
SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :


Wangara
Maathai, connue pour avoir mené des combats pour la reforestation au Kenya, a
été élue député. Puis elle a été désignée secrétaire d'Etat à l'Environnement
par le nouveau Premier ministre kenyan, Mwai Kibaki.
Les chansons de Gilberto
Gil sont mondialement connues. Mais son engagement aux côtés des Verts brésiliens
le sont moins. Il vient d'être nommé ministre de la Culture du Brésil par Lula.
Une délégation d'eurodéputés Verts sont allés sur les plages de Galice pour
se rendre compte de la gestion de la crise du Prestige. Ils ont proposé la création
d'un corps de Casques Verts qui encadreraient les bénévoles et les équiperaient.
Dans le même temps serait délivré un " pavillon européen " aux navires remplissant
un cahier des charges précis et strictes pour le transport des matières dangereuses.
Enfin, l'Europe se doterait d'un corps de gardes-côtes.
Les
Africains sont divisés sur les OGM. Si l'Afrique du Sud, l'Egypte et le Kenya
ont accepté de cultiver des plantes transgéniques, il n'en est pas de même de
la Zambie, ni du Bénin. Ce dernier pays a adopté une loi-modèle qui prévoit également
une protection de la biodiversité, l'opposition à l'appropriation du vivant et
la préservation du droit des paysans à faire et à reproduire leur semence.
Au Canada, le colza transgénique occupe la moitié du marché. Un agriculteur a
même été traduit en justice sur plainte de Monsanto… pour avoir cultivé un champ
contaminé par le colza OGM.

Après
chaque forte pluie, c'est la valse des chiffres et des lettres : noms de barrages
et volumes emmagasinés sont livrés avec une profusion qui contraste avec la parcimonie
de la distribution d'eau.
Comment approvisionner les villes algériennes
en eau alors que cette ressource est limitée ? C'est le casse-tête des gestionnaires
de l'eau qui passent des nuits blanches à chercher la bonne stratégie de gestion
de la demande. Le SPIK ( système de production Isser-Keddara), qui a été mis en
place en 1987 pour alimenter la région d'Alger, revient-il à la vie ? Il avait
été mis complètement " hors-jeu ", en 2002 - " nos barrages sont à sec ", avait
alors reconnu, dès la mi-mai, le ministre des Ressources en eau - à cause d'une
pluviométrie insuffisante pour pouvoir remplir ses réservoirs ( retenue de Beni
Amrane, barrages de Keddara et du Hamiz), après avoir montré des signes d'épuisement
dès septembre 2001, justifiant la mise en oeuvre, le 19 du même mois, d'un plan
ORSEC pour Alger ( le troisième du genre après ceux de 1994 et 1997), décidé par
arrêté du wali.
Grâce à l'abondante pluviométrie du mois de ce mois janvier,
le barrage de Keddara a dépassé maintenant le seuil des 50 % de remplissage faisant
oublier l'image de la désolation qu'il offrait en 2002, à la même période avec
à peine 9 millions de mètres-cubes. Mais on apprend que rien ne changera dans
l'alimentation en eau des Algérois, un jour sur trois dans le meilleur des cas,
tant que les 9 barrages du Centre du pays n'auront pas emmagasiné plus de 70 %
de leurs capacités, autrement dit quand ils auront doublé leur taux moyen actuel
(33,77 %).
A l'est du pays, que l'on craignait de voir gagné par la sécheresse,
les populations ont plus de chances, leur plan ORSEC a été allégé. Ainsi, à Annaba,
la distribution sera assurée durant 8 heures par jour, une fréquence qui sera
appliquée également aux autres wilaya de l'est qui étaient sous le régime d'un
jour sur deux. Quant aux wilaya où l'eau était distribuée un jour sur trois, ce
sera un jour sur deux. Pour arriver à ce rationnement amélioré, il a fallu que
les pluies remplissent les 17 barrages de l'est du pays à 77,38 % de leur capacité
totale. Mieux encore : quatre barrages affichent un taux de 100 %. Il s'agit des
barrages de Hammam Grouz alimentant Constantine et Mila, de Beni Zid (périmètre
de Skikda), de Meksa (El Kala) et Oued Charef (Souk Ahras). Le taux de remplissage
de quelques autres ( El Ksob, Chefia et Babar) dépassent les 90 %. Le comble est
atteint par le barrage de Hammam Grouz qui enregistre un trop plein présenté comme
" inquiétant " pour les dangers qu'il comporte.
Le plus inquiétant ne s'arrête
pas à ce risque de trop plein. Avec l'eau, la pluie apporte aussi de quoi envaser
les barrages. En 2000, les spécialistes ont estimé un envasement global des barrages
de l'ordre de 11 % de leur capacité totale soit environ 500 millions de mètres
cubes équivalent à la capacité de 5 grands barrages. L'Agence nationale des barrages
reconnaît qu'aucune attention particulière n'est accordée à l'entretien et la
maintenance de ces ouvrages ( parc à 70 % âgé de plus de 30 ans), huit bassins
versants sont érodés sur 40 % de leur superficie. A l'horizon 2010, l'envasement
sur les 50 barrages actuellement en exploitation atteindra un volume estimé à
730 millions de mètres cubes, soit 14,5 % de leur capacité totale.
Les
chiffres
Où sont les barrages
On compte 800 000 barrages à travers le monde, parmi lesquels 1272 en Afrique,
dont les 2/3 dans trois pays : Afrique du sud ( 539), Zimbabwe (213) et Algérie
(110).
En Algérie, en 2000, sur les 110 barrages, une cinquantaine de barrages
avaient une capacité totale de plus de 5 milliards de mètres cubes. A comparer
avec le barrage d'Assouan, en Egypte, dont la capacité théorique est 160 milliards
de mètres cubes. Au Maroc, 80 barrages mobilisent une capacité totale de 10 milliards
de mètres cubes. A l'horizon 2005, le nombre de barrages achevés, en Algérie,
sera de 66 pour une capacité totale de 7,65 milliards de mètres cubes et un volume
régularisé de 3,54 milliards de mètres cubes.
L'ensemble des ouvrages de
mobilisation, de transfert et d'adduction des eaux de surface sera achevé à l'horizon
2010. Il mobilisera plus de 10 milliards de mètres cubes et garantira un volume
annuel de 6 milliards de mètres cubes, ce qui permettra l'irrigation de plus de
300 000 ha dans les grands périmètres, assurera l'alimentation quotidienne en
eau potable à plus de 20 millions d'habitants et la satisfaction des besoins de
l'industrie. En 1962, il y avait 15 barrages qui emmagasinaient 600 millions de
mètres cubes avec un envasement de 20 % ( 220 millions de mètres cubes).
