présenté comme " inquiétant " pour les dangers qu'il comporte.
Le plus inquiétant ne s'arrête pas à ce risque de trop plein. Avec l'eau, la pluie apporte aussi de quoi envaser les barrages. En 2000, les spécialistes ont estimé un envasement global des barrages de l'ordre de 11 % de leur capacité totale soit environ 500 millions de mètres cubes équivalent à la capacité de 5 grands barrages. L'Agence nationale des barrages reconnaît qu'aucune attention particulière n'est accordée à l'entretien et la maintenance de ces ouvrages ( parc à 70 % âgé de plus de 30 ans), huit bassins versants sont érodés sur 40 % de leur superficie. A l'horizon 2010, l'envasement sur les 50 barrages actuellement en exploitation atteindra un volume estimé à 730 millions de mètres cubes, soit 14,5 % de leur capacité totale.

Les chiffres
Où sont les barrages

On compte 800 000 barrages à travers le monde, parmi lesquels 1272 en Afrique, dont les 2/3 dans trois pays : Afrique du sud ( 539), Zimbabwe (213) et Algérie (110).
En Algérie, en 2000, sur les 110 barrages, une cinquantaine de barrages avaient une capacité totale de plus de 5 milliards de mètres cubes. A comparer avec le barrage d'Assouan, en Egypte, dont la capacité théorique est 160 milliards de mètres cubes. Au Maroc, 80 barrages mobilisent une capacité totale de 10 milliards de mètres cubes. A l'horizon 2005, le nombre de barrages achevés, en Algérie, sera de 66 pour une capacité totale de 7,65 milliards de mètres cubes et un volume régularisé de 3,54 milliards de mètres cubes.
L'ensemble des ouvrages de mobilisation, de transfert et d'adduction des eaux de surface sera achevé à l'horizon 2010. Il mobilisera plus de 10 milliards de mètres cubes et garantira un volume annuel de 6 milliards de mètres cubes, ce qui permettra l'irrigation de plus de 300 000 ha dans les grands périmètres, assurera l'alimentation quotidienne en eau potable à plus de 20 millions d'habitants et la satisfaction des besoins de l'industrie. En 1962, il y avait 15 barrages qui emmagasinaient 600 millions de mètres cubes avec un envasement de 20 % ( 220 millions de mètres cubes).

La chronique
Communication à vau-l'eau

Plusieurs journaux ont mis à la Une de leur édition de jeudi dernier une information peu réjouissante et même déplaisante. Peu réjouissante pour tous et tout particulièrement pour ceux qui n'ont presque jamais l'eau courante, puisque l'information concerne l'augmentation du prix du mètre cube d'eau distribuée par l'Algérienne des eaux (ADE). Déplaisante principalement pour les compagnies étrangères qui se préparent à investir le marché de la distribution de l'eau en Algérie, leur principe cardinal étant qu'il ne faut surtout pas parler d'augmentation du prix de l'eau avant d'en avoir amélioré le service public, c'est à dire, pour l'essentiel, équité et régularité dans la distribution, ce qui est loin d'être le cas. Mais, le premier surpris par cette information a dû être le ministre des Ressources en eau, lui-même. En effet, Abdelmadjid Attar ne manque pas une occasion pour dire que l'augmentation du tarif de l'eau n'est pas à l'ordre du jour en 2003. Il l'annonce pour 2004.
C'est sans doute ce qui explique pourquoi, avant que l'encre d'imprimerie n'achève de sécher sur le papier journal des éditions du jeudi, l'information a été démentie officiellement avec une rapidité époustouflante, en utilisant le support médiatique le plus lourd, celui qui a le plus d'influence sur l'opinion publique, la télévision - qui reste encore l'Unique pour la majorité des Algériens - et à un moment de grande écoute, le JT de 20 heures.
On ne peut accuser ici la presse, tous statuts confondus, privée et publique, de faire dans la désinformation, même s'il nous arrive de lire dans les journaux des informations fausses que l'on nous présente pour des faits établis. Cette fois, la mauvaise nouvelle a été reprise du fil de l'agence de presse de l'Etat (APS) qui s'est visiblement inspirée d'un placard publicitaire de l'ADE se voulant une présentation de la nouvelle facture de l'eau 2003. On en serait resté à cet effort de communication, didactique et louable, s'il n'y avait eu, dans ce placard, un encadré sur " la valorisation de la consommation d'eau " qui indique explicitement le passage d'un prix à l'autre, c'est-à-dire une augmentation du prix de l'eau pour les quatre catégories de consommateurs concernés. Vérification faite, il s'agissait non pas d'un écart mais d'une fourchette couvrant les différentes zones de tarification et les prix indiqués étaient ceux de... 1998.
Il y a quelques années, en Bolivie, l'annonce d'une augmentation du prix de l'eau avait provoqué de violentes manifestations entraînant l'instauration de l'état de siège pour une durée de 90 jours. Les affrontements entre la police et les manifestants avaient fait plusieurs morts. Les Boliviens ont appris depuis que jouer avec l'eau équivaut parfois à jouer avec le feu.
La communication sur l'eau est une question très sensible. L'an dernier, à peu près à la même période, janvier, une information mal présentée avait forcé le ministère des Ressources en eau à démentir une dépêche APS, créant un malaise dans le secteur de l'eau. C'était deux jours avant la mort de Ahmed Hemmadi, un des pionniers de l'hydraulique en Algérie, qui m'avait paru douloureusement affecté par ce couac médiatique officiel.

