Edito
du 10 juin 2003
Dur,
dur, durable...
Ouf
! La semaine du développement durable est terminée. Quand, il
y a quelques jours, Bernard Thibault, le patron de la CGT, a évoqué
devant un micro la perspective d'une " grève durable ", je me
suis demandé si la communication gouvernementale avait réussi
à ce point à contaminer tout le monde. En fait je me suis alors
rendu compte à ce moment précis que, développement durable, finalement
cela ne veut strictement (plus ?) rien dire. Toute la semaine,
sur France Infos, avec talent, mais bravement aussi, notre amie
Nathalie Fontrel nous a expliqué tous les gestes du développement
durable, notamment l'histoire du couvercle que ma grand-mère (et
la sienne) mettaient sur la casserole pour que ça chauffe plus
vite et que, donc, ça bouffe moins d'énergie. Elémentaire, mon
cher Watson…
Et
puis, vendredi, Nathalie, elle a craqué, elle s'est lâchée en rappelant une évidence
à ses millions d'auditeurs : pour la protection de la nature, pour l'environnement,
pour les économies d'énergie, pour les développements durables, y-a plus un rond
! Le gouvernement a réussi le prodige de réduire l'enveloppe financière du plus
pauvre des ministères. Une pauvreté annoncée - 35% en moins- aux responsables
de l'Ademe, l'agence justement chargée de mettre en action le développement durable,
au moment où se tenait le sommet de Johannesburg, au moment où le Président français
nous expliquait " la Maison brûle ".(1) Et maintenant
il semble bien que les crédits de la plupart des associations qui agissent, à
moindre coût, pour le compte du ministère sont en passe d'être sérieusement réduits,
voire supprimés. Les espèces protégées vont devoir prématurément demander leur
retraite. D'autres reculs durables ?
Le
lobby routier peut à nouveau faire la roue devant les ministres : plus question
de ce stupide ferroutage et le carburant vert s'est pris 25 % de détaxe en moins
au parlement à la fin de l'année. Et de nouvelles voies de chemin de fer vont
être fermées. La loi de décentralisation prépare des " dérogations " aux lois
littoral et montagne. On va pouvoir bétonner durablement, tranquillement. Le projet
de loi sur l'eau prévoit la disparition de la redevance sur les excès d'azote
qui permettrait de contrôler (un peu) l'extension anarchique des élevages de porcs
ou de poulets. Et les CTE, contrats territoriaux d'exploitation, qui permettaient
de favoriser des pratiques agricoles plus… durables sont gelés. Ils ne plaisent
pas au ministre de l'agriculture, le savoyard Gaymard qui poignarde d'ailleurs
ses " pays " dans le dos, parce qu'ils ne plaisent pas à la FNSEA. Laquelle trouvait,
entre autres, que ces contrats allaient trop souvent à des paysans de la Confédération
paysanne ; lesquels, évidemment, sont plus portés sur les pratiques moins agressives
envers l'environnement.
Et
toutes les politiques visant à réduire les circulations automobiles, sauf à Paris
où Delanoe tient bon, sont annulées. Vive la bagnole et l'essence pas chère et
plus question d'éco-taxe. Le gouvernement Raffarin et sa ministre baissent les
bras devant tous les lobbies, encore plus bas que Jospin, c'est pas peu dire.
Lui, au moins, il avait Voynet, puis Cochet pour grogner.
Cette
tragique semaine du développement durable a montré que tout le monde s'en fout
éperdument et qu'il ne s'agit que d'une affaire de communication.
Et Madame Tokia Saifi ? Il paraît qu'elle mange bio et qu'elle éteint la lumière
en sortant de son bureau. Ah, j'allais oublier : le 11 juin, à 20 heures, elle
dîne avec deux représentants de l'Eglise Catholique de France. Aux chandelles,
sans doute. Vendredi ? Elle se repose, et ça va durer…
Par Claude-Marie Vadrot
Président
des JNE
(1)
il est toujours sur le site dans les pages consacrées au Sommet de Johannesburg,
pour rigoler, ou pour pleurer, vous pouvez le relire.