La
chronique
Communication à vau-l'eau
Plusieurs
journaux ont mis à la Une de leur édition de jeudi dernier une information peu
réjouissante et même déplaisante. Peu réjouissante pour tous et tout particulièrement
pour ceux qui n'ont presque jamais l'eau courante, puisque l'information concerne
l'augmentation du prix du mètre cube d'eau distribuée par l'Algérienne des eaux
(ADE). Déplaisante principalement pour les compagnies étrangères qui se préparent
à investir le marché de la distribution de l'eau en Algérie, leur principe cardinal
étant qu'il ne faut surtout pas parler d'augmentation du prix de l'eau avant d'en
avoir amélioré le service public, c'est à dire, pour l'essentiel, équité et régularité
dans la distribution, ce qui est loin d'être le cas. Mais, le premier surpris
par cette information a dû être le ministre des Ressources en eau, lui-même. En
effet, Abdelmadjid Attar ne manque pas une occasion pour dire que l'augmentation
du tarif de l'eau n'est pas à l'ordre du jour en 2003. Il l'annonce pour 2004.
C'est sans doute ce qui explique pourquoi, avant que l'encre d'imprimerie
n'achève de sécher sur le papier journal des éditions du jeudi, l'information
a été démentie officiellement avec une rapidité époustouflante, en utilisant le
support médiatique le plus lourd, celui qui a le plus d'influence sur l'opinion
publique, la télévision - qui reste encore l'Unique pour la majorité des Algériens
- et à un moment de grande écoute, le JT de 20 heures.
On ne peut accuser
ici la presse, tous statuts confondus, privée et publique, de faire dans la désinformation,
même s'il nous arrive de lire dans les journaux des informations fausses que l'on
nous présente pour des faits établis. Cette fois, la mauvaise nouvelle a été reprise
du fil de l'agence de presse de l'Etat (APS) qui s'est visiblement inspirée d'un
placard publicitaire de l'ADE se voulant une présentation de la nouvelle facture
de l'eau 2003. On en serait resté à cet effort de communication, didactique et
louable, s'il n'y avait eu, dans ce placard, un encadré sur " la valorisation
de la consommation d'eau " qui indique explicitement le passage d'un prix à l'autre,
c'est-à-dire une augmentation du prix de l'eau pour les quatre catégories de consommateurs
concernés. Vérification faite, il s'agissait non pas d'un écart mais d'une fourchette
couvrant les différentes zones de tarification et les prix indiqués étaient ceux
de... 1998.
Il y a quelques années, en Bolivie, l'annonce d'une augmentation
du prix de l'eau avait provoqué de violentes manifestations entraînant l'instauration
de l'état de siège pour une durée de 90 jours. Les affrontements entre la police
et les manifestants avaient fait plusieurs morts. Les Boliviens ont appris depuis
que jouer avec l'eau équivaut parfois à jouer avec le feu.
La communication
sur l'eau est une question très sensible. L'an dernier, à peu près à la même période,
janvier, une information mal présentée avait forcé le ministère des Ressources
en eau à démentir une dépêche APS, créant un malaise dans le secteur de l'eau.
C'était deux jours avant la mort de Ahmed Hemmadi, un des pionniers de l'hydraulique
en Algérie, qui m'avait paru douloureusement affecté par ce couac médiatique officiel.
M'Hamed
Rebah (L'Actualité de l'Ecologie)

Le
nénuphar de Beni Belaid Les intempéries du week end et le Nestor qui s'est échoué
tout près, ont fait sortir de l'anonymat la zone humide de Beni Belaid. L'intérêt
des zones humides algériennes vient du fait qu'elles occupent une position stratégique
sur les deux grandes voies de migrations internationales des oiseaux et qu'elles
constituent des sites d'hivernage et de reproduction de première importance entre
la mer Méditerranée et le Sahara.
Les
zones humides, en Algérie, sont confrontées, en tant qu'écosystèmes particuliers,
à de multiples atteintes dont les moindres ne sont pas celles qui découlent des
opérations de drainage pour la " mise en valeur " agricole ou autres types d'"
aménagements ". On signale très souvent des pollutions par les pesticides utilisés
dans les terres cultivées avoisinantes. A titre d'exemple, le chott d'El Menea,
au sud du pays, a connu une dégradation qui a fait fuir de nombreuses espèces
d'oiseaux. La cause : des eaux usées sont déversées dans le réseau de drainage
qui aboutit dans ce lac naturel. Comme d'autres zones humides délaissées, il a
aujourd'hui un besoin urgent de mesures de protection, d'abord et surtout au plan
réglementaire.
La zone de Beni Belaid qui se trouve à une trentaine de kms
à l'est de la ville de Jijel, dans la région la plus pluvieuse du littoral algérien,
entre oued Adjoul et la mer, a plus de chances, pas seulement parce qu'elle est
enclavée et relativement isolée, mais parce qu'elle a été choisie pour servir
de site test à l'application des méthodologies et des outils développés par Medwet.
Ses dimensions sont modestes -120 hectares- mais elle est dotée d'un écosystème
exceptionnel où prolifèrent de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs et plantes
rares comme le nénuphar.
Riche en flore, Beni Belaid se distingue par une
végétation spécifique aux dunes jonchées de touffes de chiendent et de légumineuses.
Elle comprend un lac d'eau douce non pollué, de 6 ha environ, entouré d'une végétation
lacustre, une peupleraie traversée de ruisseaux, un cordon dunaire séparant le
plan d'eau de la plage et un autre situé à l'intérieur des terres, un espace agricole
d'une cinquantaine d'ha faisant l'objet d'une exploitation intensive de cultures
maraîchères, industrielles et fruitières en irrigué. Les études de spécialistes
ont Frévélé que quelque 110 espèces végétales ont pu être observées, dont une
vingtaine rares et deux particulièrement remarquables, le Jussieua repens, un
tapis jaune d'or qui recouvre les bords des étangs et le fond des dépressions
et cours d'eau, et l'Echinophora spinosa, une espèce dunaire.