M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'Ecologie)

2 février : journée mondiale des zones humides Par M'hamed Rebah (L'Actualité de l'écologie)

Le nénuphar de Beni Belaid Les intempéries du week end et le Nestor qui s'est échoué tout près, ont fait sortir de l'anonymat la zone humide de Beni Belaid. L'intérêt des zones humides algériennes vient du fait qu'elles occupent une position stratégique sur les deux grandes voies de migrations internationales des oiseaux et qu'elles constituent des sites d'hivernage et de reproduction de première importance entre la mer Méditerranée et le Sahara.

Les zones humides, en Algérie, sont confrontées, en tant qu'écosystèmes particuliers, à de multiples atteintes dont les moindres ne sont pas celles qui découlent des opérations de drainage pour la " mise en valeur " agricole ou autres types d'" aménagements ". On signale très souvent des pollutions par les pesticides utilisés dans les terres cultivées avoisinantes. A titre d'exemple, le chott d'El Menea, au sud du pays, a connu une dégradation qui a fait fuir de nombreuses espèces d'oiseaux. La cause : des eaux usées sont déversées dans le réseau de drainage qui aboutit dans ce lac naturel. Comme d'autres zones humides délaissées, il a aujourd'hui un besoin urgent de mesures de protection, d'abord et surtout au plan réglementaire.
La zone de Beni Belaid qui se trouve à une trentaine de kms à l'est de la ville de Jijel, dans la région la plus pluvieuse du littoral algérien, entre oued Adjoul et la mer, a plus de chances, pas seulement parce qu'elle est enclavée et relativement isolée, mais parce qu'elle a été choisie pour servir de site test à l'application des méthodologies et des outils développés par Medwet. Ses dimensions sont modestes -120 hectares- mais elle est dotée d'un écosystème exceptionnel où prolifèrent de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs et plantes rares comme le nénuphar.
Riche en flore, Beni Belaid se distingue par une végétation spécifique aux dunes jonchées de touffes de chiendent et de légumineuses. Elle comprend un lac d'eau douce non pollué, de 6 ha environ, entouré d'une végétation lacustre, une peupleraie traversée de ruisseaux, un cordon dunaire séparant le plan d'eau de la plage et un autre situé à l'intérieur des terres, un espace agricole d'une cinquantaine d'ha faisant l'objet d'une exploitation intensive de cultures maraîchères, industrielles et fruitières en irrigué. Les études de spécialistes ont Frévélé que quelque 110 espèces végétales ont pu être observées, dont une vingtaine rares et deux particulièrement remarquables, le Jussieua repens, un tapis jaune d'or qui recouvre les bords des étangs et le fond des dépressions et cours d'eau, et l'Echinophora spinosa, une espèce dunaire.
La végétation spécifique à cette zone humide comprend des plantes aériennes comme le peuplier, l'aulne, le frêne, le tamaris, et des plantes semi-aquatiques tels les joncs, les massettes, qui présentent l'aspect d'un fourré impénétrable abritant les niches d'oiseaux d'eau et les lieux de ponte pour les poissons, enfin, des plantes aquatiques enracinées, flottantes et du phytoplancton. Sur ce site, les mammifères sont représentés par 16 espèces. L'avifaune comprend au moins 77 espèces dont 34 au cœur de la zone humide, parmi lesquelles deux rares, la Poule sultane et le Fuligule nyroca. Le site abrite également 19 espèces de reptiles et de batraciens. La présence de la loutre confirme l'importance de cette zone humide.
La faune aligne des noms familiers aux écologistes : mouettes rieuses, hérons, foulques, sarcelles d'hiver et d'été, balbuzard pêcheur, rouge gorge, milan noir, épervier d'Europe, bécasses, aigle botté, buse féroce, aigle de Bonelli, Circaète-Jean-le Blanc, Autour des Palombes, une espèce très rare en Algérie. Mais, comme ailleurs, cette faune est menacée par la pratique de la chasse et du braconnage.

Lexique
Qu'est-ce qu'une zone humide ?

Ce ne sont pas les définitions qui manquent pour désigner une zone humide. On admet qu'une zone humide est une région où l'eau est le principal facteur qui contrôle le milieu naturel et la vie animale et végétale associée. Elle apparaît là où la nappe phréatique arrive près de la surface ou affleure ou encore, là où des eaux peu profondes recouvrent les terres. La Convention de Ramsar a sa propre définition: " étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d'eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l'eau est statique ou courante, douce, saumâtre ou salée et sa profondeur n'excède pas six mètres ". Le même document dispose que les zones humides " pourront inclure des zones de rives ou de côtes adjacentes à la zone humide et des îles ou des étendues d'eau marine d'une profondeur supérieure à six mètres à marée basse, entourées par la zone humide ".
On a toutes les raisons de considérer les zones humides comme les berceaux de la biodiversité. Elles sont parmi les milieux naturels les plus productifs du monde et fournissent l'eau et les produits primaires dont dépendent, pour leur survie, des espèces innombrables de plantes et d'animaux. La preuve: on y trouve des concentrations élevées d'oiseaux, de mammifères, de reptiles, d'amphibiens, de poissons et d'invertébrés. Un chiffre: plus de 40 % des 20 000 espèces de poissons du monde vivent dans les eaux douces. Autre chose: les zones humides sont également des entrepôts importants de matériel phytogénique. Un exemple? Le riz, plante commune des zones humides, est l'aliment de base de plus de la moitié de l'humanité. En résumé, les spécialistes affirment que " les zones humides naturelles remplissent gratuitement des fonctions précieuses (atténuation des inondations, recharge de la nappe souterraine, rétention des polluants), procurent de nombreux produits (poissons, riches sédiments) et présentent des attributs non négligeables (diversité biologique, beauté des paysages, patrimoine culturel et archéologique). Sous l'angle de l'écotourisme, par exemple, les zones humides présentent un intérêt incontestable.
Un spécialiste algérien affirme que dès que " vous pataugez dans un marécage, enfoncé jusqu'aux genoux, il n'y a pas l'ombre d'un doute, vous êtes dans une zone humide ". Il existe en Algérie diverses catégories de zones humides : lacs, lagunes et étangs au nord-est du pays, chotts dans les hauts plateaux et les zones désertiques, gueltas dans les régions sahariennes. Dans les régions arides et semi-arides, certaines zones humides sont encore inconnues comme les chotts, sebkhas, gueltas, cours d'eau éphémères du désert et des oasis. Plus concrètement, le lac ou marais de Réghaïa, qui fait à peu près 150 hectares, est une zone humide. Il est moins connu, à l'échelle nationale que le lac Tonga, qui se trouve à El Kala et qui couvre une superficie de 2400 hectares. Si vous arrivez à les compter, vous trouverez autour de 300 zones humides en Algérie, celles qui sont artificielles y compris.

