Edito du 08 septembre 2003


Gien le 8 septembre
Chaud devant…

 

A la fin du mois de septembre, un rapport sanitaire en cours de préparation pour le ministère de l'Ecologie (1) en liaison avec l'Agence pour l'Air, fera apparaître que les morts en surnombre, pas tous âgés ou très âgés, de l'été trop chaud ne sont pas tous décédés pour cause de chaleur mais victimes de la pollution. Une pollution qui a dépassé pendant plusieurs semaines (entre juin, juillet et août) dans de nombreuses villes le taux " d'avertissement de la population ". Essentiellement, les décès " supplémentaires " ne se sont pas produits dans les campagnes mais en milieu urbain. Là où l'air est devenu irrespirable, au sens chimique du terme. Trop chargé d'ozone et de particules que nulle brise ne venait disperser. Il aurait fallu être plus ferme, c'est-à-dire ne pas se contenter de " conseils ", avec les automobilistes, décréter des interdictions. Mais les voitures particulières sont à la France ce que les vaches sacrées sont à l'Inde : intouchables !

Résultat dont on se demande si le nombre des gens sacrifiés sur l'autel de la pollution figurera explicitement dans le rapport : au moins 7000 morts directement liées à la mauvaise qualité de l'air. Cela n'empêche pas le gouvernement d'avoir autorisé la SNCF à supprimer progressivement une cinquantaine de liaisons par train-corail avec la province. Puisqu'on a des bagnoles, à quoi bon des trains…

Ca promet pour les années à venir puisque les météorologues et les climatologues se sont cette fois quasiment tous trouvés d'accord pour expliquer que, finalement, le climat se réchauffe et que nous connaîtrons d'autres épisodes semblables. Avec des tempêtes en prime. C'est ce que disaient déjà les experts de la Conférence mondiale sur l'environnement en 1972 à Stockholm. Ils furent traités de farfelus. Comme ceux qui expliquaient dans les années 80 que les forêts ne brûlent jamais par hasard ou que le nitrate allait envahir les eaux.
Eté bien chaud aussi, donc, dans le Var où n'existe encore aucun plan d'exposition aux risques d'incendie de forêt, alors qu'ils sont obligatoires depuis la loi Barnier de 1995. Les municipalités devront simplement faire preuve d'un peu de patience, mais elles ont l'éternité politique devant elles, pour revoir leurs Plans d'Occupation des Sols (POS), pour autoriser de nouvelles constructions dans les zones… déboisées. Même si, depuis 1989, une circulaire préfectorale, demande aux élus et aux services de l'urbanisme de ce département de refuser toutes modifications des POS. Pour quelques villas de plus, des pompiers et des touristes sont morts et des milliers d'animaux sauvages ont disparu. Je ne pleure pas sur quelques cochongliers rôtis mais pour les insectes, les oiseaux et la petite faune.
La Corse ? Quoi la Corse ? Les seuls incendiaires des dernières années à avoir été arrêtés furent les copains gendarmes d'un Préfet. Pour une paillotte qui a repoussé plus vite que le maquis et les arbres. On attend encore une circulaire ou un arrêté préfectoral interdisant le pâturage des moutons et des chèvres et la chasse sur les zones brûlées.
Eté bien chaud encore dans les nombreuses rivières et fleuves de France où il faudra des années et des années pour que les écosystèmes se reconstituent. Mais les cours d'eau sont sacrifiés depuis tellement d'années aux barrages, plans d'eau pour élus amateurs de pédalos, stations d'épuration insuffisante et usines polluantes que tout le monde s'en fout. Tout le monde ou presque : le président du Conseil général du Loiret vient de réclamer de nouveaux barrages sur la Loire, preuve en passant que la chaleur peut taper sur le système à tout âge..
Fin d'été très chaude également à Cancun au Mexique, où, sous couvert d'un organisme irresponsable que nul citoyen n'a élu et que personne, en dehors des grandes multinationales, ne contrôle, l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l'Europe, les Etats-Unis et les pays du sud qu'ils contrôlent vont s'efforcer cette semaine, de mettre au point des compromis boiteux ; pour dissimuler l'extension de la " commercialisation " prochaine de la plupart des richesses naturelles, des plantes médicinales, des agricultures traditionnelles, de la santé, de l'éducation et de la culture. On y discutera notamment de l'art et de la manière de privatiser un certain nombre de parcs nationaux et des réserves naturelles et de (cela ne s'invente pas) de lutter contre les " mesures discriminatoires " qui protégent un certain nombre d'espaces naturels. Il faudra beaucoup de talent aux militants américains, mexicains, latino-américains, d'Attac, de la Confédération paysanne et de Via Campesina. Cette bataille de coulisses ne fera pas la une des gazettes : la presse étant ce qu'elle est, la moitié des journaux français ont annulé leurs reportages là-bas parce que José Bové ne peut pas y aller.
Tout cela n'est pas gai ?
Je n'y peux rien.

Par Claude-Marie Vadrot
Président des JNE

(1) Madame Tokia Saifi semblant avoir disparu de la circulation ministérielle pour préparer ses élections régionale et européenne, oublions provisoirement le " développement durable ". Voir en rubrique " Observatoire des médias ", le courrier que nous avons adressé en juin à Madame la Secrétaire d'Etat au développement durable. Pas de réponse de la ministre en pointillé mais, par contre, un déjeuner amical (de réparation ?) entre Madame Bachelot, son attachée de presse, Valérie Cormont et le président des JNE.


 


 

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