La végétation
spécifique à cette zone humide comprend des plantes aériennes comme le peuplier,
l'aulne, le frêne, le tamaris, et des plantes semi-aquatiques tels les joncs,
les massettes, qui présentent l'aspect d'un fourré impénétrable abritant les niches
d'oiseaux d'eau et les lieux de ponte pour les poissons, enfin, des plantes aquatiques
enracinées, flottantes et du phytoplancton. Sur ce site, les mammifères sont représentés
par 16 espèces. L'avifaune comprend au moins 77 espèces dont 34 au cœur de la
zone humide, parmi lesquelles deux rares, la Poule sultane et le Fuligule nyroca.
Le site abrite également 19 espèces de reptiles et de batraciens. La présence
de la loutre confirme l'importance de cette zone humide.
La faune aligne
des noms familiers aux écologistes : mouettes rieuses, hérons, foulques, sarcelles
d'hiver et d'été, balbuzard pêcheur, rouge gorge, milan noir, épervier d'Europe,
bécasses, aigle botté, buse féroce, aigle de Bonelli, Circaète-Jean-le Blanc,
Autour des Palombes, une espèce très rare en Algérie. Mais, comme ailleurs, cette
faune est menacée par la pratique de la chasse et du braconnage.
Lexique
Qu'est-ce
qu'une zone humide ?
Ce
ne sont pas les définitions qui manquent pour désigner une zone humide. On admet
qu'une zone humide est une région où l'eau est le principal facteur qui contrôle
le milieu naturel et la vie animale et végétale associée. Elle apparaît là où
la nappe phréatique arrive près de la surface ou affleure ou encore, là où des
eaux peu profondes recouvrent les terres. La Convention de Ramsar a sa propre
définition: " étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d'eaux naturelles
ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l'eau est statique ou courante,
douce, saumâtre ou salée et sa profondeur n'excède pas six mètres ". Le même document
dispose que les zones humides " pourront inclure des zones de rives ou de côtes
adjacentes à la zone humide et des îles ou des étendues d'eau marine d'une profondeur
supérieure à six mètres à marée basse, entourées par la zone humide ".
On
a toutes les raisons de considérer les zones humides comme les berceaux de la
biodiversité. Elles sont parmi les milieux naturels les plus productifs du monde
et fournissent l'eau et les produits primaires dont dépendent, pour leur survie,
des espèces innombrables de plantes et d'animaux. La preuve: on y trouve des concentrations
élevées d'oiseaux, de mammifères, de reptiles, d'amphibiens, de poissons et d'invertébrés.
Un chiffre: plus de 40 % des 20 000 espèces de poissons du monde vivent dans les
eaux douces. Autre chose: les zones humides sont également des entrepôts importants
de matériel phytogénique. Un exemple? Le riz, plante commune des zones humides,
est l'aliment de base de plus de la moitié de l'humanité. En résumé, les spécialistes
affirment que " les zones humides naturelles remplissent gratuitement des fonctions
précieuses (atténuation des inondations, recharge de la nappe souterraine, rétention
des polluants), procurent de nombreux produits (poissons, riches sédiments) et
présentent des attributs non négligeables (diversité biologique, beauté des paysages,
patrimoine culturel et archéologique). Sous l'angle de l'écotourisme, par exemple,
les zones humides présentent un intérêt incontestable.
Un spécialiste algérien
affirme que dès que " vous pataugez dans un marécage, enfoncé jusqu'aux genoux,
il n'y a pas l'ombre d'un doute, vous êtes dans une zone humide ". Il existe en
Algérie diverses catégories de zones humides : lacs, lagunes et étangs au nord-est
du pays, chotts dans les hauts plateaux et les zones désertiques, gueltas dans
les régions sahariennes. Dans les régions arides et semi-arides, certaines zones
humides sont encore inconnues comme les chotts, sebkhas, gueltas, cours d'eau
éphémères du désert et des oasis. Plus concrètement, le lac ou marais de Réghaïa,
qui fait à peu près 150 hectares, est une zone humide. Il est moins connu, à l'échelle
nationale que le lac Tonga, qui se trouve à El Kala et qui couvre une superficie
de 2400 hectares. Si vous arrivez à les compter, vous trouverez autour de 300
zones humides en Algérie, celles qui sont artificielles y compris.
Législation
La Convention Ramsar
La Convention Ramsar désigne la Convention internationale relative aux zones humides
adoptée en 1971 à Ramzar, en Iran. Elle a été ratifiée par l'Algérie en décembre
1982. La convention est entrée en vigueur en 1975. Vingt ans après, elle comptait
sur sa liste de zones humides d'importance internationale, plus de 770 zones humides
couvrant une superficie dépassant 52 millions d'hectares. L'inscription sur la
liste Ramsar n'entraîne pas l'interdiction de toucher au site, mais impose son
" utilisation durable ", autrement dit " compatible avec le maintien des propriétés
naturelles de l'écosystème ". Dans ce cas, le gouvernement a l'obligation de prendre
toutes les mesures nécessaires pour garantir le maintien des caractéristiques
écologiques spécifiques du site.
Lors d'une conférence tenue en juin 1996,
à Venise, à laquelle a participé l'Algérie, les dispositions de la Convention
Ramsar ont été adaptées aux besoins de la région méditerranéenne. A cette occasion,
fut adoptée la déclaration de Venise qui consiste essentiellement en une stratégie
relative aux zones humides méditerranéennes.
Entre-temps est intervenu MedWet,
programme né d'un double constat : les zones humides méditerranéennes présentent
de grandes valeurs écologiques, sociales et économiques mais elles ont subi des
pertes et dégradations significatives au cours du 20ème siècle. MedWet vient à
point nommé pour " arrêter ces pertes, inverser la tendance et assurer une utilisation
rationnelle de ces zones humides dans toute la Méditerranée ". Derrière l'appellation
MedWet, on trouve une structure de partenariat souple, opérationnelle depuis 1993,
dont le financement provient pour les deux-tiers de l'Union européenne, le reste
étant apporté par les partenaires.
Par
M'hamed Rebah (L'Actualité de l'écologie)

C'est
l'alerte au nord du mont Chenoua, près de Tipaza. un navire libanais, le Cougar,
a coulé emportant au fond sa cargaison de 4000 tonnes de kaolin et dans ses soutes
250 tonnes de fioul et 4 000 litres d'huile de moteur. Il n'en fallait pas plus
pour parler de risque de marée noire. A titre de comparaison, les accidents de
pétroliers ayant entraîné des marées noires ont concerné en 1967 le Torrey Canyon
(chargé de 119 000 tonnes de brut), en 1978, l'Amoco Cadiz (220 000 tonnes de
pétrole brut), en 1989, l'Exxon Valdez (avec 180 000 tonnes de brut à bord).