Législation
La Convention Ramsar

La Convention Ramsar désigne la Convention internationale relative aux zones humides adoptée en 1971 à Ramzar, en Iran. Elle a été ratifiée par l'Algérie en décembre 1982. La convention est entrée en vigueur en 1975. Vingt ans après, elle comptait sur sa liste de zones humides d'importance internationale, plus de 770 zones humides couvrant une superficie dépassant 52 millions d'hectares. L'inscription sur la liste Ramsar n'entraîne pas l'interdiction de toucher au site, mais impose son " utilisation durable ", autrement dit " compatible avec le maintien des propriétés naturelles de l'écosystème ". Dans ce cas, le gouvernement a l'obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir le maintien des caractéristiques écologiques spécifiques du site.
Lors d'une conférence tenue en juin 1996, à Venise, à laquelle a participé l'Algérie, les dispositions de la Convention Ramsar ont été adaptées aux besoins de la région méditerranéenne. A cette occasion, fut adoptée la déclaration de Venise qui consiste essentiellement en une stratégie relative aux zones humides méditerranéennes.
Entre-temps est intervenu MedWet, programme né d'un double constat : les zones humides méditerranéennes présentent de grandes valeurs écologiques, sociales et économiques mais elles ont subi des pertes et dégradations significatives au cours du 20ème siècle. MedWet vient à point nommé pour " arrêter ces pertes, inverser la tendance et assurer une utilisation rationnelle de ces zones humides dans toute la Méditerranée ". Derrière l'appellation MedWet, on trouve une structure de partenariat souple, opérationnelle depuis 1993, dont le financement provient pour les deux-tiers de l'Union européenne, le reste étant apporté par les partenaires.

Par M'hamed Rebah (L'Actualité de l'écologie)

L'info

C'est l'alerte au nord du mont Chenoua, près de Tipaza. un navire libanais, le Cougar, a coulé emportant au fond sa cargaison de 4000 tonnes de kaolin et dans ses soutes 250 tonnes de fioul et 4 000 litres d'huile de moteur. Il n'en fallait pas plus pour parler de risque de marée noire. A titre de comparaison, les accidents de pétroliers ayant entraîné des marées noires ont concerné en 1967 le Torrey Canyon (chargé de 119 000 tonnes de brut), en 1978, l'Amoco Cadiz (220 000 tonnes de pétrole brut), en 1989, l'Exxon Valdez (avec 180 000 tonnes de brut à bord).
La mise au point des nouveaux pétroliers écologiques en Europe et aux Etats-Unis n'a pas fait reculer le risque de multiplication des marées noires même si aucun accident grave n'a touché les côtes sud méditerranéennes très fréquentées par les tankers. Selon des chiffres de 1994, 500 millions de tonnes d'hydrocarbures transitent chaque année le long des côtes maghrébines et un rapport de l'ONUDI estime à 12 000 tonnes la quantité de pétrole déversée annuellement dans la région côtière et à 10 000 tonneFs celle qui envahit la mer lors des chargements au niveau des ports.
Les marées noires constituent la principale et la plus spectaculaire manifestation de la pollution par les hydrocarbures menaçant la diversité biologique.
Les grands accidents de ce type de pollution ont mis en évidence leur impact. Un exposé en est fait dans un document élaboré conjointement par la Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement (Programme pour l'environnement dans la Méditerranée, 1990). Les nappes flottantes de mazout lourd peuvent étouffer les animaux comme les phoques et les oiseaux qui ramassent le pétrole sur la surface; les tortues adultes s'engluent dans le pétrole lorsqu'elles se dirigent vers les plages pour pondre, de même que les nouvelles couvées de tortues qui tentent d'atteindre la mer. Le bétail qui pâture à proximité de la côte peut également souffrir de cette pollution.
Les hydrocarbures plus légers comme le naphte et l'essence ont souvent des effets toxiques sur les poissons et les crustacés comme les moules et les huîtres. Les hydrocarbures peuvent couler au fond de la mer et s'accumuler dans les sédiments où vivent les mollusques.
Les hydrocarbures de pétrole issus des rejets des navires et des industries côtières entraînent des maladies chez les poissons et les mammifères marins, et la mort des oiseaux de mer. La pollution par les hydrocarbures affecte généralement les invertébrés aquatiques.
Les 51 000 tonnes de phosphate transportés par le " Nestor " qui s'est échoué à l'est de Jijel, sans doute près de la zone humide de Beni Belaid, méritent bien plus d'attention que le fioul du Cougar, à cause du risque de perturbation du système biologique marin provoquée par le phosphate.

