Edito
du 07 octobre 2003
Chassez
le naturel...
Au
cours de la journée du 3 octobre que Madame Roselyne Bachelot
a passée en Savoie, notamment au Congrès des Parcs naturels régionaux,
la ministre a procédé à ce que certains, dont je suis, peuvent
considérer comme un virage important et inattendu dans la politique
du ministère de l'Ecologie. Elle m'a en effet déclaré après son
long discours devant les 1200 congressistes qu'elle lançait un
"véritable appel pour la protection de la nature". Elle m'a assuré,
après l'avoir laissé entendre aux délégués des parcs, qu'il s'agissait
désormais pour elle d'une priorité et que, notamment, la nomination
de son nouveau directeur de cabinet, ancien Directeur de la Protection
de la nature et des paysages, pouvait en être considérée comme
une preuve. Elle a ajouté: "dans un siècle la moitié des espèces
auront disparu si nous n'y prenons pas garde et les conséquences,
en France et dans le reste du monde, en seront au moins aussi
graves que celles du réchauffement du climat".
La
ministre a déclaré également, après avoir visité un de ces sites,
qu'elle tenait à ce que la politique de mise en place des zones
Natura 2000 soit poursuivie et accélérée. Elle a annoncé, pour
prouver la bonne foi de son ministère et du gouvernement, que
tous les propriétaires de terrains qui accepteraient de jouer
le jeu de la "mise en réserve Natura 2000" seraient dispensés
de payer l'impôt foncier sur leurs terrains concernés par le classement.
Comme
"en écho", j'ai remarqué que dans le titre du texte de synthèse
de la réunion des parcs naturels, pour la première fois depuis
longtemps, le mot "nature" venait avant le mot développement.
Les responsables des parcs ont eu beau m'expliquer que, en fait,
après tout, dans le fond... ce n'était pas vraiment nouveau, ils
ne m'ont pas convaincu. Là aussi il s'agit bien, si cette inflexion
est confirmée, d'une grande nouveauté. Il parait même, ces responsables
l'admettent à demi-mots et la ministre de façon plus claire, que
le rythme de création de ces parcs naturels régionaux va être
ralenti; et que le ministère sera de plus en plus sévère pour
approuver les nouvelles chartes ou les renouvellements de ces
chartes. Ce qui, à mes yeux, aura pour premier avantage de mettre
un frein à la dévaluation de cette notion de parcs que trop d'élus
locaux et régionaux accrochent à leurs propos et projets électoraux
pour faire joli, mais sans accepter les contraintes, pourtant
modestes, qu'impliquent la création, l'existence et le fonctionnement
de ces parcs dont on explique souvent abusivement qu'ils "protégent
la nature"; alors qu'ils ne sont parfois que des outils de développement
de la fabrication des sabots, des miels de pays et du tourisme
qui n'est que durable que parce qu'il est prévu pour "durer" et
prospérer. Il suffit de compter combien parmi ces quarante parcs
régionaux abritent actuellement une réserve naturelle, pour comprendre
que, quelles que soient les bonnes volontés de leurs directeurs,
la nature n'est pas toujours ou n'a pas toujours été la préoccupation
dominante des élus qui les animent et les financent.
Ce
"virage" vers la préoccupation-nature qui ne peut que nous Réjouir,
correspond probablement aussi, ce qui est peut-être une partie
de l'explication, à une demande, même mal exprimée, d'une partie
du public. Ce sera parfait si l'on n'organise pas une "consommation"
effrénée de la nature et, pour faire référence au Forum social
européen qui se tient le mois prochain à Saint-Denis, une "marchandisation"
de cette nature.
La
ministre m'a également confié que la décentralisation ne toucherait
ni les réserves naturelles, ni les parcs nationaux, ni le conservatoire
du littoral et que "l'Etat conserverait toutes ses fonctions régaliennes
dans ce domaines, qu'il n'est pas question de définir les conditions
de la protection au niveau du département ou de la Région. J'ai
noté également que devant le "peu d'enthousiasme" (dixit la ministre)
des conseils régionaux à se lancer dans la création de réserves
naturelles régionales, l'idée pourrait être abandonnée. "S'ils
n'en veulent pas, je remballe mon idée, tant pis pour eux". Il
est vrai que la protection de la nature n'est pas aussi riche
en coupures de rubans et en vins d'honneur médiatisés que les
kilomètres d'autoroute et de déviation...
Les
journalistes spécialisés dans la protection de la nature que compte
notre association, ne peuvent que se réjouir de ce que je considère
comme une inflexion de la politique ministérielle jusqu'à présent
axée sur la "sécurité", le mot cher, très cher, à un certain Nicolas
Sarkozy.
Reste
une question que quelques "grossiers personnages" ne manqueront
pas de poser puisque la ministre a fait elle-même allusion à une
situation financière "difficile" du ministère de l'écologie :
et les sous, ils sont où les sous ? De cette contingence et de
tout le reste, nature ou pollution automobile, nous reparlerons
prochainement avec Madame Bachelot au cours d'un petit-déjeuner
qui promet d'être passionnant.
Par Claude-Marie Vadrot
Président
des JNE
Les
infos
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La réunion des 40 parcs régionaux qui a réuni 1200 personnes à
Aix les Bains dans le Parc naturel du massif des Bauges, parait
avoir été plus fructueuse que certaines années, tant sur les questions
de nature qui ne passent plus après le développement que sur les
questions internationales.
*
Le prochain congrès des parcs naturels régionaux, en 2004, aura
lieu en Guyane. Ce qui permettra de s'intéresser à l'avenir de
la biodiversité de la forêt amazonienne bien menacée, y compris
dans sa partie française. Nous y serons. Ce qui permettra de parler
des orpailleurs, des défricheurs et du parc national de Guyane
en gestation depuis 20 ans.
*
La Ministre de l'écologie se rendra prochainement à Londres pour
y étudier ("l'expérience m'intéresse beaucoup") le système de
péage urbain mis en place dans la capitale anglaise. Système qui
diminue la circulation et la pollution mais qui peut aussi être
considéré comme une injustice sociale avec un péage élevé.
*
Il y aura une nouvelle loi sur la protection de la nature à la
fin de 2004.
*
La ministre a aussi lancé un avertissement ferme "aux parlementaires
qui seraient tentés, au nom d'un certain nombre de groupes de
pression, de dépecer la Charte de l'environnement lors de son
examen au parlement, notamment en ce qui concerne le principe
de précaution".
*
Je deviens peut-être un peu sourd avec l'âge, mais je n'ai pas
entendu dans le discours du ministre de l'Agriculture également
présent, en vedette américaine, à la réunion des parcs naturels
régionaux, de propos très intéressants sur une agriculture plus
respectueuse de l'environnement ni sur la transformation annoncée
des Contrats Territoriaux d'Exploitation. Ces contrats - actuellement
suspendus - qui permettaient d'aider des agriculteurs respectueux
de la nature et de l'environnement.