La mise au point des nouveaux pétroliers écologiques en Europe et aux Etats-Unis
n'a pas fait reculer le risque de multiplication des marées noires même si aucun
accident grave n'a touché les côtes sud méditerranéennes très fréquentées par
les tankers. Selon des chiffres de 1994, 500 millions de tonnes d'hydrocarbures
transitent chaque année le long des côtes maghrébines et un rapport de l'ONUDI
estime à 12 000 tonnes la quantité de pétrole déversée annuellement dans la région
côtière et à 10 000 tonneFs celle qui envahit la mer lors des chargements au niveau
des ports.
Les marées noires constituent la principale et la plus spectaculaire
manifestation de la pollution par les hydrocarbures menaçant la diversité biologique.
Les grands accidents de ce type de pollution ont mis en évidence leur impact.
Un exposé en est fait dans un document élaboré conjointement par la Banque mondiale
et la Banque européenne d'investissement (Programme pour l'environnement dans
la Méditerranée, 1990). Les nappes flottantes de mazout lourd peuvent étouffer
les animaux comme les phoques et les oiseaux qui ramassent le pétrole sur la surface;
les tortues adultes s'engluent dans le pétrole lorsqu'elles se dirigent vers les
plages pour pondre, de même que les nouvelles couvées de tortues qui tentent d'atteindre
la mer. Le bétail qui pâture à proximité de la côte peut également souffrir de
cette pollution.
Les hydrocarbures plus légers comme le naphte et l'essence
ont souvent des effets toxiques sur les poissons et les crustacés comme les moules
et les huîtres. Les hydrocarbures peuvent couler au fond de la mer et s'accumuler
dans les sédiments où vivent les mollusques.
Les hydrocarbures de pétrole
issus des rejets des navires et des industries côtières entraînent des maladies
chez les poissons et les mammifères marins, et la mort des oiseaux de mer. La
pollution par les hydrocarbures affecte généralement les invertébrés aquatiques.
Les 51 000 tonnes de phosphate transportés par le " Nestor " qui s'est échoué
à l'est de Jijel, sans doute près de la zone humide de Beni Belaid, méritent bien
plus d'attention que le fioul du Cougar, à cause du risque de perturbation du
système biologique marin provoquée par le phosphate.
La chronique
Histoire d'un train en vadrouille et de bateaux en perdition
Volontairement
pour l'un, incidemment pour l'autre, le train et le bateau sont entrés, en ce
début d'année 2003, en plein dans l'actualité. Le train, non parce qu'il n'est
pas arrivé à l'heure, en cela il est fidèle aux traditions du rail algérien, mais
à cause des belles couleurs de ses wagons qui font défiler toute la palette du
vert-nature. Quant au bateau, le rafiot devrait-on écrire, les grosses vagues
méditerranéennes, soulevées par la tempête d'un week end, l'ont propulsé, à son
corps défendant, dans les unes de journaux tout heureux d'y accueillir leur marée
noire tant attendue.
Pour une fois, l'attrait médiatique du sensationnel
s'est trouvé partagé entre une information agréable à entendre et une autre qui
l'est bien moins. Sur terre, sillonnant des voies ferrées, le train de l'environnement,
avec sa gazelle -Dounia - mascotte, que les enfants guettent à la gare et devant
leur petit écran. Pendant ce temps, sur mer, en des points précis du littoral,
des Cougar et des Nestor donnent son sens à Tell Bahr, un dispositif que l'on
croyait de prestige, et du fil à retordre aux " nettoyeurs sans moyens ".
On découvre le phénomène de l'émulsification quand le pétrole incorpore rapidement
l'eau et fait une " mousse au chocolat ", très stable et peu accessible aux divers
processus de dégradation, annonçant les résidus goudronneux que l'on trouvera
sur les plages et en mer.
On prend alors conscience que la Méditerranée qui
a perdu son mérou mais fournit toujours l'eau de refroidissement aux grands complexes
pétrochimiques et aux centrales électriques, entre autres, promettant de nous
donner bientôt de l'eau à boire, tout en procurant du plaisir aux estivants, leur
nourriture aux oiseaux marins, du thon aux Japonais et des fruits de mer à tous,
cette mare nostrum, polluée par les rejets de produits toxiques, particulièrement
les métaux lourds, c'est aussi une voie maritime pour le pétrole empruntée par
250 à 300 tankers qui laissent échapper chaque année 800 000 tonnes de pétrole.
On a compté jusqu'à 2000 navires constamment présents dans cette mer quasi-fermée,
aux dimensions réduites et qui de surcroît perdrait son eau selon des chercheurs
qui affirment que le niveau de la Méditerranée baisse, alors que celui des autres
mers et océans augmentent grâce au réchauffement climatique.
La Méditerranée,
destination privilégiée des touristes européens, risque de devenir une mer-poubelle
à force de se laisser fréquenter par les bateaux du même nom.
Par
M'Hamed Rebah (L'Actualité de l'écologie)


Les stations d'épuration
reviennent à l'ordre du jour à la faveur du séminaire qui s'est tenu les 22 et
23 janvier 2003, à l'hôtel Sheraton, à Alger, à l'initiative du ministère des
Ressources en eau, en collaboration avec la Banque mondiale.
Dans
un contexte " hydrique " favorable, pluviosité abondante et taux de remplissage
des barrages satisfaisant, le ministre des Ressources en eau, Abdelmadjid Attar,
et le directeur de la Banque mondiale pour le Maghreb et le Moyen-Orient, Théodore
Alhers, ont coprésidé un séminaire les 22 et 23 janvier à Alger sur le thème de
" la coopération avec la Banque mondiale pour les années 2003/2005 ", dans le
cadre du programme intitulé " Country assistance stratégie " (CAS).
Cette
rencontre s'inscrit dans le processus de consultation, commencé en janvier 2002,
entre la Banque mondiale et l'Algérie. Les experts de l'institution financière
internationale, qui savent que l'industrie de l'eau est la 5ème branche industrielle
dans les pays développés, veulent " avoir une idée sur ce secteur et arriver à
définir avant mai prochain une stratégie de coopération basée sur ses priorités".