La chronique
Histoire d'un train en vadrouille et de bateaux en perdition

Volontairement pour l'un, incidemment pour l'autre, le train et le bateau sont entrés, en ce début d'année 2003, en plein dans l'actualité. Le train, non parce qu'il n'est pas arrivé à l'heure, en cela il est fidèle aux traditions du rail algérien, mais à cause des belles couleurs de ses wagons qui font défiler toute la palette du vert-nature. Quant au bateau, le rafiot devrait-on écrire, les grosses vagues méditerranéennes, soulevées par la tempête d'un week end, l'ont propulsé, à son corps défendant, dans les unes de journaux tout heureux d'y accueillir leur marée noire tant attendue.
Pour une fois, l'attrait médiatique du sensationnel s'est trouvé partagé entre une information agréable à entendre et une autre qui l'est bien moins. Sur terre, sillonnant des voies ferrées, le train de l'environnement, avec sa gazelle -Dounia - mascotte, que les enfants guettent à la gare et devant leur petit écran. Pendant ce temps, sur mer, en des points précis du littoral, des Cougar et des Nestor donnent son sens à Tell Bahr, un dispositif que l'on croyait de prestige, et du fil à retordre aux " nettoyeurs sans moyens ".
On découvre le phénomène de l'émulsification quand le pétrole incorpore rapidement l'eau et fait une " mousse au chocolat ", très stable et peu accessible aux divers processus de dégradation, annonçant les résidus goudronneux que l'on trouvera sur les plages et en mer.
On prend alors conscience que la Méditerranée qui a perdu son mérou mais fournit toujours l'eau de refroidissement aux grands complexes pétrochimiques et aux centrales électriques, entre autres, promettant de nous donner bientôt de l'eau à boire, tout en procurant du plaisir aux estivants, leur nourriture aux oiseaux marins, du thon aux Japonais et des fruits de mer à tous, cette mare nostrum, polluée par les rejets de produits toxiques, particulièrement les métaux lourds, c'est aussi une voie maritime pour le pétrole empruntée par 250 à 300 tankers qui laissent échapper chaque année 800 000 tonnes de pétrole. On a compté jusqu'à 2000 navires constamment présents dans cette mer quasi-fermée, aux dimensions réduites et qui de surcroît perdrait son eau selon des chercheurs qui affirment que le niveau de la Méditerranée baisse, alors que celui des autres mers et océans augmentent grâce au réchauffement climatique.
La Méditerranée, destination privilégiée des touristes européens, risque de devenir une mer-poubelle à force de se laisser fréquenter par les bateaux du même nom.

Par M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'écologie)

L'épuration des eaux reste marginale Le sort des eaux usées Par M'Hamed Rebah (L'actualité de l'écologie)

Les stations d'épuration reviennent à l'ordre du jour à la faveur du séminaire qui s'est tenu les 22 et 23 janvier 2003, à l'hôtel Sheraton, à Alger, à l'initiative du ministère des Ressources en eau, en collaboration avec la Banque mondiale.

Dans un contexte " hydrique " favorable, pluviosité abondante et taux de remplissage des barrages satisfaisant, le ministre des Ressources en eau, Abdelmadjid Attar, et le directeur de la Banque mondiale pour le Maghreb et le Moyen-Orient, Théodore Alhers, ont coprésidé un séminaire les 22 et 23 janvier à Alger sur le thème de " la coopération avec la Banque mondiale pour les années 2003/2005 ", dans le cadre du programme intitulé " Country assistance stratégie " (CAS).
Cette rencontre s'inscrit dans le processus de consultation, commencé en janvier 2002, entre la Banque mondiale et l'Algérie. Les experts de l'institution financière internationale, qui savent que l'industrie de l'eau est la 5ème branche industrielle dans les pays développés, veulent " avoir une idée sur ce secteur et arriver à définir avant mai prochain une stratégie de coopération basée sur ses priorités". Mais, déjà, M. Alex Bakalian, qui est responsable du dossier Algérie à la Banque mondiale, doit être sans doute très content. Il vient de permettre à son institution de reprendre pied au ministère des Ressources en eau. D'autant qu'il y a plein d'investissements prévus. Abdelmadjid Attar a parlé d'un programme d'action à moyen et long termes (horizon 2020) et qui nécessitera, pour les cinq années à venir, un budget avoisinant les 200 milliards de DA par an. Ce programme sera financé par la Banque mondiale ( qui accepte de financer les projets de barrages) et d'autres bailleurs de fonds internationaux.
On sait déjà que, avec le concours de la Banque mondiale, le ministère des Ressources en eau est en train de faire un diagnostic précis du secteur et prépare une loi-programme 2004-2008 dont l'étude sera bouclée en juin 2003.
Cette nouvelle loi-cadre doit, notamment, permettre la concession à des privés de l'exploitation de l'eau de mer. On sait également que le ministre des Ressources en eau proposera au gouvernement, au cours du premier semestre 2003, une politique tarifaire fondée sur le juste prix de l'eau et censée protéger les couches défavorisées. C'est la société française Sogreah qui a été chargée de faire l'étude de la nouvelle tarification. Il est bon de rappeler que la Banque mondiale qui avait remis les pieds en Algérie, dans les années 70, à travers justement le secteur de l'hydraulique et dont le premier prêt remonte aux 5 millions de dollars accordés en 1980 pour une étude concernant les ressources en eau d'Alger, avait inscrit la réhabilitation des stations d'épuration dans un vaste projet qui devait s'échelonner de 1995 à 2001. Ce projet financé grâce à un prêt de la BIRD d'un montant de 110 millions de dollars, l'accord ayant été signé en juin 1994 à Washington, visait à remettre de l'ordre dans les réseaux d'alimentation en eau potable et d'assainissement ainsi que dans le parc national de stations d'épuration. Ce prêt avait hissé, en 1997, le total des concours de la Banque mondiale au secteur de l'Hydraulique depuis l'indépendance, à 889 millions de dollars.
Qu'est-ce qui a été fait ?Concernant les stations d'épuration, Abdelmadjid Attar reconnaît que le désastre subsiste toujours en 2003: " 8 stations fonctionnent bien aujourd'hui, 24 ont été diagnostiquées et vont être rénovées alors que d'autres sont irrécupérables, comme celle de Tiaret ".
Alors qu'on nous avait promis qu'à l'horizon 2000, à l'échelle nationale, si les stations d'épuration à l'arrêt étaient réhabilitées et celles prévues construites dans les délais, un volume d'eaux épurées estimées à 600 millions de m3 par an pourrait être récupéré. Des entreprises américaines, canadiennes et même japonaises étaient intéressées par ce programme.
Tout récemment, la presse a annoncé qu'un programme de développement de l'épuration pour 635 agglomérations était à l'étude au niveau de l'Office national de l'assainissement (ONA). L'accent est mis sur la nécessité de réaliser 62 nouvelles stations d'épuration à travers tout le pays pour un coût évalué à près de 52 milliards de DA.( 1 dollar = 80 DA) Un partenariat public et privé étranger, pour la concession et l'affermage, est sollicité pour la gestion des infrastructures d'assainissement ainsi que pour une meilleure efficacité dans le management et le développement des ressources humaines. Un protocole d'accord était en cours de discussion avec la société Ondeo-service du groupe Suez. Une étude tarifaire de l'assainissement est en cours d'élaboration.
Des négociations avec les communes devront commencer en 2003 pour la prise en charge par l'ONA des réseaux d'assainissement, suivant un contrat d'affermage ou de concession, après un diagnostic général sur les réseaux. Les rapports officiels ont eu à signaler que la pollution due aux rejets des eaux usées urbaines à l'état brut touche l'ensemble des eaux superficielles, c'est à dire tous les barrages. C'est particulièrement le cas des retenues collinaires destinées à l'irrigation mais qui servent aussi de réservoirs d'eau de consommation dans les zones rurales non desservies par les réseaux d'alimentation en eau potable.
Les eaux usées non traitées sont parfois retenues, pour les besoins d'irrigation, dans des bassins que les agriculteurs aménagent spécialement pour pouvoir les réutiliser... sans épuration préalable. Quand un oued passe à côté de parcelles agricoles, son eau est pompée pour l'irrigation, qu'importe si elle est fortement polluée, et c'est malheureusement très souvent le cas. Les oued véhiculent des eaux usées qu'ils collectent sur leur passage à partir des rejets des agglomérations et des zones industrielles. Pourtant, on sait très bien que l'irrigation à l'aide des eaux usées est considérée comme une des principales causes des épidémies de maladies à transmission hydrique.

