
SOMMAIRE
DE CETTE SEMAINE :

S'installer sur le sable fin d'une plage, à l'ombre d'un parasol,
et craindre de mettre les pieds dans l'eau, quand la mer est belle
et le soleil tapant, c'est comme, pour un assoiffé, atteindre
la fontaine et s'abstenir de boire. C'est le pire qui puisse arriver
à un vacancier au mois de juillet sur la côte algérienne. Les
estivants en savent quelque chose, eux qui, effrayés par les histoires
de pollution du littoral, se sont rappelés qu'il " vaut mieux
prévenir que guérir ". Ils ont raison de réfléchir à deux fois
avant de faire trempette, car, s'agissant de risques de contamination
avérés, il est préférable de les éviter quitte à ressentir une
frustration insupportable. Sans le savoir peut-être, ces estivants
appliquent, à leur niveau, le principe de prévention qui est,
à une échelle plus vaste, nationale et même internationale, un
des éléments constitutifs de toute politique de l'environnement.
Mais
comme il n'y a rien d'autre dans le pays pour faire passer l'été
agréablement, et tout le monde ne peut pas aller sur la côte de
Béjaïa, qui échappe à la saleté, ou dans d'autres endroits trop
enclavés pour être accessibles, alors pollution ou pas, il s'en
trouvera toujours, et ils sont nombreux, qui braveront l'interdiction
de se baigner et se jetteront à l'eau. Ceux-là affronteront tous
les dangers, le moindre n'étant ni celui de l'eau contaminée qui
s'attaque aux yeux et à la peau, s'il y a pollution, ni celui
de l'imprudence qui peut conduire à la noyade, car, cerise gâtée
sur ce gâteau raté, les plages interdites ne sont pas surveillées,
bien qu'il soit notoire qu'elles drainent autant de monde que
les plages autorisées. Au bout du compte, quand l'hôpital recevra
les premières urgences, encore en maillot de bain ou le lendemain,
on dira, comme pour le séisme du 21 mai : " tous responsables
! ".
"
Sauf nous! ", seraient en droit de rétorquer les techniciens de
l'environnement qui sont les premiers à connaître l'état réel
des plages puisqu'ils s'y rendent avant les autres, à l'approche
déjà de la saison estivale. Ils prélèvent des échantillons d'eau
de mer qui seront analysés en laboratoire pour déterminer le taux
de germes pathogènes dont dépendra la décision d'autoriser ou
non la baignade sur la plage concernée. Le décret du 10 juillet
1993 constitue la base réglementaire de cette opération, confiée
aux structures de l'Environnement, en liaison avec les organismes
et les institutions, pour l'essentiel sanitaires, concernés par
ce problème. Le décret fixe, dans une annexe, les normes, c'est-à-dire
les valeurs limites des paramètres micro-biologiques et physico-chimiques
qui définissent les qualités des eaux de baignade. Un arrêté interministériel
indique la fréquence minimale des prélèvements et le nombre d'échantillons
et d'analyses micro-biologiques et physico-chimiques de ces eaux.
Du 1er juin au 30 septembre, c'est-à-dire durant la période estivale
" réglementaire ", cette fréquence est multipliée par quatre.
Les agents chargés de ce travail ne manquent pas de volonté, encore
faut-il que les moyens soient disponibles : un véhicule pour se
déplacer sur les plages, le matériel pour les prélèvements et
quelques équipements de laboratoires pour les analyses. En principe,
d'après la réglementation, en cas de détérioration de la qualité
des eaux, c'est au wali que revient la prérogative d'interdire
la baignade jusqu'à rétablissement de la situation normale.
On
le sait, il ne suffit pas de " pondre " un texte réglementaire,
les conditions de son application et le contrôle de celle-ci doivent
suivre immédiatement. Ce qui n'est pas toujours le cas. Pour s'en
convaincre, il faut relire l'article 5 du décret du 26 janvier
1985 fixant les conditions d'utilisation des plages. Il énumère
les installations adéquates que doit comporter toute plage. Inutile
de les rappeler, on se croirait sur une autre planète.
Revenons
sur terre et à nos techniciens de l'environnement qui ont bien
raison de se disculper, ce n'est pas leur faute si le parc national
de stations d'épuration des eaux usées est insuffisant et, en
tout cas, si peu performant. Car, si les plages sont polluées,
c'est surtout parce que les effluents issus de la côte se jettent
en mer à l'état brut sans aucun traitement. Les eaux usées issues
d'une centaine d'agglomérations et d'une soixantaine de zones
et d'installations industrielles, ainsi que celles drainées par
l'agriculture intensive et irriguée, toutes concentrées sur la
frange littorale, passent rarement par une station d'épuration
en état de fonctionnement et vont en mer soit directement par
les collecteurs d'égouts soit par les oueds. Les spécialistes
ne sont pas surpris devant les cas de pollution chimique des eaux
de baignade. Ce n'est pas tout : chacun peut constater que les
falaises qui surplombent les criques ne sont pas épargnées, elles
sont occupées en permanence par des décharges sauvages remplies
de déchets de toutes sortes. Il y a quelques années, alarmés par
cette situation, les experts maghrébins des sciences de la mer
avaient recommandé d'interdire carrément le déversement direct
en mer des eaux usées, domestiques et industrielles, et des déchets
solides.
Les
ministres qui se sont succédé, depuis plus de dix ans, à la tête
du secteur de l'eau, ont tous fait le même constat de carences
dans l'épuration des eaux usées. Le dernier en date, Abdelmadjid
Attar, a promis d'y remédier. Il a de son côté la loi sur le littoral,
préparée par le ministre de l'Aménagement du territoire et de
l'Environnement, Cherif Rahmani, et promulguée en février 2002.
Son article 22 fait obligation aux agglomérations côtières de
plus de 100 000 habitants de se doter d'une station d'épuration
des eaux usées et à celles de moins de 100 000 habitants, de procédés
quelconques d'épuration. Mais aucune échéance n'est fixée dans
cet article 22 qui est d'ailleurs exempt des dispositions pénales
de la loi. De quoi en faire un voeu pieux, d'autant plus que,
chez nous, on continue de trouver à tout retard des bienfaits,
selon une philosophie de la vie pour le moins discutable, et sans
doute inconnue ailleurs.
Quel
dommage ! L'Algérie dispose d'atouts maîtres pour devenir un grand
pays de tourisme balnéaire, une véritable " poule aux œufs d'or
". Une seule condition suffit : mettre en œuvre sérieusement une
politique environnementale sur le littoral.
Par
M'Hamed Rebah

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