Mais, déjà, M. Alex Bakalian, qui est responsable du dossier Algérie à la Banque
mondiale, doit être sans doute très content. Il vient de permettre à son institution
de reprendre pied au ministère des Ressources en eau. D'autant qu'il y a plein
d'investissements prévus. Abdelmadjid Attar a parlé d'un programme d'action à
moyen et long termes (horizon 2020) et qui nécessitera, pour les cinq années à
venir, un budget avoisinant les 200 milliards de DA par an. Ce programme sera
financé par la Banque mondiale ( qui accepte de financer les projets de barrages)
et d'autres bailleurs de fonds internationaux.
On sait déjà que, avec le
concours de la Banque mondiale, le ministère des Ressources en eau est en train
de faire un diagnostic précis du secteur et prépare une loi-programme 2004-2008
dont l'étude sera bouclée en juin 2003.
Cette nouvelle loi-cadre doit, notamment,
permettre la concession à des privés de l'exploitation de l'eau de mer. On sait
également que le ministre des Ressources en eau proposera au gouvernement, au
cours du premier semestre 2003, une politique tarifaire fondée sur le juste prix
de l'eau et censée protéger les couches défavorisées. C'est la société française
Sogreah qui a été chargée de faire l'étude de la nouvelle tarification. Il est
bon de rappeler que la Banque mondiale qui avait remis les pieds en Algérie, dans
les années 70, à travers justement le secteur de l'hydraulique et dont le premier
prêt remonte aux 5 millions de dollars accordés en 1980 pour une étude concernant
les ressources en eau d'Alger, avait inscrit la réhabilitation des stations d'épuration
dans un vaste projet qui devait s'échelonner de 1995 à 2001. Ce projet financé
grâce à un prêt de la BIRD d'un montant de 110 millions de dollars, l'accord ayant
été signé en juin 1994 à Washington, visait à remettre de l'ordre dans les réseaux
d'alimentation en eau potable et d'assainissement ainsi que dans le parc national
de stations d'épuration. Ce prêt avait hissé, en 1997, le total des concours de
la Banque mondiale au secteur de l'Hydraulique depuis l'indépendance, à 889 millions
de dollars.
Qu'est-ce qui a été fait ?Concernant les stations d'épuration,
Abdelmadjid Attar reconnaît que le désastre subsiste toujours en 2003: " 8 stations
fonctionnent bien aujourd'hui, 24 ont été diagnostiquées et vont être rénovées
alors que d'autres sont irrécupérables, comme celle de Tiaret ".
Alors qu'on
nous avait promis qu'à l'horizon 2000, à l'échelle nationale, si les stations
d'épuration à l'arrêt étaient réhabilitées et celles prévues construites dans
les délais, un volume d'eaux épurées estimées à 600 millions de m3 par an pourrait
être récupéré. Des entreprises américaines, canadiennes et même japonaises étaient
intéressées par ce programme.
Tout récemment, la presse a annoncé qu'un programme
de développement de l'épuration pour 635 agglomérations était à l'étude au niveau
de l'Office national de l'assainissement (ONA). L'accent est mis sur la nécessité
de réaliser 62 nouvelles stations d'épuration à travers tout le pays pour un coût
évalué à près de 52 milliards de DA.( 1 dollar = 80 DA) Un partenariat public
et privé étranger, pour la concession et l'affermage, est sollicité pour la gestion
des infrastructures d'assainissement ainsi que pour une meilleure efficacité dans
le management et le développement des ressources humaines. Un protocole d'accord
était en cours de discussion avec la société Ondeo-service du groupe Suez. Une
étude tarifaire de l'assainissement est en cours d'élaboration.
Des négociations
avec les communes devront commencer en 2003 pour la prise en charge par l'ONA
des réseaux d'assainissement, suivant un contrat d'affermage ou de concession,
après un diagnostic général sur les réseaux. Les rapports officiels ont eu à signaler
que la pollution due aux rejets des eaux usées urbaines à l'état brut touche l'ensemble
des eaux superficielles, c'est à dire tous les barrages. C'est particulièrement
le cas des retenues collinaires destinées à l'irrigation mais qui servent aussi
de réservoirs d'eau de consommation dans les zones rurales non desservies par
les réseaux d'alimentation en eau potable.
Les eaux usées non traitées sont
parfois retenues, pour les besoins d'irrigation, dans des bassins que les agriculteurs
aménagent spécialement pour pouvoir les réutiliser... sans épuration préalable.
Quand un oued passe à côté de parcelles agricoles, son eau est pompée pour l'irrigation,
qu'importe si elle est fortement polluée, et c'est malheureusement très souvent
le cas. Les oued véhiculent des eaux usées qu'ils collectent sur leur passage
à partir des rejets des agglomérations et des zones industrielles. Pourtant, on
sait très bien que l'irrigation à l'aide des eaux usées est considérée comme une
des principales causes des épidémies de maladies à transmission hydrique.
Les
chiffres
Où se trouve l'eau ?
97,5
% de l'eau du globe terrestre est une eau salée, dont l'essentiel est dans l'océan.
2,5 % seulement est de l'eau douce.
2,24 % de l'eau du globe se trouve dans
les calottes polaires (Antarctique, Groenland,...), les glaciers et les formations
aquifères profondes. 0,26 % de l'eau du globe est utilisable.
La
chronique
Les acteurs de l'eau
Toutes
les ressources hydriques possibles, conventionnelles et non conventionnelles,
sont bonnes à prendre, pourvu qu'elles permettent d'étancher la soif des Algériens,
dont la plus grande partie, les jeunes, n'ont connu de la distribution d'eau,
en toutes saisons, que le rationnement et les coupures longue durée. Pourtant,
les responsables du secteur de l'hydraulique ne cessaient de répéter avec fierté
qu'en Algérie, les taux de raccordements aux réseaux d'alimentation en eau potable
et d'assainissement sont parmi les plus élevés dans la région. Mais ils étaient
plus discrets sur le non-respect des normes de pose de canalisations et sur l'absence
de politique d'économie d'eau, qui font que, d'une part, les épidémies de maladies
à transmission hydrique sont redevenues un fléau national et, d'autre part, le
risque d'amenuisement de la ressource ne permet pas un approvisionnement régulier
des foyers, alors que les barrages se remplissent. Le siècle dernier, les ministres
avaient fixé un horizon, 2000, pour régler définitivement le problème. Le temps
que cette échéance soit dépassée et oubliée, voila maintenant que de nouveaux
horizons sont annoncés, l'un proche, trop proche même, à 2005, l'autre pas très
lointain, à 2020. Des centaines de milliards de DA sont promis aux entreprises
qui se lanceront dans cette bataille de l'eau en Algérie.