Les chiffres
Où se trouve l'eau ?

97,5 % de l'eau du globe terrestre est une eau salée, dont l'essentiel est dans l'océan. 2,5 % seulement est de l'eau douce.
2,24 % de l'eau du globe se trouve dans les calottes polaires (Antarctique, Groenland,...), les glaciers et les formations aquifères profondes. 0,26 % de l'eau du globe est utilisable.

La chronique
Les acteurs de l'eau

Toutes les ressources hydriques possibles, conventionnelles et non conventionnelles, sont bonnes à prendre, pourvu qu'elles permettent d'étancher la soif des Algériens, dont la plus grande partie, les jeunes, n'ont connu de la distribution d'eau, en toutes saisons, que le rationnement et les coupures longue durée. Pourtant, les responsables du secteur de l'hydraulique ne cessaient de répéter avec fierté qu'en Algérie, les taux de raccordements aux réseaux d'alimentation en eau potable et d'assainissement sont parmi les plus élevés dans la région. Mais ils étaient plus discrets sur le non-respect des normes de pose de canalisations et sur l'absence de politique d'économie d'eau, qui font que, d'une part, les épidémies de maladies à transmission hydrique sont redevenues un fléau national et, d'autre part, le risque d'amenuisement de la ressource ne permet pas un approvisionnement régulier des foyers, alors que les barrages se remplissent. Le siècle dernier, les ministres avaient fixé un horizon, 2000, pour régler définitivement le problème. Le temps que cette échéance soit dépassée et oubliée, voila maintenant que de nouveaux horizons sont annoncés, l'un proche, trop proche même, à 2005, l'autre pas très lointain, à 2020. Des centaines de milliards de DA sont promis aux entreprises qui se lanceront dans cette bataille de l'eau en Algérie.
L'Etat a réorganisé le jeu : deux nouveaux acteurs de premier plan, l'Algérienne des eaux et l'Office de l'assainissement, commencent à se montrer sur la scène de l'eau. Des entreprises nouvelles ont été créées spécialement pour le dessalement : AEC (Sonelgaz et Sonatrach) et leur filiale, Kahrama. Des inconnus dans la famille de l'eau ont décidé de se mettre aussi au dessalement : Khalifa ( qui fait également le génie civil pour les stations d'épuration) et BCIA (Banque du commerce et de l'industrie en Algérie) et les Allemands de Linde, une société spécialisée dans les travaux. Hydrotraitement, ancienne entreprise algérienne, dont le métier de base est l'eau ( traitement, épuration, canalisations) est également présente dans les projets de dessalement. Cette entreprise a même commencé à livrer de l'eau dessalée à Skikda.
Enfin, dernière nouvelle: le ministère des Ressources en eau envisage d'alimenter en eau les régions du nord du pays à partir des réserves fossiles du Sahara. Un bureau d'études français, SAFEGE, a été chargé de l'étude de faisabilité du transfert des eaux du Sahara septentrional vers les régions du nord de l'Algérie. Coût de l'étude : 141 121 039 DA; délai : 18 mois.
En conclusion, voici un exercice de calcul pour nos amis lecteurs : il faut 750 000 litres d'eau pour produire une tonne de papier-journal, combien en a-t-il fallu pour faire ces deux pages Ecologie de L'Actualité.

