07 octobre 2003

 
 
 

 

 


SOMMAIRE DE CETTE SEMAINE :

Plongera, plongera pas ?
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Algérie

Plongera, plongera pas ?

S'installer sur le sable fin d'une plage, à l'ombre d'un parasol, et craindre de mettre les pieds dans l'eau, quand la mer est belle et le soleil tapant, c'est comme, pour un assoiffé, atteindre la fontaine et s'abstenir de boire. C'est le pire qui puisse arriver à un vacancier au mois de juillet sur la côte algérienne. Les estivants en savent quelque chose, eux qui, effrayés par les histoires de pollution du littoral, se sont rappelés qu'il " vaut mieux prévenir que guérir ". Ils ont raison de réfléchir à deux fois avant de faire trempette, car, s'agissant de risques de contamination avérés, il est préférable de les éviter quitte à ressentir une frustration insupportable. Sans le savoir peut-être, ces estivants appliquent, à leur niveau, le principe de prévention qui est, à une échelle plus vaste, nationale et même internationale, un des éléments constitutifs de toute politique de l'environnement.

Mais comme il n'y a rien d'autre dans le pays pour faire passer l'été agréablement, et tout le monde ne peut pas aller sur la côte de Béjaïa, qui échappe à la saleté, ou dans d'autres endroits trop enclavés pour être accessibles, alors pollution ou pas, il s'en trouvera toujours, et ils sont nombreux, qui braveront l'interdiction de se baigner et se jetteront à l'eau. Ceux-là affronteront tous les dangers, le moindre n'étant ni celui de l'eau contaminée qui s'attaque aux yeux et à la peau, s'il y a pollution, ni celui de l'imprudence qui peut conduire à la noyade, car, cerise gâtée sur ce gâteau raté, les plages interdites ne sont pas surveillées, bien qu'il soit notoire qu'elles drainent autant de monde que les plages autorisées. Au bout du compte, quand l'hôpital recevra les premières urgences, encore en maillot de bain ou le lendemain, on dira, comme pour le séisme du 21 mai : " tous responsables ! ".

" Sauf nous! ", seraient en droit de rétorquer les techniciens de l'environnement qui sont les premiers à connaître l'état réel des plages puisqu'ils s'y rendent avant les autres, à l'approche déjà de la saison estivale. Ils prélèvent des échantillons d'eau de mer qui seront analysés en laboratoire pour déterminer le taux de germes pathogènes dont dépendra la décision d'autoriser ou non la baignade sur la plage concernée. Le décret du 10 juillet 1993 constitue la base réglementaire de cette opération, confiée aux structures de l'Environnement, en liaison avec les organismes et les institutions, pour l'essentiel sanitaires, concernés par ce problème. Le décret fixe, dans une annexe, les normes, c'est-à-dire les valeurs limites des paramètres micro-biologiques et physico-chimiques qui définissent les qualités des eaux de baignade. Un arrêté interministériel indique la fréquence minimale des prélèvements et le nombre d'échantillons et d'analyses micro-biologiques et physico-chimiques de ces eaux. Du 1er juin au 30 septembre, c'est-à-dire durant la période estivale " réglementaire ", cette fréquence est multipliée par quatre. Les agents chargés de ce travail ne manquent pas de volonté, encore faut-il que les moyens soient disponibles : un véhicule pour se déplacer sur les plages, le matériel pour les prélèvements et quelques équipements de laboratoires pour les analyses. En principe, d'après la réglementation, en cas de détérioration de la qualité des eaux, c'est au wali que revient la prérogative d'interdire la baignade jusqu'à rétablissement de la situation normale.

On le sait, il ne suffit pas de " pondre " un texte réglementaire, les conditions de son application et le contrôle de celle-ci doivent suivre immédiatement. Ce qui n'est pas toujours le cas. Pour s'en convaincre, il faut relire l'article 5 du décret du 26 janvier 1985 fixant les conditions d'utilisation des plages. Il énumère les installations adéquates que doit comporter toute plage. Inutile de les rappeler, on se croirait sur une autre planète.

Revenons sur terre et à nos techniciens de l'environnement qui ont bien raison de se disculper, ce n'est pas leur faute si le parc national de stations d'épuration des eaux usées est insuffisant et, en tout cas, si peu performant. Car, si les plages sont polluées, c'est surtout parce que les effluents issus de la côte se jettent en mer à l'état brut sans aucun traitement. Les eaux usées issues d'une centaine d'agglomérations et d'une soixantaine de zones et d'installations industrielles, ainsi que celles drainées par l'agriculture intensive et irriguée, toutes concentrées sur la frange littorale, passent rarement par une station d'épuration en état de fonctionnement et vont en mer soit directement par les collecteurs d'égouts soit par les oueds. Les spécialistes ne sont pas surpris devant les cas de pollution chimique des eaux de baignade. Ce n'est pas tout : chacun peut constater que les falaises qui surplombent les criques ne sont pas épargnées, elles sont occupées en permanence par des décharges sauvages remplies de déchets de toutes sortes. Il y a quelques années, alarmés par cette situation, les experts maghrébins des sciences de la mer avaient recommandé d'interdire carrément le déversement direct en mer des eaux usées, domestiques et industrielles, et des déchets solides.

Les ministres qui se sont succédé, depuis plus de dix ans, à la tête du secteur de l'eau, ont tous fait le même constat de carences dans l'épuration des eaux usées. Le dernier en date, Abdelmadjid Attar, a promis d'y remédier. Il a de son côté la loi sur le littoral, préparée par le ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Cherif Rahmani, et promulguée en février 2002. Son article 22 fait obligation aux agglomérations côtières de plus de 100 000 habitants de se doter d'une station d'épuration des eaux usées et à celles de moins de 100 000 habitants, de procédés quelconques d'épuration. Mais aucune échéance n'est fixée dans cet article 22 qui est d'ailleurs exempt des dispositions pénales de la loi. De quoi en faire un voeu pieux, d'autant plus que, chez nous, on continue de trouver à tout retard des bienfaits, selon une philosophie de la vie pour le moins discutable, et sans doute inconnue ailleurs.

Quel dommage ! L'Algérie dispose d'atouts maîtres pour devenir un grand pays de tourisme balnéaire, une véritable " poule aux œufs d'or ". Une seule condition suffit : mettre en œuvre sérieusement une politique environnementale sur le littoral.

Par M'Hamed Rebah

 


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