L'Etat a réorganisé
le jeu : deux nouveaux acteurs de premier plan, l'Algérienne des eaux et l'Office
de l'assainissement, commencent à se montrer sur la scène de l'eau. Des entreprises
nouvelles ont été créées spécialement pour le dessalement : AEC (Sonelgaz et Sonatrach)
et leur filiale, Kahrama. Des inconnus dans la famille de l'eau ont décidé de
se mettre aussi au dessalement : Khalifa ( qui fait également le génie civil pour
les stations d'épuration) et BCIA (Banque du commerce et de l'industrie en Algérie)
et les Allemands de Linde, une société spécialisée dans les travaux. Hydrotraitement,
ancienne entreprise algérienne, dont le métier de base est l'eau ( traitement,
épuration, canalisations) est également présente dans les projets de dessalement.
Cette entreprise a même commencé à livrer de l'eau dessalée à Skikda.
Enfin,
dernière nouvelle: le ministère des Ressources en eau envisage d'alimenter en
eau les régions du nord du pays à partir des réserves fossiles du Sahara. Un bureau
d'études français, SAFEGE, a été chargé de l'étude de faisabilité du transfert
des eaux du Sahara septentrional vers les régions du nord de l'Algérie. Coût de
l'étude : 141 121 039 DA; délai : 18 mois.
En conclusion, voici un exercice
de calcul pour nos amis lecteurs : il faut 750 000 litres d'eau pour produire
une tonne de papier-journal, combien en a-t-il fallu pour faire ces deux pages
Ecologie de L'Actualité.

Fait
significatif : trois rencontres qui se tenaient au même moment à Alger avaient
un rapport direct avec les changements climatiques : le séminaire des ONG sur
la désertification, la conférence de Abdelmadjid Attar, ministre des Ressources
en eau, au forum d'El Moudjahid, et, moins médiatisée, la réunion du comité national
pour les changements climatiques. On s'intéressera à cette dernière.
Le
Comité national pour les changements climatiques (CNCC) s'est réuni, dimanche
9 février 2003, à l'Hôtel El Djazaïr, en présence de son président, Sid Ali Ramdane,
haut-fonctionnaire au ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement
(MATE), et de M. Stéphane Boulet Sauve, expert, chargé de l'évaluation du projet
régional maghrébin sur les changements climatiques, initié par le Programme des
nations unies pour le développement (PNUD). Le CNCC, mis sur pied en 1996 et dont
la mission vient à terme avec la finalisation du projet, est coordonné par le
MATE, en la personne de M. Sid Ali Ramdane. C'est un cadre de concertation entre
les différents secteurs concernés par la problématique des changements climatiques.
Le CNCC a atteint plusieurs objectifs qui contribuent à renforcer les capacités
de l'Algérie en matière de politique relative aux changements climatiques. Il
a participé à l'élaboration de la première communication nationale présentée à
Marrakech en novembre 2001, lors de la 7ème conférence des parties à la Convention,
et à l'inventaire national des gaz à effet de serre ( qui est un élément de la
communication nationale).
Cet inventaire, entièrement réalisé par des experts
algériens, porte sur 1994, définie comme année de référence par le secrétariat
de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il montre
que le secteur de l'énergie est responsable à plus des deux tiers des émissions
de gaz à effet de serre en Algérie. Le gaz carbonique est le gaz le plus émis
avec 66,7 % suivi du méthane avec 24, 7 % et de l'oxyde nitreux avec 8,6 %. Les
experts, auteurs de l'inventaire, reconnaissent que de nombreuses incertitudes,
liées à la collecte des données, entachent les résultats et ils recommandent la
création au sein de chaque secteur concerné, de cellules chargées de l'inventaire.
Le CNCC a impulsé la tenue de divers ateliers de sensibilisation et de formation
touchant différents secteurs et a permis de vulgariser les principaux concepts
liés aux changements climatiques. Il a contribué à la création et l'animation
de réseaux d'experts au Maghreb qui ont travaillé sur la relation du climat avec
les ressources en eau, la pollution par les transports, la santé.
Les spécialistes,
membres du CNCC, estiment que, pour un pays en développement comme l'Algérie,
qui émet très peu de gaz à effet de serre, en comparaison des émissions des pays
développés, le plus urgent est d'élaborer le programme des mesures d'adaptation
aux changements climatiques. Car, la question la plus importante est de savoir
comment les secteurs vulnérables du pays pourront s'accommoder de la variabilité
du climat qui risque d'avoir selon les experts maghrébins " des conséquences néfastes
directes et indirectes sur le potentiel des ressources en eau, tant du point de
vue quantité que qualité, sur les besoins en eau et sur l'efficience d'utilisation
de cette ressource pour les différents usages ". Sur les dix catastrophes intervenues
dans le monde entre 1983 et 1999, les experts relèvent que seulement deux ont
été des tremblements de terre, les autres résultant de typhons, d'ouragans et
d'inondations. Depuis trente ans, ce sont les catastrophes liées au climat qui
connaissent une grande fréquence. M'hamed Rebah
M'hamed
Rebah

la Terre serait inhabitable car sa température qui est de +15°C tomberait à -18°C.
Tout le " mérite " revient à la vapeur d'eau, au gaz carbonique et à l'ensemble
des autres gaz à effet de serre, ozone, méthane et oxyde nitreux, dont les molécules
présentes dans l'atmosphère laissent passer les rayons du soleil vers la Terre
et absorbent les rayonnements thermiques émis par la surface de la planète. Elles
réemettent une partie des rayons vers la terre, les empêchant de s'échapper vers
l'espace.
Les principaux gaz à effet de serre (GES) dont les émissions dans
l'atmosphère sont responsables du réchauffement climatique sont d'abord et avant
tout le gaz carbonique ( CO2) qui provient de la combustion de combustibles fossiles
(charbon, pétrole et gaz naturel) pour les transports, l'industrie et la production
d'énergie et aussi de la déforestation; le méthane (CH4) qui est produit par la
décomposition des ordures ménagères, les rizières et les marais, d'où son nom
de gaz des marais, l'élevage bovin et l'épandage d'engrais; le protoxyde d'azote
ou oxyde nitreux (N2O) qui résulte de certains procédés industriels et des épandages
d'engrais. On peut également mentionner, bien qu'ils soient émis en quantité beaucoup
plus faible, trois gaz fluorés: les hydrofluorocarbones, (HFC), qui sont des substituts
de certains chlorofluorocarbones (CFC) qui ont été éliminés car destructeurs de
la couche d'ozone, les hydrocarbures perfluorés ( PFC), émis lors de la production
d'aluminium, et l'hexafluorore de soufre (SF6) utilisé dans les industries électriques
et électroniques.