Réunion du comité national pour les changements climatiques Que faire face à l'effet de serre ?

Fait significatif : trois rencontres qui se tenaient au même moment à Alger avaient un rapport direct avec les changements climatiques : le séminaire des ONG sur la désertification, la conférence de Abdelmadjid Attar, ministre des Ressources en eau, au forum d'El Moudjahid, et, moins médiatisée, la réunion du comité national pour les changements climatiques. On s'intéressera à cette dernière.

Le Comité national pour les changements climatiques (CNCC) s'est réuni, dimanche 9 février 2003, à l'Hôtel El Djazaïr, en présence de son président, Sid Ali Ramdane, haut-fonctionnaire au ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement (MATE), et de M. Stéphane Boulet Sauve, expert, chargé de l'évaluation du projet régional maghrébin sur les changements climatiques, initié par le Programme des nations unies pour le développement (PNUD). Le CNCC, mis sur pied en 1996 et dont la mission vient à terme avec la finalisation du projet, est coordonné par le MATE, en la personne de M. Sid Ali Ramdane. C'est un cadre de concertation entre les différents secteurs concernés par la problématique des changements climatiques.
Le CNCC a atteint plusieurs objectifs qui contribuent à renforcer les capacités de l'Algérie en matière de politique relative aux changements climatiques. Il a participé à l'élaboration de la première communication nationale présentée à Marrakech en novembre 2001, lors de la 7ème conférence des parties à la Convention, et à l'inventaire national des gaz à effet de serre ( qui est un élément de la communication nationale).
Cet inventaire, entièrement réalisé par des experts algériens, porte sur 1994, définie comme année de référence par le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il montre que le secteur de l'énergie est responsable à plus des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre en Algérie. Le gaz carbonique est le gaz le plus émis avec 66,7 % suivi du méthane avec 24, 7 % et de l'oxyde nitreux avec 8,6 %. Les experts, auteurs de l'inventaire, reconnaissent que de nombreuses incertitudes, liées à la collecte des données, entachent les résultats et ils recommandent la création au sein de chaque secteur concerné, de cellules chargées de l'inventaire. Le CNCC a impulsé la tenue de divers ateliers de sensibilisation et de formation touchant différents secteurs et a permis de vulgariser les principaux concepts liés aux changements climatiques. Il a contribué à la création et l'animation de réseaux d'experts au Maghreb qui ont travaillé sur la relation du climat avec les ressources en eau, la pollution par les transports, la santé.
Les spécialistes, membres du CNCC, estiment que, pour un pays en développement comme l'Algérie, qui émet très peu de gaz à effet de serre, en comparaison des émissions des pays développés, le plus urgent est d'élaborer le programme des mesures d'adaptation aux changements climatiques. Car, la question la plus importante est de savoir comment les secteurs vulnérables du pays pourront s'accommoder de la variabilité du climat qui risque d'avoir selon les experts maghrébins " des conséquences néfastes directes et indirectes sur le potentiel des ressources en eau, tant du point de vue quantité que qualité, sur les besoins en eau et sur l'efficience d'utilisation de cette ressource pour les différents usages ". Sur les dix catastrophes intervenues dans le monde entre 1983 et 1999, les experts relèvent que seulement deux ont été des tremblements de terre, les autres résultant de typhons, d'ouragans et d'inondations. Depuis trente ans, ce sont les catastrophes liées au climat qui connaissent une grande fréquence. M'hamed Rebah

M'hamed Rebah

la Terre serait inhabitable car sa température qui est de +15°C tomberait à -18°C. Tout le " mérite " revient à la vapeur d'eau, au gaz carbonique et à l'ensemble des autres gaz à effet de serre, ozone, méthane et oxyde nitreux, dont les molécules présentes dans l'atmosphère laissent passer les rayons du soleil vers la Terre et absorbent les rayonnements thermiques émis par la surface de la planète. Elles réemettent une partie des rayons vers la terre, les empêchant de s'échapper vers l'espace.
Les principaux gaz à effet de serre (GES) dont les émissions dans l'atmosphère sont responsables du réchauffement climatique sont d'abord et avant tout le gaz carbonique ( CO2) qui provient de la combustion de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) pour les transports, l'industrie et la production d'énergie et aussi de la déforestation; le méthane (CH4) qui est produit par la décomposition des ordures ménagères, les rizières et les marais, d'où son nom de gaz des marais, l'élevage bovin et l'épandage d'engrais; le protoxyde d'azote ou oxyde nitreux (N2O) qui résulte de certains procédés industriels et des épandages d'engrais. On peut également mentionner, bien qu'ils soient émis en quantité beaucoup plus faible, trois gaz fluorés: les hydrofluorocarbones, (HFC), qui sont des substituts de certains chlorofluorocarbones (CFC) qui ont été éliminés car destructeurs de la couche d'ozone, les hydrocarbures perfluorés ( PFC), émis lors de la production d'aluminium, et l'hexafluorore de soufre (SF6) utilisé dans les industries électriques et électroniques.
Le groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), créé en 1988 et qui réunit 3000 chercheurs sous l'égide d'organisations spécialisées de l'ONU, estime que la température moyenne sur Terre augmentera au siècle prochain de 1,5°C à 6°C. Le GIEC prévoit que la teneur en CO2 dans l'atmosphère aura plus que doublé en 2100. A terme, le réchauffement se traduira par une condensation énorme de vapeur d'eau libérée par les océans, ce qui peut favoriser les phénomènes violents: précipitations, sécheresse, tempêtes. Les pays africains en voie de désertification risquent d'en souffrir.

