Edito du 10 décembre 2003

Abidjan, le 7 décembre
Coup de froid sur le plan effet de serre

 

Nous saurons donc le 15 décembre, à l'issue d'un Comité interministériel sur le développement durable, ce que ne contient pas le programme français destiné à lutter contre l'effet de serre. Après plusieurs semaines de tergiversations dues à l'obstination du ministre des Transports et du ministre des Finances à vider ce projet de tout contenu. Une façon comme une autre de ridiculiser le pays auprès de la conférence de Milan sur l'application du Protocole de Kyoto qui sera alors terminée. On ne voit pas pourquoi, agissant ainsi, les diplomates français auraient encore le droit de blâmer le Président Poutine qui a dit et fait dire à quel point, il s'asseyait sur ces questions. Avec des arguments qui ne sont que le décalque de la position américaine.

QuLa ministre de l'Ecologie s'est battue vaillamment contre des ministres, ceux-là et quelques autres, qui ne cachent pas se moquer totalement du réchauffement de la terre et qui expliquent que puisque personne ne fait rien, il n'existe aucune raison pour que la France donne l'exemple. L'argumentation de monsieur Francis Mer, c'est : "on verra plus tard" quand cette question sera urgente et à ce moment on prendra de véritables décisions. Elles risquent de ressembler au dernier plan climat dont on peut dire, lorsque l'on est optimiste, qu'il est actuellement réalisé à 10%.
Il y avait dans ce plan une mesure qui aurait pu diminuer la production de gaz à effet de serre et sauver des vies : le passage de la vitesse maximum sur les autoroutes à 120 kilomètres heure. Refusé pour raison électorale. Gilles de Robien a expliqué que c'était inutile et qu'il suffirait d'appliquer fermement la limitation actuelle à 130 kilomètres heure. Ce qui a permis à un membre du cabinet de Roselyne Bachelot de ricaner : " C'est donc Nicolas Sarkozy qui est désormais en charge de la lutte contre l'effet de serre ". Non seulement Gilles de Robien s'est opposé à cette mesure, mais il a surtout plaidé contre le passage au ferroutage qui ne serait qu'une utopie et expliqué que le programme autoroutier serait poursuivi et augmenté. Notamment, il veut imposer la construction d'une nouvelle autoroute entre Amiens et la Belgique aux dépens du projet de liaison ferroviaire marchandise. Ce qui permettra évidemment d'augmenter le trafic des camions dans le Nord et ailleurs...
Tout ce qui concerne les biocarburants, les incitations fiscales, les éco-taxes supposées inciter à une réduction de la production de gaz a effet de serre a été retoqué de la même façon par le ministère des Finances. Il paraît qu'il n'y a pas d'argent et que la plupart de ces mesures ne sont " ni lisibles ni populaires ". Mieux vaut effectivement, à la veille des élections, financer les buralistes et les industries du tabac que de se préoccuper de l'avenir de la planète dans une cinquantaine d'années.
Une journaliste ivoirienne spécialisée dans les questions d'environnement m'a expliqué, découragée : " comment voulez-vous que nous fassions prendre conscience à nos dirigeants africains et à nos populations de l'importance des problèmes d'environnement à court et à moyen terme, si des pays comme la France ne donnent pas l'exemple, ne font pas des efforts ". Un autre ajoute : " Votre égoïsme est saisissant. Non seulement vous nous " vendez " votre modèle de développement, mais en plus vous ne respectez aucune des décisions prises au niveau international. C'est quand même votre président qui a dit " la Maison brûle " ?
Nous nous surdéveloppons et à Abidjan, il manque de l'eau dans plusieurs quartiers, les ordures s'accumulent. Dans l'intérieur du pays, la déforestation se poursuit parce que les producteurs de cacao et de café tentent de lutter contre la baisse des cours en augmentant les surfaces cultivées. Quant aux réserves naturelles et aux parcs nationaux, ils ont été désertés par leurs personnels qui ne sont plus payés : la chasse aux espèces rares bat son plein. Et grâce aux forestiers français, les bois précieux continuent de disparaître sans le moindre contrôle. Et évidemment sans le moindre profit pour les Ivoiriens tandis que leur gouvernement consacre de plus en plus d'argent à acheter des armes pour relancer le conflit avec les rebelles du Nord. Lesquels facilitent également le pillage des ressources naturelles.
Tout cela est évidemment bien peu de choses par rapport à l'intense satisfaction des automobilistes qui vont pouvoir continuer à rouler à 130 kilomètres à l'heure et à tenir le haut du bitume.
De toute évidence, nous le savons désormais, Madame Bachelot n'a plus l'oreille du président. Un président qui est même devenu sourd aux prières de Nicolas Hulot.

Par Claude-Marie Vadrot
Président de l'association des Journalistes
pour la Nature et l'Ecologie


PS Petit plaisir : si mes informations sont bonnes, la France aura au moins voté à Bruxelles le 8 décembre contre l'autorisation d'un nouveau maïs transgénique.

 


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