Le groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat
(GIEC), créé en 1988 et qui réunit 3000 chercheurs sous l'égide d'organisations
spécialisées de l'ONU, estime que la température moyenne sur Terre augmentera
au siècle prochain de 1,5°C à 6°C. Le GIEC prévoit que la teneur en CO2 dans l'atmosphère
aura plus que doublé en 2100. A terme, le réchauffement se traduira par une condensation
énorme de vapeur d'eau libérée par les océans, ce qui peut favoriser les phénomènes
violents: précipitations, sécheresse, tempêtes. Les pays africains en voie de
désertification risquent d'en souffrir.


La
Convention-cadre sur les changements climatiques, signée lors du Sommet de la
Terre en juin 1992 à Rio de Janeiro et entrée en vigueur le 21 mars 1994, après
sa ratification par 50 pays. L'Algérie a ratifié ce document en avril 1993.
La Convention est basée sur la constatation du " fait que l'activité humaine a
augmenté sensiblement les gaz à effet de serre dans l'atmosphère, que cette augmentation
renforce l'effet de serre naturel et qu'il en résultera en moyenne un réchauffement
supplémentaire de la surface terrestre et de l'atmosphère, ce dont risquent de
souffrir les écosystèmes et l'humanité ".
Elle concerne ce qui est considéré
comme l'un des défis les plus importants posés à la communauté internationale,
à savoir restreindre l'émission dans l'atmosphère de gaz tenus pour responsables
de l'effet de serre qui provoque un réchauffement de la planète. Mais ce document
ne contenait aucune disposition contraignante pour les Etats qui l'ont ratifié.
Le protocole de Kyoto, adopté le 11 décembre 1997, par les pays signataires
de la convention sur les changements climatiques a pour but d'organiser la lutte
contre les émissions de gaz à effet de serre après l'an 2000. Les pays industrialisés
s'y engagent à réduire, dans la période 2008-2012, leurs émissions de dioxyde
de carbone, qui résultent des combustibles fossiles et qui représentent environ
les quatre cinquièmes de toutes leurs émissions de gaz à effet de serre.
L'Algérie, au nom de ses intérêts nationaux liés à sa situation d'exportateur
de pétrole, vient d'adopter une position prudente à l'égard du protocole de Kyoto:
quand il entrera en vigueur, on verra.
En
l'absence d'études épidémiologiques portant sur les effets de la pollution de
l'air due à la circulation automobile, on ne connaît pas l'impact de cette pollution
et on ne sait pas combien elle coûte au citoyen et à l'Etat.
Le réseau
de mesure de la pollution atmosphérique, Samasafia, installé depuis juin dernier
à Alger qui est une ville où, selon les spécialistes, les conditions météorologiques
favorisent la formation d'oxydants photochimiques, donne des résultats encore
limités du fait de sa faible consistance: quatre postes de surveillance dont un
seul se trouve en un lieu à fort trafic, la Place du 1er Mai. La configuration
du réseau n'est visiblement pas représentative des artères d'Alger, plutôt étroites
et confinées, qui connaissent une circulation dense et peu fluide. En outre, une
grande proportion des véhicules qui circulent à Alger sont dans un état défectueux,
dû le plus souvent à leur âge très avancé, - bénéficiant d'une véritable prime
grâce au mode de détermination du tarif de la vignette-auto qui prend comme référence
l'année de mise en circulation - et roulent avec une surconsommation de carburant,
ce qui entraîne un accroissement de la pollution. Marcher dans les rues d'Alger
aux heures de pointe, qui correspondent à une tranche horaire très étendue, est
un véritable calvaire pour les piétons, surtout les personnes âgées ou en bas
âge. Les rares études qui avaient été faites à Alger sur la pollution de l'air
due à la circulation automobile, avaient indiqué pour certains polluants, comme
le dioxyde d'azote, les hydrocarbures, les particules et le plomb, des taux dans
l'air dépassant les normes recommandées au plan international.
Il faut souhaiter
que le contrôle technique des véhicules qui a commencé cette année concerne aussi
la protection de l'environnement et décourage les automobilistes à polluer. L'entrée
en service des stations de contrôle technique des véhicules, permet d'espérer
une réduction de la pollution de l'air due à la circulation automobile. Ce contrôle
était obligatoire depuis seize ans, mais les dispositions de la loi du 10 février
1987 avaient été rendues inopérantes par les contraintes financières du fameux
choc pétrolier qui avait annihilé tous les beaux projets. Les choses paraissent
avoir changé : la nouvelle loi du 19 août 2001 confirme le caractère obligatoire
du contrôle technique des véhicules et la loi des finances pour 2002 a dégagé
les moyens de sa mise en œuvre.
La nécessité de rattraper le retard ne se
faisant pas sentir, l'obligation de contrôle touchera dans une première étape,
s'étalant d'une année à une année et demie, les véhicules utilitaires, notamment
les transports en commun. Sous peine de sanction, les conducteurs de bus seront
obligés de procéder à des réparations coûteuses mais nécessaires pour diminuer
les dégagements de gaz et de fumées. Ils ne pourront plus rouler avec des moteurs
défectueux qui provoquent une pollution visible et perceptible par tous.
Pour mesurer les dégâts du laxisme dans ce domaine, il n'y a qu'à faire un tour
dans les stations de bus et minibus. Le grondement des moteurs qui tournent est
incessant avec toutes les nuisances faites de bruit, de vibrations et de gaz d'échappement
alors que les conducteurs peuvent arrêter le moteur quand ils stationnent leurs
bus. Résultat : les stations de bus sont envahies par les fumées noirâtres dégagées
par les tuyaux d'échappement et très nocives pour la santé des voyageurs, des
passants et des riverains.
Les deux principales sources d'énergie des véhicules
en Algérie, l'essence, à peu près les trois-quarts de la consommation, et le gas-oil,
environ un quart, sont toutes deux très polluantes.