Législation La Convention sur les changements climatiques

La Convention-cadre sur les changements climatiques, signée lors du Sommet de la Terre en juin 1992 à Rio de Janeiro et entrée en vigueur le 21 mars 1994, après sa ratification par 50 pays. L'Algérie a ratifié ce document en avril 1993.
La Convention est basée sur la constatation du " fait que l'activité humaine a augmenté sensiblement les gaz à effet de serre dans l'atmosphère, que cette augmentation renforce l'effet de serre naturel et qu'il en résultera en moyenne un réchauffement supplémentaire de la surface terrestre et de l'atmosphère, ce dont risquent de souffrir les écosystèmes et l'humanité ".
Elle concerne ce qui est considéré comme l'un des défis les plus importants posés à la communauté internationale, à savoir restreindre l'émission dans l'atmosphère de gaz tenus pour responsables de l'effet de serre qui provoque un réchauffement de la planète. Mais ce document ne contenait aucune disposition contraignante pour les Etats qui l'ont ratifié.
Le protocole de Kyoto, adopté le 11 décembre 1997, par les pays signataires de la convention sur les changements climatiques a pour but d'organiser la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre après l'an 2000. Les pays industrialisés s'y engagent à réduire, dans la période 2008-2012, leurs émissions de dioxyde de carbone, qui résultent des combustibles fossiles et qui représentent environ les quatre cinquièmes de toutes leurs émissions de gaz à effet de serre.
L'Algérie, au nom de ses intérêts nationaux liés à sa situation d'exportateur de pétrole, vient d'adopter une position prudente à l'égard du protocole de Kyoto: quand il entrera en vigueur, on verra.

 

On ne sait pas ce que l'on respire Les méfaits de la diésélisation

En l'absence d'études épidémiologiques portant sur les effets de la pollution de l'air due à la circulation automobile, on ne connaît pas l'impact de cette pollution et on ne sait pas combien elle coûte au citoyen et à l'Etat.
Le réseau de mesure de la pollution atmosphérique, Samasafia, installé depuis juin dernier à Alger qui est une ville où, selon les spécialistes, les conditions météorologiques favorisent la formation d'oxydants photochimiques, donne des résultats encore limités du fait de sa faible consistance: quatre postes de surveillance dont un seul se trouve en un lieu à fort trafic, la Place du 1er Mai. La configuration du réseau n'est visiblement pas représentative des artères d'Alger, plutôt étroites et confinées, qui connaissent une circulation dense et peu fluide. En outre, une grande proportion des véhicules qui circulent à Alger sont dans un état défectueux, dû le plus souvent à leur âge très avancé, - bénéficiant d'une véritable prime grâce au mode de détermination du tarif de la vignette-auto qui prend comme référence l'année de mise en circulation - et roulent avec une surconsommation de carburant, ce qui entraîne un accroissement de la pollution. Marcher dans les rues d'Alger aux heures de pointe, qui correspondent à une tranche horaire très étendue, est un véritable calvaire pour les piétons, surtout les personnes âgées ou en bas âge. Les rares études qui avaient été faites à Alger sur la pollution de l'air due à la circulation automobile, avaient indiqué pour certains polluants, comme le dioxyde d'azote, les hydrocarbures, les particules et le plomb, des taux dans l'air dépassant les normes recommandées au plan international.
Il faut souhaiter que le contrôle technique des véhicules qui a commencé cette année concerne aussi la protection de l'environnement et décourage les automobilistes à polluer. L'entrée en service des stations de contrôle technique des véhicules, permet d'espérer une réduction de la pollution de l'air due à la circulation automobile. Ce contrôle était obligatoire depuis seize ans, mais les dispositions de la loi du 10 février 1987 avaient été rendues inopérantes par les contraintes financières du fameux choc pétrolier qui avait annihilé tous les beaux projets. Les choses paraissent avoir changé : la nouvelle loi du 19 août 2001 confirme le caractère obligatoire du contrôle technique des véhicules et la loi des finances pour 2002 a dégagé les moyens de sa mise en œuvre.
La nécessité de rattraper le retard ne se faisant pas sentir, l'obligation de contrôle touchera dans une première étape, s'étalant d'une année à une année et demie, les véhicules utilitaires, notamment les transports en commun. Sous peine de sanction, les conducteurs de bus seront obligés de procéder à des réparations coûteuses mais nécessaires pour diminuer les dégagements de gaz et de fumées. Ils ne pourront plus rouler avec des moteurs défectueux qui provoquent une pollution visible et perceptible par tous.
Pour mesurer les dégâts du laxisme dans ce domaine, il n'y a qu'à faire un tour dans les stations de bus et minibus. Le grondement des moteurs qui tournent est incessant avec toutes les nuisances faites de bruit, de vibrations et de gaz d'échappement alors que les conducteurs peuvent arrêter le moteur quand ils stationnent leurs bus. Résultat : les stations de bus sont envahies par les fumées noirâtres dégagées par les tuyaux d'échappement et très nocives pour la santé des voyageurs, des passants et des riverains.
Les deux principales sources d'énergie des véhicules en Algérie, l'essence, à peu près les trois-quarts de la consommation, et le gas-oil, environ un quart, sont toutes deux très polluantes.
Pour des raisons économiques, le parc automobile algérien connaît une " diésélisation " progressive. Cette tendance aggrave les problèmes environnementaux, puisque le diesel contient 10 fois plus de soufre que l'essence et émet 50 fois plus de particules. Certes, il émet beaucoup moins d'oxyde de carbone et d'hydrocarbures qui sont des polluants atmosphériques importants. Selon une étude réalisée il y a quelques années par le Centre hospitalier universitaire d'Umea en Suède, le moteur diesel dégage des gaz d'échappement qui induisent des réactions inflammatoires des voies aériennes, Ces gaz provoquent des changements à la fois dans les cellules et les protéines cellulaires. L'étude confirme que ces gaz d'échappement peuvent avoir des " effets négatifs sur la fonction respiratoire humaine " et corrobore les données fournies par d'autres travaux menés sur la population et qui démontraient les inconvénients de la pollution automobile pour la santé.
Le même diagnostic a été établi, en 1999, par le gouverneur de Tokyo: " La pollution atmosphérique est un problème grave provoqué par les gaz d 'échappement des véhicules et principalement les véhicules à moteur diesel, en particulier les autobus et cars. Il a décidé de partir en guerre contre le diesel et de mobiliser la population dans ce but. Pour appuyer son accusation, il fait la démonstration suivante: " la distance parcourue par les véhicules à moteur diesel ne représente que 20 % de la distance totale parcourue par l'ensemble des véhicules, mais leurs moteurs sont responsables d'environ 70 % des rejets d'oxydes d'azote et de 100 % des particules de fumée noire ". Résultat: " étant donné le volume total du trafic des véhicules à moteur diesel dans Tokyo, on estime que 12 tonnes de ces particules noires sont émises tous les jours dans l'air de cette ville. " La conséquence sur la santé est rapidement établie: " le taux d'asthme parmi les enfants en bas âge est en augmentation même dans les quartiers résidentiels ".
Après un tel constat, le maire avait déclaré: " je suis résolu à éliminer les véhicules diesel de Tokyo dans les plus brefs délais ". Comment ? " D'abord, en appelant les personnes et parties concernées à s'abstenir de conduire, d'acheter et de vendre des véhicules à moteur diesel. Nous ferons également appel aux constructeurs automobiles afin qu'ils accélèrent le développement de dispositifs perfectionnés destinés à purifier les gaz d'échappement et à les monter sur véhicules à moteur diesel. Enfin, il est souhaitable de réviser le système d'imposition des carburants pour inciter à l'abandon du diesel. " Pour le maire de Tokyo, " le temps où il était encore possible de donner plus de poids aux mérites économiques par rapport à la protection de l'environnement est révolu ".
De la même façon, un rapport de l'Union européenne avait confirmé, il y a quelques années, la corrélation entre l'émission des moteurs diesel et le nombre de décès par affections respiratoires, déjà établie par une étude britannique, à cause du dioxyde de soufre, un polluant qui provient du soufre en impuretés dans le gas oil. Une directive européenne concernant les carburants a décidé que la teneur en soufre maximale dans le gazole ne devra pas dépasser 200 mg/kg en 2000 puis 50 mg/kg en 2005.
Pour être conforme aux normes dictées par la volonté européenne, mais aussi américaine, de réduire les émissions de polluants des véhicules lourds, la Sonatrach, particulièrement sa raffinerie de Skikda, a du procéder à de coûteux aménagements et rénovations pour produire du gas oil avec très peu de soufre. Naftec a mis en oeuvre tout un programme pour mettre sur le marché européen à partir de 2005 du gas oil à très faible teneur en soufre.

Les alternatives GPL, GNC et essence sans plomb

Il existe, depuis 1989, un projet d'utilisation du gaz naturel comme carburant en remplacement du diesel dans les transports publics urbains dans les grandes villes. Mais il en est toujours au stade expérimental.
Quant à la consommation de GPL, elle reste encore négligeable, aucune réglementation n'incitant les automobilistes et conducteurs de bus à remplacer leurs carburants polluants par le Sirghaz qui est un carburant propre : ni soufre, ni plomb, ni eau, et ses gaz d'échappement renferment cinq fois moins d'oxydes de carbone et deux fois moins d'oxydes d'azote et d'hydrocarbures imbrûlés que n'en dégage l'essence utilisée en Algérie. Et ce n'est pas cette source d'énergie qui manquera le plus : en 2010, grâce aux gisements de Rhourde el Baguel, In Aménas et Gassi Touil, la production algérienne de GPL devrait atteindre les 10 millions de tonnes alors qu'en 1996 elle a été de 5, 88 millions de tonnes en progression par rapport aux 4,75 millions de tonnes de 1995.
Pour sa part, l'essence sans plomb n'est pas inconnue en Algérie où elle est fabriquée depuis longtemps mais, jusqu'à une date récente, elle était toute destinée aux marchés extérieurs, vers l'Europe de l'Ouest surtout. Naftec, une filiale de Sonatrach à 100 %, spécialisée dans les carburants, s'est mise à grande vitesse au diapason des normes internationales, en particulier européennes. Après avoir réduit à partir du 1er janvier 1999, à 0,40 g/l la teneur en plomb dans l'essence qu'elle produit, Naftec poursuit ce programme pour atteindre 0,15 g/l à partir du 1er janvier 2002 puis pour supprimer totalement le plomb dans l'essence à compter de janvier 2005. Le secteur de l'Energie a fixé à 2005 l'échéance pour la généralisation de l'essence sans plomb, c'est à dire contenant moins de 0,0013 grammes de plomb par litre contre, aujourd'hui, 0,40 grammes par litre pour l'essence avec plomb. Les experts estiment qu'en général 50 % des émissions de plomb dans l'air - il agit sur le système nerveux et a des effets néfastes sur les reins- sont imputables aux transports, ce chiffre pouvant approcher les 100% dans les espaces urbains confinés. Cette appréciation, qui ne concerne évidemment que les villes où l'essence sans plomb continue d'être utilisée, est entièrement valable pour Alger et d'autres centres urbains algériens. La capitale algérienne a figuré en bonne place du palmarès des villes les plus polluées par le plomb, établi par la Banque mondiale qui recommandait l'introduction dans le pays de l'essence sans plomb comme carburant.
Mais dans cette essence sans plomb et " propre ", il restera toujours le benzène qui est cancérigène.