Pour des raisons économiques,
le parc automobile algérien connaît une " diésélisation " progressive. Cette tendance
aggrave les problèmes environnementaux, puisque le diesel contient 10 fois plus
de soufre que l'essence et émet 50 fois plus de particules. Certes, il émet beaucoup
moins d'oxyde de carbone et d'hydrocarbures qui sont des polluants atmosphériques
importants. Selon une étude réalisée il y a quelques années par le Centre hospitalier
universitaire d'Umea en Suède, le moteur diesel dégage des gaz d'échappement qui
induisent des réactions inflammatoires des voies aériennes, Ces gaz provoquent
des changements à la fois dans les cellules et les protéines cellulaires. L'étude
confirme que ces gaz d'échappement peuvent avoir des " effets négatifs sur la
fonction respiratoire humaine " et corrobore les données fournies par d'autres
travaux menés sur la population et qui démontraient les inconvénients de la pollution
automobile pour la santé.
Le même diagnostic a été établi, en 1999, par le
gouverneur de Tokyo: " La pollution atmosphérique est un problème grave provoqué
par les gaz d 'échappement des véhicules et principalement les véhicules à moteur
diesel, en particulier les autobus et cars. Il a décidé de partir en guerre contre
le diesel et de mobiliser la population dans ce but. Pour appuyer son accusation,
il fait la démonstration suivante: " la distance parcourue par les véhicules à
moteur diesel ne représente que 20 % de la distance totale parcourue par l'ensemble
des véhicules, mais leurs moteurs sont responsables d'environ 70 % des rejets
d'oxydes d'azote et de 100 % des particules de fumée noire ". Résultat: " étant
donné le volume total du trafic des véhicules à moteur diesel dans Tokyo, on estime
que 12 tonnes de ces particules noires sont émises tous les jours dans l'air de
cette ville. " La conséquence sur la santé est rapidement établie: " le taux d'asthme
parmi les enfants en bas âge est en augmentation même dans les quartiers résidentiels
".
Après un tel constat, le maire avait déclaré: " je suis résolu à éliminer
les véhicules diesel de Tokyo dans les plus brefs délais ". Comment ? " D'abord,
en appelant les personnes et parties concernées à s'abstenir de conduire, d'acheter
et de vendre des véhicules à moteur diesel. Nous ferons également appel aux constructeurs
automobiles afin qu'ils accélèrent le développement de dispositifs perfectionnés
destinés à purifier les gaz d'échappement et à les monter sur véhicules à moteur
diesel. Enfin, il est souhaitable de réviser le système d'imposition des carburants
pour inciter à l'abandon du diesel. " Pour le maire de Tokyo, " le temps où il
était encore possible de donner plus de poids aux mérites économiques par rapport
à la protection de l'environnement est révolu ".
De la même façon, un rapport
de l'Union européenne avait confirmé, il y a quelques années, la corrélation entre
l'émission des moteurs diesel et le nombre de décès par affections respiratoires,
déjà établie par une étude britannique, à cause du dioxyde de soufre, un polluant
qui provient du soufre en impuretés dans le gas oil. Une directive européenne
concernant les carburants a décidé que la teneur en soufre maximale dans le gazole
ne devra pas dépasser 200 mg/kg en 2000 puis 50 mg/kg en 2005.
Pour être
conforme aux normes dictées par la volonté européenne, mais aussi américaine,
de réduire les émissions de polluants des véhicules lourds, la Sonatrach, particulièrement
sa raffinerie de Skikda, a du procéder à de coûteux aménagements et rénovations
pour produire du gas oil avec très peu de soufre. Naftec a mis en oeuvre tout
un programme pour mettre sur le marché européen à partir de 2005 du gas oil à
très faible teneur en soufre.


Il existe, depuis 1989, un projet d'utilisation du gaz naturel comme carburant
en remplacement du diesel dans les transports publics urbains dans les grandes
villes. Mais il en est toujours au stade expérimental.
Quant à la consommation
de GPL, elle reste encore négligeable, aucune réglementation n'incitant les automobilistes
et conducteurs de bus à remplacer leurs carburants polluants par le Sirghaz qui
est un carburant propre : ni soufre, ni plomb, ni eau, et ses gaz d'échappement
renferment cinq fois moins d'oxydes de carbone et deux fois moins d'oxydes d'azote
et d'hydrocarbures imbrûlés que n'en dégage l'essence utilisée en Algérie. Et
ce n'est pas cette source d'énergie qui manquera le plus : en 2010, grâce aux
gisements de Rhourde el Baguel, In Aménas et Gassi Touil, la production algérienne
de GPL devrait atteindre les 10 millions de tonnes alors qu'en 1996 elle a été
de 5, 88 millions de tonnes en progression par rapport aux 4,75 millions de tonnes
de 1995.
Pour sa part, l'essence sans plomb n'est pas inconnue en Algérie
où elle est fabriquée depuis longtemps mais, jusqu'à une date récente, elle était
toute destinée aux marchés extérieurs, vers l'Europe de l'Ouest surtout. Naftec,
une filiale de Sonatrach à 100 %, spécialisée dans les carburants, s'est mise
à grande vitesse au diapason des normes internationales, en particulier européennes.
Après avoir réduit à partir du 1er janvier 1999, à 0,40 g/l la teneur en plomb
dans l'essence qu'elle produit, Naftec poursuit ce programme pour atteindre 0,15
g/l à partir du 1er janvier 2002 puis pour supprimer totalement le plomb dans
l'essence à compter de janvier 2005. Le secteur de l'Energie a fixé à 2005 l'échéance
pour la généralisation de l'essence sans plomb, c'est à dire contenant moins de
0,0013 grammes de plomb par litre contre, aujourd'hui, 0,40 grammes par litre
pour l'essence avec plomb. Les experts estiment qu'en général 50 % des émissions
de plomb dans l'air - il agit sur le système nerveux et a des effets néfastes
sur les reins- sont imputables aux transports, ce chiffre pouvant approcher les
100% dans les espaces urbains confinés. Cette appréciation, qui ne concerne évidemment
que les villes où l'essence sans plomb continue d'être utilisée, est entièrement
valable pour Alger et d'autres centres urbains algériens. La capitale algérienne
a figuré en bonne place du palmarès des villes les plus polluées par le plomb,
établi par la Banque mondiale qui recommandait l'introduction dans le pays de
l'essence sans plomb comme carburant.
Mais dans cette essence sans plomb
et " propre ", il restera toujours le benzène qui est cancérigène.